ADQ: un succès conjoncturel et éphémère
Un écart exceptionnel en 2007. Un retour prévisible à la «normale» en 2008. Après avoir étudié les résultats des dernières élections provinciales, deux universitaires montréalais concluent que l'appui massif accordé l'an dernier à l'ADQ découlait d'une combinaison de facteurs, dont l'impopularité des libéraux. Comme les troupes de Jean Charest ont retrouvé la faveur de l'électorat, la formation de Mario Dumont devrait en faire les frais le 8 décembre.
«L'élément déclencheur du succès adéquiste, ç'a été la très grande impopularité du gouvernement Charest couplée au leadership un peu faible d'André Boisclair, à la promesse du Parti québécois de tenir un référendum rapidement et à la crise des accommodements raisonnables, dit en entrevue Éric Bélanger, professeur de science politique à l'université McGill. Ces facteurs semblent plus conjoncturels que tendanciels.»
Son étude, rendue publique hier, s'intitule La montée des tiers partis au Québec à l'élection de 2007: conjoncture ou tendance?. Elle paraît dans la collection «Renforcer la démocratie», une initiative de l'Institut de recherche en politiques publiques pour «affermir la légitimité de notre système de gouvernance pour contrer le désengagement de plus en plus marqué de la population vis-à-vis de la politique». L'étude, d'une quarantaine de pages, est disponible en ligne sur le site de l'irrp.org.
Éric Bélanger et son collègue de l'Université de Montréal Richard Nadeau ont utilisé les données d'un sondage réalisé auprès de quelque 2000 électeurs après le scrutin de 2007. Il s'agit de l'enquête «la plus complète menée sur le comportement des électeurs québécois au cours des dernières décennies». Les chercheurs ont décidément eu du flair en dénichant du financement pour cette recherche des mois avant l'élection atypique.
Au total, l'ADQ, le Parti vert et Québec solidaire ont attiré 38 % des voix l'hiver dernier, avec la part du lion pour la formation de Mario Dumont. Selon la définition classique des politologues, un tiers parti n'a pas encore pris le pouvoir. Le système parlementaire québécois d'inspiration britannique pénalise généralement les formations marginales. Au Québec, avant 2007, le dernier gouvernement minoritaire remontait à 1878.
La volonté de changement demeure un trait commun expliquant une partie de la montée des tiers partis même si chacun déployait ses propres avantages comparatifs. «Les "écologistes québécois déçus des partis traditionnels ont choisi de voter pour le Parti vert plutôt que d'appuyer le parti traditionnel le plus ouvert à la cause environnementale, écrivent les chercheurs. L'électorat vert est plus anglophone, nettement plus fédéraliste et un peu plus conservateur que celui de Québec solidaire, et l'ADQ n'a pas manifesté beaucoup de ferveur environnementale lors de l'élection. L'appui à Québec solidaire repose sur d'autres facteurs. Ce parti loge sur le flanc gauche du PQ et est formé d'électeurs un peu moins souverainistes et un peu plus progressistes que le partisan péquiste médian.»
La conjoncture semble d'autant moins prête à se représenter que les grands partis savent s'adapter à la dynamique politique. Le professeur Bélanger donne l'exemple de l'ancien chef du Parti vert Scott McKay, devenu candidat du PQ.
N'empêche, le chercheur note aussi la difficulté pour cette formation de se repositionner. «La conjoncture n'est pas très bonne pour le Parti québécois. La question de la souveraineté qui lui permet de se distinguer n'est pas dans l'air du temps. La question identitaire et celle des valeurs québécoises ne se posent plus comme au moment de la crise des accommodements raisonnables. On est passé à autre chose déjà.»
Et l'ADQ? «Le parti n'a pas su capitaliser sur les résultats de 2007, répond le professeur. Les électeurs déçus retournent au bercail, c'est-à-dire vers les libéraux. Il faudra que Mario Dumont trouve une faille importante dans le gouvernement Charest pour renverser cette dynamique.»
Les professeurs Bélanger et Nadeau entendent réaliser une nouvelle enquête après le vote du 8 décembre. Il sera ensuite possible de comparer l'étonnante mutation du Québec en moins de deux ans.
«L'élément déclencheur du succès adéquiste, ç'a été la très grande impopularité du gouvernement Charest couplée au leadership un peu faible d'André Boisclair, à la promesse du Parti québécois de tenir un référendum rapidement et à la crise des accommodements raisonnables, dit en entrevue Éric Bélanger, professeur de science politique à l'université McGill. Ces facteurs semblent plus conjoncturels que tendanciels.»
Son étude, rendue publique hier, s'intitule La montée des tiers partis au Québec à l'élection de 2007: conjoncture ou tendance?. Elle paraît dans la collection «Renforcer la démocratie», une initiative de l'Institut de recherche en politiques publiques pour «affermir la légitimité de notre système de gouvernance pour contrer le désengagement de plus en plus marqué de la population vis-à-vis de la politique». L'étude, d'une quarantaine de pages, est disponible en ligne sur le site de l'irrp.org.
Éric Bélanger et son collègue de l'Université de Montréal Richard Nadeau ont utilisé les données d'un sondage réalisé auprès de quelque 2000 électeurs après le scrutin de 2007. Il s'agit de l'enquête «la plus complète menée sur le comportement des électeurs québécois au cours des dernières décennies». Les chercheurs ont décidément eu du flair en dénichant du financement pour cette recherche des mois avant l'élection atypique.
Au total, l'ADQ, le Parti vert et Québec solidaire ont attiré 38 % des voix l'hiver dernier, avec la part du lion pour la formation de Mario Dumont. Selon la définition classique des politologues, un tiers parti n'a pas encore pris le pouvoir. Le système parlementaire québécois d'inspiration britannique pénalise généralement les formations marginales. Au Québec, avant 2007, le dernier gouvernement minoritaire remontait à 1878.
La volonté de changement demeure un trait commun expliquant une partie de la montée des tiers partis même si chacun déployait ses propres avantages comparatifs. «Les "écologistes québécois déçus des partis traditionnels ont choisi de voter pour le Parti vert plutôt que d'appuyer le parti traditionnel le plus ouvert à la cause environnementale, écrivent les chercheurs. L'électorat vert est plus anglophone, nettement plus fédéraliste et un peu plus conservateur que celui de Québec solidaire, et l'ADQ n'a pas manifesté beaucoup de ferveur environnementale lors de l'élection. L'appui à Québec solidaire repose sur d'autres facteurs. Ce parti loge sur le flanc gauche du PQ et est formé d'électeurs un peu moins souverainistes et un peu plus progressistes que le partisan péquiste médian.»
La conjoncture semble d'autant moins prête à se représenter que les grands partis savent s'adapter à la dynamique politique. Le professeur Bélanger donne l'exemple de l'ancien chef du Parti vert Scott McKay, devenu candidat du PQ.
N'empêche, le chercheur note aussi la difficulté pour cette formation de se repositionner. «La conjoncture n'est pas très bonne pour le Parti québécois. La question de la souveraineté qui lui permet de se distinguer n'est pas dans l'air du temps. La question identitaire et celle des valeurs québécoises ne se posent plus comme au moment de la crise des accommodements raisonnables. On est passé à autre chose déjà.»
Et l'ADQ? «Le parti n'a pas su capitaliser sur les résultats de 2007, répond le professeur. Les électeurs déçus retournent au bercail, c'est-à-dire vers les libéraux. Il faudra que Mario Dumont trouve une faille importante dans le gouvernement Charest pour renverser cette dynamique.»
Les professeurs Bélanger et Nadeau entendent réaliser une nouvelle enquête après le vote du 8 décembre. Il sera ensuite possible de comparer l'étonnante mutation du Québec en moins de deux ans.
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