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Les fausses confessions

Michel David   18 novembre 2008  Québec
C'est sans doute à l'honneur de Pauline Marois d'avoir voulu se montrer solidaire de ses ex-collègues, mais, à partir du moment où Lucien Bouchard a lui-même reconnu que les mises à la retraite massives de 1997 avaient été une erreur, la chef du PQ aurait dû dire non seulement qu'elle ne le referait plus, mais aussi que cela n'aurait jamais dû être fait.

En revenant sur ses déclarations de la fin de semaine, Mme Marois a peut-être pensé qu'il valait mieux être accusée de se comporter comme une girouette que de passer pour une irresponsable, mais elle risque maintenant de se voir reprocher les deux.

Cet incident est révélateur d'un manque de jugement politique qui lui a nui durant sa carrière et l'a souvent forcée à d'humiliantes

volte-face. Quand elle avait affirmé, puis nié 48 heures plus tard que son cabinet inclurait un «ministre de la Souveraineté», on avait mis le malentendu sur le compte de la fatigue. Quand on lui avait prêté l'intention d'augmenter la TVQ, c'était qu'elle avait été mal comprise.

Il y a des sujets sur lesquels l'ambiguïté n'est pas permise. L'important pour le PQ durant cette campagne était de tourner la page une fois pour toutes sur le douloureux épisode des mises à la retraite, qui ont causé un tort considérable au réseau de la santé. En continuant à soutenir que la décision de 1997 était la bonne, Mme Marois donne à Jean Charest tout le loisir de poursuivre le débat.

Il est indéniable que la situation financière qui prévalait à l'époque était extrêmement préoccupante. M. Bouchard a déjà raconté que son voyage secret à New York en 1996, pour convaincre les agences de crédit de maintenir la cote du Québec, avait été un des moments les plus éprouvants de sa carrière.

La décision de mettre 1500 médecins et 4000 infirmières à la retraite permettait sans doute d'alléger les finances publiques à court terme, mais le gouvernement a également fait un choix éminemment politique.

***

Retournons quelques années en arrière. Dans la soirée du 21 mars 1997, le premier ministre Bouchard avait quitté le caucus de ses députés en sachant qu'au moins trois d'entre eux voteraient contre une loi spéciale qui imposerait une réouverture des conventions collectives dans le secteur public et une baisse salariale de 6 %. Quatre ou cinq autres députés se donnaient la nuit pour réfléchir.

Plusieurs d'entre eux avaient été traumatisés par l'expérience de 1982-83, quand le gouvernement Lévesque avait décrété une baisse de salaire de 20 % — temporaire, il est vrai — et ils ne voulaient revivre ce cauchemar sous aucun prétexte. M. Bouchard, qui avait agi comme négociateur en chef du gouvernement Lévesque, n'y tenait pas non plus.

Quand l'entente sur les mises à la retraite est intervenue au milieu de la nuit, tout le monde a poussé un immense soupir de soulagement. Une loi spéciale aurait non seulement déchiré le caucus péquiste, mais elle aurait surtout fait éclater la coalition qui avait presque permis au oui de l'emporter, 18 mois plus tôt. En mars 1997, le plan était toujours de tenir un autre référendum à brève échéance et, dans l'esprit de certains, cette considération primait tout le reste.

À l'époque, il faut dire que personne n'avait pleinement mesuré l'effet déstabilisateur des mises à la retraite sur le réseau de la santé, même si leur coût financier à long terme suscitait des inquiétudes. Au contraire, on disait que M. Bouchard avait réussi un véritable coup de maître politique, ce que semblait attester la mine déconfite des libéraux à l'Assemblée nationale.

Avec ce que l'on sait maintenant, il est difficile de comprendre comment Mme Marois peut encore soutenir que c'était la chose à faire, c'est-à-dire risquer de compromettre gravement la qualité du réseau de la santé pour préserver la coalition souverainiste.

Bien entendu, Jean Charest n'allait pas manquer une aussi belle occasion de lui tomber dessus. Cela dit, le chef libéral n'a pas toujours aussi été critique du gouvernement Bouchard. En 1997, alors qu'il était encore chef de l'opposition conservatrice à la Chambre des communes, il avait trouvé un autre coupable. «Le véritable responsable des fermetures d'hôpitaux, ainsi que de la détérioration des soins de santé s'appelle Jean Chrétien», disait-il.

D'ailleurs, c'était un peu le monde à l'envers. Alors que M. Charest dénonçait les compressions dans les paiements de transfert aux provinces, M. Bouchard disait comprendre Ottawa d'avoir pris les moyens pour résorber le déficit fédéral.

***

Si Mme Marois a tort de ne pas reconnaître l'erreur commise en 1997, Mario Dumont ne convaincra pas grand monde avec son mea-culpa, qui est non seulement bien tardif, mais aussi très incomplet.

S'il est vrai qu'au printemps 2007, l'ADQ n'avait pas une députation suffisamment aguerrie pour offrir l'opposition officielle que la population était en droit d'attendre, comme le reconnaît son chef, elle était à plus forte raison incapable de former un gouvernement digne se ce nom.

Sachant cela, comment M. Dumont a-t-il pu prendre le risque de faire tomber le gouvernement élu moins de deux mois plus tôt, en décidant de voter contre un budget dont il ne connaissait même pas le contenu? C'était de la plus haute irresponsabilité.

Six mois plus tard, quand M. Dumont a prétendu renverser le gouvernement sous prétexte qu'il refusait d'abolir les commissions scolaires, il ne pouvait pas penser sérieusement que ses députés avaient suffisamment gagné en expérience pour être en mesure de diriger les destinées du Québec. Le chef de l'ADQ s'accuse aujourd'hui de ne pas avoir laissé suffisamment de responsabilités à son caucus. C'est encore heureux.

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Yvon Roy
    Abonnée
    mardi 18 novembre 2008 00h52
    bénitiers
    Gare aux grenouilles de bénitiers s.v.p. car il y en a toujours trop en politique.

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 03h52
    Combien y a-t-il d'irresponsables?
    Le chroniqueur considère que les deux chefs de l'Opposition, l'officielle et la deuxième, seraient irresposables. Combien il y en a dans leurs parti?. On ne le dit pas.

    Ce n'aurait été que pour que les leaders politiques révèlent ainsi leurs qualités, le déclanchement de cette élection aura été utile.

    Ayant à choisir entre ces deux chefs de parti et les libéraux, je me demande bien ce que feront les électeurs québécois.

  • G. Y. Allard
    Inscrit
    mardi 18 novembre 2008 09h08
    et toutes les autres erreurs non avouées
    Madame Marois et le PQ ont fait d'irréparables erreurs en santé, mais il ne faut pas oublier qu'en éducation, outre le programme de réforme, il y a aussi les mises à pied (encouragement à prendre la retraite avec compensation) pour des milliers d'enseignants et directeurs d'écoles qui ont laissé les écoles avec beaucoup de débutants, alors qu,il aurait été plus intelligent de modifier les tâches de ces enseignants chevronnés pour qu,ils deviennent des mentors auprès des jeunes enseignants. Le déficit zéro c'est un déficit PQ.
    Il y a aussi toutes les infrastructures (routes et ponts) qui ont été négligées durant le règne du PQ ce qui a obligé le Parti libéral à investir des milliars pour tenter de corriger la situation. Beau bilan que le PQ a laissé au Québec et on veut en faire un pays, pays de cocagne!

  • Mario Poirier
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 09h17
    Baisse de salaire «temporaire» de 20% ?
    Effectivement, comme le rapporte M. David, la baisse de salaire de 20% des fonctionnaires en 1982 devait être temporaire !!

    Mais comme il n'y a rien de plus permanent que le temporaire, les seules hausses de salaires subséquentes qu'ont eu les fonctionnaires ce sont faites par le biais du processus normal des négociations collectives....à peine adaptées aux hausses du coût de la vie. Et c'est sans parler de la dernière convention collective imposée par Mme Jérôme-Forget où la «hausse» fut de 0 % pour les 3 premières années de la convention.

  • Jean Desjardins
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 09h52
    Puisqu'il faut identifier des irresponsables...
    Puisqu'il faut identifier des irresponsables, je crois qu'on en oublie un, et de taille, l'ineffable Jean Charest.

    En effet, comment ce sinistre personnage peut-il ramener le débat concernant le redressement du secteur de la Santé à une décision purement ponctuelle de madame Marois en 1997 alors que la conjoncture qui prévalait à l'époque débordait très largement ce cadre. Faut être résolument taré pour ne pas reconnaître que le Québec était au bord de la faillite à ce moment-là et que cette situation désastreuse pour le Québec avait été créée par divers gouvernements successifs irresponsables, dont le Parti Libéral du Québec... Dire que ce clown fabriqué prétend être celui qui est le plus compétent pour faire face à une grave crise économique ! J'ai bien hâte de voir comment il gèrera une crise économique de l'envergure de celle à laquelle on fait face présentement avec son approche à la pièce et à la p'tite semaine. L'économie, ça ne se gère pas avec des slogans vides et des images virtuelles ! C'est aussi cela l'arrogance et l'irresponsabilité de Jean Charest , avec des conséquences qui risquent d'être beaucoup plus considérables et même catastrophiques pour le Québec, dans un horizon trop proche, malheureusement.

    Pour revenir à la crise de 1997, il fallait trouver une voie de sortie au risque de décote du Québec en raison de son déficit et de sa situation financière catastrophique. Le choix qu'a fait le Parti Québécois à l'époque a été jugé adéquat par l'ensemble de la communauté québécoise et les milieux financiers ainsi que par tous les partis politiques, y compris par le Parti Libéral du Québec... À cet égard, on consultera l'éditorial d'aujourd'hui d'André Pratte (le monde à l'envers, quoi !!!) qui donne une image beaucoup plus exacte de ce contexte de 1997 que ce que vous avez réussi à dessiner dans votre chronique d'aujourd'hui, monsieur le chroniqueur. Ne vous en déplaise.

    Là où je vous rejoins, cependant, c'est quand vous vous questionnez sur la manière maladroite de madame Marois de se situer en 2008, par rapport à ce dossier. Je ne sais pas si c'est elle ou ses conseillers qui imaginent ses stratégies de communication et la tournure de ses réponses mais, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait amateur en titi ! À quand, un John Parisella au PQ, puisque, si je comprends bien, c'est l'image qui compte pour les médias et l'électorat, finalement ?

    Bref, plus ça change, plus c'est pareil. On fait face au 'look' érigé en système. Au train où va cette campagne électorale sans contenu, soufflée, fade et sans horizon, bientôt, il ne nous restera finalement qu'à dénoncer haut et fort le vide absolu de notre système politique actuel et la complaisance des partis traditionnels en lice en regard de ce système anémique et inefficace. Pour ceux et celles qui jugeaient cette campagne électorale inutile, celle-ci aura au moins l'avantage d'illustrer jusqu'à quel point le Québec s'approche du fond du baril de la chose politique...

    Misère !

    Jean Desjardins

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 09h55
    Allez donc parler à votre collègue Sansfaçon qui semble détenir la vérité historique
    « À l'époque, il faut dire que personne n'avait pleinement mesuré l'effet déstabilisateur des mises à la retraite sur le réseau de la santé, même si leur coût financier à long terme suscitait des inquiétudes. Au contraire, on disait que M. Bouchard avait réussi un véritable coup de maître politique, ce que semblait attester la mine déconfite des libéraux à l'Assemblée nationale.

    Avec ce que l'on sait maintenant, il est difficile de comprendre comment Mme Marois peut encore soutenir que c'était la chose à faire, c'est-à-dire risquer de compromettre gravement la qualité du réseau de la santé pour préserver la coalition souverainiste. »

    Je vous cite pour relever la malhonneteté intellectuelle dans laquelle se roulent nos politiciens et même votre collègue pour ce que l'on devra bientôt qualifier de péché originel tellement il est tenace.

    ...

  • Jacques Lafond
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 09h58
    Retraite
    La mise à la retraite de 1997 n'étais pas une erreur. Il fallait donner un sérieux coup de barre au budget et ça été fait. La pénurie d'infirmières et de médecins serait présent aujourd'hui de toute façon. Il manque au Québec 600 000 personnes spécialisés et sur spécialisés aujourd'hui.

    Ce retour à ce qui a été fait en 1997 est de la pure démagogie des libéraux et des journalistes.

    Personne ne parle des terribles conséquences si le gouvernement du Québec en 1997 n'avait pas trouvé cette solution ...

  • Denis Larose
    Inscrit
    mardi 18 novembre 2008 10h15
    Une double injustice
    En mettant les médecins et les infirmières à la retraite, le gouvernement a financé ces retraites à même les revenus des professionnels actifs.
    Dans le cas des médecins, ceux qui sont restés ont du en plus payer pour la retraite des autres sans jamais eux-mêmes avoir droit à une telle retraite.
    Ils ont dû augmenter leurs charge de travail, leurs gardes de nuit non payées, le tout grâce aux décisions des fonctionnaires qui eux-mêmes touchent de grâces retraite.
    Comment tolérer dans notre système que des employés de l'état (ce que sont les médecins) ne touchent aucun bénéfice comme les autres: aucun congé payé, aucune retraite?

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 18 novembre 2008 10h40
    Obama a vote pour le "Bailout"
    En disant que c'etait "la chose a faire". Et pourtant c'est probablement le pire accomplissement des deux mandats de Bush: la privatisation de Tresor National. Marois a vote pour les mises a la retraite probablement pour eviter l'effondrement du gouvernement Bouchard....

  • Jacques Lafond
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 11h01
    L'avenir
    Aussi, il serait très important de se tourner vers l'avenir, et commencer à très sérieusement penser à comment on va gérer la retraite de quelques 100 000 fonctionnaires d'ici à environ 5 ans...

    Faudrait lâcher la démagogie, les immages, les slogants vides, et commencer à parler des vrais affaires.

    On pourrait aussi parlé de langue française. Y a t'il quelqu'un qui se rappelle que Montréal et le Québec s'anglicise à vue d'oeuil ? ...

  • Denis Beaulé
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 11h51
    Legs-modèle d'exhortation à la paresse par Lucien
    Le «renvoi» en masse de fonctionnaires par le gouvernement Bouchard, il y a une décennie, évoque on ne peut plus le même "move" effectué à TQS cette année-ci même, qui s'est départie en vrac du meilleur de ce qu'elle avait : ses ressources humaines. Et la suite aussi est même. Au déni de Pauline, en effet, correspond celui, actuel aussi, de TQS eu égard au fait que les nouvelles (week-end) sont ce qui demeure le plus apprécié ou estimé à cette station (nonobstant l'extrême «"sobriété"» de l'environnement de l'excellente jeune présentatrice).

    «Morale» de cette histoire : ce Lucien Bouchard, qui par ailleurs était censé être expert-spécialiste côté travail, production et productivité, aura initié et légué le plus beau modèle qui se puisse être eu égard à l'art de gaspiller les ressources (talents, expériences, compétences, savoirs, etc.) les plus précieuses qui soient, en sus, concomitamment ou conséquemment, d'exhorter ainsi implicitement à la paresse.

  • Richard Boudreau
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 13h42
    La décision n'était pas de couper autant de personnels
    Il ne faut pas oublier que la décision des coupures de poste n'avait pas prévu un aussi grand nombre d'adhérents au programme. Quant à moi l'erreur se situe à ce niveau de n'avoir pas prévu un mécanisme pour retenir le raz de marée que l'offre gouvernementale a entraîné.

  • Jacques Lalonde
    Abonné
    mardi 18 novembre 2008 16h55
    Vous l'avez souligné avec pertinence
    "Il y a des sujets sur lesquels l'ambiguïté n'est pas permise". Monsieur David, vous le soulignez avec pertinence,

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter,net

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