jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 20h55
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les femmes résistent à l'appel de l'ADQ

Isabelle Porter   15 novembre 2008  Québec
Catherine Morisssette a 29 ans et est députée adéquiste de Charlebourg. Elle a accouché deux jours avant le déclenchement des élections, ce qui ne l’a pas empêché de solliciter un autre mandat.
Catherine Morisssette a 29 ans et est députée adéquiste de Charlebourg. Elle a accouché deux jours avant le déclenchement des élections, ce qui ne l’a pas empêché de solliciter un autre mandat.
Québec — L'Action démocratique du Québec (ADQ) peine à recruter des femmes, et ces dernières ne représentent que 20 % de son équipe de candidats. Un beau mystère pour un parti de jeunes. Le parti des jeunes familles préférerait-il voir les femmes rester à la maison?

La question fait sursauter l'ex-députée de Berthier Marie Grégoire. «Mon Dieu, non! Parce que, sur le plancher, il y a au moins autant de filles. On le voit bien chez les militants. J'étais observatrice lors du dernier conseil général et j'ai remarqué qu'il y avait plus de filles qui intervenaient au micro.»

Sur les 123 candidats sélectionnés jusqu'à présent par l'ADQ, 25 sont des femmes, contre 40 au Parti québécois et 41 au Parti libéral. Et le problème est récurrent pour l'ADQ qui affichait un total similaire lors des élections de 2007.

La part des femmes parmi les élus adéquistes à l'Assemblée nationale est encore plus faible (16 %), d'où un recul historique qui n'a pas manqué d'inquiéter les groupes de femmes après le scrutin de mars 2007. «Depuis 1961, c'est la première fois qu'il y a un recul, affirmait alors la présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat. Cela démontre que les gains des femmes sont récents et fragiles et que l'égalité est loin d'être atteinte.»

Pour renverser la vapeur, l'ADQ a créé un comité spécial afin de courtiser de nouvelles candidates. Sans succès. «C'est sûr que si M. Charest n'avait pas déclenché des élections de façon précipitée on aurait eu une chance. Le travail n'a pas été complété», relevait hier l'attaché de presse de la porte-parole en matière de condition féminine, la députée Lucie Leblanc.

La députée de Charlesbourg, Catherine Morissette semble être l'exception qui confirme la règle. Âgée de 29 ans, cette avocate de formation a accouché deux jours avant le déclenchement des élections, mais elle avait décidé de se lancer dans la course quand même. Non, assure-t-elle, l'ADQ ne tient pas à maintenir les femmes à la maison. «Au contraire, c'est une liberté de choix et, si leur choix, c'est de rester à la maison, moi je ne suis pas là pour juger.»

L'été dernier la ministre responsable de la Condition féminine Christine Saint-Pierre avait dévoilé une analyse dévastatrice pour l'ADQ. Produite par le Conseil du statut de la femme, elle laissait entendre que l'allocation hebdomadaire aux familles proposée par le parti comme alternative au modèle des CPE «nuirait à l'autonomie économique des femmes québécoises, en plus d'augmenter la pénurie de main-d'oeuvre au Québec». On craignait en outre que ce programme ramène les femmes «dans une dynamique de travail traditionnelle, où seul l'homme subvient aux besoins de sa famille».

Mais, à en croire Mme Morrissette, c'est bien mal connaître le besoin de flexibilité de sa génération. «Le Conseil a son interprétation. Eux se basent sur le modèle français où le parent qui reste à la maison reçoit

100 $, alors que dans notre cas ça s'adresse tout simplement au parent dont l'enfant ne fréquente pas un service de garde subventionné. [...] Le parent reçoit l'argent et en fait ce qu'il veut: service de ménage, grand-maman qui vient garder, n'importe quoi! [...] Dans bien des situations, ce sont les pères qui restent à la maison, des travailleurs autonomes. C'est ça, la jeune génération!»

Responsable du Centre de développement femmes et gouvernance, Élaine Hémond offre des formations aux femmes qui souhaitent se lancer en politique. Créé conjointement par des groupes de femmes et l'ENAP, l'organisme a formé six des candidates engagées dans la présente élection. Quatre d'entre elles avaient moins de 40 ans.

Les données laissent Mme Hémond perplexe. «J'avoue que je n'ai pas d'explications à l'effet qu'il n'y a pas d'augmentation malgré les efforts qu'on fait.» Elle estime que le facteur de l'âge peut jouer. «Je pense que ce n'est pas étranger au fait que les jeunes femmes qui ont des enfants ont déjà une double tâche. On pourrait dire que ça se voit plus dans les partis de jeunes.»

L'ancienne députée Marie Grégoire rappelle que l'ADQ n'est pas le seul parti à être confronté à cette situation. «Prenez l'exemple d'Elsie Lefebvre au PQ, c'est la même réalité», dit-elle. En effet, la jeune recrue a annoncé en début de campagne qu'elle renonçait au comté de Louise Harel parce qu'elle venait d'accoucher.

Mme Hémond formule d'autres hypothèses. Le fait que les femmes sont généralement plus à gauche que les hommes pourrait expliquer qu'elles soient moins présentes à l'ADQ, alors que Québec solidaire (QS) fracasse des records pour ce qui est de la participation des femmes.

En 2007, elles représentaient 52 % de l'équipe de candidats. Mais à ce propos, Marie Grégoire rappelle que son parti compte beaucoup de militantes. Elle se demande si les femmes au sein de QS ne sont pas plus nombreuses à se lancer parce qu'elles ont presque l'assurance de ne pas l'emporter. Se porter candidate chez QS aurait dès lors les mêmes conséquences que le fait de militer activement au sein de l'ADQ.

Autre facteur: les gouvernements minoritaires et le déclenchement précipité des campagnes. «Les élections se multiplient à vitesse grand V et les femmes mettent souvent plus de temps à se décider, dit Élaine Hémond. C'est sûr que si nous avions des élections à date fixe, ça pourrait favoriser le nombre de femmes.»

Mais, ajoute-t-elle, quand on se compare, on se console. «On a quand même une moyenne de 25 % de femmes en politique. C'est plus que partout en Amérique du Nord et on peut s'en féliciter. Des pays comme la France nous envient pour cela.»

Comme d'autres, elle espère que la baisse actuelle n'est qu'un petit accident de parcours. «Ce qu'on souhaite, c'est que ça remonte. Ces mouvements-là ne sont pas constants. Ça monte, ça descend. En dépit de la baisse actuelle, la tendance est quand même en augmentation.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Simon Langlois
    Inscrit
    samedi 15 novembre 2008 09h03
    Et si ça ne les intéressait tout simplement pas?
    Moi j'ai une autre explication, et si, tout simplement, les femmes étaient moins intéressées par la politique? On a tendance a vouloir, dans une recherche d'égalité, vouloir que les femmes et les hommes perdent leurs différences. Mais justement, il y en a des différences entre les femmes et les hommes. Simplement d'un point de vue biologique, les homme sont bourrés de testostérone, pas les femmes. Cette même testostérone amène l'homme à être un battant, un chasseur. Et la joute électorale s'apparente bien plus à un combat de boxe qu'à un dîner causerie. Donc naturellement, les femmes, par leur nature plus conciliante et davantage consensuelle sont moins intéressées par cette aventure. C'est mon interprétation de la sous représentation des femmes en politique et je dois aussi admettre que je trouve ça bien dommage. Il me semble que s'il y avait plus de femmes, que peut-être la dynamique changerait. Quoique lorsque je vois se comporter des femmes comme Michelle Courchesne, qui va enguirlander une journaliste jusque dans son bureau, je ne suis pas certain que j'en veuille davantage.

  • Guy Lemieux
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 10h38
    encore les gonades...
    La différence entre homme et femme ne se mesure pas simplement aux gonades M.Simon ....(L une s en sert sert comme instrument au lieu d en être l objet)L autre ,(vous aurez sans doute comprit que c est l homme )et inverser ma phrase .

  • Kim Cornelissen
    Inscrite
    samedi 15 novembre 2008 16h34
    Regardez le système, pas les individus!!!!
    M. Langlois tombe dans le piège typique lié à la politique, et qui est de penser que si les femmes ne sont pas candidates, c'est que ça ne les intéresse pas... Dans un contexte politique qui valorise le chef plutôt que l'équipe, qui met l'accent sur les manoeuvres politiques plutôt que la vision, qui permet énormément d'accrocs à l'éthique et qui fonctionne par lobby qui favorise de façon excessive la valorisation des hommes blancs d'un certain âge ou d'un certain type, les femmes - et bien des hommes intéressants, de même que les jeunes - préfèrent souvent effectivement faire de la politique autrement. Quand le système politique fonctionne de façon plus démocratique et éthique - comme c'est le cas en Suède par exemple, ou ici dans les petits partis -, l'égalité entre les femmes et les hommes devient une réalité. Du même coup, le pays ou la ville y gagne en compétitivité, innovation et attraction, comme c'est le cas par exemple de Gothenburg, où le maire est un homme mais le conseil municipal majoritairement féminin. Si les partis autres que Québec Solidaire ici au Québec avaient le courage et le plaisir de faire de l'égalité entre les femmes et les hommes une priorité, ils gagneraient énormément d'avantages du même coup. Je demeure convaincue que les structures publiques et privées qui feront ce pas de modifier le système en faveur d'une inclusion et d'une participation égale des femmes et des hommes prendront des longueurs d'avance, pour le mieux-être de l'ensemble des gens qui composent des sociétés et entreprises... Je ne suis pas la seule à le dire: c'est également le cas de l'OCDE, de l'UNICEF, du Forum économique mondial et des pays scandinaves bien sûr...

    Par ailleurs, l'ADQ dissimule les problèmes liés au 100 $ pour les enfants, entre autres toute la question de l'égalité financière dans le couple et les problèmes liés à une incapacité d'amasser des fonds pour la retraite pendant des années... Mais il y a plus grave: l'égalité est essentielle pour les entreprises et organisations tant publiques que privées, et ce, pour s'assurer que des aspects fondamentaux soient inclus dans la réflexion et les actions; la crise financière mondiale en est un exemple frappant, comme le délire des agrocarburants en est un autre...

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012