Les femmes résistent à l'appel de l'ADQ
Catherine Morisssette a 29 ans et est députée adéquiste de Charlebourg. Elle a accouché deux jours avant le déclenchement des élections, ce qui ne l’a pas empêché de solliciter un autre mandat.
Québec — L'Action démocratique du Québec (ADQ) peine à recruter des femmes, et ces dernières ne représentent que 20 % de son équipe de candidats. Un beau mystère pour un parti de jeunes. Le parti des jeunes familles préférerait-il voir les femmes rester à la maison?
La question fait sursauter l'ex-députée de Berthier Marie Grégoire. «Mon Dieu, non! Parce que, sur le plancher, il y a au moins autant de filles. On le voit bien chez les militants. J'étais observatrice lors du dernier conseil général et j'ai remarqué qu'il y avait plus de filles qui intervenaient au micro.»
Sur les 123 candidats sélectionnés jusqu'à présent par l'ADQ, 25 sont des femmes, contre 40 au Parti québécois et 41 au Parti libéral. Et le problème est récurrent pour l'ADQ qui affichait un total similaire lors des élections de 2007.
La part des femmes parmi les élus adéquistes à l'Assemblée nationale est encore plus faible (16 %), d'où un recul historique qui n'a pas manqué d'inquiéter les groupes de femmes après le scrutin de mars 2007. «Depuis 1961, c'est la première fois qu'il y a un recul, affirmait alors la présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat. Cela démontre que les gains des femmes sont récents et fragiles et que l'égalité est loin d'être atteinte.»
Pour renverser la vapeur, l'ADQ a créé un comité spécial afin de courtiser de nouvelles candidates. Sans succès. «C'est sûr que si M. Charest n'avait pas déclenché des élections de façon précipitée on aurait eu une chance. Le travail n'a pas été complété», relevait hier l'attaché de presse de la porte-parole en matière de condition féminine, la députée Lucie Leblanc.
La députée de Charlesbourg, Catherine Morissette semble être l'exception qui confirme la règle. Âgée de 29 ans, cette avocate de formation a accouché deux jours avant le déclenchement des élections, mais elle avait décidé de se lancer dans la course quand même. Non, assure-t-elle, l'ADQ ne tient pas à maintenir les femmes à la maison. «Au contraire, c'est une liberté de choix et, si leur choix, c'est de rester à la maison, moi je ne suis pas là pour juger.»
L'été dernier la ministre responsable de la Condition féminine Christine Saint-Pierre avait dévoilé une analyse dévastatrice pour l'ADQ. Produite par le Conseil du statut de la femme, elle laissait entendre que l'allocation hebdomadaire aux familles proposée par le parti comme alternative au modèle des CPE «nuirait à l'autonomie économique des femmes québécoises, en plus d'augmenter la pénurie de main-d'oeuvre au Québec». On craignait en outre que ce programme ramène les femmes «dans une dynamique de travail traditionnelle, où seul l'homme subvient aux besoins de sa famille».
Mais, à en croire Mme Morrissette, c'est bien mal connaître le besoin de flexibilité de sa génération. «Le Conseil a son interprétation. Eux se basent sur le modèle français où le parent qui reste à la maison reçoit
100 $, alors que dans notre cas ça s'adresse tout simplement au parent dont l'enfant ne fréquente pas un service de garde subventionné. [...] Le parent reçoit l'argent et en fait ce qu'il veut: service de ménage, grand-maman qui vient garder, n'importe quoi! [...] Dans bien des situations, ce sont les pères qui restent à la maison, des travailleurs autonomes. C'est ça, la jeune génération!»
Responsable du Centre de développement femmes et gouvernance, Élaine Hémond offre des formations aux femmes qui souhaitent se lancer en politique. Créé conjointement par des groupes de femmes et l'ENAP, l'organisme a formé six des candidates engagées dans la présente élection. Quatre d'entre elles avaient moins de 40 ans.
Les données laissent Mme Hémond perplexe. «J'avoue que je n'ai pas d'explications à l'effet qu'il n'y a pas d'augmentation malgré les efforts qu'on fait.» Elle estime que le facteur de l'âge peut jouer. «Je pense que ce n'est pas étranger au fait que les jeunes femmes qui ont des enfants ont déjà une double tâche. On pourrait dire que ça se voit plus dans les partis de jeunes.»
L'ancienne députée Marie Grégoire rappelle que l'ADQ n'est pas le seul parti à être confronté à cette situation. «Prenez l'exemple d'Elsie Lefebvre au PQ, c'est la même réalité», dit-elle. En effet, la jeune recrue a annoncé en début de campagne qu'elle renonçait au comté de Louise Harel parce qu'elle venait d'accoucher.
Mme Hémond formule d'autres hypothèses. Le fait que les femmes sont généralement plus à gauche que les hommes pourrait expliquer qu'elles soient moins présentes à l'ADQ, alors que Québec solidaire (QS) fracasse des records pour ce qui est de la participation des femmes.
En 2007, elles représentaient 52 % de l'équipe de candidats. Mais à ce propos, Marie Grégoire rappelle que son parti compte beaucoup de militantes. Elle se demande si les femmes au sein de QS ne sont pas plus nombreuses à se lancer parce qu'elles ont presque l'assurance de ne pas l'emporter. Se porter candidate chez QS aurait dès lors les mêmes conséquences que le fait de militer activement au sein de l'ADQ.
Autre facteur: les gouvernements minoritaires et le déclenchement précipité des campagnes. «Les élections se multiplient à vitesse grand V et les femmes mettent souvent plus de temps à se décider, dit Élaine Hémond. C'est sûr que si nous avions des élections à date fixe, ça pourrait favoriser le nombre de femmes.»
Mais, ajoute-t-elle, quand on se compare, on se console. «On a quand même une moyenne de 25 % de femmes en politique. C'est plus que partout en Amérique du Nord et on peut s'en féliciter. Des pays comme la France nous envient pour cela.»
Comme d'autres, elle espère que la baisse actuelle n'est qu'un petit accident de parcours. «Ce qu'on souhaite, c'est que ça remonte. Ces mouvements-là ne sont pas constants. Ça monte, ça descend. En dépit de la baisse actuelle, la tendance est quand même en augmentation.»
La question fait sursauter l'ex-députée de Berthier Marie Grégoire. «Mon Dieu, non! Parce que, sur le plancher, il y a au moins autant de filles. On le voit bien chez les militants. J'étais observatrice lors du dernier conseil général et j'ai remarqué qu'il y avait plus de filles qui intervenaient au micro.»
Sur les 123 candidats sélectionnés jusqu'à présent par l'ADQ, 25 sont des femmes, contre 40 au Parti québécois et 41 au Parti libéral. Et le problème est récurrent pour l'ADQ qui affichait un total similaire lors des élections de 2007.
La part des femmes parmi les élus adéquistes à l'Assemblée nationale est encore plus faible (16 %), d'où un recul historique qui n'a pas manqué d'inquiéter les groupes de femmes après le scrutin de mars 2007. «Depuis 1961, c'est la première fois qu'il y a un recul, affirmait alors la présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat. Cela démontre que les gains des femmes sont récents et fragiles et que l'égalité est loin d'être atteinte.»
Pour renverser la vapeur, l'ADQ a créé un comité spécial afin de courtiser de nouvelles candidates. Sans succès. «C'est sûr que si M. Charest n'avait pas déclenché des élections de façon précipitée on aurait eu une chance. Le travail n'a pas été complété», relevait hier l'attaché de presse de la porte-parole en matière de condition féminine, la députée Lucie Leblanc.
La députée de Charlesbourg, Catherine Morissette semble être l'exception qui confirme la règle. Âgée de 29 ans, cette avocate de formation a accouché deux jours avant le déclenchement des élections, mais elle avait décidé de se lancer dans la course quand même. Non, assure-t-elle, l'ADQ ne tient pas à maintenir les femmes à la maison. «Au contraire, c'est une liberté de choix et, si leur choix, c'est de rester à la maison, moi je ne suis pas là pour juger.»
L'été dernier la ministre responsable de la Condition féminine Christine Saint-Pierre avait dévoilé une analyse dévastatrice pour l'ADQ. Produite par le Conseil du statut de la femme, elle laissait entendre que l'allocation hebdomadaire aux familles proposée par le parti comme alternative au modèle des CPE «nuirait à l'autonomie économique des femmes québécoises, en plus d'augmenter la pénurie de main-d'oeuvre au Québec». On craignait en outre que ce programme ramène les femmes «dans une dynamique de travail traditionnelle, où seul l'homme subvient aux besoins de sa famille».
Mais, à en croire Mme Morrissette, c'est bien mal connaître le besoin de flexibilité de sa génération. «Le Conseil a son interprétation. Eux se basent sur le modèle français où le parent qui reste à la maison reçoit
100 $, alors que dans notre cas ça s'adresse tout simplement au parent dont l'enfant ne fréquente pas un service de garde subventionné. [...] Le parent reçoit l'argent et en fait ce qu'il veut: service de ménage, grand-maman qui vient garder, n'importe quoi! [...] Dans bien des situations, ce sont les pères qui restent à la maison, des travailleurs autonomes. C'est ça, la jeune génération!»
Responsable du Centre de développement femmes et gouvernance, Élaine Hémond offre des formations aux femmes qui souhaitent se lancer en politique. Créé conjointement par des groupes de femmes et l'ENAP, l'organisme a formé six des candidates engagées dans la présente élection. Quatre d'entre elles avaient moins de 40 ans.
Les données laissent Mme Hémond perplexe. «J'avoue que je n'ai pas d'explications à l'effet qu'il n'y a pas d'augmentation malgré les efforts qu'on fait.» Elle estime que le facteur de l'âge peut jouer. «Je pense que ce n'est pas étranger au fait que les jeunes femmes qui ont des enfants ont déjà une double tâche. On pourrait dire que ça se voit plus dans les partis de jeunes.»
L'ancienne députée Marie Grégoire rappelle que l'ADQ n'est pas le seul parti à être confronté à cette situation. «Prenez l'exemple d'Elsie Lefebvre au PQ, c'est la même réalité», dit-elle. En effet, la jeune recrue a annoncé en début de campagne qu'elle renonçait au comté de Louise Harel parce qu'elle venait d'accoucher.
Mme Hémond formule d'autres hypothèses. Le fait que les femmes sont généralement plus à gauche que les hommes pourrait expliquer qu'elles soient moins présentes à l'ADQ, alors que Québec solidaire (QS) fracasse des records pour ce qui est de la participation des femmes.
En 2007, elles représentaient 52 % de l'équipe de candidats. Mais à ce propos, Marie Grégoire rappelle que son parti compte beaucoup de militantes. Elle se demande si les femmes au sein de QS ne sont pas plus nombreuses à se lancer parce qu'elles ont presque l'assurance de ne pas l'emporter. Se porter candidate chez QS aurait dès lors les mêmes conséquences que le fait de militer activement au sein de l'ADQ.
Autre facteur: les gouvernements minoritaires et le déclenchement précipité des campagnes. «Les élections se multiplient à vitesse grand V et les femmes mettent souvent plus de temps à se décider, dit Élaine Hémond. C'est sûr que si nous avions des élections à date fixe, ça pourrait favoriser le nombre de femmes.»
Mais, ajoute-t-elle, quand on se compare, on se console. «On a quand même une moyenne de 25 % de femmes en politique. C'est plus que partout en Amérique du Nord et on peut s'en féliciter. Des pays comme la France nous envient pour cela.»
Comme d'autres, elle espère que la baisse actuelle n'est qu'un petit accident de parcours. «Ce qu'on souhaite, c'est que ça remonte. Ces mouvements-là ne sont pas constants. Ça monte, ça descend. En dépit de la baisse actuelle, la tendance est quand même en augmentation.»
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