Le ras-le-bol populaire terrifie les partis
Québec — Moins de pancartes et moins de porte-à-porte: les partis sont très inquiets de la colère des citoyens à propos des élections non désirées et chacun tente de la juguler à sa façon. Tous conviennent que, si rien ne change, le taux de participation sera anémique.
La lassitude électorale était évidente à l'usine de tuyaux de plastique Ipex à Repentigny, mardi, après une visite du chef adéquiste. Mario Dumont tente de retourner cette lassitude en argument électoral contre Jean Charest, incitant les électeurs frustrés à aller «punir» dans l'urne celui qui les a plongés dans une autre campagne électorale après les fédérales et moins de deux ans après les provinciales du 26 mars 2007.
«Ça ne me donne pas l'envie de punir personne. Ça me donne simplement l'envie de ne pas y aller», a rétorqué Simon Beaucage, un ouvrier d'Ipex rencontré après le passage du chef adéquiste. «Moi, je suis tanné des élections, vous pouvez pas savoir comment», a ajouté Gilles Bastien, technicien de procédés. À ses côtés, un jeune collègue au nom radio-canadien de Jean-François Lépine n'avait lui non plus aucune intention de se rendre à l'isoloir. «Pourtant, la démocratie, c'est bon. Je ne pense pas qu'on pourrait aller vers autre chose. Mais à un moment donné, c'est trop. C'est vraiment trop.»
Mario Dumont rejette la faute de la démobilisation de ses propres troupes sur le chef libéral: «En endormant les Québécois, je pense que Jean Charest a endormi une partie des adéquistes», a-t-il soutenu lors d'une entrevue radiophonique. Selon lui, à l'ADQ «il y a un besoin de se réveiller et de dire: le gars qui a déclenché des élections dont personne ne voulait, qui ne nous écoute pas, c'est le même individu qui espère qu'on n'ira pas voter.»
Pas de «tsunami» de pancartes
En raison de la lassitude électorale, des candidats promettent de se faire discrets. La députée adéquiste de Deux-Montagnes, Lucie Leblanc, a promis, avant même le déclenchement des élections, qu'afin de «minimiser l'impact psychologique» de la campagne, elle donnerait dans l'affichage «sobre et minimaliste». «J'ai l'intention de m'adresser à l'intelligence des citoyens [...], pas de leur faire vivre un tsunami de pancartes électorales».
Pour leur part, les libéraux hésitent à parler de fatigue électorale, de peur de confirmer la thèse voulant que Jean Charest ait déclenché les élections trop rapidement et pour ses intérêts seulement. Les stratèges libéraux ont longtemps hésité avant de se ranger derrière l'idée de ces élections automnales. C'est dire tout le soin qu'ils ont pris à analyser la réaction éventuelle de l'électorat à ce déclenchement précipité.
La réaction négative du début de la campagne «ne diminue en rien l'enjeu» des élections, a affirmé hier Jean Charest à Montréal. «Tous les jours, on confirme la raison pour aller en élections.» Le chef libéral a cité un communiqué de l'OCDE, diffusé hier, selon lequel les États-Unis seront plongés en récession l'an prochain, tout comme la zone euro et le Japon. «De jour en jour, ça confirme l'enjeu», a-il fait valoir.
Le message du PLQ sur la fragilité de l'économie passe mal, alors que l'économie réelle au Québec n'est pas encore sérieusement affectée par le ralentissement aux États-Unis ou encore en Ontario. La crise n'a pas eu de conséquences tangibles sur le taux de chômage au Québec. Dans ce contexte, Jean Charest croit que l'accumulation de mauvaises nouvelles d'ici le 8 décembre saura convaincre l'électorat de l'imminence d'une tempête qu'un gouvernement libéral majoritaire serait le plus à même d'affronter.
Jusqu'ici, le ras-le-bol populaire que suscitent ces élections ne s'est pas directement répercuté sur la campagne libérale. Dans Montmorency, dans la région de Québec, le candidat Raymond Bernier concède qu'il doit «parfois» répondre à des questions sur le sujet des élections non désirées, «mais je leur explique que ç'aurait de toute façon eu lieu en février. Quand ils comprennent qu'on prend juste deux mois d'avance, le sujet est clos».
Chez les stratèges libéraux, on se montre optimistes. On souligne que la campagne est encore jeune et que le chef libéral parviendra à faire passer son message. La dynamique de la campagne ne s'est pas encore imposée et il est normal qu'environ le tiers de l'électorat s'oppose à la tenue d'élections dans la première semaine de la campagne. Mais ce sentiment se dissipera, croit-on.
Le directeur des communications du PLQ, Michel Rochette, a toutefois confié hier au Devoir que le parti tentera de modérer son affichage. Le ras-le-bol à l'égard des pancartes «fait partie des préoccupations» du PLQ, admet-il du bout des lèvres. «On est conscients que les gens viennent de traverser une campagne. Et il y a encore des pancartes fédérales sur certains poteaux», dit-il. En tout, le PLQ compte réduire son affichage de 60 % par rapport à celui du dernier scrutin. «En 2007, les plaintes ont été nombreuses; on a compris le message.» La taille des pancartes sera réduite aussi. Sans compter qu'elles seront «totalement recyclables», note M. Rochette avec une fierté verte.
Moins de porte-à-porte, pas de pointage
Chez les péquistes, des candidats disent ressentir un ressac à l'égard des élections. Mercredi à Longueuil, Marie Malavoy indiquait à un groupe de journalistes qu'elle ralentira ses activités de porte-à-porte au cours des prochains jours. La députée sortante de Taillon le dit franchement: la réception n'est pas bonne. «C'est comme si les gens en avaient assez des politiciens après la campagne fédérale.» Le message ne passe pas, faute d'oreilles attentives. Plusieurs des candidats de la Montérégie approuvaient l'observation de Mme Malavoy. Conclusion: mieux vaut pour l'instant organiser des activités où ce sont les gens qui viennent vers les candidats, et non l'inverse.
Candidat dans La Prairie et organisateur politique reconnu, François Rebello a modulé sa stratégie de campagne en fonction de ce manque d'intérêt. «Personne n'est enthousiaste, disait-il hier, lorsque joint par téléphone. Nous avons une côte à remonter. Donc, pour tout de suite, on ne fait pas de pointage. On laisse aux gens le temps de décanter.»
Ainsi, M. Rebello se tourne davantage vers Internet pour lancer des invitations à des assemblées de cuisine ou pour faire circuler des documents — comme son petit film sur le train de banlieue de la Rive-Sud. «L'idée, c'est d'informer sans presser personne. On le sait que ça n'a pas de bon sens [d'être en campagne électorale], on comprend ça. On leur dit: prenez votre temps pour vous faire une idée et on reviendra en fin de campagne.»
Certains au PQ craignent qu'il soit très difficile de convaincre les gens d'aller voter le 8 décembre. Au PQ, les finances sont rachitiques (le parti fait campagne à crédit) et on ne pourra pas compter sur l'aide organisationnelle de la FTQ pour solliciter les électeurs. Hier, Pauline Marois jurait toutefois que la machine du PQ «est bien rodée» et qu'elle permettra au parti de contourner le danger de l'abstention.
Mais les candidats de la Montérégie le disaient sans gêne: il faudra travailler fort pour susciter un engouement quelconque dans la population. La crainte étant que le vote de protestation contre la décision de M. Charest ne s'exprime simplement pas.
Aux bureaux du Directeur général des élections, on craint aussi la baisse du taux de participation. Celui-ci avait chuté de 78,32 % en 1998 à 70,42 % en 2003 pour se stabiliser à 71,23 % en 2007. On est loin du taux de 85,25 % de 1976 (et encore plus du taux de 27,30 % de 1919, mais c'était un autre monde...).
«On n'est pas en mode inquiétude, mais en mode espoir», soutient toutefois le porte-parole du DGE, Denis Dion. L'ajout de cinq nouveaux jours de vote auprès du directeur du scrutin, en plus des deux journées du vote par anticipation, permettra à plus d'électeurs de participer, croit-on. «Avant, les Québécois avaient trois jours pour voter. En 2008, le 8 décembre, ils en auront huit», fait remarquer M. Dion.
La lassitude électorale était évidente à l'usine de tuyaux de plastique Ipex à Repentigny, mardi, après une visite du chef adéquiste. Mario Dumont tente de retourner cette lassitude en argument électoral contre Jean Charest, incitant les électeurs frustrés à aller «punir» dans l'urne celui qui les a plongés dans une autre campagne électorale après les fédérales et moins de deux ans après les provinciales du 26 mars 2007.
«Ça ne me donne pas l'envie de punir personne. Ça me donne simplement l'envie de ne pas y aller», a rétorqué Simon Beaucage, un ouvrier d'Ipex rencontré après le passage du chef adéquiste. «Moi, je suis tanné des élections, vous pouvez pas savoir comment», a ajouté Gilles Bastien, technicien de procédés. À ses côtés, un jeune collègue au nom radio-canadien de Jean-François Lépine n'avait lui non plus aucune intention de se rendre à l'isoloir. «Pourtant, la démocratie, c'est bon. Je ne pense pas qu'on pourrait aller vers autre chose. Mais à un moment donné, c'est trop. C'est vraiment trop.»
Mario Dumont rejette la faute de la démobilisation de ses propres troupes sur le chef libéral: «En endormant les Québécois, je pense que Jean Charest a endormi une partie des adéquistes», a-t-il soutenu lors d'une entrevue radiophonique. Selon lui, à l'ADQ «il y a un besoin de se réveiller et de dire: le gars qui a déclenché des élections dont personne ne voulait, qui ne nous écoute pas, c'est le même individu qui espère qu'on n'ira pas voter.»
Pas de «tsunami» de pancartes
En raison de la lassitude électorale, des candidats promettent de se faire discrets. La députée adéquiste de Deux-Montagnes, Lucie Leblanc, a promis, avant même le déclenchement des élections, qu'afin de «minimiser l'impact psychologique» de la campagne, elle donnerait dans l'affichage «sobre et minimaliste». «J'ai l'intention de m'adresser à l'intelligence des citoyens [...], pas de leur faire vivre un tsunami de pancartes électorales».
Pour leur part, les libéraux hésitent à parler de fatigue électorale, de peur de confirmer la thèse voulant que Jean Charest ait déclenché les élections trop rapidement et pour ses intérêts seulement. Les stratèges libéraux ont longtemps hésité avant de se ranger derrière l'idée de ces élections automnales. C'est dire tout le soin qu'ils ont pris à analyser la réaction éventuelle de l'électorat à ce déclenchement précipité.
La réaction négative du début de la campagne «ne diminue en rien l'enjeu» des élections, a affirmé hier Jean Charest à Montréal. «Tous les jours, on confirme la raison pour aller en élections.» Le chef libéral a cité un communiqué de l'OCDE, diffusé hier, selon lequel les États-Unis seront plongés en récession l'an prochain, tout comme la zone euro et le Japon. «De jour en jour, ça confirme l'enjeu», a-il fait valoir.
Le message du PLQ sur la fragilité de l'économie passe mal, alors que l'économie réelle au Québec n'est pas encore sérieusement affectée par le ralentissement aux États-Unis ou encore en Ontario. La crise n'a pas eu de conséquences tangibles sur le taux de chômage au Québec. Dans ce contexte, Jean Charest croit que l'accumulation de mauvaises nouvelles d'ici le 8 décembre saura convaincre l'électorat de l'imminence d'une tempête qu'un gouvernement libéral majoritaire serait le plus à même d'affronter.
Jusqu'ici, le ras-le-bol populaire que suscitent ces élections ne s'est pas directement répercuté sur la campagne libérale. Dans Montmorency, dans la région de Québec, le candidat Raymond Bernier concède qu'il doit «parfois» répondre à des questions sur le sujet des élections non désirées, «mais je leur explique que ç'aurait de toute façon eu lieu en février. Quand ils comprennent qu'on prend juste deux mois d'avance, le sujet est clos».
Chez les stratèges libéraux, on se montre optimistes. On souligne que la campagne est encore jeune et que le chef libéral parviendra à faire passer son message. La dynamique de la campagne ne s'est pas encore imposée et il est normal qu'environ le tiers de l'électorat s'oppose à la tenue d'élections dans la première semaine de la campagne. Mais ce sentiment se dissipera, croit-on.
Le directeur des communications du PLQ, Michel Rochette, a toutefois confié hier au Devoir que le parti tentera de modérer son affichage. Le ras-le-bol à l'égard des pancartes «fait partie des préoccupations» du PLQ, admet-il du bout des lèvres. «On est conscients que les gens viennent de traverser une campagne. Et il y a encore des pancartes fédérales sur certains poteaux», dit-il. En tout, le PLQ compte réduire son affichage de 60 % par rapport à celui du dernier scrutin. «En 2007, les plaintes ont été nombreuses; on a compris le message.» La taille des pancartes sera réduite aussi. Sans compter qu'elles seront «totalement recyclables», note M. Rochette avec une fierté verte.
Moins de porte-à-porte, pas de pointage
Chez les péquistes, des candidats disent ressentir un ressac à l'égard des élections. Mercredi à Longueuil, Marie Malavoy indiquait à un groupe de journalistes qu'elle ralentira ses activités de porte-à-porte au cours des prochains jours. La députée sortante de Taillon le dit franchement: la réception n'est pas bonne. «C'est comme si les gens en avaient assez des politiciens après la campagne fédérale.» Le message ne passe pas, faute d'oreilles attentives. Plusieurs des candidats de la Montérégie approuvaient l'observation de Mme Malavoy. Conclusion: mieux vaut pour l'instant organiser des activités où ce sont les gens qui viennent vers les candidats, et non l'inverse.
Candidat dans La Prairie et organisateur politique reconnu, François Rebello a modulé sa stratégie de campagne en fonction de ce manque d'intérêt. «Personne n'est enthousiaste, disait-il hier, lorsque joint par téléphone. Nous avons une côte à remonter. Donc, pour tout de suite, on ne fait pas de pointage. On laisse aux gens le temps de décanter.»
Ainsi, M. Rebello se tourne davantage vers Internet pour lancer des invitations à des assemblées de cuisine ou pour faire circuler des documents — comme son petit film sur le train de banlieue de la Rive-Sud. «L'idée, c'est d'informer sans presser personne. On le sait que ça n'a pas de bon sens [d'être en campagne électorale], on comprend ça. On leur dit: prenez votre temps pour vous faire une idée et on reviendra en fin de campagne.»
Certains au PQ craignent qu'il soit très difficile de convaincre les gens d'aller voter le 8 décembre. Au PQ, les finances sont rachitiques (le parti fait campagne à crédit) et on ne pourra pas compter sur l'aide organisationnelle de la FTQ pour solliciter les électeurs. Hier, Pauline Marois jurait toutefois que la machine du PQ «est bien rodée» et qu'elle permettra au parti de contourner le danger de l'abstention.
Mais les candidats de la Montérégie le disaient sans gêne: il faudra travailler fort pour susciter un engouement quelconque dans la population. La crainte étant que le vote de protestation contre la décision de M. Charest ne s'exprime simplement pas.
Aux bureaux du Directeur général des élections, on craint aussi la baisse du taux de participation. Celui-ci avait chuté de 78,32 % en 1998 à 70,42 % en 2003 pour se stabiliser à 71,23 % en 2007. On est loin du taux de 85,25 % de 1976 (et encore plus du taux de 27,30 % de 1919, mais c'était un autre monde...).
«On n'est pas en mode inquiétude, mais en mode espoir», soutient toutefois le porte-parole du DGE, Denis Dion. L'ajout de cinq nouveaux jours de vote auprès du directeur du scrutin, en plus des deux journées du vote par anticipation, permettra à plus d'électeurs de participer, croit-on. «Avant, les Québécois avaient trois jours pour voter. En 2008, le 8 décembre, ils en auront huit», fait remarquer M. Dion.
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