Projet hydroélectrique de la rivière Romaine - Roy Dupuis reproche à Hydro-Québec d'avoir acheté l'appui des élus régionaux
Photo : Jacques Grenier
«Aucune entente ne devrait être légalement autorisée entre un promoteur public ou privé avant qu’un projet ne soit autorisé par Québec», soutient Roy Dupuis, porte-parole de la Fondation Rivières.
Le comédien Roy Dupuis, porte-parole de la Fondation Rivières, estime qu'Hydro-Québec et son actionnaire principal, le gouvernement, achètent littéralement les élus des instances régionales afin d'obtenir leur appui dans la réalisation des grands projets énergétiques, comme celui de la Romaine.
Roy Dupuis avoue avoir passé la semaine dernière au grand complet à suivre sur Internet les audiences publiques sur le projet de la Romaine malgré le son «pénible», la difficulté pour un auditeur de savoir qui étaient les interlocuteurs dans le feu des débats, l'absence des tableaux et des diagrammes dont on discutait à Havre-Saint-Pierre.
Mais il a eu un choc quand Hydro-Québec a été obligée de déposer un résumé des sommes qu'elle a versées et qui seront versées d'ici 50 ans à la MRC de la Minganie, dont le total dépasse les 700 millions.
Et hier, les médias de la Côte-Nord annonçaient la conclusion d'une autre entente de 56 millions avec les autochtones de la région.
Valse des millions
Le comédien, engagé depuis des années dans la défense des rivières du Québec, relève sur la pièce DA-38, produite devant la commission du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), que un million a été déjà versé à cette MRC à la signature de l'entente, le 21 janvier dernier, censément pour couvrir les «frais» de négociation et de ratification du document.
Six autres millions se sont ajoutés, comptants, le 21 avril, non remboursables, «afin de soutenir la MRC Minganie dans ses démarches pour appuyer Hydro-Québec dans le processus d'obtention des permis et autorisations gouvernementales nécessaires à la réalisation du projet Romaine et également soutenir la MRC Minganie dans ses démarches pour promouvoir le projet Romaine et favoriser son acceptation dans son milieu d'accueil». Six autres millions vont suivre plus tard — remboursables si le projet ne voit pas le jour» — toujours pour «favoriser l'acceptation sociale et l'intégration du projet» dans le milieu.
Un deuxième fonds pour des travaux correcteurs sera aussi doté par Hydro-Québec à hauteur de 15 millions pour favoriser l'environnement et «l'utilisation du territoire» régional: les versements commenceront après le début des travaux.
Enfin, un troisième fonds de développement régional sera créé «afin de permettre la réalisation de projets à caractère social, culturel, économique et récréotouristique» dont les versements totaux sur 50 ans atteindront 275,8 millions pour la centrale Romaine-2 et 409 millions pour la Romaine-4.
Acheter la région
Hydro-Québec, qui a confirmé ces sommes dans un document écrit, a toutefois refusé de divulguer aux commissaires le texte de ce contrat de d'appui.
Pour Roy Dupuis, aucun doute n'est permis: Hydro-Québec «a carrément l'air d'acheter la région» et ses élus, lesquels osent s'engager dans un contrat d'appui 10 mois avant les audiences du BAPE et sans attendre le bilan de la commission d'évaluation. Les élus — et c'est la même chose dans d'autres régions avec des promoteurs privés — n'hésitent plus à s'inféoder à un projet sans en connaître tous les impacts, sauf du point de vue du promoteur, et sans savoir s'il mérite d'être rejeté, une hypothèse qui ne peut être exclue devant une commission vraiment indépendante.
Pour le porte-parole de la Fondation Rivières, «aucune entente ne devrait être légalement autorisée entre un promoteur public ou privé avant qu'un projet ne soit autorisé par Québec, et cela, à l'issue d'un véritable débat public devant une instance vraiment indépendante. La décision devrait être prise en connaissance de cause, et l'argent ne devrait pas biaiser le débat. On doit aussi se demander pourquoi le profit tiré de l'exploitation d'une ressource publique comme une rivière ne profite pas, via un fonds général, à toutes les MRC et régions du Québec. Actuellement, celles qui n'ont pas de rivières sont injustement désavantagées, et acheter l'appui de celles qui ont des rivières donne l'impression qu'on veut utiliser leurs besoins pour les amener à sacrifier des ressources patrimoniales».
Un BAPE plus indépendant
Pour Roy Dupuis, le BAPE s'enlise avec le débat sur la Romaine «dans un sérieux problème de crédibilité», notamment parce qu'il a limité l'audience à la région d'accueil du projet où pancartes et commerçants militent en sa faveur depuis plus d'un an sans la moindre contrepartie. Le comédien, dont la fondation a boycotté la première partie de cette audience, dit qu'elle en aurait fait autant si le BAPE avait voulu limiter l'audience aux seules grandes villes, car, dit-il, la voix des régions est aussi essentielle dans ce débat que la voix de ceux qui réclament un débat sur les «enjeux nationaux» du projet.
Il croit de moins en moins à l'objectivité du BAPE et de ses commissaires, le président de cet organisme étant le fait d'une nomination personnelle du premier ministre et les commissaires, du cabinet: «Si ce n'est pas là un conflit d'intérêts de la part d'un gouvernement qui pousse derrière un projet pour en toucher les dividendes, c'est quoi?»
«Comment réagirait le premier ministre, poursuit Roy Dupuis, ou le gouvernement si c'était le milieu environnemental qui nommait le président du BAPE et les commissaires?»
Si le président du BAPE était nommé par accord commun des partis de l'Assemblée nationale, ajoute Roy Dupuis, ce serait certainement «un peu plus crédible, mais pas totalement quand on voit à quel point nos partis politiques sont pour la plupart décidés à développer les ressources sans égard aux alternatives de moindre impact, comme une république de bananes qui solde ses ressources».
La surconsommation au coeur du problème
Car le coeur du problème est là, selon Roy Dupuis, soit la surconsommation d'énergie, pour ne pas dire «ce gaspillage» généralisé, qui ouvre la porte directement à la surexploitation des ressources parce que c'est plus simple et plus payant pour les amis du régime, financiers, grands bureaux d'ingénieurs et de consultants.
«On profite, ajoute le comédien de plus en plus militant écologiste, du choc économique actuel pour mousser du développement lourd, dans presque tous les partis politiques, qu'il s'agisse de l'exploitation des hydrocarbures du golfe Saint-Laurent ou des dernières grandes rivières vierges comme la Romaine.»
À son avis, les partis politiques devraient plutôt promouvoir dans cette élection un moratoire sur les grands projets jusqu'à ce que l'on ait établi dans une nouvelle politique énergétique un ordre de priorité dans le développement des filières en commençant par les moins lourdes de conséquences pour l'environnement, comme l'efficacité énergétique, le solaire, l'éolien et la géothermie.
Roy Dupuis avoue avoir passé la semaine dernière au grand complet à suivre sur Internet les audiences publiques sur le projet de la Romaine malgré le son «pénible», la difficulté pour un auditeur de savoir qui étaient les interlocuteurs dans le feu des débats, l'absence des tableaux et des diagrammes dont on discutait à Havre-Saint-Pierre.
Mais il a eu un choc quand Hydro-Québec a été obligée de déposer un résumé des sommes qu'elle a versées et qui seront versées d'ici 50 ans à la MRC de la Minganie, dont le total dépasse les 700 millions.
Et hier, les médias de la Côte-Nord annonçaient la conclusion d'une autre entente de 56 millions avec les autochtones de la région.
Valse des millions
Le comédien, engagé depuis des années dans la défense des rivières du Québec, relève sur la pièce DA-38, produite devant la commission du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), que un million a été déjà versé à cette MRC à la signature de l'entente, le 21 janvier dernier, censément pour couvrir les «frais» de négociation et de ratification du document.
Six autres millions se sont ajoutés, comptants, le 21 avril, non remboursables, «afin de soutenir la MRC Minganie dans ses démarches pour appuyer Hydro-Québec dans le processus d'obtention des permis et autorisations gouvernementales nécessaires à la réalisation du projet Romaine et également soutenir la MRC Minganie dans ses démarches pour promouvoir le projet Romaine et favoriser son acceptation dans son milieu d'accueil». Six autres millions vont suivre plus tard — remboursables si le projet ne voit pas le jour» — toujours pour «favoriser l'acceptation sociale et l'intégration du projet» dans le milieu.
Un deuxième fonds pour des travaux correcteurs sera aussi doté par Hydro-Québec à hauteur de 15 millions pour favoriser l'environnement et «l'utilisation du territoire» régional: les versements commenceront après le début des travaux.
Enfin, un troisième fonds de développement régional sera créé «afin de permettre la réalisation de projets à caractère social, culturel, économique et récréotouristique» dont les versements totaux sur 50 ans atteindront 275,8 millions pour la centrale Romaine-2 et 409 millions pour la Romaine-4.
Acheter la région
Hydro-Québec, qui a confirmé ces sommes dans un document écrit, a toutefois refusé de divulguer aux commissaires le texte de ce contrat de d'appui.
Pour Roy Dupuis, aucun doute n'est permis: Hydro-Québec «a carrément l'air d'acheter la région» et ses élus, lesquels osent s'engager dans un contrat d'appui 10 mois avant les audiences du BAPE et sans attendre le bilan de la commission d'évaluation. Les élus — et c'est la même chose dans d'autres régions avec des promoteurs privés — n'hésitent plus à s'inféoder à un projet sans en connaître tous les impacts, sauf du point de vue du promoteur, et sans savoir s'il mérite d'être rejeté, une hypothèse qui ne peut être exclue devant une commission vraiment indépendante.
Pour le porte-parole de la Fondation Rivières, «aucune entente ne devrait être légalement autorisée entre un promoteur public ou privé avant qu'un projet ne soit autorisé par Québec, et cela, à l'issue d'un véritable débat public devant une instance vraiment indépendante. La décision devrait être prise en connaissance de cause, et l'argent ne devrait pas biaiser le débat. On doit aussi se demander pourquoi le profit tiré de l'exploitation d'une ressource publique comme une rivière ne profite pas, via un fonds général, à toutes les MRC et régions du Québec. Actuellement, celles qui n'ont pas de rivières sont injustement désavantagées, et acheter l'appui de celles qui ont des rivières donne l'impression qu'on veut utiliser leurs besoins pour les amener à sacrifier des ressources patrimoniales».
Un BAPE plus indépendant
Pour Roy Dupuis, le BAPE s'enlise avec le débat sur la Romaine «dans un sérieux problème de crédibilité», notamment parce qu'il a limité l'audience à la région d'accueil du projet où pancartes et commerçants militent en sa faveur depuis plus d'un an sans la moindre contrepartie. Le comédien, dont la fondation a boycotté la première partie de cette audience, dit qu'elle en aurait fait autant si le BAPE avait voulu limiter l'audience aux seules grandes villes, car, dit-il, la voix des régions est aussi essentielle dans ce débat que la voix de ceux qui réclament un débat sur les «enjeux nationaux» du projet.
Il croit de moins en moins à l'objectivité du BAPE et de ses commissaires, le président de cet organisme étant le fait d'une nomination personnelle du premier ministre et les commissaires, du cabinet: «Si ce n'est pas là un conflit d'intérêts de la part d'un gouvernement qui pousse derrière un projet pour en toucher les dividendes, c'est quoi?»
«Comment réagirait le premier ministre, poursuit Roy Dupuis, ou le gouvernement si c'était le milieu environnemental qui nommait le président du BAPE et les commissaires?»
Si le président du BAPE était nommé par accord commun des partis de l'Assemblée nationale, ajoute Roy Dupuis, ce serait certainement «un peu plus crédible, mais pas totalement quand on voit à quel point nos partis politiques sont pour la plupart décidés à développer les ressources sans égard aux alternatives de moindre impact, comme une république de bananes qui solde ses ressources».
La surconsommation au coeur du problème
Car le coeur du problème est là, selon Roy Dupuis, soit la surconsommation d'énergie, pour ne pas dire «ce gaspillage» généralisé, qui ouvre la porte directement à la surexploitation des ressources parce que c'est plus simple et plus payant pour les amis du régime, financiers, grands bureaux d'ingénieurs et de consultants.
«On profite, ajoute le comédien de plus en plus militant écologiste, du choc économique actuel pour mousser du développement lourd, dans presque tous les partis politiques, qu'il s'agisse de l'exploitation des hydrocarbures du golfe Saint-Laurent ou des dernières grandes rivières vierges comme la Romaine.»
À son avis, les partis politiques devraient plutôt promouvoir dans cette élection un moratoire sur les grands projets jusqu'à ce que l'on ait établi dans une nouvelle politique énergétique un ordre de priorité dans le développement des filières en commençant par les moins lourdes de conséquences pour l'environnement, comme l'efficacité énergétique, le solaire, l'éolien et la géothermie.
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