Miser sur le béton
Photo : Jacques Nadeau
Le chef libéral Jean Charest a présenté hier un plan d'action économique que son gouvernement aurait pu mettre en oeuvre sans avoir besoin de l'appui des partis d'opposition. Il ne contient aucune mesure qui nécessiterait l'adoption d'un budget ou de projets de loi. C'est à Québec puis à Montréal que Jean Charest a livré un discours dans lequel il a exposé, devant un parterre de représentants des chambres de commerce, son plan pour stimuler l'économie.
Le chef libéral a répété que le Québec avait besoin d'un «gouvernement de stabilité», soit un gouvernement majoritaire, pour «traverser cette période de turbulence».
Pour soutenir l'emploi, le plan prévoit d'augmenter de 37 à 41 milliards les investissements dans les infrastructures pour la période 2008-13. Pour l'an prochain, l'investissement s'élèverait à 13,9 milliards, soit 400 millions de plus que ce qui était déjà programmé; il serait de 13,5 milliards en 2010-11, soit 300 millions de plus. Ces sommes additionnelles permettront de maintenir quelque 3000 emplois de plus pendant ces deux ans, a-t-on calculé.
Pour aider les entreprises, un gouvernement libéral mettra à la disposition de la Société générale de financement (SGF) un milliard de dollars, soit 500 millions pour chacune des deux prochaines années, afin de permettre à la société d'État de prendre des participations dans des entreprises. Selon les explications fournies par l'entourage de M. Charest, il ne se fait plus d'émissions d'actions au Canada depuis le début de la crise financière. La SGF ferait l'acquisition de ce capital-actions qu'elle conserverait le temps que le marché des capitaux se rétablisse. Elle le revendrait dans deux ou trois ans. Ce milliard, emprunté par le gouvernement, représenterait des frais d'intérêt de 50 millions par an, une somme qui pourrait être récupérée lors de la revente des participations.
Cette avance à la SGF ainsi que l'accélération des investissements dans les infrastructures viendront gonfler la dette publique de cinq milliards.
En outre, une enveloppe d'un milliard serait versée à Investissement Québec pour consentir des prêts et des garanties de prêts. Cette mesure avait déjà été annoncée par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, lors de la mise à jour économique rendue publique mardi. Elle représente un débours de 41 millions pour l'année en cours et de 82 millions pour l'année suivante.
Aucune de ces mesures ne nécessiterait un amendement législatif ou un nouveau budget, a-t-on indiqué hier. Le gouvernement peut agir rapidement par voie de décrets ou de bulletins d'information du ministère des Finances sans que l'Assemblée nationale ait à donner son aval.
C'est le cas aussi pour les autres mesures contenues dans le plan d'action. Ainsi, un gouvernement libéral portera de 50 % à 75 % l'aide financière accordée aux entreprises pour la formation professionnelle. Le plan évoque aussi la mise en place d'un programme pour encourager la rénovation domiciliaire. Il prendra la forme d'un crédit d'impôt, a-t-on appris.
Jean Charest s'est aussi engagé à hausser le salaire minimum de 50 ¢ l'heure en 2009 et d'autant en 2010, pour le porter à 9,50 $. En 2008, le gouvernement avait augmenté de 50 ¢ le salaire minimum. Rien de neuf sous le soleil: c'est la même augmentation qui avait été accordée en 2008.
Devant les gens d'affaires, Jean Charest a fait grand cas du dernier volet de son plan d'action, ce qu'il qualifie de «nouvel espace économique» pour le Québec. Sous ce vocable, le chef libéral rassemble l'entente sur la mobilité de la main-d'oeuvre entre le Québec et la France, entente qu'il a signée le mois dernier avec le président français Nicolas Sarkozy, ainsi que la négociation encore embryonnaire d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. «Ce n'est pas juste un leadership pour le Québec. C'est à la hauteur de ce que nous sommes, nous au Québec, pour faire un leadership qui est mondial», a lancé M. Charest
La «vision d'avenir» que défend M. Charest comprend aussi une alliance économique entre le Québec et l'Ontario qui doit se conclure en 2009 afin de former la «quatrième économie régionale en Amérique du Nord» après la Californie, l'État de New York et le Texas, a-t-il fait valoir. Enfin, ce nouvel espace économique repose sur la mobilité de la main-d'oeuvre à travers le Canada et sur «l'ouverture du Nord québécois», dont le chef libéral a vanté l'immense potentiel dans les domaines énergétique, minier et récréotouristique.
Le chef libéral n'a pas manqué, hier, d'égratigner ses adversaires. «Ce n'est pas M. Dumont qui aurait défendu l'idée qu'il faut aller chercher des immigrants en France pour pallier les pénuries de main-d'oeuvre, a déclaré M. Charest. Ce n'est pas Mme Marois non plus qui va dire: hé, j'ai une idée aujourd'hui, faisons une entente commerciale avec l'Ontario.»
Une fois réélu, un gouvernement libéral se mettrait rapidement à l'ouvrage. Dans le décret qui dissout l'Assemblée nationale, il est prévu que la prochaine session parlementaire commencera le 13 janvier prochain. Affichant une belle assurance, Jean Charest n'a pas semblé douter une seconde de la victoire de son parti le 8 décembre prochain. «Nous avons arrêté la date du 13 janvier pour reprendre les travaux. Après une campagne électorale, il y aura des discussions avec les partis d'opposition et nous regarderons l'agenda», a-t-il avancé, comme s'il était déjà aux commandes. Sans les deux autres paires de mains.
Le chef adéquiste, Mario Dumont, a critiqué hier le plan du PLQ. «C'est rire du monde, c'est carrément ça. De dissoudre l'Assemblée, d'arrêter le travail parce que c'est "l'économie d'abord". Je vous l'ai dit hier, c'est plutôt "l'économie prend le bord".»
Faisant remarquer que tout le monde fait actuellement ses suggestions pour l'économie, il a déploré le fait que «l'on ne peut en débattre dans le forum où on peut les mettre en application, qui s'appelle l'Assemblée nationale du Québec, parce que Jean Charest a mis le cadenas sur la porte pour partir en campagne électorale.»
M. Dumont donne l'exemple de l'augmentation du salaire minimum proposée par M. Charest. «Ç'aurait pu être adopté tout de suite à l'Assemblée; probablement que tout le monde aurait embarqué pour faire ça rapidement.»
Au reste, le plan de Charest «a l'air d'un plan de Bernard Landry et du PQ». Il estime qu'il est «en rupture avec ce que la classe moyenne attend. C'est les grandes entreprises et les grands lobbyistes qui vont ramasser le magot. Presque rien pour la classe moyenne».
Il souligne que ce que le PLQ propose, ce ne sont pas des programmes universels. «Pour avoir accès à cet argent-là, il va falloir faire du lobbying auprès du gouvernement: une entreprise contre une autre pour avoir accès à cet argent.»
***
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
Le chef libéral a répété que le Québec avait besoin d'un «gouvernement de stabilité», soit un gouvernement majoritaire, pour «traverser cette période de turbulence».
Pour soutenir l'emploi, le plan prévoit d'augmenter de 37 à 41 milliards les investissements dans les infrastructures pour la période 2008-13. Pour l'an prochain, l'investissement s'élèverait à 13,9 milliards, soit 400 millions de plus que ce qui était déjà programmé; il serait de 13,5 milliards en 2010-11, soit 300 millions de plus. Ces sommes additionnelles permettront de maintenir quelque 3000 emplois de plus pendant ces deux ans, a-t-on calculé.
Pour aider les entreprises, un gouvernement libéral mettra à la disposition de la Société générale de financement (SGF) un milliard de dollars, soit 500 millions pour chacune des deux prochaines années, afin de permettre à la société d'État de prendre des participations dans des entreprises. Selon les explications fournies par l'entourage de M. Charest, il ne se fait plus d'émissions d'actions au Canada depuis le début de la crise financière. La SGF ferait l'acquisition de ce capital-actions qu'elle conserverait le temps que le marché des capitaux se rétablisse. Elle le revendrait dans deux ou trois ans. Ce milliard, emprunté par le gouvernement, représenterait des frais d'intérêt de 50 millions par an, une somme qui pourrait être récupérée lors de la revente des participations.
Cette avance à la SGF ainsi que l'accélération des investissements dans les infrastructures viendront gonfler la dette publique de cinq milliards.
En outre, une enveloppe d'un milliard serait versée à Investissement Québec pour consentir des prêts et des garanties de prêts. Cette mesure avait déjà été annoncée par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, lors de la mise à jour économique rendue publique mardi. Elle représente un débours de 41 millions pour l'année en cours et de 82 millions pour l'année suivante.
Aucune de ces mesures ne nécessiterait un amendement législatif ou un nouveau budget, a-t-on indiqué hier. Le gouvernement peut agir rapidement par voie de décrets ou de bulletins d'information du ministère des Finances sans que l'Assemblée nationale ait à donner son aval.
C'est le cas aussi pour les autres mesures contenues dans le plan d'action. Ainsi, un gouvernement libéral portera de 50 % à 75 % l'aide financière accordée aux entreprises pour la formation professionnelle. Le plan évoque aussi la mise en place d'un programme pour encourager la rénovation domiciliaire. Il prendra la forme d'un crédit d'impôt, a-t-on appris.
Jean Charest s'est aussi engagé à hausser le salaire minimum de 50 ¢ l'heure en 2009 et d'autant en 2010, pour le porter à 9,50 $. En 2008, le gouvernement avait augmenté de 50 ¢ le salaire minimum. Rien de neuf sous le soleil: c'est la même augmentation qui avait été accordée en 2008.
Devant les gens d'affaires, Jean Charest a fait grand cas du dernier volet de son plan d'action, ce qu'il qualifie de «nouvel espace économique» pour le Québec. Sous ce vocable, le chef libéral rassemble l'entente sur la mobilité de la main-d'oeuvre entre le Québec et la France, entente qu'il a signée le mois dernier avec le président français Nicolas Sarkozy, ainsi que la négociation encore embryonnaire d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. «Ce n'est pas juste un leadership pour le Québec. C'est à la hauteur de ce que nous sommes, nous au Québec, pour faire un leadership qui est mondial», a lancé M. Charest
La «vision d'avenir» que défend M. Charest comprend aussi une alliance économique entre le Québec et l'Ontario qui doit se conclure en 2009 afin de former la «quatrième économie régionale en Amérique du Nord» après la Californie, l'État de New York et le Texas, a-t-il fait valoir. Enfin, ce nouvel espace économique repose sur la mobilité de la main-d'oeuvre à travers le Canada et sur «l'ouverture du Nord québécois», dont le chef libéral a vanté l'immense potentiel dans les domaines énergétique, minier et récréotouristique.
Le chef libéral n'a pas manqué, hier, d'égratigner ses adversaires. «Ce n'est pas M. Dumont qui aurait défendu l'idée qu'il faut aller chercher des immigrants en France pour pallier les pénuries de main-d'oeuvre, a déclaré M. Charest. Ce n'est pas Mme Marois non plus qui va dire: hé, j'ai une idée aujourd'hui, faisons une entente commerciale avec l'Ontario.»
Une fois réélu, un gouvernement libéral se mettrait rapidement à l'ouvrage. Dans le décret qui dissout l'Assemblée nationale, il est prévu que la prochaine session parlementaire commencera le 13 janvier prochain. Affichant une belle assurance, Jean Charest n'a pas semblé douter une seconde de la victoire de son parti le 8 décembre prochain. «Nous avons arrêté la date du 13 janvier pour reprendre les travaux. Après une campagne électorale, il y aura des discussions avec les partis d'opposition et nous regarderons l'agenda», a-t-il avancé, comme s'il était déjà aux commandes. Sans les deux autres paires de mains.
Le chef adéquiste, Mario Dumont, a critiqué hier le plan du PLQ. «C'est rire du monde, c'est carrément ça. De dissoudre l'Assemblée, d'arrêter le travail parce que c'est "l'économie d'abord". Je vous l'ai dit hier, c'est plutôt "l'économie prend le bord".»
Faisant remarquer que tout le monde fait actuellement ses suggestions pour l'économie, il a déploré le fait que «l'on ne peut en débattre dans le forum où on peut les mettre en application, qui s'appelle l'Assemblée nationale du Québec, parce que Jean Charest a mis le cadenas sur la porte pour partir en campagne électorale.»
M. Dumont donne l'exemple de l'augmentation du salaire minimum proposée par M. Charest. «Ç'aurait pu être adopté tout de suite à l'Assemblée; probablement que tout le monde aurait embarqué pour faire ça rapidement.»
Au reste, le plan de Charest «a l'air d'un plan de Bernard Landry et du PQ». Il estime qu'il est «en rupture avec ce que la classe moyenne attend. C'est les grandes entreprises et les grands lobbyistes qui vont ramasser le magot. Presque rien pour la classe moyenne».
Il souligne que ce que le PLQ propose, ce ne sont pas des programmes universels. «Pour avoir accès à cet argent-là, il va falloir faire du lobbying auprès du gouvernement: une entreprise contre une autre pour avoir accès à cet argent.»
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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
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