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La relève libérale

Michel David   4 novembre 2008  Québec
Mario Dumont a magnifiquement illustré la parabole de la poutre et de la paille en parlant d'une «démobilisation» au PQ, parce que 6 députés sur 36 ne solliciteront pas un autre mandat.

Après que deux de ses propres députés eurent déserté les rangs du PLQ et que son adjoint, Gilles Taillon, eut décidé de déménager dans l'Outaouais pour s'assurer d'être battu, le chef de l'ADQ devrait plutôt s'occuper de ses ouailles.

Il n'y a pas si longtemps, M. Dumont aurait sans doute été bien heureux d'apprendre que certains des élus du printemps 2007 ne souhaitaient pas se représenter, ce qui lui aurait permis d'offrir leur circonscription à des candidats plus prestigieux qui auraient ajouté de la crédibilité à son équipe.

Aujourd'hui, sauf dans quelques circonscriptions que l'ADQ peut espérer conserver, le problème serait plutôt de leur trouver un remplaçant. L'ex-journaliste de TQS à Québec, Gérard Deltell, tentera de prendre la relève de M. Taillon dans Chauveau. Il est vrai que M. Deltell n'a jamais caché son intérêt pour l'ADQ et les idées qu'elle défend, mais il est surtout disponible. Ces jours-ci, il faut avoir une foi inébranlable pour abandonner son emploi pour défendre les couleurs adéquistes.

Quoi qu'en dise M. Dumont, le départ le plus significatif depuis que le déclenchement imminent d'élections ne fait plus de doute n'est pas survenu au PQ. Celui de Louise Harel marque sans doute la fin d'une époque, mais il ne constitue pas vraiment une surprise. En 2007, elle ne s'était présentée que pour éviter de donner l'impression qu'elle abandonnait le navire en plein naufrage.

***

En revanche, personne ne s'attendait à ce que le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, jette l'éponge, même si on peut comprendre qu'après dix ans, un père de quatre enfants peut en avoir assez de faire la navette hebdomadaire entre l'Outaouais et Québec.

Depuis sa première élection dans Chapleau, en 1998, M. Pelletier a toujours été identifié à l'aile nationaliste du PLQ. Le rapport qu'il a signé en 1981, qui constitue toujours la politique constitutionnelle du gouvernement Charest, s'inspirait directement de l'accord du lac Meech.

Même s'il reconnaissait lui-même que le moment n'était pas propice à une reprise des négociations, M. Pelletier a vainement tenté pendant des années de convaincre son parti de ne pas laisser au PQ le monopole de la question identitaire.

Durant le premier mandat du gouvernement Charest, certains à Ottawa l'accusaient d'exercer une mauvaise influence sur le premier ministre, par opposition à sa collègue des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, qui semblait mieux comprendre que le Québec devait enfin apprendre à se comporter comme une province.

Il est étonnant de le voir prendre sa retraite précisément au moment où M. Charest semble avoir décidé de se porter à la défense des intérêts du Québec face à Ottawa. Peut-être estime-t-il que cette conversion est simplement temporaire.

Il est vrai qu'après avoir expliqué pendant dix ans que «le fruit n'est pas mûr», il aurait peut-être eu envie de relever un nouveau défi. C'était un secret de Polichinelle qu'il aspirait aux Relations internationales. Puisque Mme Gagnon-Tremblay a accepté de se représenter et que M. Charest ne peut rien lui refuser, M. Pelletier risquait de poireauter aux Affaires intergouvernementales pendant encore un bon moment.

***

Si son départ constitue une surprise, que dire du retour de Robert Dutil? En avril dernier, l'ancien ministre avait fondé le parti de l'Union du centre pour protester contre les crédits d'impôt accordés aux régions ressources au détriment des régions du centre.

Il serait peu de dire qu'à la fin des années 1980, M. Dutil ne constituait pas un pilier du gouvernement Bourassa. En réalité, il était plutôt un objet de gêne. En 1988, le bureau du premier ministre avait été très indisposé d'apprendre que M. Dutil, alors ministre de la Famille, avait installé sa femme et ses enfants dans une commune aux pratiques douteuses connue sous le nom de Cité écologique de l'Ère du Verseau, située à Ham-Nord, dans la région des Bois-Francs. M. Dutil allait les rejoindre toutes les fins de semaine dans sa limousine ministérielle.

Malgré le respect dû à la vie privée, M. Bourassa trouvait que cet arrangement envoyait un curieux message. À un point tel que M. Dutil avait été démis de ses fonctions à la Famille et muté aux Communications.

Dans une élection qui se jouera peut-être sur quelques sièges, M. Dutil pourrait sans doute aider le PLQ à arracher Beauce-Sud à l'ADQ. La famille Dutil est une institution dans la région, et l'exemple de Maxime Bernier montre que les Beaucerons sont particulièrement indulgents envers les leurs.

Contrairement à leurs homologues libéraux, les chefs péquistes n'ont jamais eu le loisir de réserver des circonscriptions sûres à des candidats de leur choix, ce qui leur a souvent valu des déconvenues humiliantes et a parfois privé le PQ de recrues intéressantes.

Plusieurs souhaitaient qu'au congrès de juin 2005, les statuts du parti soient modifiés pour donner plus de latitude au chef. Au moment de se soumettre à un vote de confiance, Bernard Landry n'avait cependant pas voulu prendre le risque d'un affrontement avec les militants, qui ont toujours considéré le choix des candidats comme une prérogative non négociable.

Ce qui est souvent perçu comme un excès de démocratie présente au moins l'avantage d'éviter des parachutages aussi discutables que celui de M. Dutil qui, c'est le moins que l'on puisse dire, incarne une bien curieuse relève.

***

mdavid@ledevoir.com






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  • J. Maurice Arbour
    Abonné
    mardi 4 novembre 2008 07h44
    Du jovialisme au réalisme
    Le très jovialiste M. Pelletier, un brin naïf,a enfin compris que ses ambitions constitutionnelles ne lèveraient jamais de terre avec M. Charest comme chef de gouvernement.Au fait, le rapport qu'il a signé ne remonte pas à 1981 mais plutôt à 2001 si ma mémoire est bonne. Il sera très vite remplacé par d'autres qui estimeront, eux aussi, bien sincèrement et bien honnêtement, qu'on peut réformer la constitution et qu'on peut toujours s'entendre avec nos amis de l'Ouest.Faut-il en rire ou en pleurer?

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 08h26
    Un fruit artificiel ne peut pas mûrir
    Nos Libéraux très provinciaux attendent que le fruit constitutionnel du fédéralisme soit mûr pour le faire ouvrir mais, comme ce fruit est artificiel, n'ayant jamais été soumis à la population et renié par notre Assemblée nationale à son rapatriement, il ne mûrira jamais...jamais.

    Faut que le Québec le prenne comme qu'il devienne souverain.

  • Jacques Léger
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 08h49
    La réforme des institutions démocratiques
    La grande faiblesse de Pelletier est le triste bilan de ses supposés efforts pour améliorer nos institutions démocratiques. À ce niveau son départ ne sera pas regretté par tous ceux (et ils sont nombreux) qui attendent depuis longtemps que leur vote ait une réelle signification.

    Jacques Léger, Montréal (Petite-Patrie).

  • Roger Dion
    Abonné
    mardi 4 novembre 2008 09h41
    Si nous pouvons questionner certain départ libéral DUMONT n est pas placé pour critiquer
    Oui M.PELLETIER a comprit, que la vrai réforme du fédéraliste, ne se fera jamais avec CHAREST, comme chef du parti libéral du QUÉBEC.
    Il y a le ministre FOURNIER ,que le départ est discutable.
    DUMONT est très mal placé,pour parler des départs, dans les autres partis,lorsque ceux qui partent, ont environ 10 années et plus, de service comme député.
    ROGER MONTREAL

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 09h54
    Correction du fruit pas mûr par Gilles ousquet
    Comme il s'est perdu un bout de phrase en chemin, voici le corrigé :

    Nos Libéraux très provinciaux attendent que le fruit constitutionnel du fédéralisme soit mûr pour le faire ouvrir mais, comme ce fruit est artificiel, n'ayant jamais été soumis à la population et renié par notre Assemblée nationale à son rapatriement, il ne mûrira jamais...jamais.

    Faut que le Québec le prenne comme tel ou qu'il devienne souverain.

  • Jean Desjardins
    Abonné
    mardi 4 novembre 2008 10h10
    Un remplaçant de taille...
    Je me demande pourquoi Jean Charest ne fait pas appel à un collaborateur plus articulé que Benoit Pelletier et davantage aligné sur sa véritable philosophie constitutionnelle, soit: le Québec qui apprend à se comporter comme une province docile...

    Ce remplaçant de taille existe et est, de surcroît disponible pour supporter un chef qui ne s'enfarge pas trop dans les fleurs du tapis de la démocratie. Il s'agit, bien sûr, de Stéphane Dion qui a déjà accompli avec le plus grand zèle une partie des basses oeuvres de Jean Chrétien et qui pourrait ainsi terminer allègrement sa carrière de fossoyeur de la nation Québécoise ! En toute discrétion ...sous la gouverne de l'autre Jean.

    Je suis surpris que John Parizella n'y ait pas déjà pensé.

    Quelle belle paire cela ferait ! Quelle belle image à présenter aux Québécois ! Un gouvernement libéral majoritaire, j'vous dis !!!

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    mardi 4 novembre 2008 10h14
    La ligue du vieux poêle
    Êtes-vous vraiment étonné de voir de plus en plus de «cretons» dans la politique ? Êtes-vous vraiment étonné de voir ces désistements ?

    Il est grand temps que l'on revalorise cette vocation en faisant deux choses: la première est d'éduquer la population et d'évincer ceux qui la discréditent par leur agissements duplessistes, leur manque de vision et d'envergure; la deuxième est d'imposer des standards, des profils minimaux obligatoires comme on en exige pour tout poste clé dans une entreprise.

    ....

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 14h58
    @ M. Jean Desjardins au sujet de M. Stéphane Dion
    Quelle bonne idée de M. Desjardins ! Il y a encore quelques bons comté provinciaux de libres qui votent du bon côté "le Libéral très provincial". M. Charest inciterait M. Dion à venir s'y présenter pour en faire son futur ministre des affaires inter-gouvernementales canadiennes.

    Fait que, tous à la manifestation de dimanche pour faire décider M. Dion. On apporte nos pancartes : On veut DION !, on veut DION !.

    Le Canada serait ainsi sauvé par cette bonne idée. M. Dion pourrait nous préparer une petite loi provinciale qui rendrait les référendums illégaux ou nuls si gagné à moins de 80 %. Faudrait quand même qu'il évite de faire de l'ombrage à M. Charest.

  • Roger Kemp
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 19h05
    Le temps est venu
    Le temps est venu de se donner tous les pouvoirs dont nous avons besoin pour s'épanouir. Ne nous laissons pas leurrer par le discours très nationaliste imposé à Jean Charest par ses penseurs en particulier John Parisella. Les libéraux sont plus mal en point que veut nous le laisser croire madame Économe. La crise économique est un cancer qui n'épargnera personne. Si nous ne voulons plus d'élections à répétition, votons massivement pour le parti qui nous mènera vers la souveraineté. C'est le temps de se prendre en main.

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 19h23
    il est en congé sabbatique depuis 10 ans
    Voilà le vrai scandale! Ca me rappelle un écrivain célèbre qui était en congé sabbatique aussi de 10 ans à Télé Québec!
    Est-ce qu'il y a une limite aux avantages que cette classe de privilégiés peut s'attribuer dans l'indifférence du bon peuple?

  • Jean-Renaud Dubois
    Abonné
    mardi 4 novembre 2008 23h14
    @M. Gagnon : Votre souhait est louable, mais comment y arriver!
    Bonjour

    @Jacques Gagnon,

    ...« Il est grand temps que l'on revalorise cette vocation », dites-vous.

    Votre souhait est louable, mais sur qui comptez vous, pour ce changement des mentalités?

    Sur Gesca? Tva? la SRC? Sur le peuple?

    Il y a bien sûr Le Devoir, mais il est 10 fois plus petit que le groupe Gesca...donc peu influant!

    On ne peut certainement pas compter sur la SRC, puisqu'elle n'invite que - presque en exclusivité - des chroniqueurs politiques, souvent cyniques et partisans.

    En outre, les chroniqueurs politiques invités à la radio et la télé de la SRC, proviennent en majorité du sérail de Gesca, because le Joint-venture de 2001. Donc...

    Ne comptez pas sur eux pour relever la qualité de nos institutions, ils sont bien mal placés pour le faire puisque le peuple les voit au même niveau que les politiciens.

    La seule avenue, c'est d'inviter non pas des chroniqueurs, mais de vrais spécialistes! Mais ils veulent un show, donc on les oublie. Et, misère!

    Ce n'est donc pas demain la veille...

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