Des élections avant Noël
Photo : Jacques Nadeau
Le ministre Raymond Bachand et Jean Charest, lors de l’annonce d’un investissement de 575 millions de Pratt & Whitney, hier, à Mirabel
Québec — En confirmant hier qu'il annulera sa participation à une importante mission en Chine prévue pour début novembre, Jean Charest a accrédité la thèse selon laquelle il compte déclencher des élections générales avant Noël. La date du déclenchement la plus probable est le 5 novembre, pour un vote le 8 décembre. Le premier ministre prétend toutefois qu'il «n'y a pas de décision de prise d'aller en élection», mais les signes que le rendez-vous électoral est inéluctable sont légion.
Hier, il a évoqué des raisons pour dissoudre le Parlement, rejetant sur l'Action démocratique et le Parti québécois la responsabilité d'un scrutin hâtif. Ces formations ont à ses yeux fait toute la fin de semaine des déclarations révélant qu'elles ne sont pas «en mode de coopération», alors que l'état de l'économie le commanderait, a souligné le premier ministre. «Quand [le député péquiste] Sylvain Simard va au micro pour annoncer l'intention de défaire le gouvernement, je pense qu'elles sont claires, les intentions de l'opposition», a déclaré M. Charest en marge d'une annonce à Mirabel. «J'ai entendu les déclarations de M. Legault [qui dit avoir hâte d'en découdre]; Mme Marois a fait circuler des pétitions et, en même temps, ils font une formation pour une campagne électorale.» Il illustre en somme les choses ainsi: «Je constate [...] que et Mme Marois et M. Dumont ont mis pas mal de bûches dans le poêle.» Dans l'entourage du premier ministre, hier, on assurait que les derniers jours avaient été déterminants dans sa réflexion: «Avant la fin de semaine, des élections automnales, ce n'était pas un scénario de prédilection pour lui.» Après ce week-end, on se demande si un gouvernement minoritaire pourrait avoir «la stabilité nécessaire pour traverser les périodes de turbulence qui s'en viennent», a-t-on confié.
M. Charest a soutenu que sa situation de gouvernement «minoritaire» — mot avec lequel il a renoué hier —, où il y a «trois paires de mains sur le volant», n'était pas l'idéal dans la crise actuelle. Il juge «avoir tenté de travailler avec» les partis d'opposition, les rencontrant notamment le 10 octobre au sujet de l'économie, mais ceux-ci, a-t-il soutenu, n'ont pas apporté «beaucoup de nouvelles idées». C'est d'ailleurs à la sortie de cette réunion que M. Charest avait refusé de prononcer le mot de «cohabitation», alors qu'il avait tout fait depuis des mois pour en promouvoir l'emploi. Dix jours plus tard, les oppositions se sont coalisées pour élire un nouveau président de l'assemblée issu des banquettes péquistes, ce qui a été qualifié explicitement de «rupture dans la cohabitation» par M. Charest.
Les priorités des partis d'opposition sont loin de l'économie, a du reste dénoncé le premier ministre. Dans un cas, il estime que M. Dumont a fait un conseil général pour proposer de «rouvrir la Constitution». Quant à Mme Marois, elle a réuni ses présidents de comté pour adopter un manifeste de la souveraineté. Dubitatif, M. Charest a enchaîné: «Placés devant ces réalités-là, on est bien obligé de tirer des conclusions: ils ne sont pas en mode collaboration avec le gouvernement, alors que nous faisons face à une situation économique qui est nouvelle, qui évolue beaucoup, qui change rapidement. Et qui fait appel à une réflexion sur la façon dont on va aborder l'avenir.»
Sur un air où le dramatique le disputait au solennel, il a lancé: «ce que j'ai entendu en fin de semaine m'amène à vouloir rester près de chez moi». Il dit préférer se concentrer sur la mise à jour économique que doit sous peu déposer le gouvernement (la date n'était pas encore déterminée hier). Jean Charest a ainsi confirmé une information qui avait déjà circulé jeudi dernier sur le fait qu'il s'apprêtait à annuler sa participation à une importante mission en Chine à laquelle cinq premiers ministres doivent participer. Il devait la diriger en sa qualité de président du Conseil de la fédération.
Son remplaçant n'a pas encore été désigné, a-t-on précisé au bureau de M. Charest hier. Le premier ministre lui-même a dit que «la mission en Chine sera présidée du côté québécois par une personne [...] au plus haut niveau pour nous représenter». Des sources ont indiqué que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui aurait choisi de ne pas solliciter un autre mandat, pourrait remplacer le premier ministre. D'autres sources indiquaient hier que la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, pourrait aussi remplacer M. Charest.
Quant au ministre du Développement économique, Raymond Bachand, qui devait être de la mission, on ignorait, hier à son bureau, s'il en serait. «Pour le moment, je n'ai pas d'information. Je n'ai pas eu d'indication encore s'il y va ou non», a soutenu Anne-Sophie Desmeules, la porte-parole de M. Bachand.
Opposition
L'opposition officielle a délégué la députée de Lotbinière, Sylvie Roy, hier après-midi, pour réagir aux propos de M. Charest. Elle a dit que l'ADQ était surprise par l'attitude de M. Charest puisque, dans les dernières semaines, les élus de sa formation ont offert leur collaboration au gouvernement, et elle a indiqué que de décréter des élections en décembre était le «pire moment pour le Québec» et un gaspillage de 100 millions de dollars.
Dans les rangs péquistes, on était outré par l'interprétation que Jean Charest a conférée aux propos de Sylvain Simard, hier. «C'est ridicule», s'est exclamée une source péquiste, hier. «Qui va chez le lieutenant-gouverneur pour dissoudre la chambre? Sylvain Simard?» De plus, pour défaire le gouvernement il faudrait que l'énoncé de cette semaine soit «jumelé avec un vote de confiance... Pour ça, il faudrait qu'il y ait des mesures budgétaires. Or, ce n'est pas ce qu'on entend».
Hier, il a évoqué des raisons pour dissoudre le Parlement, rejetant sur l'Action démocratique et le Parti québécois la responsabilité d'un scrutin hâtif. Ces formations ont à ses yeux fait toute la fin de semaine des déclarations révélant qu'elles ne sont pas «en mode de coopération», alors que l'état de l'économie le commanderait, a souligné le premier ministre. «Quand [le député péquiste] Sylvain Simard va au micro pour annoncer l'intention de défaire le gouvernement, je pense qu'elles sont claires, les intentions de l'opposition», a déclaré M. Charest en marge d'une annonce à Mirabel. «J'ai entendu les déclarations de M. Legault [qui dit avoir hâte d'en découdre]; Mme Marois a fait circuler des pétitions et, en même temps, ils font une formation pour une campagne électorale.» Il illustre en somme les choses ainsi: «Je constate [...] que et Mme Marois et M. Dumont ont mis pas mal de bûches dans le poêle.» Dans l'entourage du premier ministre, hier, on assurait que les derniers jours avaient été déterminants dans sa réflexion: «Avant la fin de semaine, des élections automnales, ce n'était pas un scénario de prédilection pour lui.» Après ce week-end, on se demande si un gouvernement minoritaire pourrait avoir «la stabilité nécessaire pour traverser les périodes de turbulence qui s'en viennent», a-t-on confié.
M. Charest a soutenu que sa situation de gouvernement «minoritaire» — mot avec lequel il a renoué hier —, où il y a «trois paires de mains sur le volant», n'était pas l'idéal dans la crise actuelle. Il juge «avoir tenté de travailler avec» les partis d'opposition, les rencontrant notamment le 10 octobre au sujet de l'économie, mais ceux-ci, a-t-il soutenu, n'ont pas apporté «beaucoup de nouvelles idées». C'est d'ailleurs à la sortie de cette réunion que M. Charest avait refusé de prononcer le mot de «cohabitation», alors qu'il avait tout fait depuis des mois pour en promouvoir l'emploi. Dix jours plus tard, les oppositions se sont coalisées pour élire un nouveau président de l'assemblée issu des banquettes péquistes, ce qui a été qualifié explicitement de «rupture dans la cohabitation» par M. Charest.
Les priorités des partis d'opposition sont loin de l'économie, a du reste dénoncé le premier ministre. Dans un cas, il estime que M. Dumont a fait un conseil général pour proposer de «rouvrir la Constitution». Quant à Mme Marois, elle a réuni ses présidents de comté pour adopter un manifeste de la souveraineté. Dubitatif, M. Charest a enchaîné: «Placés devant ces réalités-là, on est bien obligé de tirer des conclusions: ils ne sont pas en mode collaboration avec le gouvernement, alors que nous faisons face à une situation économique qui est nouvelle, qui évolue beaucoup, qui change rapidement. Et qui fait appel à une réflexion sur la façon dont on va aborder l'avenir.»
Sur un air où le dramatique le disputait au solennel, il a lancé: «ce que j'ai entendu en fin de semaine m'amène à vouloir rester près de chez moi». Il dit préférer se concentrer sur la mise à jour économique que doit sous peu déposer le gouvernement (la date n'était pas encore déterminée hier). Jean Charest a ainsi confirmé une information qui avait déjà circulé jeudi dernier sur le fait qu'il s'apprêtait à annuler sa participation à une importante mission en Chine à laquelle cinq premiers ministres doivent participer. Il devait la diriger en sa qualité de président du Conseil de la fédération.
Son remplaçant n'a pas encore été désigné, a-t-on précisé au bureau de M. Charest hier. Le premier ministre lui-même a dit que «la mission en Chine sera présidée du côté québécois par une personne [...] au plus haut niveau pour nous représenter». Des sources ont indiqué que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui aurait choisi de ne pas solliciter un autre mandat, pourrait remplacer le premier ministre. D'autres sources indiquaient hier que la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, pourrait aussi remplacer M. Charest.
Quant au ministre du Développement économique, Raymond Bachand, qui devait être de la mission, on ignorait, hier à son bureau, s'il en serait. «Pour le moment, je n'ai pas d'information. Je n'ai pas eu d'indication encore s'il y va ou non», a soutenu Anne-Sophie Desmeules, la porte-parole de M. Bachand.
Opposition
L'opposition officielle a délégué la députée de Lotbinière, Sylvie Roy, hier après-midi, pour réagir aux propos de M. Charest. Elle a dit que l'ADQ était surprise par l'attitude de M. Charest puisque, dans les dernières semaines, les élus de sa formation ont offert leur collaboration au gouvernement, et elle a indiqué que de décréter des élections en décembre était le «pire moment pour le Québec» et un gaspillage de 100 millions de dollars.
Dans les rangs péquistes, on était outré par l'interprétation que Jean Charest a conférée aux propos de Sylvain Simard, hier. «C'est ridicule», s'est exclamée une source péquiste, hier. «Qui va chez le lieutenant-gouverneur pour dissoudre la chambre? Sylvain Simard?» De plus, pour défaire le gouvernement il faudrait que l'énoncé de cette semaine soit «jumelé avec un vote de confiance... Pour ça, il faudrait qu'il y ait des mesures budgétaires. Or, ce n'est pas ce qu'on entend».
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