Les adéquistes serrent les rangs
Photo : Jacques Grenier
Le chef de l’ADQ, Mario Dumont, a été applaudi pendant 19 minutes, hier, au terme du conseil général du parti tenu à Drummondville.
Un pour tous, et tous pour un. L'Action démocratique du Québec (ADQ) a resserré les rangs derrière son chef incontesté, Mario Dumont, hier, à la clôture d'un conseil général marqué par l'adoption d'une plate-forme autonomiste censée devenir «le nouveau modèle québécois». Le conseil général de l'ADQ a surtout donné lieu à une manifestation d'unité — pour le moment —, toute velléité de dissidence ayant été écrasée durant ce week-end parsemé de rumeurs qui couraient depuis la démission-surprise des députés André Riedl (Iberville) et Pierre-Michel Auger (Champlain), qui ont rejoint les rangs du Parti libéral plus tôt cette semaine. Mario Dumont a reçu une ovation de 19 minutes, une preuve hors de tout doute raisonnable de l'ascendant qu'il exerce encore sur les militants de son parti.
Après ce bain de foule aux arômes d'amour inconditionnel, M. Dumont n'a pas voulu discuter longuement de la trahison de MM. Riedl et Auger, ni des états d'âme de son caucus. Deux autres députés adéquistes, Éric Lapointe (L'Assomption) et François Benjamin (Berthierville), étaient «pressentis» pour rejoindre les rangs du Parti québécois (PQ), une information niée catégoriquement lors de l'ouverture du conseil général.
Hier, les députés de Lévis, Christian Lévesque, de Joliette, Pascal Beaupré, et de Terrebonne, Jean-François Therrien, ont de leur côté reconnu qu'ils avaient été courtisés par le Parti libéral dans un passé récent.
«Des événements semblables peuvent paralyser ou démobiliser les gens, ou bien ils peuvent rallumer leur flamme et les rassembler. Je crois maintenant que vous avez votre réponse», a commenté Mario Dumont lors d'un point de presse, faisant référence à l'appui inconditionnel que lui ont réservé les quelque 450 militants adéquistes réunis à Drummondvillle. Samedi, M. Dumont a tout fait pour colmater la brèche, en déclarant à ses députés qu'il était «plus important que jamais de se rappeler le sens profond de l'attachement politique», dans un discours sur le sens de l'engagement.
L'autonomiste contre-attaque
Au-delà des dissensions internes, les conseil général a permis à l'ADQ de remettre à l'ordre du jour la plate-forme autonomiste élaborée en 2007. Cette vision autonomiste se déploie autour de trois axes: modernisation de l'État, réforme de l'éducation et réaffirmation de l'identité nationale des Québécois. Pendant que le gouvernement Charest «ne fait rien» en attendant que le fruit constitutionnel soit mûr, pendant que le Parti québécois «fait encore plus rien» en se posant comme gardien du modèle québécois, l'ADQ entend jeter les bases d'un «nouveau modèle québécois autonomiste» et d'un «nouveau pacte Québec-Canada». Ce pacte passe nécessairement par des négociations avec Ottawa et les provinces pour que le Québec réintègre le giron constitutionnel canadien.
L'ADQ recherche notamment un amendement à la Constitution canadienne afin que le Québec soit reconnu comme une nation, ce qui nécessiterait le consensus des provinces. Reprenant les principales conclusions du rapport Allaire, l'ADQ revendique également l'encadrement du pouvoir de dépenser d'Ottawa, la reconnaissance de la pleine compétence du Québec dans les domaines en lien avec l'identité nationale (la langue, la culture, les communications, la famille, l'éducation et la sélection des immigrants), le rapatriement des pouvoirs et ressources financières dans le domaine de la formation de la main-d'oeuvre, un droit de veto, et des garanties dans la représentation du Québec à la Cour suprême du Canada. «Nous, on se commet dans l'action. On dit: "nous, c'est une chose qui ne nous fait pas peur." [...] Il y a un problème, et on se retrousse les manches et on y travaille», a expliqué M. Dumont.
Dans la logique «autonomiste», un gouvernement adéquiste n'attendrait pas le signal d'Ottawa pour prendre sa destinée en main. «Il y a des gestes qu'on peut et qu'on doit poser nous-mêmes sans demander la permission à personne», a dit M. Dumont. Ainsi, l'ADQ se doterait d'une constitution du Québec décrivant l'identité nationale du peuple québécois, ses valeurs communes et ses idéaux.
Cela dit, le retour des grands cycles de négociations constitutionnelles comme à Victoria, au lac Meech et à Charlottetown n'est pas pour demain. Mario Dumont attendrait en effet le moment opportun avant d'engager de telles discussions. Dans l'immédiat, la crise économique appréhendée incite le chef de l'ADQ à mettre ses ambitieux projets de réforme en veilleuse et à se placer en mode d'urgence. Des élections? Certainement pas pour l'ADQ, qui coule présentement dans les sondages avec des appuis évalués à 16 %. «Il n'y a personne au Québec qui parle d'élection, personne. En dehors d'un aquarium politique à Québec, personne», a lancé M. Dumont. L'ADQ reste sur le qui-vive malgré tout, dans l'éventualité où le premier ministre Charest déciderait de tenir une élection générale hâtive en décembre. Le matériel de campagne a été imprimé, et certaines organisateurs de campagne ont même réservé leurs locaux dans certaines régions.
Comme il l'a indiqué à l'Assemblée nationale lors de la reprise des travaux parlementaires cette semaine, Mario Dumont estime qu'il faut s'attaquer tout de go à la crise économique. «Il y a une urgence immédiate, il faut se retrousser les manches, et avoir des mesures qui vont nous aider à minimiser les impacts de la crise financière. [...] Il faut un plan pour faire en sorte que nos citoyens, nos PME, nos entreprises, nos retraités et nos familles de la classe moyenne s'en sortent avec le moins de dommages possible», a dit M. Dumont.
Évoquant Franklin D. Roosevelet et son «new deal» de 1933 pour sortir l'Amérique du marasme de la Grande Dépression de 1929, Mario Dumont a expliqué que les périodes de crise constituent «des périodes spéciales de mouvance et d'énergie» dont il faut savoir tirer profit. «Pour le Québec, qui a besoin de changement, il y a une opportunité, croit le leader adéquiste. Les sorties de crise nous offrent des occasions de redéfinir de grands pans de la société. Et nous, au Québec, notre défi dans cette période de reconstruction, c'est de bâtir notre État autrement, bâtir nos écoles et bâtir notre autonomie et notre identité nationale.»
L'école de demain
Intitulé L'Autonomie, c'est croire en nous, la plate-forme de l'ADQ précise pour la première fois ce qu'il adviendrait d'un système d'éducation autonomiste dépourvu de commissions scolaires. Compte tenu du faible taux de participation aux élections scolaires (moins de 10 %), l'ADQ estime que la démocratie scolaire est «totalement désuète» et qu'elle octroie aux commissions scolaires un pouvoir démesuré par rapport à leur faible légitimité. Les pouvoirs ainsi perdus par les commissions scolaires seraient redistribués entre le ministère de l'Éducation, les directions régionales du ministère, les conseils d'établissement et les villes. Chaque école obtiendrait un véritable statut juridique, avec tous les pouvoirs et les devoirs rattachés à un tel statut. Les écoles pourraient ainsi gérer elles-mêmes les ressources financières, humaines et matérielles nécessaires à la réussite de leur mission éducative. Les universités seraient également libérées du «carcan étatique», et elles seraient contraintes de pourvoir les postes au conseil d'administration d'une majorité de membres indépendants, en plus d'être astreintes à une reddition de comptes complète et transparente.
L'ADQ ne digère pas la faillite du système scolaire québécois. Dans les réformes à venir, elle entend tenir à l'écart les «logues du ministère de l'Éducation» pour se mettre à l'écoute des acteurs de première ligne: le personnel enseignant. «A-t-il été fait plus grand dommage au Québec que le nivellement par le bas, la négligence, la réforme Marois, le fait que face au décrochage, le gouvernement libéral n'a jamais levé le petit doigt?», s'est interrogé Mario Dumont. La crise de l'autorité qui fait rage dans le milieu scolaire a inspiré à M. Dumont l'une de ses remarques les plus applaudies lors de son discours de clôture. «Il faut bâtir dans les écoles une culture d'effort. Le fait de dire, dans une réforme scolaire, les mots autorités et les mots discipline, ce sont des mots interdits, c'est quoi, cette affaire-là? Est-ce qu'on prépare nos jeunes pour faire face aux défis de la société de demain? On veut tous que nos jeunes soient un jour en position d'autorité, qu'ils soient directeurs ou les boss ou les champions de quelque chose. Mais, en attendant, ils sont sur les bancs d'école. L'autorité est en avant, et il faut être capable de le dire.»
***
Avec La Presse canadienne
Après ce bain de foule aux arômes d'amour inconditionnel, M. Dumont n'a pas voulu discuter longuement de la trahison de MM. Riedl et Auger, ni des états d'âme de son caucus. Deux autres députés adéquistes, Éric Lapointe (L'Assomption) et François Benjamin (Berthierville), étaient «pressentis» pour rejoindre les rangs du Parti québécois (PQ), une information niée catégoriquement lors de l'ouverture du conseil général.
Hier, les députés de Lévis, Christian Lévesque, de Joliette, Pascal Beaupré, et de Terrebonne, Jean-François Therrien, ont de leur côté reconnu qu'ils avaient été courtisés par le Parti libéral dans un passé récent.
«Des événements semblables peuvent paralyser ou démobiliser les gens, ou bien ils peuvent rallumer leur flamme et les rassembler. Je crois maintenant que vous avez votre réponse», a commenté Mario Dumont lors d'un point de presse, faisant référence à l'appui inconditionnel que lui ont réservé les quelque 450 militants adéquistes réunis à Drummondvillle. Samedi, M. Dumont a tout fait pour colmater la brèche, en déclarant à ses députés qu'il était «plus important que jamais de se rappeler le sens profond de l'attachement politique», dans un discours sur le sens de l'engagement.
L'autonomiste contre-attaque
Au-delà des dissensions internes, les conseil général a permis à l'ADQ de remettre à l'ordre du jour la plate-forme autonomiste élaborée en 2007. Cette vision autonomiste se déploie autour de trois axes: modernisation de l'État, réforme de l'éducation et réaffirmation de l'identité nationale des Québécois. Pendant que le gouvernement Charest «ne fait rien» en attendant que le fruit constitutionnel soit mûr, pendant que le Parti québécois «fait encore plus rien» en se posant comme gardien du modèle québécois, l'ADQ entend jeter les bases d'un «nouveau modèle québécois autonomiste» et d'un «nouveau pacte Québec-Canada». Ce pacte passe nécessairement par des négociations avec Ottawa et les provinces pour que le Québec réintègre le giron constitutionnel canadien.
L'ADQ recherche notamment un amendement à la Constitution canadienne afin que le Québec soit reconnu comme une nation, ce qui nécessiterait le consensus des provinces. Reprenant les principales conclusions du rapport Allaire, l'ADQ revendique également l'encadrement du pouvoir de dépenser d'Ottawa, la reconnaissance de la pleine compétence du Québec dans les domaines en lien avec l'identité nationale (la langue, la culture, les communications, la famille, l'éducation et la sélection des immigrants), le rapatriement des pouvoirs et ressources financières dans le domaine de la formation de la main-d'oeuvre, un droit de veto, et des garanties dans la représentation du Québec à la Cour suprême du Canada. «Nous, on se commet dans l'action. On dit: "nous, c'est une chose qui ne nous fait pas peur." [...] Il y a un problème, et on se retrousse les manches et on y travaille», a expliqué M. Dumont.
Dans la logique «autonomiste», un gouvernement adéquiste n'attendrait pas le signal d'Ottawa pour prendre sa destinée en main. «Il y a des gestes qu'on peut et qu'on doit poser nous-mêmes sans demander la permission à personne», a dit M. Dumont. Ainsi, l'ADQ se doterait d'une constitution du Québec décrivant l'identité nationale du peuple québécois, ses valeurs communes et ses idéaux.
Cela dit, le retour des grands cycles de négociations constitutionnelles comme à Victoria, au lac Meech et à Charlottetown n'est pas pour demain. Mario Dumont attendrait en effet le moment opportun avant d'engager de telles discussions. Dans l'immédiat, la crise économique appréhendée incite le chef de l'ADQ à mettre ses ambitieux projets de réforme en veilleuse et à se placer en mode d'urgence. Des élections? Certainement pas pour l'ADQ, qui coule présentement dans les sondages avec des appuis évalués à 16 %. «Il n'y a personne au Québec qui parle d'élection, personne. En dehors d'un aquarium politique à Québec, personne», a lancé M. Dumont. L'ADQ reste sur le qui-vive malgré tout, dans l'éventualité où le premier ministre Charest déciderait de tenir une élection générale hâtive en décembre. Le matériel de campagne a été imprimé, et certaines organisateurs de campagne ont même réservé leurs locaux dans certaines régions.
Comme il l'a indiqué à l'Assemblée nationale lors de la reprise des travaux parlementaires cette semaine, Mario Dumont estime qu'il faut s'attaquer tout de go à la crise économique. «Il y a une urgence immédiate, il faut se retrousser les manches, et avoir des mesures qui vont nous aider à minimiser les impacts de la crise financière. [...] Il faut un plan pour faire en sorte que nos citoyens, nos PME, nos entreprises, nos retraités et nos familles de la classe moyenne s'en sortent avec le moins de dommages possible», a dit M. Dumont.
Évoquant Franklin D. Roosevelet et son «new deal» de 1933 pour sortir l'Amérique du marasme de la Grande Dépression de 1929, Mario Dumont a expliqué que les périodes de crise constituent «des périodes spéciales de mouvance et d'énergie» dont il faut savoir tirer profit. «Pour le Québec, qui a besoin de changement, il y a une opportunité, croit le leader adéquiste. Les sorties de crise nous offrent des occasions de redéfinir de grands pans de la société. Et nous, au Québec, notre défi dans cette période de reconstruction, c'est de bâtir notre État autrement, bâtir nos écoles et bâtir notre autonomie et notre identité nationale.»
L'école de demain
Intitulé L'Autonomie, c'est croire en nous, la plate-forme de l'ADQ précise pour la première fois ce qu'il adviendrait d'un système d'éducation autonomiste dépourvu de commissions scolaires. Compte tenu du faible taux de participation aux élections scolaires (moins de 10 %), l'ADQ estime que la démocratie scolaire est «totalement désuète» et qu'elle octroie aux commissions scolaires un pouvoir démesuré par rapport à leur faible légitimité. Les pouvoirs ainsi perdus par les commissions scolaires seraient redistribués entre le ministère de l'Éducation, les directions régionales du ministère, les conseils d'établissement et les villes. Chaque école obtiendrait un véritable statut juridique, avec tous les pouvoirs et les devoirs rattachés à un tel statut. Les écoles pourraient ainsi gérer elles-mêmes les ressources financières, humaines et matérielles nécessaires à la réussite de leur mission éducative. Les universités seraient également libérées du «carcan étatique», et elles seraient contraintes de pourvoir les postes au conseil d'administration d'une majorité de membres indépendants, en plus d'être astreintes à une reddition de comptes complète et transparente.
L'ADQ ne digère pas la faillite du système scolaire québécois. Dans les réformes à venir, elle entend tenir à l'écart les «logues du ministère de l'Éducation» pour se mettre à l'écoute des acteurs de première ligne: le personnel enseignant. «A-t-il été fait plus grand dommage au Québec que le nivellement par le bas, la négligence, la réforme Marois, le fait que face au décrochage, le gouvernement libéral n'a jamais levé le petit doigt?», s'est interrogé Mario Dumont. La crise de l'autorité qui fait rage dans le milieu scolaire a inspiré à M. Dumont l'une de ses remarques les plus applaudies lors de son discours de clôture. «Il faut bâtir dans les écoles une culture d'effort. Le fait de dire, dans une réforme scolaire, les mots autorités et les mots discipline, ce sont des mots interdits, c'est quoi, cette affaire-là? Est-ce qu'on prépare nos jeunes pour faire face aux défis de la société de demain? On veut tous que nos jeunes soient un jour en position d'autorité, qu'ils soient directeurs ou les boss ou les champions de quelque chose. Mais, en attendant, ils sont sur les bancs d'école. L'autorité est en avant, et il faut être capable de le dire.»
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Avec La Presse canadienne
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