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Mario et sa rossinante

Michel David   25 octobre 2008  Québec
Pour justifier son apostasie, l'ex-député adéquiste d'Iberville, André Riedl, a plaidé que Mario Dumont n'avait aucun plan de match pour le Québec. En réalité, c'est plutôt que ce plan est mis de l'avant ou rangé sur la tablette, selon qu'il sert ou non les intérêts immédiats du chef de l'ADQ.

Hier midi, sur les ondes de Radio-Canada, M. Dumont a soutenu avoir été un modèle de constance sur la question de l'autonomie politique du Québec au cours des 15 dernières années.

Il est vrai qu'à ce chapitre les propositions qui seront adoptées en fin de semaine au conseil général réuni à Drummondville découlent en droite ligne du rapport Allaire, dont le rejet avait amené le président de la Commission jeunesse à claquer la porte du PLQ en 1992.

La liste des pouvoirs que l'ADQ souhaite rapatrier est peut-être un peu moins longue qu'à l'époque, et l'«élimination» du pouvoir fédéral de dépenser a été remplacée par un simple «encadrement», mais l'esprit demeure le même.

En 2002, quand l'ADQ a semblé faire une réelle percée et remporté une série d'élections partielles, M. Dumont s'est cependant empressé de mettre une sourdine à ces revendications. Les nouveaux bailleurs de fonds de l'ADQ n'ayant montré aucun appétit pour les chicanes constitutionnelles, il les a assurés que le dossier avait disparu de son écran radar.

On tente maintenant de réécrire l'histoire. Le document préparatoire au conseil général de la fin de semaine explique que, à la suite de l'échec du référendum de 1995, l'ADQ avait choisi de mettre la question constitutionnelle en veilleuse pour une période de 10 ans.

En réalité, le moratoire ne portait que sur la tenue d'un autre référendum, et personne n'a jamais soupçonné un éventuel gouvernement adéquiste d'en projeter un. Par son discours devant le Canadian Club de Toronto, en septembre 2002, M. Dumont avait ouvert la porte à la victoire libérale d'avril 2003. C'était une grave erreur qu'il devrait assumer.

***

Il est dommage que le conseil général n'ait pas eu lieu deux semaines plus tôt. À quelques jours des élections fédérales, il aurait été intéressant de savoir ce que les amis conservateurs de M. Dumont pensaient de ses propositions.

Il fallait entendre le chef de l'ADQ accuser le premier ministre Charest d'affaiblir le Québec avec ses attaques contre les conservateurs. Pourtant, les demandes de M. Charest paraissent bien modestes à côté de ce que lui-même réclame.

D'ailleurs, il y a d'excellentes idées dans le document adéquiste. Par exemple, au chapitre de la fiscalité, le Québec gagnerait beaucoup en autonomie si l'abattement spécial dont il bénéficie passait de 16,5 % à 42 %. Qui plus est, cela ne nécessiterait aucun amendement à la constitution.

Puisque le PC comptait sur l'aide de l'ADQ pour augmenter sa représentation au Québec, la campagne fédérale n'offrait-elle pas à M. Dumont une bonne occasion de sensibiliser Stephen Harper à ses demandes?

Maintenant que les élections sont passées, il remonte sur sa rossinante autonomiste. Hier, le président de la commission politique de l'ADQ, Stéphane LeBouyonnec, a même voulu voir dans l'élection de 50 députés du Bloc québécois le signe que la question constitutionnelle demeure une préoccupation pour les Québécois. «Il faut faire en sorte que ce fruit-là mûrisse, a-t-il déclaré. C'est notre devoir de ramener ça au premier plan.»

Malheureusement, le premier ministre canadien connaît maintenant le poids réel de l'ADQ, et il risque d'être nettement moins réceptif. S'il y a une constante dans l'autonomisme de M. Dumont, c'est plutôt dans son refus catégorique d'expliquer comment il forcerait le gouvernement fédéral à négocier et ce qu'il ferait dans l'hypothèse hautement probable où il opposerait une fin de non-recevoir catégorique à ses demandes. Il est vrai que, dans la situation presque désespérée où se trouve l'ADQ, la question devient presque théorique.

***

Jean Charest pouvait difficilement trouver un meilleur moment que la veille du conseil général pour débaucher deux députés adéquistes. Hier, on pouvait sentir M. Dumont rager intérieurement à l'idée de voir les médias converger vers Drummondville dans le seul but d'assister à la décomposition de son parti. Le chef de l'ADQ a d'ailleurs reconnu que, en dépit de la solidarité démontrée par son caucus, il ne pouvait pas être certain que l'hémorragie était définitivement stoppée.

En réalité, le PLQ n'a pas vraiment intérêt à accueillir d'autres transfuges dans ses rangs. Le coup porté à l'ADQ est terrible, peut-être même fatal, mais M. Charest se retrouve maintenant avec deux députés qui n'ont aucune qualification pour accéder un jour au conseil des ministres et dont l'arrivée risque de causer certains problèmes sur le terrain.

Dans une circonscription comme Champlain, la colère des électeurs adéquistes pourrait bien favoriser le PQ, qui l'avait emporté dans trois élections consécutives entre 1994 et 2007. Il sera très difficile de distinguer le vrai du faux dans les rumeurs qui circulent sur les avantages qui auraient été accordés aux transfuges adéquistes pour les convaincre de retourner leur veste, mais certains choisiront sans doute de les croire.

D'autres adéquistes pourraient être tentés de passer dans le camp péquiste. Si seulement deux d'entre eux faisaient le saut, le PQ retrouverait son statut d'opposition officielle et les ressources qui vont avec. Là encore, c'est un pensez-y bien. Même quand ils étaient de la famille, les militants péquistes n'ont jamais aimé les parachutés. Les affaires de Pauline Marois vont peut-être moins mal que celles de M. Dumont, mais elle devrait tout de même faire attention.






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  • Yvon Roy
    Abonnée
    vendredi 24 octobre 2008 23h43
    référendum
    Seul un référendum pourrait peut-être donner du poids aux demandes de Mario, mais il est à se demander si Pauline pourrait accepter le rôle de Sancho dans cette histoire à peine réchauffée du défunt livre beige de Claude Ryant...Un beau ballon créditiste peut-être, mais encore?

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    samedi 25 octobre 2008 06h24
    Les défections
    Vous oubliez l'exécutif libéral de ces deux circonscriptions. Ils ont travaillé pour un candidat qui a été défait mais dont les chances auraient probablement été meilleures à l'occasion d'un prochain scrutin. Ces candidats n'auront certainement pas aimé se faire couper l'herbe sous les pieds. Y aura-t-il une assemblée d'un appel de candidatures ou si les deux transfuges auront automatiquement l'investiture libérale dans leur circonscription? si tel est le cas, pourront-ils compter sur l'appui de l'exécutif local? Permettez moi d'en douter. Je crois que le fait que le Parti libéral ait ouvert la porte à ces deux adéquistes fassent passer le PQ entre les deux Partis en raison de la bisbille qui pourrait se développer lors du prochain scrutin.
    Paul Lafrance
    Québec

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 25 octobre 2008 09h20
    Pas seulement le pourquoi mais le comment aussi, s.v.p.
    Il est écrit plus haut : «En réalité, c'est plutôt que ce plan est mis de l'avant ou rangé sur la tablette, selon qu'il sert ou non les intérêts immédiats du chef de l'ADQ. »

    Tout est là, l'ADQ est seulement à 16 % dans les derniers sondages à cause de ça. Ranger sur la tablette son option constitutionnelle quand on ne sait pas comment l'ADQ va passer entre les dents du fédéral, est une bien mauvaise idée.

    Comment faire pour vendre l'autonomie du Québec au fédéral sans référendum au Québec ? M. Harper a refusé, pendant la dernière élection fédérale, la demande de M. Dumont d'ouvrir la constitution pour y inscrire que le Québec forme une nation dans le Canada, même si M. Dumont avait demandé aux Québécois de coter pour les Conservateurs.

  • Yvon Roy
    Abonnée
    samedi 25 octobre 2008 11h46
    république
    À noter que la France profonde a déjà eu elle aussi sa République des Girouettes, quand elle se cherchait un extrême centre en la personne de Napoléon avec Talleyrand comme mentor.

    http://ihrf.univ-paris1.fr/spip.php?article106

  • normand laporte
    Inscrit
    samedi 25 octobre 2008 12h33
    M.Dumont
    J'ai voté ADQ au dernière élection je comprends, tous ces nouveaux députés non aucune expérience en politique mais M.Dumont ne leur donne pas donné grand chance de ce faire valoir.C'est regrettable mais le capitaine est à la dérive il est entrain de faire couler le bateau.Je croyais que libéraux et péquistes ( les vieux partis ) avait fait leur temps et je voulais du sang nouveau! Erreur je suis très déçu. J'ai toujours été péquiste je crois que je vais y retourner.To bad M.Dumont.
    normand.marcelle@videotron.ca

  • Gérard Guay
    Inscrit
    samedi 25 octobre 2008 19h33
    Continuons de "rotter"
    Non mais, l'autonomie. Faut le faire tout de même. L'autonomie. Pincez-nous quelqu'un ! Ça fait ti assez longtemps qu'on essaie ça l'autonomie ? Hé Mario ! tu viens d'où toi bonhomme. Viens-tu du Québec ? Sacrement ! Bout de ciarge ! Continuons de rotter ! Vive Mario ! Et tous les peureux avec, ainsi que les masochistes qui persistent à produire 2 rapports d'impôt, à se faire enquiquiner par 2 niveaux de gouvernements. Ben oui !
    Vive le Canada et tralala la lère, amen ! Continuons de gaspiller en Afghanistan, et dans les dépenses militaires, et dans tout l'inutile et le difficile comme le disait Félix...

  • olivier michaud
    Abonné
    samedi 25 octobre 2008 22h54
    Québec, terre indéchiffrable
    Avant dernière élection fédérale, le vent conservateur souffle sur le Québec. Dernière élection provinciale, le vent conservateur devient une raffale et voilà l'ADQ dans l'opposition. Monsieur Dumont affirme que Harper lui doit une fière chandelle pour lui avoir indiqué le terrain. <
    Et voilà, la tempête conservatrice n'a pas lieu. Pourquoi? Qu'est-ce qui a changé qu'on ne savait pas déjà?

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    dimanche 26 octobre 2008 09h52
    Le fond et la forme
    Mario Dumont n'a en poche qu'un maigre baccalauréat en économie, ce qui est peu aujourd'hui. Son équipe est la moins scolarisée des trois Partis, à peine deux détenteurs de maitrise (dont M. Auger qui vient de faire le saut au PLQ) aucun doctorat et quelques membres du barreau si je ne m'abuse. (Il est à remarquer qu'un bon pourcentage de députés de l'ADQ ne donne absolument rien comme études ou comme formation scolaire).

    Et quand ils détiennent un diplôme du collégial ou de niveau universitaire, c'est presque à coup sur dans le domaine des affaires, de l'administration, de la planification financière ou de la gestion commerciale. Rien ou si peu sur la culture, la langue, la psychologie ou la santé.

    Le problème avec l'ADQ c'est qu'il ne trouve pas à recruter des candidats à la députation intéressants faute d'une trop grande présence du PDG. Ce Parti est appelé à disparaître faute de contenu...

  • Paul Verreault
    Inscrit
    dimanche 26 octobre 2008 11h34
    Contradiction
    Pourquoi les Canadians ouvreraient-ils leur Constitution pour répondre aux revendications du Québec quand ils n'y ont aucun intérêt? Les Canadians croient toujours que le jour où les Québécois auront la main sur la porte pour sortir de leur maison (celle des Canadians), ils n'auront qu'à compter sur les médias, sur les Canadians serviles du Québec et sur une bonne volonté feinte pour les garder (les Québécois)dans leur chambre à coucher pour mieux les f... encore.

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