Jean Charest frappe un grand coup
clément allard le devoir
Pierre Michel Auger et André Riedl (au centre) en compagnie du premier ministre Jean Charest.
Québec — Jean Charest a frappé un grand coup, hier, en recrutant deux députés adéquistes, Pierre Michel Auger et André Riedl, qui ont choisi les couleurs libérales.
C'est en compagnie des deux transfuges que Jean Charest a fait l'annonce de ces défections hier après-midi, avant que ne commence la réunion du caucus des élus libéraux. Le député de Champlain, Pierre Michel Auger, et le député d'Iberville, André Riedl, n'ont guère ménagé le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, à qui ils reprochent son manque d'écoute.
«De toute évidence, l'ADQ est le parti d'un seul homme sans plan de match pour le Québec ni programme économique cohérent», a déclaré André Riedl, qui était porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales. «L'ADQ devait surtout démontrer qu'elle pouvait être le gouvernement en attente, ce qui n'est pas le cas.»
«Pour moi, un parti politique n'est pas l'affaire de trois ou quatre personnes», estime Pierre Michel Auger, qui était porte-parole en matière de formation professionnelle.
«Le geste que je pose aujourd'hui reflète ce que j'entends sur le terrain: les gens ont cru en l'ADQ, les gens ont voulu donner une chance à l'ADQ. Mais aujourd'hui, ils constatent tout comme moi qu'ils se sont trompés», a livré Pierre Michel Auger, qui a dit avoir «vécu déception sur déception» depuis son élection en mars 2007.
Pour Jean Charest, c'était une réplique cinglante à la déconvenue qu'a représentée pour lui l'élection mardi, à la présidence de l'Assemblée nationale, du péquiste François Gendron. Ce dernier a été préféré au candidat libéral Yvon Vallières à la suite d'une manoeuvre de l'Action démocratique du Québec. Dans ce cas-ci, le plat de la vengeance s'est mangé chaud.
L'annonce de ces défections a pris de court le chef de l'ADQ, Mario Dumont, et son entourage, qui ne se doutaient de rien. Elle survient à deux jours du Conseil général de l'ADQ, qui se déroule en fin de semaine à Drummondville, un événement pendant lequel Mario Dumont comptait remettre le parti sur ses rails. On se souviendra que la controverse entourant le salaire de 50 000 $ versé par l'ADQ à Mario Dumont avait complètement occulté le message politique du Congrès tenu en mars dernier.
Le premier ministre n'a pas manqué de présenter le Parti libéral du Québec comme un parti «rassembleur» qui pratique «l'art d'inclure». Il a souligné la «diversité» de l'équipe libérale, qui a accueilli un transfuge souverainiste, Raymond Bachand, un ancien péquiste qui a travaillé dans les cabinets de René Lévesque et de Pierre Marc Johnson et qui est aujourd'hui ministre du Développement économique et de l'Innovation.
Depuis les élections de mars 2007, les députés libéraux, dont Jean Charest, ont mis en doute à maintes reprises la compétence des élus adéquistes. Le premier ministre a toutefois vanté hier le «grand talent» des deux transfuges. Mais qu'ils ne se fassent pas trop d'illusions sur leurs chances de devenir ministre. «Je ne manque pas de talents dans mon caucus», a répété M. Charest.
Mardi soir dernier, Jean Charest a rencontré séparément les deux recrues adéquistes et confirmé qu'il les accueillait. Mais ces défections avaient été ourdies depuis un certain temps déjà. Pour André Reidl, la réflexion avait commencé à la suite d'une longue conversation avec Mario Dumont où le député avait exprimé sa déception. En septembre, une de ses connaissances libérales l'a approché, a-t-il raconté. Après le caucus adéquiste du 7 octobre, M. Reidl communiquait avec le PLQ.
Pour sa part, Pierre Michel Auger avait informé le parti qu'il ne porterait pas les couleurs de l'ADQ aux prochaines élections il y a quelques semaines, a-t-il dit. Les deux transfuges ont soutenu hier qu'ils avaient envisagé l'idée de se présenter à titre d'indépendants. Mais voilà, l'appel du grand parti de pouvoir fut irrésistible.
Dans un point de presse, Mario Dumont a rappelé que Jean Charest avait toujours été «très hautain» à l'endroit de l'équipe adéquiste. «Soudainement, il en ramasse deux, pas nécessairement les meilleurs», a-t-il affirmé.
Ces transfuges manquent de courage, a accusé Mario Dumont. «Si des gens font dans leurs culottes pour trois ou quatre mauvais sondages, c'est peut-être mieux que ça arrive maintenant, a-t-il dit. S'ils n'ont pas les idées, les convictions et les valeurs adéquistes tatouées au coeur, on ne peut aller très loin.» Il aurait été souhaitable que les deux députés deviennent indépendants ou, encore mieux, qu'ils démissionnent pour se représenter dans l'élection partielle afin de connaître leur appui réel, selon le chef adéquiste.
Mario Dumont n'a pu donner l'assurance que d'autres défections attendaient son caucus. Il s'agit pour les députés «d'une adhésion libre et volontaire» qui s'avère plus difficile «dans un parti qui n'est pas juste là pour le pouvoir, qui n'est pas juste là dans le confort et l'indifférence à jouer dans le pouvoir, dans l'argent, dans tout ce qui est beau, mais qui se bat pour vraiment changer les choses», juge-t-il.
Mario Dumont a qualifié la semaine d'«intéressante pour les Québécois». Ils ont vu réapparaître «Jean Charest l'arrogant, la baboune», mardi à l'issue du vote sur la présidence de l'Assemblée nationale; ils voient maintenant «Jean Charest le comédien, qui se place côte à côte avec des gens qu'il a méprisés jusqu'à avant-hier», a-t-il fait valoir.
Chez les députés adéquistes, les réactions à ces défections ont été, dans l'ensemble, virulentes. Le député de Marguerite-d'Youville, Simon-Pierre Diamond, est venu à un cheveu de traiter les transfuges de putains, les comparant aux «gens qui font le trottoir».
En revanche, le député de Montmagny-L'Islet, Claude Roy, a eu une réaction étonnante. Il n'a pas voulu jeter la pierre à André Riedl, dont il se considérait l'ami mais qui ne l'a pas informé de sa décision. «Il n'y a pas de trahison», a-t-il dit. Qui plus est, Claude Roy a révélé que «tout le monde [à l'ADQ] a eu des offres, si on veut parler comme ça». A-t-il reçu une offre du PLQ lui-même? «Malheureusement non», a-t-il laissé tomber, énigmatique.
Entre le PLQ et l'ADQ, il y a eu de nombreux chassés-croisés. Évidemment, les fondateurs, dont Mario Dumont, viennent du PLQ. Mais plus récemment, la députée adéquiste de Groulx, Linda Lapointe, avait tenté de devenir candidate libérale avant de se faire tatouer adéquiste, pour rendre l'expression du chef.
Élu en 1989 dans la circonscription d'Iberville, le libéral Yvon Lafrance est devenu député indépendant en février 1994. Il s'était rallié à l'ADQ le mois suivant mais ne s'était pas représenté aux élections de 1994. Le député libéral de Drummond, Jean-Guy St-Roch, élu en 1985 puis en 1989, était devenu indépendant en 1992 et s'était présenté pour l'ADQ en 1994 pour connaître la défaite.
C'est en compagnie des deux transfuges que Jean Charest a fait l'annonce de ces défections hier après-midi, avant que ne commence la réunion du caucus des élus libéraux. Le député de Champlain, Pierre Michel Auger, et le député d'Iberville, André Riedl, n'ont guère ménagé le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, à qui ils reprochent son manque d'écoute.
«De toute évidence, l'ADQ est le parti d'un seul homme sans plan de match pour le Québec ni programme économique cohérent», a déclaré André Riedl, qui était porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales. «L'ADQ devait surtout démontrer qu'elle pouvait être le gouvernement en attente, ce qui n'est pas le cas.»
«Pour moi, un parti politique n'est pas l'affaire de trois ou quatre personnes», estime Pierre Michel Auger, qui était porte-parole en matière de formation professionnelle.
«Le geste que je pose aujourd'hui reflète ce que j'entends sur le terrain: les gens ont cru en l'ADQ, les gens ont voulu donner une chance à l'ADQ. Mais aujourd'hui, ils constatent tout comme moi qu'ils se sont trompés», a livré Pierre Michel Auger, qui a dit avoir «vécu déception sur déception» depuis son élection en mars 2007.
Pour Jean Charest, c'était une réplique cinglante à la déconvenue qu'a représentée pour lui l'élection mardi, à la présidence de l'Assemblée nationale, du péquiste François Gendron. Ce dernier a été préféré au candidat libéral Yvon Vallières à la suite d'une manoeuvre de l'Action démocratique du Québec. Dans ce cas-ci, le plat de la vengeance s'est mangé chaud.
L'annonce de ces défections a pris de court le chef de l'ADQ, Mario Dumont, et son entourage, qui ne se doutaient de rien. Elle survient à deux jours du Conseil général de l'ADQ, qui se déroule en fin de semaine à Drummondville, un événement pendant lequel Mario Dumont comptait remettre le parti sur ses rails. On se souviendra que la controverse entourant le salaire de 50 000 $ versé par l'ADQ à Mario Dumont avait complètement occulté le message politique du Congrès tenu en mars dernier.
Le premier ministre n'a pas manqué de présenter le Parti libéral du Québec comme un parti «rassembleur» qui pratique «l'art d'inclure». Il a souligné la «diversité» de l'équipe libérale, qui a accueilli un transfuge souverainiste, Raymond Bachand, un ancien péquiste qui a travaillé dans les cabinets de René Lévesque et de Pierre Marc Johnson et qui est aujourd'hui ministre du Développement économique et de l'Innovation.
Depuis les élections de mars 2007, les députés libéraux, dont Jean Charest, ont mis en doute à maintes reprises la compétence des élus adéquistes. Le premier ministre a toutefois vanté hier le «grand talent» des deux transfuges. Mais qu'ils ne se fassent pas trop d'illusions sur leurs chances de devenir ministre. «Je ne manque pas de talents dans mon caucus», a répété M. Charest.
Mardi soir dernier, Jean Charest a rencontré séparément les deux recrues adéquistes et confirmé qu'il les accueillait. Mais ces défections avaient été ourdies depuis un certain temps déjà. Pour André Reidl, la réflexion avait commencé à la suite d'une longue conversation avec Mario Dumont où le député avait exprimé sa déception. En septembre, une de ses connaissances libérales l'a approché, a-t-il raconté. Après le caucus adéquiste du 7 octobre, M. Reidl communiquait avec le PLQ.
Pour sa part, Pierre Michel Auger avait informé le parti qu'il ne porterait pas les couleurs de l'ADQ aux prochaines élections il y a quelques semaines, a-t-il dit. Les deux transfuges ont soutenu hier qu'ils avaient envisagé l'idée de se présenter à titre d'indépendants. Mais voilà, l'appel du grand parti de pouvoir fut irrésistible.
Dans un point de presse, Mario Dumont a rappelé que Jean Charest avait toujours été «très hautain» à l'endroit de l'équipe adéquiste. «Soudainement, il en ramasse deux, pas nécessairement les meilleurs», a-t-il affirmé.
Ces transfuges manquent de courage, a accusé Mario Dumont. «Si des gens font dans leurs culottes pour trois ou quatre mauvais sondages, c'est peut-être mieux que ça arrive maintenant, a-t-il dit. S'ils n'ont pas les idées, les convictions et les valeurs adéquistes tatouées au coeur, on ne peut aller très loin.» Il aurait été souhaitable que les deux députés deviennent indépendants ou, encore mieux, qu'ils démissionnent pour se représenter dans l'élection partielle afin de connaître leur appui réel, selon le chef adéquiste.
Mario Dumont n'a pu donner l'assurance que d'autres défections attendaient son caucus. Il s'agit pour les députés «d'une adhésion libre et volontaire» qui s'avère plus difficile «dans un parti qui n'est pas juste là pour le pouvoir, qui n'est pas juste là dans le confort et l'indifférence à jouer dans le pouvoir, dans l'argent, dans tout ce qui est beau, mais qui se bat pour vraiment changer les choses», juge-t-il.
Mario Dumont a qualifié la semaine d'«intéressante pour les Québécois». Ils ont vu réapparaître «Jean Charest l'arrogant, la baboune», mardi à l'issue du vote sur la présidence de l'Assemblée nationale; ils voient maintenant «Jean Charest le comédien, qui se place côte à côte avec des gens qu'il a méprisés jusqu'à avant-hier», a-t-il fait valoir.
Chez les députés adéquistes, les réactions à ces défections ont été, dans l'ensemble, virulentes. Le député de Marguerite-d'Youville, Simon-Pierre Diamond, est venu à un cheveu de traiter les transfuges de putains, les comparant aux «gens qui font le trottoir».
En revanche, le député de Montmagny-L'Islet, Claude Roy, a eu une réaction étonnante. Il n'a pas voulu jeter la pierre à André Riedl, dont il se considérait l'ami mais qui ne l'a pas informé de sa décision. «Il n'y a pas de trahison», a-t-il dit. Qui plus est, Claude Roy a révélé que «tout le monde [à l'ADQ] a eu des offres, si on veut parler comme ça». A-t-il reçu une offre du PLQ lui-même? «Malheureusement non», a-t-il laissé tomber, énigmatique.
Entre le PLQ et l'ADQ, il y a eu de nombreux chassés-croisés. Évidemment, les fondateurs, dont Mario Dumont, viennent du PLQ. Mais plus récemment, la députée adéquiste de Groulx, Linda Lapointe, avait tenté de devenir candidate libérale avant de se faire tatouer adéquiste, pour rendre l'expression du chef.
Élu en 1989 dans la circonscription d'Iberville, le libéral Yvon Lafrance est devenu député indépendant en février 1994. Il s'était rallié à l'ADQ le mois suivant mais ne s'était pas représenté aux élections de 1994. Le député libéral de Drummond, Jean-Guy St-Roch, élu en 1985 puis en 1989, était devenu indépendant en 1992 et s'était présenté pour l'ADQ en 1994 pour connaître la défaite.
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