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L'art d'inclure

Michel David   24 octobre 2008  Québec
On comprend mieux la rapidité avec laquelle le premier ministre Charest avait retrouvé sa bonne humeur au lendemain du «subterfuge» qui avait permis aux partis d'opposition d'imposer leur candidat à la présidence de l'Assemblée nationale.

Sa frustration n'était rien à côté du coup qu'il vient d'asséner à Mario Dumont en accueillant deux transfuges adéquistes, André Riedl (Iberville) et Pierre Michel Auger (Champlain) au sein du caucus libéral. Le climat s'annonce funèbre au conseil général de l'ADQ, qui se réunit en fin de semaine à Drummondville.

En mars dernier, le congrès adéquiste avait été complètement gâché quand on avait découvert que l'ADQ versait secrètement une allocation de 50 000 $ à son chef sans que personne ne soit au courant. Cette fois-ci, tout le monde va se demander qui sera le prochain déserteur.

Flanqué de ses nouvelles recrues, M. Charest a déclaré le plus sérieusement du monde que son parti avait toujours voulu être rassembleur. L'adhésion au PLQ de l'actuel ministre du Développement économique, Raymond Bachand, jadis un fervent péquiste, avait déjà témoigné de cet «art d'inclure», a-t-il rappelé.

Le premier ministre devait sûrement se mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire en affirmant que «les deux (adéquistes) ont à coeur l'avenir du Québec» et les intérêts de leurs électeurs. Allons donc, quand les rats quittent le navire avant le naufrage, ils ne pensent qu'à eux-mêmes.

Ils n'auraient sans doute rien à reprocher à leur ancien chef si les sondages leur avaient laissé entrevoir une réélection. Le dernier Crop ne créditait malheureusement l'ADQ que d'un maigre 16 %, soit 2 % de moins qu'aux élections de 2003, quand elle avait fait élire seulement quatre députés. À l'élection partielle du 29 septembre dans Jean-Talon, elle avait recueilli à peine 4,5 %.

***

M. Dumont a fait face à la musique avec stoïcisme, mais son regard trahissait son désarroi. Il n'avait même pas vu venir le coup. «Si des gens font dans leurs culottes pour trois ou quatre mauvais sondages, c'est peut être mieux que ça arrive maintenant», a-t-il déclaré.

Vraiment? Comment cela pourrait-il être pire?

Si encore il ne s'agissait que de trois ou quatre sondages. La réalité est que la dégringolade de l'ADQ dure maintenant depuis un an, et rien n'assure qu'elle est terminée. Le chef de l'ADQ a eu beau se dire rassuré à l'issue de la réunion de son caucus, il a trop d'expérience pour ne pas savoir qu'il arrive un moment où c'est chacun pour soi.

Une telle déloyauté doit être d'autant plus mortifiante qu'à la possible exception de Sébastien Proulx dans Trois-Rivières, tous les élus du 26 mars 2007 ne devaient leur victoire qu'à lui seul. M. Riedl a expliqué avoir été approché par «une connaissance proche du PLQ». Avec sa candeur habituelle, le député de Montmagny-L'Islet, Claude Roy, a déclaré que «tout le monde a eu des offres, si on veut parler comme ça». À un journaliste qui lui demandait si lui-même en avait reçu une, il a répondu: «Malheureusement non.» Allez donc savoir pourquoi!

Bien entendu, tout se paye. Pour avoir la chance de poursuivre leur carrière politique, MM. Riedl et Auger ont du accepter de se livrer à une séance de «bitchage» devant les caméras de télévision. Il est vrai qu'après 14 ans à l'Assemblée nationale, dont un an et demi comme chef de l'opposition officielle, on se demande encore quel est le plan de match de M. Dumont. Si l'ADQ demeure le parti d'un seul homme, entouré de quelques fidèles, ce n'est cependant pas sans raison.

Le député de Montmorency, Hubert Montmorency, avait très bien expliqué le problème quand il avait déclaré qu'il préférait se taire et avoir l'air niaiseux plutôt que de parler et de prouver qu'il l'était. Invité à dire si ses deux nouvelles recrues pouvaient espérer accéder au conseil des ministres, M. Charest a déclaré à trois reprises que son caucus regorgeait déjà de talents. Le message était très clair.

***

Maintenant qu'il a l'ADQ dans les câbles, la tentation de l'expédier définitivement au plancher est manifestement très grande pour M. Charest, mais la fenêtre se referme rapidement. Dans deux semaines, il sera trop tard pour tenir des élections avant que la population ne soit totalement absorbée par les emplettes de Noël.

Au PLQ, on estime qu'il ne servirait à rien de se lancer en campagne avant les élections présidentielles aux États-Unis. D'ici le 4 novembre, la planète entière n'en aura que pour Barack Obama.

Un déclenchement le 5 novembre pour des élections le 8 décembre demeure possible, à la condition que M. Charest renonce à son voyage en Chine en compagnie de quatre de ses homologues provinciaux. Hier, il a déclaré que ce voyage «est toujours prévu», mais il ne donnait pas l'impression qu'une annulation poserait un gros problème.

***

mdavid@ledevoir.com






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  • szgren
    Abonnée
    vendredi 24 octobre 2008 08h46
    Et les électeurs?
    Depuis hier, j'entends des analyses et des commentaires suite à ce transfert de deux députés. On parle beaucoup du "bon coup" de Jean Charest et du désarroi de Mario Dumont. Je peux vous dire que si cela s'était passé dans mon compté, je me serais sentie flouée, trahie. Je ne comprends pas pourquoi un député qui veut quitter sa formation politique a le droit d'adhérer à un autre parti. Si on n'est plus bien dans sa formation, on devrait être obligé de se limiter au statut d'indépendant et attendre des élections avant de porter une autre bannière.

    Suzanne Grenier
    Québec

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 24 octobre 2008 09h43
    O.k. pour le pourquoi mais...comment ?
    L'ADQ avait sorti sa politique constitutionnelle : l'autonomie du Québec, pour l'élection de 2007 ce qui lui a aidé à faire élire ses 41 députés avec 30,84 % des votes et débarquer ainsi le PQ comme opposition officielle.

    Là, le dernier sondage donnerait seulement 16 % de popularité à l'ADQ. Wow la débarque ! Les députés adéquistes ont un peu raison de faire dans leurs culottes comme l'a si bien dit M. Dumont.

    Si le Conseil général de l'ADQ de fin de semaine à Drummondville n'identifie pas comment l'autonomie va se réaliser, vu que les Conservateurs, pendant l'élection fédérale, ont refusé les demandes constitutionnelles de M. Dumont, l'ADQ va redevenir un parti avec 3 ou 4 députés...point.

    C'est beau d'avoir un objectif intéressant mais il faut dire comment y arriver.

  • Jean Desjardins
    Abonné
    vendredi 24 octobre 2008 10h48
    Y a-t-il un pilote dans l'avion ?
    Je reviens d'un voyage de plusieurs semaines à l'extérieur du pays.

    Quel bonheur de ne pas avoir eu à me taper les inepties de la dernière campagne électorale fédérale. Même les médias d'Italie et de Suisse ignoraient qu'il se passait quelque chose de 'sérieux' au Canada... Une cure revivifiante pour mes oreilles et mes yeux, quoi !

    De retour au Québec, me voici replongé dans les 'sérieux' jeux d'enfants de l'Assemblée nationale... Quel retour brutal dans notre réalité toute Québécoise 'rassemblée' dans un Canada de plus en plus insignifiant ...et uni !!!

    Misère. À quand un pilote dans l'avion ?


    Jean Desjardins.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 24 octobre 2008 12h04
    @ M. Jean Desjardins
    M. Desjardins se demande s'il y a un pilote dans l'avion québécois.

    OUI, il y en a 3 mais ils ne veulent juste pas aller au même endroit. La prochaine élection provinciale va déterminer où les Québécois veulent aller et qui devrait piloter si un en sort majoritaire. Pour l'instant c'est : cap fédéral libéral très provincial.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 24 octobre 2008 16h50
    Et les militants ?
    Quand un député ne se sent plus à l'aise dans une formation politique il devrait se tourner vers son exécutif et les militants qui l'ont fait élire pour faire connaître son malaise et les consulter sur la suite des choses. Ce serait la moindre des considérations pour ces militants qui besognent pour la cause et les prunes.

    Claude L'Heureux, Québec

  • Jean Desjardins
    Abonné
    vendredi 24 octobre 2008 17h08
    Une gouvernance de style : têtes de linotte...
    Monsieur Bousquet a bien raison de souligner le tirage de couvertes découlant de cet improductif mariage à trois...

    Le problème que je soulève cependant, c'est que même majoritaires nos gouvernants nous ont habitué depuis trop d'années à une gouvernance superficielle et infantile, pour ne pas dire mesquine et sans issue et ce, tous partis confondus. On a qu'à regarder une fois ou deux les débats à l'Assemblée Nationale et à la Chambre des Communes pour s'en convaincre. De vrais enfants résolument tournés vers leur nombril !

    Ce qui fait que notre Société s'en va nulle part ...à vitesse grand V. Personne pour siffler la fin de la récréation. Tourner en rond à cette vitesse, c'est pour le moins étourdissant, n'est-ce pas ?

    Quant à moi, je suis convaincu qu'on ne s'en sortira pas sans une réforme en profondeur de notre modèle politique, aussi bien au Québec qu'au Canada.

    On conviendra facilement qu'on est pas sortis de l'auberge.



    Jean Desjardins

  • Roger Kemp
    Inscrit
    vendredi 24 octobre 2008 18h19
    Monsieur Pierre-Michel Auger vous devriez démissionner
    Pour faire suite à la réaction de madame Suzanne Grenier, je vous informe que je demeure dans le comté de Champlain et qu'effectivement je me sens floué par le geste de transfuge de monsieur Auger. Je veux être bien clair, je suis un péquiste convaincu mais je suis avant tout un démocrate qui croit que la démocratie est droit qui permet à des gens de voter librement selon ses convistions et allégeances. Que monsieur Auger ne se sente plus à l'aise dans l'équipe Dumont, je peux comprendre cela. Mais que monsieur Auger devienne ipso facto mon député libéral alors que ce parti avait terminé troisième et loin derrière la péquiste Noëlla Champagne qui avait terminé deuxième, j'ai un peu de misère avec cela. Monsieur Auger par son geste de transfuge me prouve qu'il est un anti-démocrate car il aurait dû démissionner d'abord puis annoncer qu'à l'élection partielle il briguerait les suffrages sous la bannière libérale. C'est cela la vrai démocratie. Si jamais une pétition circulerait en ce sens, il me ferait plaisir de la signer.

    Roger Kemp
    Trois-Rivières
    Comté de Champlain

  • Pierre Allard
    Inscrit
    vendredi 24 octobre 2008 21h42
    Les renégats
    Je ne suis pas adequiste. Je ne suis rien du tout, car il n'y pas un des trois partis serieux contre lequel je ne voterais pas avec plaisir. Cela dit, le parti importe peu. Je ne peux penser qu'un électeur honorable, quelles que soient ses convictions, votera jamais pour ces individus.

    J'espère qu'on leur fera comprendre à l'Assemblée le mépris qu'ils inspirent et que leurs concitoyens qu'ils ont trompés leur feront savoir aussi qu'ils ne sont plus les bienvenus dans leur localité. Ils sont un déshonneur pour le Québec et je souhaite qu'ils le quittent au plus tôt.. Nous n'avons pas besoin de ces gens parmi nous.

    Et il faudrait changer cette mochetée de pseudo démocratie qui permet ce genre de choses.

    http://les7duquebec.wordpress.com/2008/10/06/une-d

    Pierre JC Allard

  • Francois Bullock
    Inscrit
    vendredi 24 octobre 2008 23h39
    A la lecture de tous les commentaires............
    il me semble bien évident que tout parti politique confondu les électeurs de différentes régions semblent en accord sur un fait nos politiciens dans leur infantilisme démontre avoir un malin plaisir a bafouer les électeurs. En première ligne le premier ministre monsieur Jean Charest qui a accepté la venue des transfuges dans son parti politique. De par son geste d'un leadership nombrilisme et égocentrique il a démontré son appui irrévocable a la naissance d'une philosophie anti-démocratique. Pour être un grand chef il faut agir en tant que tel et je crois sincèrement que cette semaine le premier ministre a su démontrer qu'il était un chef, malheureusement pas un grand chef. Après avoir posé acte médiatisé de répugnance et avoir bouder, de par ses gestes, le résultat démocratique du choix de la présidence de l'assemblée national. Laquelle fut au fond sa première démonstration anti-démocratique, il en remet avec les transfuges. Je suis en total accord avec le commentaire de monsieur Kemp et je m'exprime dans la même lignée que le commentaire de monsieur Desjardins a quand nos politiciens cesseront leur enfantillage et feront la démonstration d'un plus grand respect de leurs électeurs. Maintenant on comprend mieux pourquoi si peu de gens sont porté vers la politique. Évidemment que le plus grand respect de la démocratie aurait été, pour monsieur Charest, une invitation aux transfuges adéquiste de devenir députés indépendant jusqu'au prochaine élection et au mieux les transfuges auraient du démissionner et se représenter aux complémentaires. Pour moi je préfère cette dernière alternative.

  • Aline Couillard
    Inscrite
    samedi 25 octobre 2008 00h39
    Geste lourd de sens
    Ce changement de parti politique ne devrait être permis pour aucun député élu. La démocratie est bafouée par cette désertion. Les électeurs de ces comtés dont le député change de cap ne seront certainement pas dupes; ils verront que celui qu'ils ont élu trahit sa cause, sa mission. Ils sauront deviner les vraies raisons de ce «virer au rouge». Si les raisons invoquées par ces déserteurs sont sérieuses, qu'ils démissionnent et là, en simple individu, ils pourront choisir librement leur champ d'action.

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    dimanche 26 octobre 2008 17h50
    La morale de cette histoire....
    On apprend, par les journaux, que Mme Marois aurait également tenté d'attirer 2 députés adéquistes dans son parti.

    Si elle réussit son coup, est-ce que les électeurs péquistes seront justifiés de voter pour ces transfuges??????

    On sait bien que ce n'est pas acceptables pour les transfuges du parti libéral mais pour le PQ, existe-t-il une autre morale si, de ce fait, le parti obtient sa majorité à la Chambre ....!

  • Jean Desjardins
    Abonné
    lundi 27 octobre 2008 18h08
    La morale de vos histoires...
    Madame Chouinard.

    La morale de vos écrits, c'est que vous semblez fort bien vous accomoder des enfantillages et des insipidités de tous ces politicailleux à la con.

    Si l'odeur du lisier dans lequel nous entraînent tous ces tristes sires n'atteint pas la sensibilité de vos narines, eh bien, continuez à vous y vautrer avec toute l'aisance dont vous semblez capable, manifestement.

    Misère !

  • Chryst
    Abonné
    mercredi 29 octobre 2008 10h15
    Monsieur David, vous vous êtes trompé de titre
    Monsieur j'aurais mis en titre, l'art de s'exclure; je comprends l'indignation de monsieur Desjardins. Le premier ministre comme les deux députés adéquistes vont regretter amèrement leur geste. Les électeurs vont se poser les bonnes questions et comment donc?

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    mercredi 29 octobre 2008 11h32
    La morale de votre histoire
    Très chatouilleux ce Jean Desjardins lorsqu'on le confronte à des évidences concernant son cher parti sans peur et sans reproche.

    Heureusement que je ne suis pas susceptible...car, comme une marque de commerce, tout ces valeureux sujets ont l'insulte facile.

    Ah! vive le Québec uni!!!!!!!!!

  • Jean Desjardins
    Abonné
    mercredi 29 octobre 2008 15h42
    Être ou ne pas être...
    Madame Chouinard prétend ne pas être susceptible.

    Elle a tout à fait raison et, pour une fois, on est sur la même longueur d'ondes. En effet et de toute évidence, comment peut-on être susceptible quand on a les yeux, les oreilles et la cervelle bien bouchés !!!

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    jeudi 30 octobre 2008 13h46
    ÊTRE...
    "les yeux, les oreilles et la cervelle bien bouchés"

    Ben, Jean Desjardins, vous avez fait toute une découverte là!

    Je ne savais pas que l'on pouvait avoir les yeux et la cervelle bouchés; le nez, les oreilles, passent encore car ce sont des conduits mais là, les yeux et la cervelle, ça me dépasse!!!!!!!

    Cependant, je n'ose vous contredire car vous devez parler par expérience!

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