«Rupture de la cohabitation» à Québec
Québec — Les conflits entourant l'élection d'un président de l'Assemblée nationale ont dégénéré hier en crise parlementaire qui constitue une première étape vers un déclenchement éventuel d'élections générales.
Le ralliement de dernière minute de l'ADQ à une nouvelle candidature péquiste, celle de François Gendron, véritable coup de théâtre hier matin au Parlement, a suscité l'ire du leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier. Ainsi, M. Gendron risque de devenir aujourd'hui le premier président non issu des banquettes gouvernementales depuis... 1878.
Furieux, M. Fournier a qualifié le geste de «rupture de la cohabitation», de «manoeuvre faite pour tromper, point à la ligne». À ses yeux, cela n'est «pas porteur d'espoir pour assurer la nécessaire cohérence des décisions à prendre devant la situation économique qui pointe à l'horizon». À la question le Parlement devient-il «dysfonctionnel»?, M. Fournier a répondu «clairement, ça nous laisse dans l'interrogation». L'élection à la présidence, qui doit avoir lieu au scrutin secret aujourd'hui, jour de la reprise des travaux parlementaires, est rendue nécessaire par la démission de Michel Bissonnet, qui était président depuis 2003 mais qui est retourné sur la scène municipale. Sans un président, l'Assemblée «ne peut expédier aucune affaire avant», dit la loi sur l'Assemblée nationale.
Coup de théâtre
En matinée hier, le député adéquiste des Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, qui était candidat à la présidence depuis des mois, (il est actuellement 3e vice-président de l'Assemblée nationale) a convoqué les médias pour annoncer qu'il retirait sa candidature et qu'il proposait aux députés d'appuyer le péquiste François Gendron, lequel n'était pourtant pas en lice.
Sans cette manoeuvre in extremis de la part des oppositions, c'est le candidat libéral Yvon Vallières, dont la candidature avait été appuyée par le caucus libéral début août, qui l'aurait emporté, chaque groupe parlementaire s'apprêtant à voter pour le candidat issu de ses rangs. Depuis le 6 octobre 2008 jour de la démission de M. Bissonnet (député de Jeanne-Mance, circonscription vacante actuellement), le PLQ a 47 sièges, l'ADQ 41 et le PQ 36. Le candidat qui deviendra président devra obtenir la majorité, donc 63 voix.
Au sens de M. Picard, M. Gendron, qui a été vice-président de l'assemblée de 2003 à 2007, est une «personne impartiale [...] qui va avoir le doigté aussi de présider les travaux avec ce gouvernement de cohabitation». M. Picard estimait que l'élection de M. Vallières aurait été un «échec» parce qu'il ne faisait pas consensus.
L'ADQ a toujours refusé qu'Yvon Vallières devienne président de l'assemblée, Mario Dumont estimant que le député de Richmond était un «goon». «Les libéraux soumettent la candidature d'un parlementaire d'expérience, mais ils l'avaient quand même désigné au cours de la dernière année pour lancer les attaques les plus personnelles et les plus poussées contre l'ADQ», avait souligné M. Dumont cet été.
Dans les rangs péquistes, le député des Îles-de-la-Madeleine, Maxime Arsenault, avait posé sa candidature dans le courant de l'été, mais l'a retirée hier matin au profit de son collègue Gendron. Ce dernier, doyen de l'Assemblée (il a été élu sans interruption dans Abitibi-Ouest depuis 1976), s'est porté candidat quelques minutes avant l'heure limite pour la poser.
PQ surpris
Les tractations entre le PQ et l'ADQ ont débouché vendredi, a raconté Marc Picard. Ce dernier affirme avoir rencontré M. Gendron à ce moment.
La chef péquiste Pauline Marois a semblé dans un premier temps très surprise de la nouvelle, hier, se refusant à tout commentaire. Le service de presse des élus du PQ tomba aussi des nues, en matinée, après le point de presse de Marc Picard. «Je viens de l'apprendre comme vous autres!», a répondu l'un d'entre eux.
«On apprend, par les médias, que les oppositions ont manoeuvré en secret, en nous excluant», pesta pour sa part Jean-Marc Fournier. Bien qu'en colère, ce dernier a précisé qu'il ne croyait pas «qu'il doive y avoir une élection [générale] sur la présidence» et a écarté le scénario d'un déclenchement sur cette question. Toutefois, il a souligné qu'hier, «il y a eu un geste fort qui a été posé par les deux oppositions pour être en rupture par rapport à la cohabitation et miner la confiance...».
M. Fournier a rappelé que les trois chefs se sont rencontrés, «il y a à peine 10 jours», rencontre au cours de laquelle le sujet a été abordé. «Les candidats ont fait le tour des caucus et, comble d'ironie, le candidat Picard a envoyé une lettre vendredi dernier à tous les députés pour sa candidature à lui.» Dans cette lettre datée du 17 octobre (et distribuée par M. Fournier hier), M. Picard disait vouloir «rétablir le lien de confiance» entre les citoyens et la démocratie, lien miné par l'image d'un Parlement «théâtre de chicanes» où les députés sont «bâillonnés par leur propre parti». Il disait souhaiter l'adoption de la réforme «sur laquelle nous travaillons depuis 2003», réforme qui permettrait notamment des «votes libres». Mais au moment même où il expédiait cette lettre, soutenait Jean-Marc Fournier hier, «l'ADQ et le PQ négociaient en cachette». M. Fournier, qui a dit souhaiter que M. Vallières maintienne sa candidature, a réservé ses critiques à l'égard du nouveau candidat péquiste: «Pour ce qui est de la personne qui forme la présidence, on pourra en reparler. Mais, aujourd'hui, ce n'est pas ça, le sujet. Le sujet, c'est la mascarade, la manoeuvre dans le dos du gouvernement.» Il a dit que la réforme parlementaire, qui avançait bien, pourrait être bloquée en raison du bris de confiance.
La faute de Fournier?
«Il réagit assez durement... il n'est pas habitué de perdre», a-t-on commenté dans l'entourage d'un leader d'opposition, au sujet de M. Fournier. On chuchotait aussi que «si Jean-Marc [Fournier] avait traité Michel Bissonnet convenablement, on ne serait pas pris aujourd'hui avec cette crise». Un diagnostic que plusieurs sources à l'Assemblée, dont des libérales, confirment: M. Bissonnet, député de Jeanne-Mance depuis 1981, est parti «entre autres» parce que «c'était très difficile» avec le leader Fournier et avec le premier ministre Charest. Ceux-ci l'invectivaient régulièrement en chambre. «Au sein d'une même famille, il y a des gens avec qui on ne s'entend pas», a commenté une source libérale.
Le ralliement de dernière minute de l'ADQ à une nouvelle candidature péquiste, celle de François Gendron, véritable coup de théâtre hier matin au Parlement, a suscité l'ire du leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier. Ainsi, M. Gendron risque de devenir aujourd'hui le premier président non issu des banquettes gouvernementales depuis... 1878.
Furieux, M. Fournier a qualifié le geste de «rupture de la cohabitation», de «manoeuvre faite pour tromper, point à la ligne». À ses yeux, cela n'est «pas porteur d'espoir pour assurer la nécessaire cohérence des décisions à prendre devant la situation économique qui pointe à l'horizon». À la question le Parlement devient-il «dysfonctionnel»?, M. Fournier a répondu «clairement, ça nous laisse dans l'interrogation». L'élection à la présidence, qui doit avoir lieu au scrutin secret aujourd'hui, jour de la reprise des travaux parlementaires, est rendue nécessaire par la démission de Michel Bissonnet, qui était président depuis 2003 mais qui est retourné sur la scène municipale. Sans un président, l'Assemblée «ne peut expédier aucune affaire avant», dit la loi sur l'Assemblée nationale.
Coup de théâtre
En matinée hier, le député adéquiste des Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, qui était candidat à la présidence depuis des mois, (il est actuellement 3e vice-président de l'Assemblée nationale) a convoqué les médias pour annoncer qu'il retirait sa candidature et qu'il proposait aux députés d'appuyer le péquiste François Gendron, lequel n'était pourtant pas en lice.
Sans cette manoeuvre in extremis de la part des oppositions, c'est le candidat libéral Yvon Vallières, dont la candidature avait été appuyée par le caucus libéral début août, qui l'aurait emporté, chaque groupe parlementaire s'apprêtant à voter pour le candidat issu de ses rangs. Depuis le 6 octobre 2008 jour de la démission de M. Bissonnet (député de Jeanne-Mance, circonscription vacante actuellement), le PLQ a 47 sièges, l'ADQ 41 et le PQ 36. Le candidat qui deviendra président devra obtenir la majorité, donc 63 voix.
Au sens de M. Picard, M. Gendron, qui a été vice-président de l'assemblée de 2003 à 2007, est une «personne impartiale [...] qui va avoir le doigté aussi de présider les travaux avec ce gouvernement de cohabitation». M. Picard estimait que l'élection de M. Vallières aurait été un «échec» parce qu'il ne faisait pas consensus.
L'ADQ a toujours refusé qu'Yvon Vallières devienne président de l'assemblée, Mario Dumont estimant que le député de Richmond était un «goon». «Les libéraux soumettent la candidature d'un parlementaire d'expérience, mais ils l'avaient quand même désigné au cours de la dernière année pour lancer les attaques les plus personnelles et les plus poussées contre l'ADQ», avait souligné M. Dumont cet été.
Dans les rangs péquistes, le député des Îles-de-la-Madeleine, Maxime Arsenault, avait posé sa candidature dans le courant de l'été, mais l'a retirée hier matin au profit de son collègue Gendron. Ce dernier, doyen de l'Assemblée (il a été élu sans interruption dans Abitibi-Ouest depuis 1976), s'est porté candidat quelques minutes avant l'heure limite pour la poser.
PQ surpris
Les tractations entre le PQ et l'ADQ ont débouché vendredi, a raconté Marc Picard. Ce dernier affirme avoir rencontré M. Gendron à ce moment.
La chef péquiste Pauline Marois a semblé dans un premier temps très surprise de la nouvelle, hier, se refusant à tout commentaire. Le service de presse des élus du PQ tomba aussi des nues, en matinée, après le point de presse de Marc Picard. «Je viens de l'apprendre comme vous autres!», a répondu l'un d'entre eux.
«On apprend, par les médias, que les oppositions ont manoeuvré en secret, en nous excluant», pesta pour sa part Jean-Marc Fournier. Bien qu'en colère, ce dernier a précisé qu'il ne croyait pas «qu'il doive y avoir une élection [générale] sur la présidence» et a écarté le scénario d'un déclenchement sur cette question. Toutefois, il a souligné qu'hier, «il y a eu un geste fort qui a été posé par les deux oppositions pour être en rupture par rapport à la cohabitation et miner la confiance...».
M. Fournier a rappelé que les trois chefs se sont rencontrés, «il y a à peine 10 jours», rencontre au cours de laquelle le sujet a été abordé. «Les candidats ont fait le tour des caucus et, comble d'ironie, le candidat Picard a envoyé une lettre vendredi dernier à tous les députés pour sa candidature à lui.» Dans cette lettre datée du 17 octobre (et distribuée par M. Fournier hier), M. Picard disait vouloir «rétablir le lien de confiance» entre les citoyens et la démocratie, lien miné par l'image d'un Parlement «théâtre de chicanes» où les députés sont «bâillonnés par leur propre parti». Il disait souhaiter l'adoption de la réforme «sur laquelle nous travaillons depuis 2003», réforme qui permettrait notamment des «votes libres». Mais au moment même où il expédiait cette lettre, soutenait Jean-Marc Fournier hier, «l'ADQ et le PQ négociaient en cachette». M. Fournier, qui a dit souhaiter que M. Vallières maintienne sa candidature, a réservé ses critiques à l'égard du nouveau candidat péquiste: «Pour ce qui est de la personne qui forme la présidence, on pourra en reparler. Mais, aujourd'hui, ce n'est pas ça, le sujet. Le sujet, c'est la mascarade, la manoeuvre dans le dos du gouvernement.» Il a dit que la réforme parlementaire, qui avançait bien, pourrait être bloquée en raison du bris de confiance.
La faute de Fournier?
«Il réagit assez durement... il n'est pas habitué de perdre», a-t-on commenté dans l'entourage d'un leader d'opposition, au sujet de M. Fournier. On chuchotait aussi que «si Jean-Marc [Fournier] avait traité Michel Bissonnet convenablement, on ne serait pas pris aujourd'hui avec cette crise». Un diagnostic que plusieurs sources à l'Assemblée, dont des libérales, confirment: M. Bissonnet, député de Jeanne-Mance depuis 1981, est parti «entre autres» parce que «c'était très difficile» avec le leader Fournier et avec le premier ministre Charest. Ceux-ci l'invectivaient régulièrement en chambre. «Au sein d'une même famille, il y a des gens avec qui on ne s'entend pas», a commenté une source libérale.
Haut de la page

