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«Rupture de la cohabitation» à Québec

Antoine Robitaille   21 octobre 2008  Québec
Québec — Les conflits entourant l'élection d'un président de l'Assemblée nationale ont dégénéré hier en crise parlementaire qui constitue une première étape vers un déclenchement éventuel d'élections générales.

Le ralliement de dernière minute de l'ADQ à une nouvelle candidature péquiste, celle de François Gendron, véritable coup de théâtre hier matin au Parlement, a suscité l'ire du leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier. Ainsi, M. Gendron risque de devenir aujourd'hui le premier président non issu des banquettes gouvernementales depuis... 1878.

Furieux, M. Fournier a qualifié le geste de «rupture de la cohabitation», de «manoeuvre faite pour tromper, point à la ligne». À ses yeux, cela n'est «pas porteur d'espoir pour assurer la nécessaire cohérence des décisions à prendre devant la situation économique qui pointe à l'horizon». À la question le Parlement devient-il «dysfonctionnel»?, M. Fournier a répondu «clairement, ça nous laisse dans l'interrogation». L'élection à la présidence, qui doit avoir lieu au scrutin secret aujourd'hui, jour de la reprise des travaux parlementaires, est rendue nécessaire par la démission de Michel Bissonnet, qui était président depuis 2003 mais qui est retourné sur la scène municipale. Sans un président, l'Assemblée «ne peut expédier aucune affaire avant», dit la loi sur l'Assemblée nationale.

Coup de théâtre

En matinée hier, le député adéquiste des Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, qui était candidat à la présidence depuis des mois, (il est actuellement 3e vice-président de l'Assemblée nationale) a convoqué les médias pour annoncer qu'il retirait sa candidature et qu'il proposait aux députés d'appuyer le péquiste François Gendron, lequel n'était pourtant pas en lice.

Sans cette manoeuvre in extremis de la part des oppositions, c'est le candidat libéral Yvon Vallières, dont la candidature avait été appuyée par le caucus libéral début août, qui l'aurait emporté, chaque groupe parlementaire s'apprêtant à voter pour le candidat issu de ses rangs. Depuis le 6 octobre 2008 jour de la démission de M. Bissonnet (député de Jeanne-Mance, circonscription vacante actuellement), le PLQ a 47 sièges, l'ADQ 41 et le PQ 36. Le candidat qui deviendra président devra obtenir la majorité, donc 63 voix.

Au sens de M. Picard, M. Gendron, qui a été vice-président de l'assemblée de 2003 à 2007, est une «personne impartiale [...] qui va avoir le doigté aussi de présider les travaux avec ce gouvernement de cohabitation». M. Picard estimait que l'élection de M. Vallières aurait été un «échec» parce qu'il ne faisait pas consensus.

L'ADQ a toujours refusé qu'Yvon Vallières devienne président de l'assemblée, Mario Dumont estimant que le député de Richmond était un «goon». «Les libéraux soumettent la candidature d'un parlementaire d'expérience, mais ils l'avaient quand même désigné au cours de la dernière année pour lancer les attaques les plus personnelles et les plus poussées contre l'ADQ», avait souligné M. Dumont cet été.

Dans les rangs péquistes, le député des Îles-de-la-Madeleine, Maxime Arsenault, avait posé sa candidature dans le courant de l'été, mais l'a retirée hier matin au profit de son collègue Gendron. Ce dernier, doyen de l'Assemblée (il a été élu sans interruption dans Abitibi-Ouest depuis 1976), s'est porté candidat quelques minutes avant l'heure limite pour la poser.

PQ surpris

Les tractations entre le PQ et l'ADQ ont débouché vendredi, a raconté Marc Picard. Ce dernier affirme avoir rencontré M. Gendron à ce moment.

La chef péquiste Pauline Marois a semblé dans un premier temps très surprise de la nouvelle, hier, se refusant à tout commentaire. Le service de presse des élus du PQ tomba aussi des nues, en matinée, après le point de presse de Marc Picard. «Je viens de l'apprendre comme vous autres!», a répondu l'un d'entre eux.

«On apprend, par les médias, que les oppositions ont manoeuvré en secret, en nous excluant», pesta pour sa part Jean-Marc Fournier. Bien qu'en colère, ce dernier a précisé qu'il ne croyait pas «qu'il doive y avoir une élection [générale] sur la présidence» et a écarté le scénario d'un déclenchement sur cette question. Toutefois, il a souligné qu'hier, «il y a eu un geste fort qui a été posé par les deux oppositions pour être en rupture par rapport à la cohabitation et miner la confiance...».

M. Fournier a rappelé que les trois chefs se sont rencontrés, «il y a à peine 10 jours», rencontre au cours de laquelle le sujet a été abordé. «Les candidats ont fait le tour des caucus et, comble d'ironie, le candidat Picard a envoyé une lettre vendredi dernier à tous les députés pour sa candidature à lui.» Dans cette lettre datée du 17 octobre (et distribuée par M. Fournier hier), M. Picard disait vouloir «rétablir le lien de confiance» entre les citoyens et la démocratie, lien miné par l'image d'un Parlement «théâtre de chicanes» où les députés sont «bâillonnés par leur propre parti». Il disait souhaiter l'adoption de la réforme «sur laquelle nous travaillons depuis 2003», réforme qui permettrait notamment des «votes libres». Mais au moment même où il expédiait cette lettre, soutenait Jean-Marc Fournier hier, «l'ADQ et le PQ négociaient en cachette». M. Fournier, qui a dit souhaiter que M. Vallières maintienne sa candidature, a réservé ses critiques à l'égard du nouveau candidat péquiste: «Pour ce qui est de la personne qui forme la présidence, on pourra en reparler. Mais, aujourd'hui, ce n'est pas ça, le sujet. Le sujet, c'est la mascarade, la manoeuvre dans le dos du gouvernement.» Il a dit que la réforme parlementaire, qui avançait bien, pourrait être bloquée en raison du bris de confiance.

La faute de Fournier?

«Il réagit assez durement... il n'est pas habitué de perdre», a-t-on commenté dans l'entourage d'un leader d'opposition, au sujet de M. Fournier. On chuchotait aussi que «si Jean-Marc [Fournier] avait traité Michel Bissonnet convenablement, on ne serait pas pris aujourd'hui avec cette crise». Un diagnostic que plusieurs sources à l'Assemblée, dont des libérales, confirment: M. Bissonnet, député de Jeanne-Mance depuis 1981, est parti «entre autres» parce que «c'était très difficile» avec le leader Fournier et avec le premier ministre Charest. Ceux-ci l'invectivaient régulièrement en chambre. «Au sein d'une même famille, il y a des gens avec qui on ne s'entend pas», a commenté une source libérale.






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  • Luc Boisjoli
    Inscrit
    mardi 21 octobre 2008 09h32
    La médiocre démocratie ...
    « Le cirque démocratique devient lassant. Ça tourne, ça tourne et on revient toujours à la même place. Ça tourne tellement que j'en ai des maux de coeur. Complètement déconnectés de la réalité, les clowns courent dans tous les sens avec leurs gros souliers et les journalistes, en manque de montagnes russes, suggèrent des élections générales ... Encore! Il y a pourtant des problèmes plus qu'urgent à traiter et des solutions à étudier et à mettre en application. Pas étonnant, devant une telle mascarade, que les citoyens aillent de moins en moins voter. Un peu de sérieux ne ferait de tort à personne et j'espère que nos élus, puissent tous les dieux du multiculturalisme leur venir en aide, sauront redonner à la démocratie ses lettres de noblesse. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 21 octobre 2008 10h19
    Mauvais tour de l'ADQ ou début de coopération ADQ-PQ ?
    « Le PLQ très provincial de M. Charest a obtenu seulement 33 % des votes à la dernière élection de mars 2007 en incluant à peu près 100 % d'anglos.

    Fait que, le PQ et l'ADQ ensemble, qu'ils ne passaient pas leur temps à se chicaner, seraient plus fort que le PLQ anglophile.

    Si M. Gendron est élu comme président, ça va affaiblir le PQ qui va l'obliger à se taire. Est-ce que cherche l'ADQ ?

    M. Bissonnet a bien fait de sacrer le camp. »

  • Jacques Léger
    Inscrit
    mardi 21 octobre 2008 10h39
    De bien petits politiciens
    « Ces jeux de coulisse, de cachette enfantine, de stratégies de bas niveau ne font, en bout de ligne, qu'exacerber le mépris ou la non confiance des citoyens envers ceux qui prétendent les "diriger". Voilà ce qui explique que refusant de se solidariser avec une telle mascarade bien des citoyens ne se déplacent plus pour aller voter. La démocratie est biaisée par ceux-là même qui prétendent en être les porte-paroles.

    JACQUES LÉGER, Montréal, Petite-Patrie »

  • Pierre-Alain Cotnoir
    Abonné
    mardi 21 octobre 2008 10h57
    La démocratie passe par le respect de la volonté majoritaire
    « Jean-Claude Fournier révèle par sa réaction sa véritable nature. Il doit certes être plus à l'aise dans les réunions d'actionnaires où la démocratie ne s'exprime pas autrement que par le nombre d'actions détenues, au détriment de la valeur humaine. Dommage pour lui, mais l'Assemblée nationale n'appartient pas à l'État Desmarais, mais au peuple du Québec qui a élu une majorité non-PLQ. Alors M. Fournier, respectez la volonté démocratique qui s'y exprime, au lieu de jouer au donneur de leçon! »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 21 octobre 2008 11h27
    Une raison « montrable »
    « Charest cherche une raison « montrable » pour aller en élection. D'après les propos tu très fâché Fournier, l'élection d'un péquiste à la présidence de l'Assemblée nationale ne semble pas offrir suffisamment de « glamour » pour être utilisée. Il faudra attendre...
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mardi 21 octobre 2008 14h16
    Bravo à l'Opposition concertée !
    « Bravo à la stratégie qui a pris les tacticiens libéraux, les culottes à terre ! Bonne chance à Monsieur Gendron. La stratégie des partis d'Opposition, à Québec, a force de majorité. Le minoritaire et le pitre élève du mentor Paul Desmarais, doit donc ravaler, sans baver, au lieu de braire et à défaut de se taire. Et, Charest n'aurait jamais dû mandater Fournier d'aller dans le sens contraire de la raison et de la lucidité auxquelles la démocratique majorité fait appel.

    Par ailleurs les Québécois commencent à avoir leur ras-le-bol des hauts cris confus et abasourdissants du mécanique perroquet du zoo libéral qui occupe ou tente d'occuper toute la cage nationale, ce pourfendeur de la majorité démocratique et pitre pourvoyeur des avocasseries de bidonville qui ne contribuent, effectivement et très lourdement, qu'à miner et qu'à achever l'honorabilité, la respectabilité, la notoriété et la crédibilité des élus responsables de la gouvernance, gouvernance que les minoritaires du clan Charest ont convertie en ingouvernance, en non agir, en bla-bla-bla, en collection de médailles et de rubans, en parades et en orgies dépensières du 400e , cet anniversaire des Québécois qu'il a évacué de tous les parterres et qu'il a surtout confinés au rôle de bailleurs de tous ces fonds qui se résument en de honteux gaspillages et en de scandaleux débours, à l'affiche desquels les Franco Folies, le flash-festival tiers-mondiste qu'est venu agiter la sauterelle présidentielle parisienne, occupent le sommet.

    Monsieur Gendron saura se positionner et demeurer au-dessus des petitesses et des mesquineries dont sont capables les haut-parleurs et beaux parleurs du PLQ. Monsieur Gendron a tout le potentiel pour remplir, sans déborder, cette fonction prestigieuse. Il y mettra tout le meilleur de sa vaste expérience parlementaire et toutes les couleurs de la région de sa provenance.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Roger Bédard
    Inscrit
    mardi 21 octobre 2008 17h25
    les culottes à terre
    « les culottes à terre ; le minoritaire et le pitre élève ; ravaler, sans baver, au lieu de braire et à défaut de se taire ; du mécanique perroquet du zoo libéral ; pitre pourvoyeur des avocasseries de bidonville ; en non agir, en bla-bla-bla, en collection de médailles et de rubans, en parades et en orgies dépensières ; le flash-festival tiers-mondiste qu'est venu agiter la sauterelle présidentielle parisienne.
    Monsieur Pagé a l'insulte facile, à ce qu'on voit. Quel dommage qu'il n'use pas d'un peu plus de sobriété dans ses propos ! »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 21 octobre 2008 17h29
    Bravo à Gerry Pagé
    « D'aplomb. Compréhensible. Élégamment écrit. Bravo !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 21 octobre 2008 18h13
    M. Charest, philosophe et poète
    « M. Charest enragé et réagissant à l'élection de M. Gendron : «Ce qui nous arrive aujourd'hui nous rappelle qu'avant la politique, il y a la vie, et qu'avec la vie il y a la parole donnée, - Jean Charest»

    On peut penser, après tant de beauté sur papier, que s'il se fait battre à la prochaine élection, M. Charest pourrait se partir dans l'écriture. »

  • Réjean Grenier
    Abonné
    mardi 21 octobre 2008 18h59
    Bravo à la majorité!
    « En fait, je ne croyais pas que cela puisse devenir réalité.
    Il y a 130 ans que le président de l'assemblée National n'est
    pas un membre du gouvernement.
    Quel beau coup dans les jarrets de ce parti libéral que d'aucun qualifies d'arrogant. Est-ce le signe que ce
    gouvernement a fait son temps?
    Bravo à aux oppositions officiels!
    Réjean Grenier »

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