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Le prétendant

Michel David   11 octobre 2008  Québec
Tout aura été étonnant dans la campagne électorale qui s'achève et, au train où vont les choses, les résultats de mardi pourraient l'être plus encore. Le simple fait de prononcer les mots «premier ministre Dion» procure une sensation un peu bizarre.

Déjà, la complicité qui s'est développée au fil des semaines entre Gilles Duceppe et Jean Charest en a surpris plusieurs. De passage au Devoir hier matin, le chef du Bloc québécois a soutenu qu'il avait simplement défendu des positions sur lesquelles tous les partis représentés à l'Assemblée nationale étaient d'accord.

Avec les années, M. Duceppe est passé maître dans l'art du sophisme. S'il est vrai que le PQ ne s'oppose à aucune des demandes que M. Charest a présentées aux partis fédéraux, celles-ci demeurent totalement insuffisantes d'un point de vue souverainiste. Dans la perspective des prochaines élections au Québec, il est évident que cette alliance contre nature profite surtout au PLQ.

Là encore, M. Charest a semblé s'inspirer de l'exemple de Robert Bourassa qui, au lendemain de l'échec de l'accord du Lac-Meech, avait encouragé Lucien Bouchard à fonder le Bloc québécois afin de rétablir son rapport de force avec Ottawa, malgré le scepticisme de plusieurs libéraux, qui y voyaient un pacte avec le diable.

Si, dix-huit ans plus tard, certains d'entre eux ont pu être agacés de voir M. Charest favoriser l'élection de députés bloquistes par ses attaques incessantes contre Stephen Harper, les péquistes ont été encore plus irrités de voir M. Duceppe contribuer à la métamorphose de M. Charest en défenseur des intérêts du Québec.

M. Duceppe plaide que plus il y aura de bloquistes élus mardi, plus cela risque d'avantager le PQ. Cela reste à voir. En 20O6, le Bloc avait remporté sa plus belle victoire depuis 1993. Un an plus tard, le PQ encaissait sa plus cinglante défaite depuis 1973. Les Québécois n'ont pas l'habitude de mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Si le Bloc veille au grain à Ottawa, pourquoi ne pas laisser M. Charest se débrouiller avec la crise économique?

***

Rendons à César ce qui lui appartient. S'il est vrai que le Bloc québécois a bénéficié des erreurs grossières de M. Harper et d'une crise financière dont personne n'avait prévu l'ampleur, on doit reconnaître à M. Duceppe le mérite d'avoir su profiter de l'occasion.

Il faut avoir été témoin de sa désastreuse campagne de 1997 pour mesurer le chemin parcouru. Le débutant maladroit et hésitant est devenu un politicien d'une habileté consommée, qui a très bien su lire et exploiter les états de l'âme québécoise.

Si sa transformation a peut-être semblé moins spectaculaire que celle de Stéphane Dion entre le début et la fin de la campagne, c'est simplement qu'il partait de moins loin. Entre le chef qui devait passer ses journées à défendre la pertinence de son parti et celui qui aura vraisemblablement toutes les raisons de pavoiser mardi soir, le contraste n'en est pas moins saisissant.

Depuis qu'il s'était piteusement retiré de la course à la succession d'André Boisclair avant même que celle-ci n'ait commencé, l'étoile de M. Duceppe avait beaucoup pâli et le «fédéralisme d'ouverture» de M. Harper semblait lui avoir fait perdre ses repères. Il avait beau jurer que le feu sacré brûlait toujours, personne ne le croyait.

Cette parenthèse difficile est maintenant fermée. M. Duceppe est redevenu un gagnant. Peu importe qui formera le prochain gouvernement, il est maintenant assuré de pouvoir jouer un rôle important au cours des prochaines années. Alors que le prochain chef de l'opposition officielle, qu'il soit libéral ou conservateur, risque de vivre des heures difficiles au sein de son parti, M. Duceppe aura les coudées totalement franches.

***

Dès que le rideau sera tombé sur la campagne fédérale, les regards vont se tourner vers Québec. Même la perspective de quelques années additionnelles de gouvernement minoritaire à Ottawa enlève à M. Charest un argument de poids, dans la mesure où la nécessité d'un gouvernement fort à Québec devient moins impérieuse.

Le PQ et plus encore l'ADQ seraient infiniment soulagés si le premier ministre reportait ses projets, mais ce ne serait vraisemblablement que partie remise, le temps que les marchés financiers retrouvent une certaine stabilité.

Si besoin était, la campagne fédérale a démontré une fois de plus que rien ne doit jamais être tenu pour acquis. Force est cependant de constater que la population semble satisfaite du gouvernement Charest et que son alliance objective avec M. Duceppe a encore renforcé la crédibilité du premier ministre, alors que le PQ fait du surplace.

Bien qu'elle ait remporté son duel contre l'aile radicale de son parti au conseil national de mars 2007, Pauline Marois ne sera pas à l'abri de la contestation si le PQ perd une troisième élection consécutive, même avec le statut d'opposition officielle en guise de prix de consolation.

On se fait des ennemis si facilement et si rapidement en politique qu'il est difficile de ne pas devenir un peu paranoïaque. Après sa tentative manquée du printemps, M. Duceppe ne peut plus nier que le poste de chef du PQ l'intéresse. Même si l'humiliation que Mme Marois lui a infligée serait difficile à avaler pour n'importe qui, il n'ourdira pourtant aucun complot.

En revanche, il a prouvé qu'il était un homme de devoir, pour ne pas dire de mission. Si les souverainistes se tournaient finalement vers lui, il pourrait difficilement dire non. À 61 ans, il tient encore la forme et il semble avoir retrouvé le goût de la politique, si jamais il l'avait perdu. Qu'il le veuille ou non, il est redevenu un prétendant.
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 11 octobre 2008 10h11
    Oh come on!
    En début de campagne, le Bloc s'en allait à la boucherie. La vague bleue, partie de Québec, risquait de se répandre comme la vague Mario jusqu'aux portes du 514, royaume du Mystère Montréal.

    Mais la vague s'est vite éteinte sur les coupures dans les arts. Le phoque en Alaska a sauvé le Bloc. Si la tendance se maintient le Bloc remportera sa plus grande victoire historique. Pas mal pour un parti inutile! Et une maudite bel air d'allée pour le mouvement souverainiste qu'on dit moribond!

  • Alain Lavallée
    Abonné
    samedi 11 octobre 2008 20h22
    Pas sérieux
    Il est vraiment étonnant de lire que Duceppe serait prétendant à la chefferie du PQ.

    Il y a à peine 3 semaines, tous les journalistes écrivaient que M. Duceppe ne terminerait pas son mandat à Ottawa, qu'il prendrait sa retraite. Il a même du promettre qu'il ferait une autre campagne à la tête du Bloc sinon les journalistes auraient continué à le harceler. Certains ont même écrit que lorsqu'il regardait son épouse lors des assemblées, il n'y avait pas de doute qu'il n'avait plus le coeur à la politique.

    Non M. Duceppe n'est pas prétendant à la chefferie du PQ. Sa femme a souffert d'un cancer du sein. Lorsqu'il quittera Ottawa, il prendra une retraite bien méritée auprès de son épouse, il continuera à s'intéresser à la politique à faire un discours à l'occasion. Mais cela s'arrête là.

  • Patrick Maillet
    Abonné
    dimanche 12 octobre 2008 10h14
    Réaliser la souveraineté-association de M. Lévesque en commençant par l'association. - Patrick Maillet
    Monsieur Duceppe aura accomplit quelque chose de très grand à Ottawa. Il aura détruit l'argument des fédéraleux qu'avec la souveraineté, l'association n'était pas possible. M. Duceppe démontre que le Québec peut tenir à être souverain et travailler avec le Canada. M. Duceppe respect les règles du parlement et il travail autant avec le gouvernement qu'avec les partis d'oppositions. Pour reste, il faut se poser la question si on veux la souveraineté à la pièce ou d'un coup...

  • Denis Simard
    Abonné
    dimanche 12 octobre 2008 16h19
    Si le bloc rentre en bloc
    La stratégie est très envisageable et très possible.
    Des québécois qui votent québécois à Ottawa, c'est bon pour l'année politique québécoise qui s'amorce.
    Subtilement Charest a semé une graine dans le crayon politique des québécois.
    Les québécois vont se dire que deux forces en valent mieux qu'une devant le fédéralisme de Harper ou Dion. Ils seront plus écoutés.
    Ainsi, Charest en déclarant des élections rapidement aura le momentum politique pour se faire réélire et majoritaire cette fois-là. Il pourra distancer le PQ qui a été très effacé depuis que Dion a pris de la force après les débats des chefs. Charest ne peut attendre au printemps. D'autant qu'à l'automne 2009, ce seront des élections municipales. Il n'a pas de temps à perdre, le PCC et le PLC peuvent se retrouver nez à nez ou presque, l'horizon politique va se raccourcir pour tout le monde.
    DS

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