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Québec épongera la dette de l'UQAM

Le fiasco immobilier coûtera près de 400 millions aux contribuables

Clairandrée Cauchy   10 octobre 2008  Québec
Le scandale immobilier de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) coûtera près de 400 millions aux contribuables québécois. La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a annoncé hier son plan de sauvetage pour renflouer les finances de l'université: Québec épongera complètement l'ardoise du fiasco immobilier que constituaient les projets du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur.

Aux 200 millions déjà mis en réserve pour décharger l'UQAM du projet de l'îlot Voyageur, le gouvernement du Québec a décidé cette semaine d'allonger un nouveau montant de 180 millions pour effacer en entier la dette liée à la construction du Complexe des sciences. La ministre Courchesne, qui avait écarté un tel scénario à plusieurs reprises par le passé, a refusé de voir un lien entre le soudain déblocage des fonds et l'imminence d'une campagne électorale provinciale.

«Cela n'a rien à voir avec des élections ou des rumeurs d'élections», a assuré Mme Courchesne, liant plutôt le règlement au renouvellement du conseil d'administration de l'UQAM. Rappelons que la présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Isabelle Hudon, a récemment été nommée au conseil, puis élue à sa présidence. «On voulait s'assurer que [le recteur Claude] Corbo pouvait amorcer les mesures qu'il a décrites, qu'il aurait la collaboration de la communauté. Le Conseil des ministres avait besoin de s'assurer qu'il y avait un nouveau conseil d'administration et de connaître ses intentions, sa volonté. On ne dégage pas 400 millions pour une seule université comme cela», a expliqué Mme Courchesne.

La ministre multipliait néanmoins les remerciements à l'intention de ses collègues, et plus particulièrement à l'égard de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget: «Ce n'est pas facile de pouvoir gérer les finances publiques et en même temps d'investir 400 millions dans le dossier de l'UQAM.»

Il ne faut pas non plus voir dans cette décision une reconnaissance d'un «sous-financement» chronique et historique de l'université montréalaise. «La décision a été prise parce qu'on reconnaît l'importance de cette université dans l'univers éducatif du Québec», a ajouté Mme Courchesne.

En plus de doubler sa mise pour éponger la dette immobilière de l'UQAM, le gouvernement a accepté de verser les 65 millions de dollars des subventions conditionnelles retenues, ce qui désengorgera la marge de crédit de l'UQAM. En contrepartie, l'université s'engage à atteindre l'équilibre budgétaire complet d'ici six ans, soit en 2013-14. L'UQAM présentera aussi un plan stratégique de développement pour la période allant de 2009 à 2014.

Soulagement

Le recteur de l'UQAM, Claude Corbo, a poussé un soupir de soulagement hier. «Par ces décisions, le gouvernement nous libère véritablement d'un long cauchemar collectif. Cela tranche de façon résolue le noeud gordien financier qui a trop longtemps étouffé l'UQAM et qui a mis en péril sa capacité d'assumer pleinement sa mission», a fait valoir le recteur en se faisant le porte-voix de la communauté uqamienne.

«Maintenant que l'hypothèque immobilière est levée, il est possible de voir clair dans nos perspectives financières», a poursuivi le recteur, qui devra au cours des prochains mois négocier des conventions collectives avec tous les syndicats de l'UQAM, à l'exception de celui des chargés de cours, dont la convention a été signée récemment.

Concrètement, la dette effacée du Complexe des sciences allège le budget annuel de quelque neuf millions. Sans l'aide du gouvernement, l'UQAM n'arrivait pas à remettre ses finances à flot. «La situation de l'UQAM était cauchemardesque. On ne peut pas tout régler d'un seul coup, on y va morceau par morceau... Cela va faire un bien immense à la communauté de l'UQAM de sentir qu'un poids s'est enlevé de sur ses épaules. Cela ne veut pas dire pour autant qu'on est dans l'allégresse jovialiste complète», a indiqué M. Corbo.

Dans la première tranche de son rapport déposé en octobre 2007, le Vérificateur général estimait que l'UQAM ne pouvait se sortir de la spirale d'endettement dans laquelle elle était plongée sans une aide supplémentaire. Le VG estimait alors que l'endettement lié aux projets immobiliers atteindrait le demi-milliard en 2012, dont la majeure partie était attribuable au Complexe des sciences et à la construction avortée de l'îlot Voyageur.

La perspective d'un retour à l'équilibre, autrefois impossible sans sabrer le coeur même de la mission de l'UQAM, devient ainsi possible. Il reste cependant encore du pain sur la planche. Selon des données préliminaires, en excluant la dette immobilière, il subsisterait un manque à gagner de quelque 15 millions sur six ans.

Pour clore une fois pour toutes le dossier, les négociations devront en outre se conclure entre le ministère des Finances et la firme Busac, pour dénouer les liens contractuels qui unissent le promoteur immobilier à l'UQAM. La ministre se montrait cependant confiante hier d'en arriver à un règlement, alors que les négociations s'étirent depuis plus d'un an. «Cela va plutôt bien. C'est long, parce que tout cela est légalement très complexe. [...] C'est un terrain bien situé, un endroit de choix au centre-ville de Montréal. Il faut comprendre que c'est sur les plans contractuel et juridique très complexe. On ne peut, comme gouvernement, briser ce lien par simple décret du Conseil des ministres», a fait valoir Mme Courchesne, reconnaissant du même souffle que le montant de 200 millions mis de côté à cette fin par le gouvernement pouvait «varier».

Pour l'heure, le promoteur immobilier Busac est toujours propriétaire de la gare d'autobus, qui est pratiquement terminée mais n'est toujours pas reliée au métro, du stationnement ainsi que de la structure de ce qui devait devenir des résidences étudiantes. Le pavillon universitaire et la tour à bureaux prévus à l'origine dans le projet n'ont cependant pas vu le jour. D'ici à ce qu'une entente soit conclue, le gouvernement paie les factures envoyées par Busac et ses sous-contractants à l'UQAM.

S'il est maintenant clair que l'UQAM ne bénéficiera jamais des installations de l'îlot Voyageur, elle demeure toujours propriétaire du Complexe des sciences et pourra disposer comme elle l'entend des revenus de location qu'il génère.



Réactions

Le secours de Québec a été accueilli positivement par la CSN et la FTQ, qui représentent toutes deux des employés de l'UQAM, ainsi que par certaines associations étudiantes. «Nous avons besoin d'une université comme l'UQAM, dont la vocation et le rôle social ont déjà permis de former plusieurs générations d'étudiants. Nous devons saluer l'intervention avisée de la ministre», a déclaré le secrétaire général de la FTQ, René Roy.

Sa collègue de la CSN, Denise Boucher, a qualifié le geste de Québec de «pas dans la bonne direction». La centrale, qui représente notamment le syndicat des chargés de cours, invite néanmoins le gouvernement à réinvestir dans l'ensemble du réseau des Universités du Québec.

Les associations représentant les étudiants en gestion et en éducation ont aussi applaudi à l'injection de fonds. Elles déplorent cependant que celle-ci survienne si tardivement, alors que des intérêts quotidiens de quelque 56 000 $ courent depuis plus d'un an.
 
 
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  • Stéphan Gauvin
    Abonné
    vendredi 10 octobre 2008 07h18
    Une vraie statue de bronze aux pieds d'argiles.
    C'est complètement fou, de la folie pure. Nos école primaire sont en ruine et on les négliges, si on ne donnes pas les ressources nécessaires a la base, comment vont-il se rendre en haut?

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 07h48
    On veut savoir, qui ?
    C'est qui le ou les cave(e) responsable ? C'est quoi sa punition ? On connaît déjà les TATAS tannés qui vont encore être obligés de payer.

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    vendredi 10 octobre 2008 07h55
    Et voilà !
    Et voilà comment l'irresponsabilité de décideurs est récompensée ! La crise financière que nous traversons actuellement n'est probablement pas encore assez forte pour que nos élus en tirent des leçons profitables ! Difficile, après cela, d'aller dire aux gens d'assumer leur responsabilité ! Irresponsable !

  • andré michaud
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 08h03
    Punir les coupables!!
    Tout comme dans la crise financière aux USA , les responsables de ce fiasco, dont M.Rock Denis, seront-ils jugés et emprisonnés..ou s'en tireront-ils sans aucune punition? À force de laisser les "crosseurs" nous voler sans être puni, on donne une invitation à tous les autres "crosseurs"... Moi je réclame la prison pour tous ces antisociaux qui détruisent notre économie ou dilapide les fonds publics..vivement les procès!!

  • Pierre-E. Paradis
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 08h43
    Busac = fraudeurs
    Et Busac là-dedans? Parions que ses dirigeants - qui ont su profiter de l'incompétence des dirigeants de l'UQAM pour extorquer des fonds publics - s'en tireront les poches archi-pleines, tels les banquiers de Wall Street en pleine crise financière.

    Quand on pense que la tour du Stade - gérée par ces mêmes bozos - est vide depuis 20 ans, on se demande pourquoi ils ont même laissé entrevoir à M. le recteur la possibilité de rentabiliser des tours à bureaux au square Berri.

  • Etienne Merven
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 09h03
    Scandaleux!
    Une fois de plus, les petits contribuables volent au secours de gros canons d'une incompétence crasse.
    Des gens d'éducation se lancent dans une aventure immobilière sans rien y comprendre ou y connaître et se plantent en beauté. Pas de problème, le gouvernement est là qui remettra de l'ordre à nos frais...
    Et qu'adviendra-t-il de ces génies de l'immobilier? Rien de bien mauvais. Ils ont toujours leur poste et se la couleront douce avec une grasse pension sans jamais être inquiétés, alors que le petit peuple, lui, doit batailler tous le sjours pour vivre. Où est la justice?

  • Robert Geoffrion
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 09h05
    Et le PPP?
    Bel exemple de PPP (partenariat public-privé).
    S'il nous en coûtera 400 millions, j'aimerais bien savoir combien d'argent Busac mettra dans ses poches. Mais ne compter pas sur le gouvernement actuel pour nous le dire; il aime tellement ça les PPP...

  • Jean-G. Lengellé
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 09h28
    On croit rêver!
    Ce prétendu sauvetage est une prime à l'incompétence.
    Aucune sanction, aucune conséquence pour ceux qui ont gaspillé les fonds publics. Aucune pénalité.
    Même pas de mise en tutelle, ni de nettoyage des programmes inutiles.
    Tant qu'à disposer allègrement de 400 millions, pourquoi ne pas les avoir mis dans le CHUM qui sert au moins à soigner des personnes qui en ont besoin.
    D'autant plus dérangeant au sens de la morale publique, que la Province n'a pas trouvé une cenne noire pour compenser ne serait-ce que partiellement les petits épargnants floués par Norbourg....

  • Frédérick-André De Beaumont
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 09h40
    PPP - UQAM
    C'EST LÀ LE COÛT DE L'AVENTURE PPP À L'UQAM, QUI NE L'OUBLIONS PAS , ÉTAIT MONTRÉ COMME EXEMPLAIRE PAR LA COMMUNAUTÉ DES AFFAIRES ET LE GOUVERNEMENT ACTUEL LORS DE LA CONCEPTION DE CETTE MERVEILLE QUI DEVAIT CONTRÔLLER LES COÛTS. BIG DEAL
    FRÉDÉRICK-ANDRÉ de BEAUMONT

  • Frédéric Dupuis
    Abonné
    vendredi 10 octobre 2008 11h10
    Si seulement l'UQAM était une banque!
    Si l'UQAM était une banque gérée par des multimillionnaires, ça ferait longtemps que le gouvernement l'aurait remise à flot. Et à lire certains intervenants ici, ça aurait créé moins de scandale!

  • Santiago Tiago
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 12h13
    Financement conditonnel
    La présidente de la chambre de commerce de Montréal au CA de l'UQAM?!!! Et ça c'est une bonne nouvelle. On essaie de nous faire croire que ces acteurs économiques "indépendants des intérêts de l'UQAM" sauront prendre les meilleurs décisions. Ce qu'on oubli, c'est que ce sont ces mêmes acteurs économiques qui on appuyé le projet de l'Ilot Voyageur alors que les représentants étudiants au CA étaient contre. Ils ont donné aveuglément leur assentiment pendant des mois à un projet qui n'avait pas de sens mais qui sonnait si bien à leurs oreilles: une Université qui se finance d'elle-même, qui réfléchi comme une entreprise privée et qui se lance dans les PPP. Ce fiasco est le produit du sous-financement chronique de l'université de la part du gouvernement parce que c'est pour arriver à répondre à ses manques de locaux dans cette situation de manques de fonds que l'UQAM a du se lancer dans un projet qui devait servir également à la financer.

    Bonne nouvelle cet argent public qui arrive de la part du gouvernement pour réparer collectivement une erreur qui est le résultat direct du désengagement croissant de l'État de l'Éducation(comme de tous les programmes sociaux).

    Bonne nouvelle mais à quel prix? Le plan de redressement de l'UQAM, qui devrait nous amener à "l'équilibre budgétaire", se traduit pas la privatisation des services aux étudiants (et la précarisation des emplois qui y sont rattachés), le gel de l'embauche des profs, la disparition de programmes jugés économiquement "non-rentables", la hausse des frais chargés aux étudiants, etc.... on ne fait pas de cadeau ici à l'UQAM et à sa communauté étudiante: cet argent est conditionnel à une transformation en profondeur de la mission de l'Université, à une diminution de l'accessibilité et à une destruction de ses conditions de vie... nous sommes en chemin vers la privatisation des université, et l'UQAM est le laboratoire où le gouvernement néolibéral peut s'exercer.

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