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Charest se défend d'avoir aidé le Bloc

Le premier ministre célèbre les récents «progrès» du fédéralisme

Antoine Robitaille   30 septembre 2008  Québec
Jean Charest
Jean Charest
Québec — Jean Charest nie que les ministres de son gouvernement et lui, par leurs sorties constantes contre le gouvernement Harper depuis le 7 septembre, aient aidé le Bloc québécois à augmenter ses appuis. C'est ce qu'il a soutenu hier alors qu'il rendait publique une lettre, destinée aux partis fédéraux, sur des «enjeux essentiels pour le Québec au cours de la présente campagne électorale fédérale». Il s'était engagé le 12 septembre à dresser cette liste de demandes avant le premier débat des chefs, qui doit avoir lieu demain soir.

Lorsqu'on lui a fait remarquer qu'il s'était fait très revendicateur ces dernières semaines, réclamant une forme de souveraineté culturelle et le rétablissement du financement des organismes de développement économique, envoyant ses ministres dénoncer, qui les compressions en culture, qui la position conservatrice sur les jeunes contrevenants, qui le projet conservateur de création d'une commission pancanadienne des valeurs mobilières, et, par le fait même, aidant le Bloc contre le parti de Stephen Harper, il a répondu qu'il se bornait à mettre «sur la table» les enjeux qui préoccupent le Québec. «Comme ça, le lendemain de l'élection, peu importe le résultat, les gens sauront [...] où on campe. Personne ne pourra plaider le fait qu'on a été silencieux sur ces enjeux-là.» Il soutient faire ces interventions «avec la volonté de parler au nom de tous les Québécois, peu importent les allégeances politiques».

Plus positif

Le premier ministre, qui s'est posé depuis deux semaines et demie en défenseur farouche des «intérêts du Québec», a adopté un ton plus positif, hier. Dans sa lettre, il souligne au crayon gras que «beaucoup de chemin a été parcouru» depuis cinq ans dans le sens de la revitalisation du fédéralisme canadien. Il salue le «pas important» de l'entente sur les congés parentaux, «l'étape primordiale» de la présence du Québec à l'UNESCO, le «jalon historique» que représente la reconnaissance de la nation québécoise. Le premier ministre y prend la peine de rappeler «que le gouvernement du Québec est fédéraliste» et que toutes ces «grandes réalisations» démontrent qu'une «approche axée sur des ententes administratives, qui nous permettent d'obtenir des résultats tangibles pour nos citoyens, est nettement plus efficace que celle de la confrontation stérile». Il a du reste condamné l'accent mis sur les questions constitutionnelles par ses adversaires péquistes et adéquistes. «Pour nous, la priorité, c'est l'économie, ce n'est pas une ronde de négociations constitutionnelles.»

La liste des «dossiers prioritaires» présentée hier par Québec comprend 14 enjeux souvent abordés par lui. Elle se veut non exhaustive et fondée trois principes: le fédéralisme asymétrique, le respect des compétences du Québec et la reconnaissance de la différence québécoise.

Le gouvernement Charest réclame par exemple que le prochain gouvernement fédéral respecte l'engagement déjà pris le 19 décembre 2005 par Stephen Harper, «répété dans le discours inaugural», d'encadrer le «présumé pouvoir fédéral de dépenser».

Il demande aux partis fédéraux de s'engager à conclure une entente en matière de culture qui conférerait à Québec la maîtrise d'oeuvre en ce domaine. Sur le «déséquilibre fiscal», la lettre de Québec se veut beaucoup moins directe que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget. On y dit que la réforme du programme de péréquation a «permis d'atteindre une partie» d'un règlement au déséquilibre fiscal, mais que le financement pour l'éducation postsecondaire n'a toujours pas été pleinement restauré. Par conséquent, l'annonce d'une augmentation de 800 millions de dollars des transferts fédéraux pour l'éducation postsecondaire est «insuffisante» et Québec réclame la pleine restauration du financement fédéral au niveau d'avant les compressions de 1994-1995.

M. Charest a mis en relief le fait que, sur la question des changements climatiques, «il y a un différend qu'il faut nommer, qu'il faut dire». Québec déplore en particulier que le plan d'Ottawa prenne 2006 comme année de référence. «Nous demandons — et on n'est pas tout seuls là-dedans, je pense à l'Ontario — que la mise en oeuvre des règles tienne compte de l'année 1990 comme année de référence.»

De plus, Québec demande que l'on confirme de façon formelle le processus de nomination des trois juges civilistes de la Cour suprême.

Jean Charest demande par ailleurs un engagement dans un domaine que l'on croyait réglé: celui du versement de quatre milliards de dollars du plan d'infrastructure de Chantiers Canada, programme par lequel on doit financer notamment l'agrandissement des musées des beaux-arts. Québec demande «de conclure rapidement les ententes de contribution qui découlent de l'entente-cadre, de manière à minimiser les délais dans l'obtention des fonds fédéraux». Il réclame par ailleurs de respecter la compétence exclusive des provinces en matière de valeurs mobilières.

En multipliant les requêtes à l'égard du fédéral, M. Charest a-t-il aidé le Bloc québécois? Selon la chef péquiste Pauline Marois, il a plutôt fait la démonstration que le fédéralisme ne fonctionne pas et ne donne pas les résultats escomptés. «Si ça donne un coup de pouce au Bloc, tant mieux! Le Bloc fait cette démonstration-là depuis des années», a-t-elle répondu hier en point de presse. Sur le fait que Jean Charest soutient qu'il n'est pas temps de parler constitution lorsque l'économie est en crise, Mme Marois a répondu: «J'ai toujours pensé que des responsables, des leaders, devaient être capables de travailler sur plusieurs fronts à la fois. C'est ça, la responsabilité d'un leader, compte tenu de sa fonction comme chef d'État ou comme chef de parti.»
 
 
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  • Georges Allaire
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 04h17
    Le meilleur ennemi de ses amis
    Jean Charest n'a qu'un seul ami: Jean Charest. Quant à ses amis, il en est le meilleur (donc le pire) ennemi. La mémoire électorale ne dure que quelques jours et certainement pas quelques mois. Pourtant, "je me souviens" quand il a applaudi le règlement du déficit fiscal par Ottawa et l'a aussitôt gaspillé par des baisses d'impôt que la population elle-même ne voulait pas. Puis il a tassé ses plus fidèles électeurs, les anglophones, en leur ravissant les ministères auxquels ils auraient eu droit dans un esprit de reconnaissance. Aussi, il a éjecté le ministre Couillard du gouvernement en l'enfermant indéfiniment au ministère sans avenir, celui de la santé. Enfin moi aussi j'en oublie.

    Maintenant, sa colère contre l'appui des adéquistes aux conservateurs s'est manifestée par sa participation à l'hystérie bloquiste contre le parti fédéral qui a le plus respecté les compétences provinciales en général et les Québécois en particulier depuis des décennies, le Parti Conservateur.

    Va-t-il réussir son coup? Probablement. Le succès politique ne se mesure pas à l'équité.

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 06h58
    Le leadership de la nouille molle
    Charest, un leader? Laissez moi rire: s'il y'a un archétype du suiveux de tendance qui coute pas cher, vire capot dès qu'il frappe un tit'os, c'est bien le premier ministre du Québec. Bref il a autant de leadership qu'un spaghetti bien cuit.

    Par contre, un gouvernement conservateur minoritaire à Ottawa serait évidemment plus malléable aux demandes du Québec et permettrait au gouvernement Charest de continuer son petit numéro de chantage fiscal, donc d'arroser les groupes de pressions qu'il estime indispensbles à sa ré-élection: business as usual.

    Et les conséquences, à savoir entre autres un autre élection fédérale dans les prochains 24 mois, et donc une autre batch de dépenses électorales ruineuses pour les contribuables canadiens, c'est bien simple: il-s'en-fout! Mon ti-Charest d'abord, et après lui le déluge.

    Mais bon, s'il y'a suffisamment de niaiseux pour avaler sa salade, pourquoi se gêner en effet?

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 07h23
    Il a peut-être aidé le Bloc sans le vouloir
    Vous pouvez croire M. Charest, "premier" full-fédéraliste du très provincial PLQ qui gouverne la Province de Québec, quand il dit ne pas vouloir aider le Bloc souverainiste.

    M. Charest ne fait que se préparer pour la prochaine élection en montrant ses dents "son dentier" au fédéral et le menaçant, pour la galerie, de le mordre s'il ne l'écoute pas.

  • Pierre Samuel
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 08h24
    Le résultat dans Jean-Talon: un barème!
    Si la duchesse de l'Ile Bizard est aussi sincère qu'elle le dit en mentionnant que le "fédéralisme ne fonctionne pas et ne donne pas les résultats escomptés", pourquoi l'une de ses premières décisions, après "son couronnement" à la chefferie, fut-elle de remiser au placard un éventuel référendum sur cet enjeu? Qu'est-ce que son comparse Duceppe ira faire d'autre que de se ridiculiser, comme lui seul en a le secret, en allant "jouer à l'économiste" (!?!),face au parterre de l'Economic Club de Toronto, dans une conférence intitulée: "Elections 2008: Dangerous Times Ahead" (!!!), alors qu'il est "confortablement installé dans ses pantoufles", depuis 20 ans à Ottawa, avec tous les "avantages sociaux" que sa "fonction" comporte, à "tenter" paraît-il, de poser les jalons de l'indépendance du Québec à leurs dépens? Faut tout de même avoir un culot de singe en osant s'attribuer, par la suite, l'exclusivité de la défense des droits et du nationalisme québécois après tant de contradictions flagrantes et d'hypocrisie éhontée!
    A ce compte, Jean Charest, n'a rien à leur envier et le résultat de l'élection partielle dans Jean-Talon représente certainement un bon augure de celui des prochaines élections générales au Québec!

  • Bernard Gervais
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 09h08
    Un coup de pouce stratégique !
    Charest fait d'une pierre deux coups. Par ses sorties contre le gouvernement conservateur d'Ottawa qui donnent un coup de pouce au Bloc, il fait savoir à Harper qu'il n'a pas digéré ses remontrances qu'il a reçues sur la façon qu'il a dépensé l'argent reçu du fédéral. Et du même coup, il s'affiche comme un grand défenseur des intérêts du Québec, ce qui pourrait lui servir, contre ses adversaires à l'Assemblée nationale, lors d'une éventuelle campagne électorale provinciale.

  • Réal Ouellet
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 11h28
    Il s'affiche
    Ce qui me frappe c'est qu'un peu tout le monde dit que "Charest s'affiche comme un grand défenseur des intérêts du Québec". Personne ne dit qu'il EST un défenseur des intérêts du Québec, on dit qu'il s'affiche comme...
    Pour moi c'est significatif. Tout le monde se rend compte que ce ne sont que des mots et qu'il n'y a surtout pas de volonté politique derrière ces prises de positions.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 19h27
    Beaucoup de crédit !
    Jean Charest semble faire son travail, celui de représenter les intérêts du Québec. Sauf qu'il a les poches percées quand il s'empresse de nous retourner en réduction d' impôts les deux milliards difficilement arrachés à Ottawa pour régler le déséquilibre fiscal ! Il a beau dire, le déséquilibre fiscal c'est l'argent à Ottawa pendant que le Québec et les autres provinces MANQUENT de revenus pour s'occuper de LEURS responsabilités. Sa crédibilité est donc très amochée.

    Claude L'Heureux, Québec

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