Québec remet les pendules à l'heure
18 septembre 2008
Québec
Monique Jérôme-Forget
Saguenay — Le chef conservateur Stephen Harper a poursuivi son entreprise de charme au Québec hier en promettant cette fois que la dualité linguistique du pays sera reflétée dans la composition du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC). Mais son message est arrivé au moment où, à Québec, le gouvernement de Jean Charest s'est payé une sortie en règle contre Ottawa qui n'a pas, à ses yeux, écouté ses doléances en matière de culture et de finances.
La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a remis les pendules à l'heure québécoise hier en soutenant que contrairement à ce que prétend le gouvernement de M. Harper, et malgré les progrès accomplis, le déséquilibre financier entre Ottawa et les provinces persiste. «Le déséquilibre fiscal, quant à nous, n'est pas réglé encore», a tranché Mme Jérôme-Forget au cours d'un point de presse. «Le déséquilibre fiscal a été grandement amélioré, a reconnu la ministre. Est-ce que c'est terminé? Non. Parce que l'éducation post-secondaire, ce n'est pas réglé. Ce n'est pas réglé pour le Québec et ce n'est pas réglé pour toutes les provinces.»
Les positions affichées par le premier ministre Harper et certains de ses ministres, députés et candidats pendant la présente campagne électorale semblent agacer de plus en plus les membres du gouvernement de Jean Charest. Stephen Harper, qui est arrivé hier soir en sol québécois et y restera encore aujourd'hui, a répondu indirectement à ces critiques dans son discours livré à Saguenay. «Depuis notre arrivée en fonction, grâce au règlement du déséquilibre fiscal, le gouvernement du Québec a reçu 4 milliards et demi de dollars de plus du gouvernement fédéral!», a-t-il lancé. Il est ensuite sorti de son texte pour ajouter: «Tellement, qu'il a pu financer des programmes et en même temps couper les impôts!» L'équipe conservatrice ne digère toujours pas que pendant la campagne électorale québécoise, en 2007, Jean Charest avait immédiatement annoncé des réductions d'impôts de 700 millions de dollars après avoir su combien la province recevrait d'Ottawa.
Mais il y a plus pour alimenter la grogne de Québec. On se plaint des coupures de 45 millions $ infligées à certains programmes culturels et celles aux organismes de développement régional. Or, la ministre fédérale du Patrimoine, Josée Verner, a laissé entendre que Québec devrait prendre la relève d'Ottawa s'il veut maintenir les programmes amputés ou abolis, tandis que la candidate-vedette du Parti conservateur dans Québec, Myriam Taschereau, a déclaré que les artistes «sont gâtés des deux bords». Pour sa part, le député sortant et candidat Luc Harvey a soutenu que le ministre québécois du Développement régional, Raymond Bachand, «a la latitude et le budget pour supporter les organismes à saveur économique. Avec les différents transferts fédéraux, il a fait passer son budget de 550 millions à 800 millions $. Il a donc 250 millions $ de plus qui arrivent du fédéral. Lorsqu'on parle du modèle québécois et du respect des juridictions, qu'est-ce qu'on peut faire de plus que de donner de l'argent et de dire: tu le gères comme tu veux». Ces deux déclarations ont valu à leurs auteurs de faire la manchette du quotidien Le Soleil, à Québec, hier.
Ces sorties qui semblent renvoyer Québec à son sort n'ont pas du tout été appréciées par Mme Jérôme-Forget. «Nous, contrairement au fédéral, on ne finit pas l'année avec des surplus, a lancé la ministre. Peut-être qu'elle [Josée Verner] n'est pas parfaitement au courant de la situation financière des provinces, en particulier du Québec.» D'autres ministres, Christine St-Pierre (Culture) et Sam Hamad (Emploi), ont joint leur voix à leur collègue des Finances pour dénoncer l'approche fédérale envers le Québec. M. Hamad a qualifié de «malheureux» les propos des conservateurs. «L'argent est à Ottawa et les besoins sont dans les provinces», a-t-il dit selon la formule consacrée.
Pendant ce temps à Saguenay, M. Harper a livré un long discours dans lequel il a insisté sur la fibre provincialiste de son gouvernement. «Notre fédéralisme d'ouverture marche, a-t-il lancé. Notre gouvernement continue de renforcer la place du Québec au sein du Canada et je vais vous en donner une autre preuve ce soir», a lancé M. Harper à quelque 200 partisans. «Notre gouvernement est fier d'annoncer ici ce soir [hier] que le CRTC va dorénavant non seulement refléter la réalité canadienne, mais aussi refléter la réalité francophone et la réalité québécoise», a lancé M. Harper.
Un gouvernement conservateur s'engage donc à ce que la composition du CRTC ait un minimum de 25 % de conseillers francophones (parfois appelés commissaires). Il s'engage aussi à ce qu'un des deux vices-présidents soit toujours un francophone et que la présidence du CRTC soit confiée en alternance à un francophone et à un anglophone. De plus, le gouvernement s'engage à ce que les nominations soient faites en consultation avec le gouvernement du Québec et les minorités du pays, et que les audiences portant sur des chaînes francophones ou québécoises soient tenues en présence d'une majorité de conseillers francophones.
Dans les faits, ces règles ne feront d'officialiser une pratique déjà en place. À l'heure actuelle, cinq conseillers sur quatorze sont francophones (36 %), un des vice-président est francophone (Michel Arpin) et la présidence a été accordée en alternance à un francophone puis à un anglophone depuis la création du CRTC (le premier président a été Pierre Juneau). La seule exception a été la nomination en 2007 de Konrad von Finckelstein... un germanophone d'origine. Lors des audiences sur l'avenir du réseau québécois TQS, trois conseillers ont siégé sur le panel, dont deux du Québec (M. Arpin et Michel Morin).
M. Harper était de passage à Saguenay, dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, qu'il tente de ravir afin de compléter son hégémonie dans la région.
***
Avec la Presse canadienne
La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a remis les pendules à l'heure québécoise hier en soutenant que contrairement à ce que prétend le gouvernement de M. Harper, et malgré les progrès accomplis, le déséquilibre financier entre Ottawa et les provinces persiste. «Le déséquilibre fiscal, quant à nous, n'est pas réglé encore», a tranché Mme Jérôme-Forget au cours d'un point de presse. «Le déséquilibre fiscal a été grandement amélioré, a reconnu la ministre. Est-ce que c'est terminé? Non. Parce que l'éducation post-secondaire, ce n'est pas réglé. Ce n'est pas réglé pour le Québec et ce n'est pas réglé pour toutes les provinces.»
Les positions affichées par le premier ministre Harper et certains de ses ministres, députés et candidats pendant la présente campagne électorale semblent agacer de plus en plus les membres du gouvernement de Jean Charest. Stephen Harper, qui est arrivé hier soir en sol québécois et y restera encore aujourd'hui, a répondu indirectement à ces critiques dans son discours livré à Saguenay. «Depuis notre arrivée en fonction, grâce au règlement du déséquilibre fiscal, le gouvernement du Québec a reçu 4 milliards et demi de dollars de plus du gouvernement fédéral!», a-t-il lancé. Il est ensuite sorti de son texte pour ajouter: «Tellement, qu'il a pu financer des programmes et en même temps couper les impôts!» L'équipe conservatrice ne digère toujours pas que pendant la campagne électorale québécoise, en 2007, Jean Charest avait immédiatement annoncé des réductions d'impôts de 700 millions de dollars après avoir su combien la province recevrait d'Ottawa.
Mais il y a plus pour alimenter la grogne de Québec. On se plaint des coupures de 45 millions $ infligées à certains programmes culturels et celles aux organismes de développement régional. Or, la ministre fédérale du Patrimoine, Josée Verner, a laissé entendre que Québec devrait prendre la relève d'Ottawa s'il veut maintenir les programmes amputés ou abolis, tandis que la candidate-vedette du Parti conservateur dans Québec, Myriam Taschereau, a déclaré que les artistes «sont gâtés des deux bords». Pour sa part, le député sortant et candidat Luc Harvey a soutenu que le ministre québécois du Développement régional, Raymond Bachand, «a la latitude et le budget pour supporter les organismes à saveur économique. Avec les différents transferts fédéraux, il a fait passer son budget de 550 millions à 800 millions $. Il a donc 250 millions $ de plus qui arrivent du fédéral. Lorsqu'on parle du modèle québécois et du respect des juridictions, qu'est-ce qu'on peut faire de plus que de donner de l'argent et de dire: tu le gères comme tu veux». Ces deux déclarations ont valu à leurs auteurs de faire la manchette du quotidien Le Soleil, à Québec, hier.
Ces sorties qui semblent renvoyer Québec à son sort n'ont pas du tout été appréciées par Mme Jérôme-Forget. «Nous, contrairement au fédéral, on ne finit pas l'année avec des surplus, a lancé la ministre. Peut-être qu'elle [Josée Verner] n'est pas parfaitement au courant de la situation financière des provinces, en particulier du Québec.» D'autres ministres, Christine St-Pierre (Culture) et Sam Hamad (Emploi), ont joint leur voix à leur collègue des Finances pour dénoncer l'approche fédérale envers le Québec. M. Hamad a qualifié de «malheureux» les propos des conservateurs. «L'argent est à Ottawa et les besoins sont dans les provinces», a-t-il dit selon la formule consacrée.
Pendant ce temps à Saguenay, M. Harper a livré un long discours dans lequel il a insisté sur la fibre provincialiste de son gouvernement. «Notre fédéralisme d'ouverture marche, a-t-il lancé. Notre gouvernement continue de renforcer la place du Québec au sein du Canada et je vais vous en donner une autre preuve ce soir», a lancé M. Harper à quelque 200 partisans. «Notre gouvernement est fier d'annoncer ici ce soir [hier] que le CRTC va dorénavant non seulement refléter la réalité canadienne, mais aussi refléter la réalité francophone et la réalité québécoise», a lancé M. Harper.
Un gouvernement conservateur s'engage donc à ce que la composition du CRTC ait un minimum de 25 % de conseillers francophones (parfois appelés commissaires). Il s'engage aussi à ce qu'un des deux vices-présidents soit toujours un francophone et que la présidence du CRTC soit confiée en alternance à un francophone et à un anglophone. De plus, le gouvernement s'engage à ce que les nominations soient faites en consultation avec le gouvernement du Québec et les minorités du pays, et que les audiences portant sur des chaînes francophones ou québécoises soient tenues en présence d'une majorité de conseillers francophones.
Dans les faits, ces règles ne feront d'officialiser une pratique déjà en place. À l'heure actuelle, cinq conseillers sur quatorze sont francophones (36 %), un des vice-président est francophone (Michel Arpin) et la présidence a été accordée en alternance à un francophone puis à un anglophone depuis la création du CRTC (le premier président a été Pierre Juneau). La seule exception a été la nomination en 2007 de Konrad von Finckelstein... un germanophone d'origine. Lors des audiences sur l'avenir du réseau québécois TQS, trois conseillers ont siégé sur le panel, dont deux du Québec (M. Arpin et Michel Morin).
M. Harper était de passage à Saguenay, dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, qu'il tente de ravir afin de compléter son hégémonie dans la région.
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Avec la Presse canadienne
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