samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h25
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Philippe Couillard au ministère de la Santé - Un bilan controversé

« Cinq ans, c'est long et c'est du jamais vu ! »

Martine Letarte   13 septembre 2008  Québec
Philippe Couillard, l’ex-ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec
Photo : Pascal Ratthé
Philippe Couillard, l’ex-ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec
Cinq ans à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux. Un record de longévité qu'a établi Philippe Couillard, neurochirurgien de formation. Mais, sur le terrain, quel bilan de ses réalisations dressent ses anciens collègues des facultés de médecine? Le Devoir a posé la question à François Béland, professeur au département d'administration de la santé de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, et à Réjean Hébert, doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.

D'entrée de jeu, les deux experts interviewés ont voulu saluer la longévité de l'ex-ministre de la Santé. «Cinq ans, c'est long et c'est du jamais vu! Le ministre de la Santé est à la tête d'une entreprise de 20 ou 25 milliards et Philippe Couillard aura au moins réussi à y apporter un peu de stabilité», indique M. Béland.

«Philippe Couillard a fait preuve d'un sens politique exceptionnel en réussissant à imposer et à maintenir la santé parmi les priorités du gouvernement. Il a aussi réussi à bien informer la population», croit pour sa part le Dr Hébert.

La réforme Couillard

Toutefois, lorsqu'ils regardent les réalisations de Philippe Couillard, les deux spécialistes sont plus critiques. D'abord, tous deux considèrent la réforme Couillard comme une réalisation majeure de son mandat. En résumé, cette réforme a créé de grands réseaux intégrés de services, les CSSS, en fusionnant les CLSC avec les CHSLD et, dans plusieurs cas, avec l'hôpital de la région.

«Comme les budgets ont aussi été fusionnés, cela devait permettre une plus grande souplesse. L'idée n'était pas mauvaise, mais le problème, c'est que les CSSS ne jouissent pas actuellement d'une liberté d'action. Par exemple, un CSSS ne peut décider actuellement de fermer des lits dans son CHSLD pour investir davantage dans les soins à domicile. Pourtant, dans la logique de la réforme Couillard, les CSSS devraient avoir cette liberté de bouger leurs sous selon leurs besoins», affirme François Béland.

De plus, le spécialiste croit que le réseau continue de souffrir énormément de cette réforme. «Le réseau est très essoufflé actuellement.»

Le Dr Hébert est du même avis. «Les fusions ont créé beaucoup de remous. Le système de santé est maintenant embourbé dans une réforme de structure, au lieu de concentrer ses énergies dans la qualité des soins offerts. Il y a beaucoup de démotivation auprès du personnel et de perte du sentiment d'appartenance à leur établissement. Peut-être que, à long terme, on verra les effets bénéfiques de la réforme Couillard, mais ce n'est pas le cas présentement», affirme-t-il.

Peu médecins de famille, trop d'attente aux urgences

Les deux spécialistes s'entendent aussi pour dire que la réforme Couillard n'a pas suffisamment mis l'accent sur le développement des Groupes de médecine familiale (GMF).

«La réforme prévoyait une meilleure intégration des médecins de famille aux CSSS, mais le ministre n'est pas allé assez loin dans cette direction. De plus, il est évident qu'il n'y a pas assez de GMF, entre autres parce que le processus bureaucratique pour en créer est beaucoup trop lourd. Aussi, les GMF n'ont pas suffisamment de ressources à leur disposition: ils manquent surtout d'infirmières praticiennes», croit François Béland.

Aux yeux du Dr Hébert, Philippe Couillard s'est tout simplement trompé de cible.

«Comme le grand problème était l'engorgement des urgences dans les hôpitaux, il a voulu régler le problème en s'attaquant aux hôpitaux. Or, pour améliorer la situation aux urgences, on doit s'occuper de tout ce qui vient avant et de tout ce qui vient après, donc les soins de première ligne et la réadaptation. Ainsi, il n'y a pas eu de révolution dans les urgences, comme le dénonçait l'opposition ce printemps.»

En mai dernier, Bernard Drainville, le porte-parole du Parti québécois en matière de santé, a annoncé que, selon les données du Centre de coordination nationale des urgences, les temps d'attente étaient toujours aussi longs qu'il y a cinq ans dans les urgences des hôpitaux du Québec.

La controversée loi 33

Et à propos de la loi 33? Le Dr Hébert est catégorique. «La loi 33 est une erreur! En prétendant réaffirmer le rôle du public dans le système de santé québécois, la loi a ouvert la porte au privé par la porte d'en arrière, et tout cela, alors que le système vit une grave crise de pénurie de médecins et d'infirmières.»

Il croit aussi que l'ex-ministre a voulu rassurer la population en garantissant l'accès, avec les cliniques privées spécialisées, à seulement trois types de chirurgie (hanche, genou et cataracte), avant de contre-attaquer en autorisant, juste avant de quitter son poste, une cinquantaine de traitements médicaux qui pourront maintenant être dispensés dans ces cliniques.

«On siphonne l'argent du public, alors qu'on a vraiment besoin d'un réinvestissement en santé pour garantir l'accès aux soins. La preuve, c'est que, pour les chirurgies de la hanche, du genou et de la cataracte, des investissements ont été faits, et maintenant, dans la très grande majorité des cas, on arrive à respecter le délai d'attente dans le public», affirme le Dr Hébert.

François Béland est tout aussi critique en ce qui a trait aux cliniques privées spécialisées.

«Elles nécessitent des investissements importants en matière d'équipement, et si le privé fait le saut, c'est pour gagner de l'argent. La seule façon que ça puisse fonctionner est de leur assurer un flux continu de patients. Et qui peut assurer ça? Les médecins de première ligne. Et nous voilà devant un beau débat», indique François Béland.

En fait, le spécialiste craint que les médecins de famille ne soient soumis à une pression telle qu'ils se transforment en rabatteurs de patients pour les cliniques privées spécialisées. «C'est arrivé aux États-Unis, indique-t-il, et c'est un très grand risque pour notre système. Si on détermine que les médecins de première ligne sont à la base de notre système de santé, on doit s'assurer que la médecine spécialisée n'entre pas en contradiction avec le rôle de la première ligne. Actuellement, cette précaution n'est pas prise. En fait, M. Couillard a installé la machine juridique pour qu'il soit désormais possible de développer un véritable système privé parallèle au Québec.»

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 13 septembre 2008 16h40
    Stratégie des plus efficace
    Faut-il le rappeler encore et encore, le gouvernement libéral conservateur s'est fait élire pour abattre le modèle québécois, ce qui veut dire en clair remettre le système public de santé entre les mains de l'entreprise privée. Le système public en souffrira-t-il ? Jean Charest et Philippe Couillard d'en foutent éperdument, convaincus qu'ils sont que des cliniques ou des hôpitaux privés sauront bien servir la classe de citoyens à laquelle ils appartiennent. Alerte aux commentateurs et chroniqueurs politiques dont le cerveau n'a pas encore été programmé par le discours néolibéral : Le système public d'éducation suivra.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    lundi 15 septembre 2008 00h27
    Les médias pour kid kodak Couillard
    En 2004 la démotivation du personnel fut "du jamais vue". En même temps les microbes ce sont multipliés avec les conséquences que l'on connait. Les niaiseries de l'emplacement du CHUM qui de toute évidence était une solution des plus coûteuse et que les médias n'ont pas jouer leur rôle. Le nombre d'expropriation pour ce projet, construction dans du vieux plus couteux, quartier plutôt anglophone, difficulté de recrutement etc. Lorsque les libéraux étaient à l'opposition ils nommaient à l'Assemblée nationale des noms de patient mal servi et les médias poursuivaient dans le même sens et depuis le même portrait sauf que certains auront l'occasion de faire du cash commandite de Couillard Charest.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012