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Cannon enfonce une porte ouverte

Antoine Robitaille   31 juillet 2008  Québec
Québec — Le gouvernement Harper enfonce une porte ouverte en faisant savoir haut et fort qu'il «permet» à Québec de négocier une entente sur la main-d'oeuvre avec la France, croit-on au bureau de Jean Charest. «On n'a de toute façon pas de permission à demander au gouvernement fédéral pour faire une chose comme celle-là», a rétorqué hier Hugo D'Amours, l'attaché de presse du premier ministre québécois. «Le principe qui a toujours prévalu est celui-ci: ce qui est de notre compétence chez nous est de notre compétence partout», a-t-il insisté, évoquant une doctrine définie à l'époque de la Révolution tranquille par l'ancien ministre Paul Gérin-Lajoie. D'ailleurs, depuis le lancement des négociations entre le Québec et la France, il y a un an, le gouvernement Charest n'a «à aucun moment eu de discussion avec Ottawa» sur le sujet, a précisé M. D'Amours.

En entrevue au Globe and Mail hier, le lieutenant conservateur québécois Lawrence Cannon faisait savoir que le gouvernement Harper ne s'opposerait pas à une éventuelle entente sur la reconnaissance mutuelle des acquis et des compétences entre le Québec et la France, et même qu'il «l'appuyait». En marge du caucus conservateur qui se tient à Lévis jusqu'à aujourd'hui, il a précisé que le fédéral «ne fera pas d'urticaire» si un tel accord est conclu, faisant l'éloge de «l'autonomie» des provinces et précisant que chacune d'elles pourrait bénéficier du même traitement, du moment que le partage de pouvoirs défini par la Constitution est respecté.

Le cabinet de Stephen Harper a cependant nié, contrairement à ce que des médias torontois ont laissé entendre, qu'un accord — «a new deal» — était en négociation avec les provinces pour donner une reconnaissance formelle à ce prolongement international des compétences des provinces. Après plusieurs courriels dans lesquels Le Devoir lui demandait quelle forme pourrait prendre cette «nouvelle entente», l'attaché de presse de M. Harper, Dimitri Soudas, a fait parvenir cette phrase sibylline: «Ce que nous faisons, c'est respecter l'entente originale de la fondation du Canada, comme nous le faisons depuis que nous avons été élus, en pratiquant un fédéralisme d'ouverture et en respectant les compétences des provinces.»

Défaite des trudeauistes

Hugo D'Amours a tenu à qualifier d'«intéressante» la reconnaissance sans équivoque, par le fédéral, que les provinces pouvaient avoir des relations internationales dans leurs champs de compétence. Ce ne fut pas toujours le cas, a-t-il rappelé, même si l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta, entre autres, sont, à l'instar du Québec, actifs sur la scène internationale depuis longtemps. En matière d'éducation, les premières ententes bilatérales Québec-France remontent au début des années 60. Jean Charest et son homologue français François Fillon ont réitéré, au début du mois, leur volonté de signer l'entente sur la main-d'oeuvre en octobre lors de la visite du président Nicolas Sarkozy.

Une source au ministère des Relations internationales a expliqué que, pour plusieurs dans les officines fédérales, notamment chez les «mandarins les plus trudeauistes des Affaires étrangères», la doctrine Gérin-Lajoie est une «hérésie». La négociation de traités et d'ententes internationales doit être l'apanage exclusif d'Ottawa, croient-ils. La sortie de Lawrence Cannon signifierait, d'une part, que cette thèse bat de l'aile dans l'appareil fédéral et, d'autre part, que les conservateurs reprennent une position défendue depuis longtemps par les premiers ministres des provinces lors de leur rencontre estivale du Conseil de la fédération.

L'ADQ se réjouit

Dans les rangs de l'opposition officielle adéquiste, on se réjouissait hier de voir que le «discours de l'autonomie semble prendre racine au Canada», selon les mots d'un membre influent de l'entourage de Mario Dumont avec qui Le Devoir s'est entretenu hier. Celui-ci a aussi salué la «reconnaissance sans ambiguïté» de la doctrine Gérin-Lajoie. Peu surprenant, a-t-il souligné, de la part de Lawrence Cannon, ancien ministre libéral qui s'était déclaré favorable au rapport Allaire. Ce document du PLQ, adopté en 1991, réclamait, dans l'après-Meech, le «rapatriement» au Québec d'une vingtaine de pouvoirs détenus par Ottawa. M. Cannon avait qualifié ce rapport — à la source du schisme qui a conduit à la création de l'ADQ — de «proposition extrêmement intéressante et logique». «Nous allons l'appuyer, du moins dans ma circonscription», avait-il soutenu en janvier 1991.

Ainsi, à l'ADQ, on s'explique mal la fermeture de Lawrence Cannon à l'égard d'une réouverture de la Constitution canadienne, modifiée en 1982 sans l'assentiment du Québec, a-t-on rappelé. L'opposition officielle croit que l'on devrait ajouter la reconnaissance de la nation québécoise à l'article 27 (celui portant sur le multiculturalisme). Au reste, le conseiller adéquiste souligne que, pour ce qui est de l'encadrement du pouvoir de dépenser, «on attend toujours» que le fédéral bouge. «On n'a pas vu l'ombre d'un texte encore», a déploré le conseiller.

Ancien président de l'ADQ, le politologue Guy Laforest estime que la notion de fédéralisme d'ouverture, qui a permis aux conservateurs de remporter plusieurs sièges au Québec, semble «s'essouffler». Les promesses remplies jusqu'à maintenant relèvent souvent de l'ordre symbolique (telle la motion sur la nation et l'entente sur la participation du Québec à l'UNESCO). D'où l'intérêt pour le gouvernement Harper de valoriser «l'autonomie» des provinces.

Certains observateurs font remarquer que, contrairement à ce qu'il prétend, le gouvernement Harper a enfreint à plusieurs reprises les principes du partage des pouvoirs. Notamment en matière de santé, une compétence exclusive des provinces: le fédéral a créé la Commission canadienne de la santé mentale; il a mis sur pied une fiducie de 300 millions de dollars pour un programme de vaccination des femmes contre le virus du papillome humain; il a créé le Conseil national des aînés; il finance depuis 2006 le Partenariat canadien contre le cancer; il finance une Stratégie canadienne en matière de santé cardiovasculaire. Pour plusieurs de ces nouvelles structures, le Québec réclame sa part de financement.

***

Avec la Presse canadienne






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Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 31 juillet 2008 09h15
    Pas le fiston !
    « Papa peut fouiner dans les affaires de fiston, mais pas fiston dans les affaires de papa. Plus familial que ça comme modèle et la confédération meurt !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    jeudi 31 juillet 2008 09h19
    La doctrine de St-Agapit...
    « C'est un bien vieux débat. Mais pour l'esseniel, le domaine des affaires étrangères, incluant les relations internationales, continue et doit continuer de relever du gouvernement canadien. Affirmer comme Hugo D'Amours que "tout ce qui est de notre compétence chez nous est de notre compétence partout" est quelque chose qui relève du beau rêve. Les choses en fait sont beaucoup plus complexes. Et le Québec, faut-il le rappeler, n'est pas un État souverain. Mais en ce temps de jeu pré-électoral, Stephen Harper opte, comme son ami Brian Mulroney lui a sans doute recommandé, pour le quasi éternel tambour identitaire ou nationaliste. Mais tout cela commence à faire vieillot. De la doctrine Gérin-Lajoie à la doctrine de St-Agapit... »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 31 juillet 2008 11h20
    Une minute de silence
    « Comme le disait si savoureusement Dominique Michel, en rappelant la discipline des bonnes soeurs, «baissez le nez, baissez les yeux, baissez le front» en guise de soumission ou d'humilité.

    Je réclame une minute de silence devant ce spectacle.

    Gardons une pensée généreuse devant tant de misère intellectuelle.

    Des politiciens fédéraux qui nous donnent ce qu'on a déjà.

    Des politiciens provinciaux qui ne se rappellent pas ou qui font semblant ne pas se rappeler que les provinces n'ont pas de pouvoir et que le fédéral peut envahir et dépenser là où il veut.

    Des politiciens qui nous font croire que ce sont eux-mêmes qui ne veulent pas parler constitution alors que c'est leur population.

    Des politiciens qui tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

    En fait, je crois pas qu'ils existent tellement ils sont mythomanes. »

  • Renaud Blais
    Inscrit
    jeudi 31 juillet 2008 11h49
    Le Trudeauisme n'est pas mort...
    « Même si le gouvernement Harper rend plus officiel et concret cet état de fait depuis bientôt 50 ans, nous ne sommes pas à l'abri du retour du trudeauisme. À mon avis, Stéphane Dion est un pur trudeauiste repeint partiellement en vert...
    La seule façon de l'éviter serait de choisir démocratiquement de considérer les "Canadians" d'aujourd'hui comme les voisins des Canadiens d'hier, les Québécois d'aujourd'hui...
    Renaud Blais »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    jeudi 31 juillet 2008 12h26
    @M. Lebel
    « Vous apportez un point très juste, car un pays ne peut avoir plus qu'une seule voix sur le plan internationnal et au Canada cette voix ce doit d'être celle d'Ottawa comme les Québécois l'on décidés à plusieur reprise. Et le statut de nation au canadien français n'accorde pas de prévilège spéciaux. »

  • Louis Salvail
    Abonné
    jeudi 31 juillet 2008 16h18
    Lebel etat d'équilibre.
    « Cher monsieur Lebel, vous êtes très convaincant.
    La modernité implique maintenant qu'il est souhaitable que le
    gouvernement fédéral s'occupe au niveau international de nos compétences exclusives. Ceci tient de la gymnastique intellectuelle
    de haut niveau! Bravo! Il semble bien que nos compétences exclusives
    ne vous intéressent point. La nouvelle doctrine à laquelle nous
    sommes conviée est la suivante:
    Point d'exclusivité dans la modernité parce que c'est trop compliqué!
    L'avantage de votre pensée sur celle de Gérin-Lajoie est que
    son application seule génère la complexité qu'elle nécessite.
    Vous n'êtes certainemant pas un adepte du principe du rasoir d'Occam
    car celui-ci est trop vieux pour être valable. Génial!

    Un méchant autonomiste qui ne saisit pas toute la complexité du
    monde et qui a la faiblesse de croire que la vieille
    idée de René Lévesque est encore la bonne! »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    jeudi 31 juillet 2008 17h42
    De quoi fermer la gueule à certains bloqueux
    « Les bloqueux qui se plaignent de ne pas avoir assez d'autonomie sont derrière la porte. Comme ils sont entre le mur et la porte collée sur leur nez, ils s'imagienent qu'elle est fermée depuis des lunes...

    Cette nouvelle a de quoi fermer la gueule à ces chialeux d'habitude... »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 31 juillet 2008 20h33
    Selon les fédérastes...
    « ... le Québec est toujours trop outillé pour voir aux intérêts de la nation reconnue par Ottawa. Respecter les compétences des provinces. Voyons voir. Où se passe la grande parti des fêtes du 400e ? En territoire fédéral où est enclavée la statue de Champlain qu'un Dumont-Degas observe de haut, toujours en territoire fédéral et érigée par le fédéral pour confondre la nation qui ne sait plus à quel fondateur se vouer. Où est le gros des fonds pour les infra-structures pour réparer les ponts en ruine et moderniser nos hôpitaux ? Que fait Ottawa avec l'assurance-emploie alors que Québec doit réparer les dégâts avec son aide sociale ?

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Guy Fafard
    Inscrit
    vendredi 1 août 2008 00h05
    Rappel à l'ordre
    « FAIT - P.E.T. a rapatrié unilatéralement la constitution.

    FAIT - Québec n'a pas signée ce rapatriement.

    IL NA PAS SIGNÉ LE CONTRAT qui est la loi des lois.

    Québec n'est donc en rien engagé dans les centralisations illégale faites par le gouvernement fédéral. Naturellement les juges de la cours suprème du Canada, nommés unilatéralement par Ottawa n'ont pas de valeur légale dans ce dossier. ( C'est une simple question de logique).

    Cela dit, comme on a élu des députés à Ottawa, ceux-ci sont supposés nous représenter. ( Donc ce qu'ils votent en chambre est légal).

    Le Québec est en contradiction sauf pour les bloquistes; mais ils sont minoritaires à Ottawa.

    Ma conclusion non partisanne est: " On vit dans un pays sans queue ni tête où le sophisme est à l'honneur".

    Essayez de prouver le contraire sans être illogique. »

  • Fred Legault
    Inscrit
    vendredi 1 août 2008 09h46
    Il faut un chien de garde pour veiller au grain
    « Croyez-vous VRAIMENT que si le Bloc québécois n'étais pas à Ottawa pour y faire une certaine pression sur nos intérêts communs, le fédéral (en particulier les conservateurs) serait aussi conciliant? Allons donc... Il n'y a pas que du chiâlage fait par le Bloc Québécois, car s'il n'était pas en place, peut-être serions-nous affublé d'un gouvernement fédéral conservateur majoritaire et intraitable; Pensez-y!

    D'un autre côté, bravo au libéraux provinciaux de ne pas non plus s'en laisser passer de petite vite. »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    vendredi 1 août 2008 13h19
    La meilleur porte ouverte
    « A lire La Presse ce matin j`ai appris ce que défoncer une porte ouverte représente. André Pratte nous dit que Dion est pour la décentralisation des pouvoirs provinciaux en matière d`emploi. Trudeau n`a pu amender la Constitution de 1867. Mais Dion s`empêtre avec sa politique de revenus-neutres avec une taxe sur le carbone. Les canadiens baillent aux corneilles et Dion perd toute crédibilité. Les conservateurs ont récupéré l`initiative avec cette déclaration de soutien du Québec. Alors apparaît le champion de la propagande libérale. Il nous révèle que Dion est le meilleur ami du Québec et autres provinces. C`est à mourir de rire monsieur Pratte. »

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