Santé - Bolduc entend maintenir le cap
Québec — Le ministre de la Santé s'en va. Vive le ministre! Yves Bolduc, candidat libéral étoile défait en 2007, a été assermenté hier pour remplacer Philippe Couillard, arrivé au terme de sa «réflexion», annoncée vendredi dernier. Sous sa direction, a insisté le nouveau ministre, il n'y aura pas de révolution dans le système de santé. Il a salué la «justesse et la nécessité des gestes» de son prédécesseur et a soutenu qu'il allait mettre l'accent sur l'accessibilité et la qualité des soins.
M. Couillard a démissionné hier matin du poste qu'il occupait depuis cinq ans et de son siège de député de Jean-Talon, qu'il représentait depuis quelque 15 mois seulement. M. Bolduc tentera de se faire élire dans cette circonscription laissée vacante par M. Couillard, un bastion libéral qui n'a jamais élu un autre parti depuis sa création en 1965. Malgré la «déception» de voir M. Couillard partir, l'exécutif libéral, qui rencontrait M. Bolduc hier soir, s'est plié à la décision de bonne grâce. Il s'est mis en «mode élection partielle» pour le 22 septembre, nous a-t-on confié. Le 26 mars 2007, M. Couillard, dépêché d'urgence dans une capitale alors sous le charme de l'ADQ, l'avait emporté avec une majorité de 3873 voix contre la juriste Véronique Hivon, qui représentait le Parti québécois. (Cette dernière, au début du mois, a été nommée candidate péquiste dans Joliette.)
Médecin, coroner, le nouveau ministre de la Santé est reconnu pour être un spécialiste en gains d'efficacité des soins de santé et notamment des urgences. Le premier ministre a salué la «connaissance du réseau» de celui qui aurait réinventé l'urgence d'Alma. Il a souligné que plusieurs élus auraient «pu assumer ces responsabilités», mais étant donné le caractère très exigeant du poste et les qualifications de M. Bolduc, c'était là la «bonne personne».
En 2007, M. Bolduc ne se voyait pas briguer les suffrages ailleurs que chez lui: «Je suis né à Alma, c'est ici que je travaille, c'est mon comté, je suis avec mes concitoyens. [...] Je vais me battre. J'aime mieux perdre avec honneur dans ma région que gagner dans une circonscription qui n'est pas la mienne.» Aujourd'hui qu'il présente sa candidature à Québec, il soutient avoir «beaucoup évolué» et être prêt à «passer à autre chose». À ses yeux, Québec est «la meilleure région» pour lui après le Lac-Saint-Jean. «Actuellement, ce sont deux régions qui, pour ma famille, sont [celles dans lesquelles] on se reconnaît le plus. Ma conjointe est de Québec. Mes enfants sont souvent à Québec. On connaît pratiquement autant Québec que le Lac-Saint-Jean», a déclaré celui qui est devenu aussi hier le nouveau ministre responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette charge a été retirée des épaules du ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, actuellement en convalescence après avoir subi une importante opération pour une masse cancéreuse.
Ce sera «un bon ministre», dit Stéphane Tremblay.
Ancien contributeur du Parti québécois, M. Bolduc a répété hier ce qu'il avait dit en 2007: il n'a jamais été souverainiste et a soutenu le PQ parce que c'était un parti important dans la région, mais aussi parce qu'il voulait appuyer le député d'alors, le péquiste Stéphane Tremblay. Lors de l'annonce de sa candidature en 2007, il avait même confié qu'il ne l'aurait pas présentée si M. Tremblay n'avait pas quitté la vie politique. Joint en pleine session de pêche à la ouananiche sur le lac Saint-Jean hier, M. Tremblay estime d'ailleurs que M. Bolduc fera un «bon ministre de la Santé». «On doit lui laisser sa chance. C'est un homme qui a travaillé fort à date, puis [...] au-delà des allégeances politique, il faut le dire: c'est un gars de chez nous. Et ça prend du bon monde pour faire de la politique. Je pense quand même que c'est un personnage intéressant.» M. Tremblay ne croit pas du reste que son ancien partisan ait une «âme profondément libérale». «Je pense qu'il voit plus une occasion de devenir ministre de la Santé. C'est vraiment le défi qui semble l'intéresser le plus», a dit l'ancien député de Lac-Saint-Jean.
Pour ce qui est du titre de ministre responsable de la Capitale nationale, Jean Charest se l'est lui-même conféré hier, mais temporairement; jusqu'à la fin des activités du 400e. «J'ai décidé de me faire plaisir et de me [le] réserver pour moi-même», a soutenu le chef libéral. La manoeuvre vise entre autres à consolider la remontée libérale dans la capitale (une hausse de 20 % depuis avril, selon un récent sondage Léger Marketing-Le Devoir). La nouvelle a été qualifiée par Mario Dumont «d'invraisemblable désavoeu» pour l'unique autre élu libéral de la région, Sam Hamad, député de Louis-Hébert. «Je ne sais pas comment il peut réagir personnellement devant un tel affront. C'était le seul ministre de la région de Québec. Et là, finalement, c'est quelqu'un qui est député de Sherbrooke et qui habite à Westmount qui devient responsable de la région de Québec.»
M. Dumont a par ailleurs déclaré que le changement de ministre ne pouvait suffire à régler les problèmes du système de santé québécois, qui sont à ses yeux beaucoup plus «gros que ça». «C'est plus qu'une affaire d'argent et de personnalité.» C'est selon lui en s'inspirant du rapport Castonguay pour le réformer afin d'y ajouter une mixité privé-public qu'on y arrivera.
Le critique péquiste en matière de santé, Bernard Drainville, a soutenu hier que la réputation de M. Bolduc était surfaite puisque, selon de récentes données, l'attente à l'urgence de l'Hôtel-Dieu d'Alma est passée de 7,4 heures à 10,7 heures au cours des quatre dernières années, un bond de 44 %. «En ce qui nous concerne, là, l'efficacité de la méthode Bolduc, elle reste à démontrer pour ce qui est de la gestion des urgences.»
Chez Québec solidaire, on a dressé un sombre bilan de l'ère Couillard, hier. Selon le parti de gauche, il se solde par «plus de privé et moins d'accessibilité». Dans un communiqué, l'un des porte-parole de Québec solidaire, le médecin Amir Khadir, a invité «le Dr Bolduc à s'engager clairement en faveur d'un système de santé gratuit, accessible et universel. S'il le fait, il trouvera en QS un allié».
Couillard dans le monde de la finance?
La faible rémunération relative accordée aux ministres est un des facteurs qui ont poussé M. Couillard à quitter le gouvernement. Le ministre démissionnaire et neurochirurgien l'a admis hier, soulignant que, pour une personne qui avait autant de qualifications que lui, le salaire payé par l'État avait été un «sacrifice» lié à la vie publique. «Mais on le sait quand on vient en politique.» Selon des sources bien informées, M. Couillard, 51 ans, étudierait actuellement des offres d'un fonds d'investissement.
Reviendra-t-il un jour en politique? «Celui qui dit jamais n'est pas un sage», a-t-il répondu, en ajoutant qu'il avait toutefois «rarement marché deux fois dans les mêmes empreintes». M. Couillard, aux côtés de M. Charest — qui a tenu à assister à son départ — a émis un souhait: avoir fait en sorte que la personne qui lui succède réussisse mieux que lui. «C'est ainsi que notre société progresse», a-t-il conclu.
M. Couillard a démissionné hier matin du poste qu'il occupait depuis cinq ans et de son siège de député de Jean-Talon, qu'il représentait depuis quelque 15 mois seulement. M. Bolduc tentera de se faire élire dans cette circonscription laissée vacante par M. Couillard, un bastion libéral qui n'a jamais élu un autre parti depuis sa création en 1965. Malgré la «déception» de voir M. Couillard partir, l'exécutif libéral, qui rencontrait M. Bolduc hier soir, s'est plié à la décision de bonne grâce. Il s'est mis en «mode élection partielle» pour le 22 septembre, nous a-t-on confié. Le 26 mars 2007, M. Couillard, dépêché d'urgence dans une capitale alors sous le charme de l'ADQ, l'avait emporté avec une majorité de 3873 voix contre la juriste Véronique Hivon, qui représentait le Parti québécois. (Cette dernière, au début du mois, a été nommée candidate péquiste dans Joliette.)
Médecin, coroner, le nouveau ministre de la Santé est reconnu pour être un spécialiste en gains d'efficacité des soins de santé et notamment des urgences. Le premier ministre a salué la «connaissance du réseau» de celui qui aurait réinventé l'urgence d'Alma. Il a souligné que plusieurs élus auraient «pu assumer ces responsabilités», mais étant donné le caractère très exigeant du poste et les qualifications de M. Bolduc, c'était là la «bonne personne».
En 2007, M. Bolduc ne se voyait pas briguer les suffrages ailleurs que chez lui: «Je suis né à Alma, c'est ici que je travaille, c'est mon comté, je suis avec mes concitoyens. [...] Je vais me battre. J'aime mieux perdre avec honneur dans ma région que gagner dans une circonscription qui n'est pas la mienne.» Aujourd'hui qu'il présente sa candidature à Québec, il soutient avoir «beaucoup évolué» et être prêt à «passer à autre chose». À ses yeux, Québec est «la meilleure région» pour lui après le Lac-Saint-Jean. «Actuellement, ce sont deux régions qui, pour ma famille, sont [celles dans lesquelles] on se reconnaît le plus. Ma conjointe est de Québec. Mes enfants sont souvent à Québec. On connaît pratiquement autant Québec que le Lac-Saint-Jean», a déclaré celui qui est devenu aussi hier le nouveau ministre responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette charge a été retirée des épaules du ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, actuellement en convalescence après avoir subi une importante opération pour une masse cancéreuse.
Ce sera «un bon ministre», dit Stéphane Tremblay.
Ancien contributeur du Parti québécois, M. Bolduc a répété hier ce qu'il avait dit en 2007: il n'a jamais été souverainiste et a soutenu le PQ parce que c'était un parti important dans la région, mais aussi parce qu'il voulait appuyer le député d'alors, le péquiste Stéphane Tremblay. Lors de l'annonce de sa candidature en 2007, il avait même confié qu'il ne l'aurait pas présentée si M. Tremblay n'avait pas quitté la vie politique. Joint en pleine session de pêche à la ouananiche sur le lac Saint-Jean hier, M. Tremblay estime d'ailleurs que M. Bolduc fera un «bon ministre de la Santé». «On doit lui laisser sa chance. C'est un homme qui a travaillé fort à date, puis [...] au-delà des allégeances politique, il faut le dire: c'est un gars de chez nous. Et ça prend du bon monde pour faire de la politique. Je pense quand même que c'est un personnage intéressant.» M. Tremblay ne croit pas du reste que son ancien partisan ait une «âme profondément libérale». «Je pense qu'il voit plus une occasion de devenir ministre de la Santé. C'est vraiment le défi qui semble l'intéresser le plus», a dit l'ancien député de Lac-Saint-Jean.
Pour ce qui est du titre de ministre responsable de la Capitale nationale, Jean Charest se l'est lui-même conféré hier, mais temporairement; jusqu'à la fin des activités du 400e. «J'ai décidé de me faire plaisir et de me [le] réserver pour moi-même», a soutenu le chef libéral. La manoeuvre vise entre autres à consolider la remontée libérale dans la capitale (une hausse de 20 % depuis avril, selon un récent sondage Léger Marketing-Le Devoir). La nouvelle a été qualifiée par Mario Dumont «d'invraisemblable désavoeu» pour l'unique autre élu libéral de la région, Sam Hamad, député de Louis-Hébert. «Je ne sais pas comment il peut réagir personnellement devant un tel affront. C'était le seul ministre de la région de Québec. Et là, finalement, c'est quelqu'un qui est député de Sherbrooke et qui habite à Westmount qui devient responsable de la région de Québec.»
M. Dumont a par ailleurs déclaré que le changement de ministre ne pouvait suffire à régler les problèmes du système de santé québécois, qui sont à ses yeux beaucoup plus «gros que ça». «C'est plus qu'une affaire d'argent et de personnalité.» C'est selon lui en s'inspirant du rapport Castonguay pour le réformer afin d'y ajouter une mixité privé-public qu'on y arrivera.
Le critique péquiste en matière de santé, Bernard Drainville, a soutenu hier que la réputation de M. Bolduc était surfaite puisque, selon de récentes données, l'attente à l'urgence de l'Hôtel-Dieu d'Alma est passée de 7,4 heures à 10,7 heures au cours des quatre dernières années, un bond de 44 %. «En ce qui nous concerne, là, l'efficacité de la méthode Bolduc, elle reste à démontrer pour ce qui est de la gestion des urgences.»
Chez Québec solidaire, on a dressé un sombre bilan de l'ère Couillard, hier. Selon le parti de gauche, il se solde par «plus de privé et moins d'accessibilité». Dans un communiqué, l'un des porte-parole de Québec solidaire, le médecin Amir Khadir, a invité «le Dr Bolduc à s'engager clairement en faveur d'un système de santé gratuit, accessible et universel. S'il le fait, il trouvera en QS un allié».
Couillard dans le monde de la finance?
La faible rémunération relative accordée aux ministres est un des facteurs qui ont poussé M. Couillard à quitter le gouvernement. Le ministre démissionnaire et neurochirurgien l'a admis hier, soulignant que, pour une personne qui avait autant de qualifications que lui, le salaire payé par l'État avait été un «sacrifice» lié à la vie publique. «Mais on le sait quand on vient en politique.» Selon des sources bien informées, M. Couillard, 51 ans, étudierait actuellement des offres d'un fonds d'investissement.
Reviendra-t-il un jour en politique? «Celui qui dit jamais n'est pas un sage», a-t-il répondu, en ajoutant qu'il avait toutefois «rarement marché deux fois dans les mêmes empreintes». M. Couillard, aux côtés de M. Charest — qui a tenu à assister à son départ — a émis un souhait: avoir fait en sorte que la personne qui lui succède réussisse mieux que lui. «C'est ainsi que notre société progresse», a-t-il conclu.
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