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Traité de pédagogie

Marie-Andrée Chouinard   24 mai 2008  Québec
Finie la commission Bouchard-Taylor? Pris dans une «crise des perceptions», le Québec s'est captivé pour l'exercice et s'y est donné avec générosité et franchise. Par respect pour un tel intérêt populaire, le rapport des deux commissaires ne peut ni rester lettre morte ni expirer à la faveur d'une joute politique. Que l'enseignement se poursuive!

Pour que la conciliation dont rêvent les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor se traduise dans le Québec de demain, deux choses capitales doivent se produire: il faut que les citoyens aient droit eux aussi au dernier chapitre de ce feuilleton qui les a tenus en haleine et que le gouvernement transpose le legs pédagogique des commissaires en politiques éliminant les obstacles à l'intégration.

Si l'on se fie aux premières réactions suscitées par le dépôt du volumineux rapport, ce double défi est colossal. Les commissaires n'avaient même pas encore présenté le fruit de leur labeur à la presse qu'à Québec on adoptait déjà une motion sur le maintien du crucifix à l'Assemblée nationale! Une résolution presque cavalière: en affichant leur attachement à un symbole patrimonial, les députés ont surtout suggéré qu'il était inutile de lire cette brique de 300 pages pour affirmer haut et fort l'importance de l'héritage québécois. D'un coup de baguette politique, voilà que l'on sabrait ce qui constitue la plus grande richesse du rapport: son caractère éminemment pédagogique.

Lorsqu'un journaliste a demandé à Jean Charest de pointer ce qui l'avait le plus étonné dans ce document, le premier ministre a évoqué précisément son aspect pédagogique. Avec un malaise évident, il a parlé d'un «style inhabituel» et de «pédagogie sur les concepts».

Il est vrai qu'à côté de la réflexion Bouchard-Taylor — qui transite sans apparent problème de la laïcité ouverte à l'interculturalisme, en passant par la crispation identitaire québécoise, le rôle des médias et l'intégration —, les récents rapports Castonguay (financement de la santé) et Pronovost (agriculture et agroalimentaire) ont l'air de parfaits précis techniques assortis de modes d'emploi.

C'est justement pour la sagesse philosophique et la finesse du propos qu'il contient que le document dévoilé jeudi appelle à une suite, qui s'inscrit dans une logique différente de celle à laquelle ont droit la majorité des rapports remis au gouvernement. Cette pédagogie, qui déroute peut-être la gent politique, doit servir non seulement les parlementaires, mais aussi l'ensemble des citoyens du Québec.

Ils ont beau avoir nagé dans les perceptions plutôt que dans la réalité, les Québécois ont vécu avec émotion cette supposée crise des accommodements. Ils ont accueilli avec un certain soulagement la décision du gouvernement Charest de s'en remettre à deux savants pour extirper le vrai du faux et proposer des pistes afin d'aplanir les différends. Ils ont suivi avec intérêt les audiences. Attendu avec impatience qu'on pose un diagnostic. Ne serait-ce que pour leur participation active et leur vibrant intérêt, ils ont droit à une noble conclusion.

La commission parlementaire proposée par la chef du Parti québécois, Pauline Marois, pourrait permettre en partie de répondre à cet espoir. Le premier ministre a écarté cette idée, y voyant une manière saugrenue de refaire une consultation déjà complétée. Nous croyons plutôt que Mme Marois en appelle à un judicieux échange de rôles. Après avoir été placés dans une situation d'écoute pendant des mois, MM. Bouchard et Taylor peuvent bien se délier la langue un brin pour le bénéfice à la fois des élus et des citoyens.

L'opération permettrait d'éviter ce qui risque de se produire trop vite: que les partis politiques ne kidnappent cet ouvrage pour le transformer, qui en une fin de non-recevoir, qui en une revendication démagogique ou même un bonbon électoral.

Des assises parlementaires permettraient, par exemple, à des responsables du ministère de l'Éducation d'approfondir les questions délicates que sont le port de signes religieux par les enseignants et l'octroi de congés religieux. L'Office de la langue française gagnerait à pousser la réflexion sur les manières de solidifier le français. Les sbires du ministère de l'Immigration voudraient assurément mieux comprendre leurs failles en matière d'intégration des nouveaux arrivants au marché de l'emploi.

Les commissaires n'ont convaincu personne en affirmant que les pratiques d'accommodement ne menacent en rien la culture québécoise francophone. Tout comme ils ont donné l'impression de laisser la majorité porter le fardeau des responsabilités, enchevêtrée qu'elle est dans son malaise identitaire, totalement dépourvue de solutions. Ces quelques questions, et bien d'autres encore, méritent des réponses. Que la classe politique entende les deux professeurs.






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  • Michel Lebel
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 05h54
    Au gouvernement de jouer!
    « Il faudrait que la classe politique s'élève au-dessus de la partisannerie. C'est beaucoup lui demandé! De fait, c'est mission impossible! La seule solution "logique": que le gouvernement fasse maintenant ses devoirs. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 07h10
    Exit le crucifix, welcome le voile
    « Qu'est-ce qu'on va retenir dans un an, dix ans de la Commission Bouchard-Taylor?
    "Y voulaient sortir le crucifix du Parlement et faire entrer le voile dans les écoles et les hôpitaux"

    ------------
    J'ai écouté la plupart des scéances à la télé. Partout au Québec, on est venu leur dire qu'on ne voulait rien savoir du port du voile. Que c'était une honte, une humiliation pour les femmes. Une bonne moitié des musulmans sont venus dire la même chose. Or nos deux logues ont été complètement sourds aux demandes des Québécois et ont proposé l'incroyable: des profes et des infirmières voilées »

  • Gilles Delisle
    Abonné
    samedi 24 mai 2008 07h23
    M. Noel a parfaitement raison.
    « On ne s'est pas débarrassé des religieux de nos écoles , collèges et hôpitaux,dans les années 70, pour en voir d'autres débarqués chez nous. Jamais le Québec n'acceptera cela! Et dans les avions, et dans la police et dans les commerces peut-être. Jamais les religieux ne reviendront régir mon quotidien comme autrefois, plus jamais. La Commission a fait le boulot que ce gouvernement avait à faire, parce que ce dernier est un gouvernement d'incapables et d'incompétents, trop mous pour prendre des décisions de ce genre! »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 08h24
    Caractère éminemment soviétique
    « Non. Nous refusons de continuer d'êtres les cobayes des expériences sociologiques pour la construction d'un peuple artificiel civique iterculturel et sans nom, du même accabit qu'a souffert le peuple Russe. Si le peuple Québécois mérite son indépendance, il mérite aussi d'être libre. Le malaise identitaire des Québécois n'a comme origine que cette insistance qu'ont les politiciens autant fédéralistes que souverainistes de vouloir leur faire porter l'uniforme pour servir leurs politiques. Que ces docteurs Frankeinstein aillent faire leurs expériences ailleurs ! »

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 10h58
    L'exemple vient d'en haut.
    « Maintenant que l'Assemblée Nationale a dit: "Moi, je continue à porter mon crucifix au dessus de la tête de mon président", il sera dificile de demander à quiconque de se retenir de porter son symbole religieux. »

  • Monique Joyal-Painchaud
    Inscrite
    samedi 24 mai 2008 12h13
    Le voile, une torture pour femme par des machos débiles
    « On a assez démontré la contrainte sévère qu'impose le voile. De plus, on veut nous démontrer que c'est un signe religieux à accepter. On veut nous montrer la fémininité de cet accoutrement soyeux admiré par ces hommes infâmes en oubliant l'insupportable fardeau de cet instrument de torture.

    On veut déloger le crucifix par contre et nous faire accepter cette ignominie qu'est le port du voile islamiste. Et on nous dit que nous n'avons pas l'esprit ouvert. Quand l'ouverture d'esprit est réduite à la trappe à rat que nous propose nos logues, il faut constater que c'est une ouverture méprisable et qui donne sur le néant. »

  • Denis Simard
    Abonné
    samedi 24 mai 2008 16h18
    Pédagogique, orienté et perception.
    « Très pédagogique, même.Peu de monde s'intéresse aux cours universitaires, surtout ceux de la formation continue. Peu de monde va donc lire ce document.
    Orienté bien sûr. Il ne s'est rien passé avant la Commission. Ça rassure les politiciens et un peu tout le monde. 3,7M$ pour nous confirmer qu'il ne s'est rien passé, non mais!
    Orienté, parce que ce qui n'est pas dans le rapport, les partis d'opposition ont commencé à exiger que ça y soit.
    N'oublions pas les orientations politiques de monsieur Bouchard. C'est de l'argumentaire pour les péquistes entre autres.Pour faire avancer une ou des causes.
    Et la perception. La perception c'est de la politique et la politique est de la perception. Le Rapport TB ne serait-il que politique, finalement? DS »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 21h52
    @Mme Painchaud
    « On se calme les glandes Mme Painchaud? Le hidjab, un instrument de torture? Poussez, mais poussez égal ... À cette aune là, je pense qu'un voile est certainement moins 'torturant' qu'un porte-jarretelles. Ce n'est pas à vous non plus de déterminer si ce voile est une obligation religieuse ou non, tout comme ce ne serait pas à vous de juger si je décidais que ma religion m'impose de me balader avec un pot de fleurs sur la tête. Puis alors, le petit couplet sur les 'machos infâmes', on croirait entendre Micheline Carrier.

    D'ailleurs vous me rappelez les dégoisages du Conseil du Statut de la Femme à ce sujet. Comme si le Québec n'avait pas de problèmes autrement plus urgents a regler. Non seulement vous évacuez le fait que beaucoup de femmes portent ce voile par choix personnel, mais comme le CSF vous seriez d'avis probablement pour l'interdire dans les 'espaces civiques', pour reprendre la suave expression concoctée par tonton Foglia. C'est à dire en fait, dans toutes les professions du secteur public.

    http://www.csf.gouv.qc.ca/fr/communiques/?F=affiche&id=277

    Je trouve ça nul, le hijab, disgracieux, nono, pas élégant, malpratique (sauf par temps de pluie peut-être), bref ridicule. Je serais le premier à accabler de quolibets une copine qui déciderait de s'affubler de ce machin. Mais... Interdire? Au nom de la symbolique que VOUS y associez? Au nom de VOS préjugés? C'est du totalitarisme. Et pour une musulmane pieuse, c'est une invitation à rester à la maison, est-ce-donc ça que vous voulez, les femmes à la maison? Rejoignez-donc Real Women of Canada alors.

    Pour quoi généraliser, pour quoi cette certitude que votre point de vue sur ce sujet c'est la vérité? À mon avis, on doit donner aux femmes musulmanes l'option de porter le voile ou pas. Si une femme ne veut pas, on doit la protéger.

    Mais en fait vous vous fichez pas mal des problèmes que ce genre de mesures autoritaristes pourraient créer pour certaines musulmanes. Au fond c'est une vision colonialiste et méprisante, celle de la femme blanche éclairée et émancipée illuminant des lumières de la raison l'obscurantisme supposé des petites Fatmas... Mais peut-être ces femmes là auraient justement à vous en apprendre, sur ce qu'est véritablement le défi de l'émancipation quand tout ne vous est pas tombé cuit dans le bec?

    Le bannissement proposé de cet accessoire vestimentaire ne signifie en fait que discrimination dans la sphère publique et professionnelle, sur la base des croyances religieuses, et il n'y a pas de raisons assez fortes pour le justifier, puisque cette exigence n'est de toutes façons basée que sur l'ignorance, la peur et l'incompréhension de l'autre. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    mardi 27 mai 2008 08h55
    Des commissions pour la gente politique
    « Pendant que les commissions Bouchard -Taylor, Castonguay ou Pronovost avaient cours, la gente politique attendait l'opinion de ces sages.

    Les partis pris des deux premières ne font pas de doute dès le départ alors que nos agriculteurs impliqués par la troisième semblent incapables de faire des remises en question »

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