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Charest sera reçu à l'Élysée

Christian Rioux   17 mai 2008  Québec
Paris — En arrivant hier à Bordeaux pour une visite de quatre jours en France, Jean Charest ne se doutait pas qu'il débarquait en pleine controverse. Le premier ministre du Québec a aussitôt annoncé qu'il sera reçu lundi par le président Nicolas Sarkozy après avoir passé deux jours à Bordeaux pour célébrer les fêtes du 400e. La rencontre, qui ne figurait pas au programme, n'aurait été confirmée qu'en après-midi hier. Une semaine seulement après la polémique autour de la présence de la gouverneure générale Michaëlle Jean au lancement des fêtes du 400e à La Rochelle, Jean Charest dit voir dans cette nouvelle rencontre le témoignage que la relation «directe et privilégiée» entre la France et le Québec atteindra cette année de «nouveaux sommets».

Accusé par le PQ et l'ADQ d'avoir été absent à La Rochelle, Jean Charest arrive pourtant en France au moment même où la nouvelle position du président français envers le Québec commence à susciter la controverse dans ses propres rangs. L'abandon présumé de la politique traditionnelle dite de «non-ingérence et non-indifférence» à l'égard du Québec est en effet loin de faire l'unanimité.

Le Devoir a appris que la nouvelle politique de Nicolas Sarkozy plaçant les relations avec Québec et Ottawa sur un pied d'égalité a profondément irrité plusieurs personnalités depuis longtemps attachées au Québec, notamment l'actuel président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, et même l'ancien premier ministre Alain Juppé, qui recevait hier le premier ministre Jean Charest à Bordeaux.

Tout en prétendant ne pas «se mêler de ce débat», M. Juppé a d'ailleurs ouvertement contredit hier le président Sarkozy en affirmant que si «le Canada est un pays ami avec lequel nous avons intérêt à avoir des liens extrêmement étroits», les Québécois sont «un peu plus que des amis, ce sont des frères». Le 8 mai dernier, Nicolas Sarkozy avait au contraire bien pris soin de mettre le Canada et le Québec sur un strict pied d'égalité: «On aime le Québec. Mais on aime le Canada. On aime les deux», avait-il déclaré.

Depuis quelques semaines, plusieurs élus ont confié leur désaccord à l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui avait été le premier à ébruiter publiquement les intentions du président. Alain Juppé n'est en effet pas le seul à égratigner la nouvelle position de Nicolas Sarkozy. De nombreux élus, à droite comme à gauche, s'expliquent mal ce reniement de la tradition gaulliste.

«Les Français sont profondément attachés au Québec et je crois qu'ils sont aussi malheureux que les Québécois de cette dérive», a dit le député de droite Nicolas Dupont-Aignan. Selon lui, en abandonnant la politique traditionnelle formulée par le général de Gaulle et reprise par tous les gouvernements français depuis, Nicolas Sarkozy exprime une opinion minoritaire. «Rien n'est joué», affirme d'ailleurs le député de l'Essonne, qui estime que le débat sur cette question n'a pas vraiment eu lieu en France.

«Ne croyez pas que les Français ont changé! C'est malheureusement leur président qui dénature le message français. Je peux vous assurer que les élus et le peuple français ne sont pas de son avis. Je crains que le lobby anglo-saxon qui influence le président de la République n'abîme les relations franco-québécoises.»

Dissident depuis peu du parti de Nicolas Sarkozy (UMP), Nicolas Dupont-Aignan appartient à la frange dite souverainiste de la droite française. Il attribue ce changement de politique au rapprochement de la France avec les États-Unis et le Canada. Selon lui, le Québec ferait «les frais» de la nouvelle implication de la France en Afghanistan, où celle-ci est allée prêter main-forte au Canada. M. Dupont-Aignan souligne aussi le peu d'intérêt manifesté jusqu'à présent par Nicolas Sarkozy pour la défense de la langue française.

«Sarkozy a abandonné la langue française en faisant ratifier le protocole de Londres sur les brevets favorisant l'usage de l'anglais, dit-il. Et, pour la première fois cette année, un chanteur français chantera en anglais à l'Eurovision, ce qui suscite l'indignation en France.» La rupture avec la tradition gaulliste en politique étrangère compte pour beaucoup dans la chute de popularité du président, dit-il. «Jamais un président n'a été aussi impopulaire aussi rapidement depuis le début de la Ve République.»

Même si la plupart des élus hésitent à exprimer aussi clairement leurs divergences pour l'instant, à droite comme à gauche, plusieurs partagent la préoccupation de Nicolas Dupont-Aignan. «Le débat est loin d'être clos», nous ont confié plusieurs proches du Québec en France, issus de toutes les familles politiques et qui gardent espoir de pouvoir infléchir l'opinion du président d'ici sa visite officielle au Québec, en octobre prochain.

Joint alors qu'il partait pour le Québec, le représentant personnel du président de la République auprès de la Francophonie, Christian Philip, tentait de minimiser ce changement d'attitude. «Ce qui compte, ce sont les actes, a-t-il dit. Je ne vois pas d'inflexion de la politique française.» Selon lui, «le Québec et la France représentent toujours le premier pôle de la Francophonie». Il s'agit d'un vocabulaire jamais utilisé à ce jour par Nicolas Sarkozy pour parler du Québec.

Même ton réservé chez l'ancien ambassadeur Bernard Dorin, vieil ami du Québec de tradition gaulliste et militant de la francophonie. «Apparemment, le discours de Nicolas Sarkozy semble mettre le Québec et le Canada sur un pied d'égalité, a-t-il dit. En apparence, la France a l'air de jouer sur les deux tableaux. Mais je crois qu'il ne faut pas s'emballer simplement sur des mots. Il faudra voir la politique qu'il y aura derrière. Je ne crois pas que la politique de la France à l'égard du Québec ait changé pour l'essentiel. J'ai toujours trouvé la formule de la "non-ingérence et non-indifférence" un peu négative. Mais je ne crois pas qu'on en ait trouvé une nouvelle.»

Compte tenu du faible de Nicolas Sarkozy pour les formules-chocs, plusieurs familiers des relations France-Québec s'inquiètent de ce qu'il pourrait dire lors de sa visite officielle, à l'automne. «L'homme est imprévisible», a dit le spécialiste québécois des relations internationales André Patry. Selon cet ancien conseiller politique, «le Canada a gagné du poids sur la scène internationale. Quant au Québec, il joue un rôle moins important. Nous ne pouvons pas demander à la France de faire ce que nous ne faisons pas».

Nicolas Dupont-Aignan affirme que son inquiétude est partagée aussi bien par des députés de droite que de gauche. «Tout l'enjeu maintenant pour beaucoup d'amoureux du Québec en France, et ils sont nombreux, c'est de contrecarrer cette tendance et d'alerter l'opinion française pour que cela ne se fasse pas dans la discrétion. Rien n'est joué, et nous pouvons susciter, à l'occasion de ce 400e anniversaire de Québec, un bel élan mutuel.»

***

Avec la Presse canadienne






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  • Michel Lebel
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 04h52
    Du vent!
    « Comme a dit le grand Will: "Much ado about nothing". Traduction libre: Que de vent pour rien! »

  • bernard Frouin
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 07h08
    Sarko rame à contre-courant
    « Je suis d'accord: l'opinion de Sarkozy ne reflète pas l'opinion des français en général qui ont beaucoup d'affection pour le Québec et les québécois, plus que pour le Canada anglophone que nous assimilons facilement aux américains des Etats-Unis.

    Concernant ce qui est dit sur le peu d'empressement qu'a Sarkozy à défendre la langue française, ce qui est drôle c'est que Sarko parle anglais "comme une vache expagnole". Son niveau d'anglais est détestable, autant par son accent que par la connaissance de la langue en général. Il ne parle pas, il anonnne, il baragouine, et encore, c'est beaucoup dire. Autrement dit, il est nul en anglais. »

  • philippe de neuville
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 08h26
    Sarkozy se trompe sur tous les plans
    « Sarkozy se trompe sur tous les plans; il est en train de brader la France & il fait de même avec la Francophonie. C'est un traître à sa patrie d'adoption. Il est répugnant.
    C'est le pire président de la Vè République...
    Philippe................... »

  • Jaubert Gerard
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 13h55
    "Tout ce qui est excessif est vain" (Michel de St Pierre)
    « D'ici, en France, cette querelle semble surréaliste... Je suis bien d'accord pour dire l'amour des Français en général pour le Québec et les Québécois, mais je ne crache pas pour autant sur les Anglos du RoC, pas plus que sur les états-uniens qui ont toujours été nos alliés.
    La France a perdue la guerre de sept ans avec les conséquences que l'on sait. Enfant, j'étouffais de colère contre ce Roi qui avait abandonné ses citoyens (techniquement, les "Franco-Canadiens" sont toujours des citoyens Français !).
    Mais si historiquement le plus grand crime de l'occupant britannique a été d'écarter les Franco-Canadiens de la culture en général et de l'exercice d'une complète citoyenneté, les siècles ont passés et garder une rancoeur contre "l'amère Patrie", les "maudits Français" et le RoC me semble plutôt empoisonner une pensée libre et distincte plutôt que faire avancer la cause du Québec...
    Vu d'ici, après tout, et quel que soit notre évident penchant pour le Québec, vous avez par deux fois voté pour rester dans la fédération Canadienne : quelle attitude devraient alors prendre nos dirigeants ?
    De Gaulle s'était "un peu" fâché avec ses alliés Nord-Américains, me semble-t-t-il ?!
    Il paraît que Sarko veut corriger le tir ? (je n'ai jamais considéré personnellement les Américains et les anglos Canadiens comme des adversaires, mais plutôt comme des amis que je suis heureux d'accueillir ici ou de visiter).
    Reste à savoir - ça ne tardera pas - si ce "flirt" de notre président avec le Roc portera réellement ombrage à notre amitié - que dis-je : parenté - avec le Québec ?? »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 13h57
    @ M. Frouin
    « L'anglais de M Sarkosi, ce grand président, n'est d'aucune importance, il est probablement beaucoup mieux que la majorité des français, exception faite des drugstore, parking, brake, et j'en passe. Mais si l'on regarde celui de la Marois, qui excusez moi mais dans un contexte nord américain est excécrable et honteux, son anglais est excelent. Alors je dit vive Sarko. »

  • vincent bussiere
    Abonné
    samedi 17 mai 2008 14h28
    Sarkosy et le Québec
    « Un petit mot pour ce français de président, monsieur Sarkozy dite moi ou trouvez vous le temps de présider aux destinées de la France, depuis votre marriage, on vous vois poser toutes les semaines avec votre belle épouse, vous faites la première page de Paris Match, vue d'ici il me semble qu'il vous reste peu de temps pour voir aux affaire de la France. »

  • Fleurette Riverin
    Abonné
    samedi 17 mai 2008 14h47
    Rien que du vent pour créer la tempête
    « Par tous les moyens possibles, on essaie de transporter en France les chicanes des séparatistes, on voit le journaliste de Radio-Canada Maxence Bilodeau ne parler que de sornettes reliées à cet "affront" et n'interroger Jean Charest et les ministres français que sur ces sottises au lieu du véritable but de la visite, cet article du Devoir tourne aussi autour des mêmes "affronts" qu'a subi ou qu'aura à subir le Québec, bref on en a le tournis tellement c'est ridicule et grotesque! Le pire, c'est que ces chicanes qu'on essaie de créer par tous les moyens risquent d'enflammer bien des esprits étroits et surchauuffés, comme Raymond Villeneuve et sa milice armée par exemple qui se sont déclarés prêts. Prêts à quoi? À recréer le FLQ peut-être? Et pourquoi sont-ils armés?

    Michel David a dit que la France avait largué le Québec lors de la visite de la gouverneure générale. La France n'a pas largué le Québec, elle a largué les chicanes des séparatistes québécois, elle a largué une option politique qui ne la regarde pas, ce qui est bien différent, il n'y a pas que des séparatistes au Québec, ils ne sont que 36% et seraient bien moins nombreux encore s'ils avaient à répondre à une vraie question: Voulez-vous, oui ou non, vous séparer du Canada?

    Oui, beaucoup de vent pour créer la chicane et le désordre lors des fêtes du 400e. »

  • normand laporte
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 15h12
    Un Québécois choqué.
    « Sarkosy ne connaît pas les Québécois. Il ne sait pas ce qui se passe au Québec présentement.Nous nous battons pour conserver notre langue.Qu'il vienne faire une visite à Motréal et après il pourra parler de son amitié Québec Canada. Comme on dit en bon québécois il va "s'ennuyer de sa mère" surtout s'il baragouin l'anglais. Il va être heureux de s'en retourner chez lui.À bien y penser rester chez-vous.

    Comme a dit le général VIVE LE QUÉBEC LIBRE. »

  • Jean Leroux
    Inscrit
    samedi 17 mai 2008 20h41
    Polémique! Quelle polémique?
    « Monsieur Rioux s'inscrit bien dans la propagande de la Pravda du PQ qu'est Le Devoir. Il n'y a eu polémique (bien petite d'ailleurs) qu'au sein du PQ est des autres chiâleux séparatistes. En France, on en rit bien d'ailleurs... au détriment de votre réputation! Prenez tous un grand respire par le nez et prenez surtout acte que ce que dit Sarkozy reflète ce que toute l'Europe pense de ce faux débat qui tente d'opposer sans cesse les intérêts de l'ensemble des Canadiens (le Tout) de ceux des québécois (une Partie). »

  • Jean-Gabriel Lauzier
    Abonné
    dimanche 18 mai 2008 14h14
    Agir par intérêt.
    « Quel intérêt économique Sarkozy a-t-il à gagné de jouer de tels cartes? »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    dimanche 18 mai 2008 16h13
    Canada vs Québec
    « Pour les Souverainistes, on ne peut être ami du Canada quand on est ami du Québec. Je n'ai jamais entendu autant d'enfantillages de la part de personnes supposément sages. Hey! les souverainistes, chialez autant que vous voudrez, vous êtes des Canadiens, que vous le vouliez ou non.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Denis Biron
    Inscrit
    lundi 19 mai 2008 09h09
    Sarkozy et le Québec
    « Le Président Sarkozy s'est entouré d'amis fédéralistes tels que Harper, Charest et Desmarais et il est bien évident qu'il est en voie de modifier la politique de la France envers le Québec qui existait depuis le Général DeGaulle et les autres Présidents qui ont suivi.

    À l'instar des Desmarais et cie, il considère le Québec comme étant une "province" comme les autres n'ayant aucun statut d'État français en Amérique du Nord. Monsieur Sarkozy ne connait absolument rien de la politique québécoise. Monsieur Sarkozy ne sait pas que toutes les provinces canadiennes sont anglaises - à l'exception du Nouveau-Brunswick qui est bilingue et du Québec qui possède une langue nationale - le français - depuis l'adoption de la Charte de la langue française (Loi 101) adoptée en 1977 par le Gouvernement souverainiste de Lévesque.
    Cette même Loi 101 qui fut "charcutée" à plusieurs reprises par le Cour Suprême du Canada ... avec l'accord de nos bons fédéralistes qui conseillent présentement Sarkozy sur le Québec. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 19 mai 2008 09h54
    Nous sommes tous Québécois, ne l'oublions pas s.v.p. !
    « Les "séparatistes" et les "fédéralistes" continuent à s'insulter. ARRÊTEZ S.V.P. ! Nous sommes tous Québécois et devrions tenter de nous entendre "comprendre", de commencer à écouter l'autre à la place de le "blaster" en privé ou en public.

    Chacun a une bonne raison pour choisir une option constitutionnelle. Entre les extrémistes des deux camps, il devrait y avoir des solutions qui seraient acceptables à une bonne majorité de Québécois. C'est ça qu'il faut chercher, pas les inutiles insultes qui enfoncent l'adversaire dans ses préjugés.

    Pour moi, si les francophones du Québec veulent assurer la pérennité de leur langue, leur culture, la paix et leur prospérité en Amérique, ils doivent trouver une solution acceptable à une bonne majorité, nécessaire pour sortir de la fédération centralisatrice actuelle : LA solution Une vraie CONFÉDÉRATION qui est formée d'États SOUVERAINS qui confient à un organisme central que l'on va nommer ici le CANADA "on n'a pas besloi de se casser la tête pour trouver un nom", que les pouvoirs que les États veulent bien lui confier pour l'avantage de toutes les parties. L'Union européenne semble se diriger vers ce genre de solution : La souveraineté avec l'efficacité des grands ensembles. »

  • rabah hammachin
    Inscrit
    lundi 19 mai 2008 10h59
    Séduite et abandonnée
    « Les souverainistes de la belle province donnent l'impression que leur combat pour la francophonie n'est mené que pour mieux s'arrimer à la France, qui leur parait comme la mère-patrie. S'affranchir du Canada pour s'acoquiner à la France: Quel immense dessein pour le Québec!!
    Le Président Sarkozy est un homme d'état qui s'inquiète d'abord des intêrets français et da place dans l'échiquier mondial. La France à des relations d'État à État. Et jusqu'à ce que les québecois prennent leur destin entre les mains en devenant souverains, les relations de la France avec le Québec ne se feront que dans le domaine du folklore. Tant que les québecois ne seront pas inaliénés à la France ou au Canada, il en sera ainsi. »

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