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Pourquoi attendre?

Bernard Descôteaux   3 mai 2008  Québec
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a pris l'engagement de réécrire la Charte de la langue française une fois portée au pouvoir. Elle voudrait renforcer cette loi, tout particulièrement à l'égard de la langue de travail dans les petites entreprises. Idée opportune qui, toutefois, tient plus des belles paroles que de l'action. Dans certains cas, des gestes pourraient être faits sans devoir attendre de former le gouvernement.

Cette proposition de la chef péquiste est accueillie froidement par ceux qui portent des lunettes roses et craignent de rouvrir la «poudrière linguistique». Pourtant, ce que propose le Parti québécois ne consiste pas en une remise en cause des grands équilibres de la loi 101. Après 31 ans, celle-ci a besoin d'être mise à jour pour tenir compte des réalités d'aujourd'hui et, à certains égards, d'être resserrée. Également, d'être remise en ordre après tous ces jugements de la Cour suprême qui l'ont modifiée.

L'exercice proposé est une réponse politique aux inquiétudes qui se manifestent à l'égard du français à Montréal, où cette langue pourrait dans quelques années devenir minoritaire en raison du faible taux de natalité des francophones et des transferts linguistiques des allophones vers l'anglais. Il y a là une réalité qui demande une réaction plus immédiate. On ne sait pas quand surviendront les prochaines élections. Ce peut être aussi bien dans six mois que dans 18 ou 24 mois. Et rien n'assure que le Parti québécois sera alors élu.

À ces inquiétudes, il y a d'autres réponses que celle d'une promesse électorale incertaine. Il y a des gestes à poser maintenant. Le gouvernement Charest a adopté un timide plan de mesures qu'il faut renforcer. Pourquoi la chef péquiste ne se servirait-elle pas de la situation minoritaire du gouvernement Charest pour justement le forcer à réagir plus vigoureusement? Pour peu qu'elle jette des ponts vers l'Action démocratique de Mario Dumont, cela est possible. Leurs deux partis peuvent, on l'a vu avec le congédiement du délégué à New York, qui a fait l'objet d'une étude de deux jours en commission parlementaire, imposer leur volonté au gouvernement. Faisant cause commune, ils pourraient, par exemple, obtenir de l'Assemblée nationale qu'elle confie à une commission parlementaire le mandat de revoir en profondeur la situation linguistique et d'élaborer un plan d'action.

Le point de départ d'un tel exercice se doit d'être bien sûr l'application de la loi 101, mais il doit aussi aborder les politiques d'intégration des immigrants, l'enseignement du français, la formation des maîtres, l'apprentissage de l'anglais et du français comme langues secondes, la scolarisation des nouvelles générations. Il faudra tirer les conclusions que s'est gardé de tirer l'Office de la langue française dans son dernier rapport quinquennal. Puis proposer un plan d'action structuré.

Le gouvernement Charest rétorque au Parti québécois qu'il n'y a pas de crise linguistique, ce qui est vrai. Il y a cependant des urgences, tout particulièrement à Montréal, ce que personne ne peut nier. Parce que l'avenir du français est une cause qui transcende tous les partis, le gouvernement libéral devrait mettre de côté ses réticences et accepter un tel exercice qui serait un bel exemple de cohabitation politique. Depuis quelques semaines, le premier ministre Charest n'a que ce mot à la bouche pour nous convaincre que ce qu'il fait est le fruit d'une action concertée avec l'opposition. En réalité, ce concept de cohabitation sert le plus souvent à justifier son inaction.

Ne rêvons pas en couleurs. Jean Charest n'acceptera pas d'amender la loi 101 pour rendre obligatoire la francisation des entreprises de moins de 50 employés, comme le voudrait le Parti québécois. Mais il pourrait autoriser l'Office de la langue française à se prévaloir de la disposition de l'article 151 de la loi qui permet d'exiger d'une entreprise de moins de 50 employés de se doter d'un programme de francisation. On peut, par cet article, agir sans devoir imposer une obligation aux 175 000 entreprises de cette catégorie, ce qui est l'argument généralement invoqué pour ne rien faire. L'Office pourrait alors déterminer les endroits où il y a lieu d'intervenir, par exemple auprès des entreprises de la région montréalaise qui comptent entre 25 et 50 employés.

Le talon d'Achille de la loi 101 se trouve du côté de ces petites entreprises qui, contrairement aux grandes, peuvent choisir la langue de travail. Elles ne sont soumises à aucun programme de francisation. Toutes ne sont pas fautives, mais on sait que, dans la région de Montréal, plusieurs d'entre elles ont fait de l'anglais la langue de travail de leurs employés. Entre la coercition que voudrait exercer le Parti québécois et le laisser-faire que pratique le Parti libéral, il devrait y avoir un moyen terme, que justement permet la loi dans sa rédaction actuelle. Pourquoi donc attendre?

bdescoteaux@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 2 mai 2008 22h46
    Pourquoi le PLQ va attendre...et attendre...
    « Parce que la grande majorité patrons des petites entreprises votent pour le PLQ de M. Charest qui aimerait gagner la prochaine élection plus que de travailler pour le français, à la protection. »

  • Jean-Marc Pineau
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 00h50
    Dormons, la mer est belle... (air connu)
    « Jean Charest fait de plus en plus penser à Robert Bourassa, sauf que Bourassa faisait de grandes phrases pour tenter d'expliquer son inaction. Comme le disait si pertinemment quelqu'un dans un autre quotidien : le gouvernement de Jean Charest joue les concierges : il se contente de changer les ampoules, de nettoyer la cour, de sortir les poubelles ! A-t-on jamais vu un gouvernement aussi inactif, aussi inutile ? Ils ont engagé d'excellents conseillers en communications (Parisella et cie) pour tenter de faire croire aux Québécois qu'ils sont un bon gouvernement. En ce moment, les Québécois semblent se laisser berner puisque le taux de satisfaction envers le gouvernement a grimpé de plusieurs points, selon les sondages. Jean Charest peut (continuer de) dormir tranquille : la mer est calme. Mais ce n'est peut-être que le calme avant la tempête. »

  • Paul Verreault
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 08h30
    Durham
    « Je le répète, Charest fut envoyé en émissaire par les "descendants spirituels" de Lord Durham pour faire des Québécois des Canadians(sic)comme les autres, des anglophones. D'ailleurs, Canadiens-Anglais est un pléonasme, il n'y a que des Canadians, dont un petit nombre, diminuant sans cesse, sont des francophones. »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 08h37
    Le Français à Montréal
    « Les êtres humains ne sont pas des chiens que l'on entraîne en tirant sur la laisse chaque fois qu'ils désobéissent. Pour entrer le français dans la gorge des allophones, il faudrait créér un état policier. Est-ce que c'est ça que l'on veut au Québec? Programmes de francisation, incitatifs, etc. Pensez vous que les commerçants ont le goût et le temps pour s'attaquer à ce problème? Ne cherchez pas de midi à quatorze heures, seul le nombre de personnes parlant français peut attirer ceux qui ne le parlent pas et malheureusement, ce nombre diminue d'année en année.Encore le vieux disque de la natalité.Eh! oui, il n'y en a pas d'autre.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • André Séguin
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 09h02
    On ne légifère pas un francophone de souche qui massacre sa langue natale.
    « Lorsqu'un chroniqueur au journal La Presse écrit que les piétons "slaloment" entre les chantiers de construction du Boulevard Saint-Laurent de Montréal, il fait la promotion d'une piètre qualité du français écrit. Les allophones et anglophones utilisent rarement le terme moué ou toué au lieu de moi et toi. Si on achève bien les chevaux de leurs souffrances , qui va donc achever le joual au Québec. La véritable menace au français provient des francophones qui n'en maitrise pas une utilisation exemplaire. Monsieur Eric Clément du quotidien La Presse est possiblement un excellent skieur alpin, son français écrit cependant démontre des carences évidentes. Qu'est ce qu'une full fille a qu'une fille n'a pas?. Si la langue a une fierté, cette fierté ne s'appelle pas le français.La France devrait nous consentir une offrande de charité en expédiant au Québec des centaines de conteneurs remplis de dictionnaire Le Petit Robert que l'on pourrait obtenir gratuitement a la bibliothèque nationale du Québec. Madame Marois a besoin de prendre un grand bain de foule en ouvrant ses oreilles afin découter comment le français est piètrement utilisé malgré les mesures législatives en vigueur. »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 09h08
    Une guerre larvée!
    « «...mais on sait que, dans la région de Montréal, plusieurs d'entre elles ont fait de l'anglais la langue de travail de leurs employés.»
    La connaissance insuffisante de l'anglais parlé, un manque de fluidité par exemple, ne doit pas constituer un critère de discrimination à l'embauche.
    Ça doit être clairement inscrit dans la loi 101, qu'il incombe à l'employeur petit ou grand de bilinguiser au travail si le poste le justifie objectivement.
    En ce moment, ils se sont tous donnés le mot, les francophiles sont systématiquement écartés. Il y a une véritable guerre linguistique larvée, tabou, qui bat son plein à Montréal sur le dos des plus vulnérables. »

  • Hugues St-Pierre
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 10h33
    Voeux pieux
    « Charest préfère railler Mme Marois en la taxant de se chercher un "cheval de bataille que les Québécois refuseront d'enfourcher". Gouverner par le cynisme. Et Dumont a-t-il trouvé un ancien conseiller de Bourassa(type Parisella) pour lui suggérer d'abandonner l'insulte à la chef du PQ et de saisir les perches politiques qui lui seraient salutaires? »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    samedi 3 mai 2008 10h43
    Tout est une question de volonté !
    « S'il le voulait vraiment, Jean Charest pourrait faire beaucoup plus pour protéger et promouvoir le français.

    Cependant, comme son intérêt pour ce dossier est plutôt tiède et qu'il n'ose pas provoquer à nouveau sa clientèle électorale la plus fidèle...

    Rappelez-vous quand il a formé son cabinet en mai 2007 : beaucoup d'anglophones étaient en furie contre lui et menaçaient de ne plus voter libéral parce qu'il n'avait nommé, comme ministre, qu'un seul de leurs députés, soit Yolande James ! »

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 10h53
    Et dire que...
    « Que nous sommes tous et toutes devant nos ordinateurs à écrire des beaux textes...

    C'est dans la rue qu'il nous faudrait être.

    Le réclamer haut et fort ce français.PARTOUT !

    Lâcher les belles phrases et passer aux gestes !

    Valdor Lagacé »

  • Hugues St-Pierre
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 11h11
    @M. André Séguin
    « Au Québec, c'est en français (non pointu) que ça doit se passer. Que notre histoire, notre géographie et notre climat aient imprimé une touche locale à notre expression de la langue ne justifie pas les Québec-bashers de nous dénigrer dans notre locution de la langue française. Quelques arrogants allo. se permettent maintenant d'imiter cette détestable habitude du ROC pour justifier leur paresse à apprendre la langue officielle du Québec, où ils sont peut-être tombés par accident, après la propagande canadian: choix de 2 langues. Encourageons Mme Marois dans son projet et aussi, bien sûr, tous les gens des médias à châtier leur langage. »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    samedi 3 mai 2008 11h23
    Pourquoi attendre ?
    « Pourquoi attendre ?

    Mais, bon sang ! Tout simplement parce qu'au Québec, il est urgent d'attendre et de ne rien faire !!!

    Tout va si bien dans le plussssss meilleur pays au monde. La preuve ? Même ceux qui ont faim ne chialent pas ...et votent pour le statu quo perpétuel. Alors, la langue...


    Jean Desjardins »

  • réal rodrigue
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 22h03
    Oui, un coup de barre s'impose...
    « Vous avez raison, Mme Marois pourrait agir dès maintenant afin de contrer le laisser-aller touchant notre langue maternelle. Certes, comme certains le soulignent, chacun porte une part de la responsabilité dans la dégradation du français, mais par ailleurs il ne faut se priver d'user du pouvoir politique pour remettre notre langue à l'honneur. Depuis deux ans, mom épouse et moi avons pu arpenter tout à notre aise les rues du Centre-Ville et du Mile End, et, plus souvent qu'autrement, ce sont d'autres langues que nous entendions parler sur la rue et dans les commerces. Nous qui habitons les Cantons de l'Est - une région où le français a fini par s'imposer, nous n'en revenions tout simplement pas. Nous sommes encore sous le choc. Et voilà que nous apprenons que le gouvernement actuel du Québec transige autant que possible en anglais avec les entrepreneurs, paie des cours d'anglais pour les immigrants... C'est à pleurer.
    Réal Rodrigue
    Mansonville ( Canton de Potton ) »

  • Jean-Renaud Dubois
    Abonné
    dimanche 4 mai 2008 17h53
    M. Séguin vous avez raison!
    « Bonjour,

    .........« On ne légifère pas un francophone de souche qui massacre sa langue natale.»

    Si j'ai bien compris, vous êtes prêt à ce que l'on légifère pour les francophones qui ne massacrent pas leur langue natale! Question: Natale où? En France ou au berceau!
    *
    Bien d'accord avec vous, légiférons donc et demandons à la SRC, organisme fédéral -- quelle incongruité : demander au renard de s'occuper des poules -- de faire respecter une meilleure qualité de la langue dans leurs émissions! Mais, y ont-ils un intérêt?
    *
    Moi (pas moué : même si cela ne me dérange pas, c'est même savoureux, d'ailleurs vous l'employez vous-mêmes?) je vois, comme M.Pratte, le verre à moitié plein(sic) et je trouve que, depuis 20 ans et grâce surtout aux garderies(1998-99), notre langue s'améliore grandement.
    *
    C'est drôle que chaque fois qu'il y a un débat sur la loi 101 , qui a besoin d'être mise à jour et mieux défendue par l'OLF (qui est en coma) ceux qui sont contre cela sont toujours des fédéralistes qui aiment tellement leur langue qu'ils sont prêt à la voir disparaître! N'est-ce pas M. Lafrance? Quel écrasemnt!
    *
    Serait-ce, parce que les fédéralistes ne s'aiment pas...voudraient se voir autre Monsieur Séguin?

    ***

    Arrivez il a 400 ans avec le vieux français du temps, entourés d'une mer anglophone ce retour au français "un peu plus" international va prendre du temps.
    Si les immigrants non-francophones dédaignent le Français-Québécois cela est dû au PLQ et surtout à leur communauté d'accueil qui ne veulent pas être québécois mais Canadien! C'est normal, pour eux, ils sont venus au Canada, en Amérique et donc cela devrait se passer en Anglais!
    *
    Je suis conscient que demander cela à un fédéraliste qui était contre la loi 101 en 1977, c'est utopique!
    *
    Donc un dernier sursaut de fierté avant de mourir: ce n'est pas le temps de jeter le bébé avec l'eau du bain...Pensez à vos petits enfants! Léguez leur quelque chose... »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 06h34
    à ceux qui pensent que je veux la disparition du Français
    « Je l'ai dit et je le répète, je ne défendrai pas la langue d'un peuple qui se laisse disparaître petit à petit, parce qu'il considère la richesse matérielle plus importante que la richesse que nous procure les enfants et ça ne change rien au fait que je sois fédéraliste ou souverainiste. Ceux qui parlent le plus de laisser la langue française en héritage à nos enfants sont ceux qui n'en ont pas ou n'en ont pas assez pour assurer la relève. Madame Marois a le droit d'en parler, elle en a eu quatre. J'en connais une foule de grands 'patriotes' qui n'ont jamais voulu avoir d'enfants mais qui parlent très fort pour la protection de la langue.
    Paul Lafrance
    Québec »

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