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Le Far West

Michel David   8 avril 2008  Québec
Il y a les bonnes intentions et il y a les gestes concrets, qui permettent d'en mesurer la sincérité. Les mesures de nature strictement incitatives pour renforcer le français au travail, que la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, a annoncées la semaine dernière, s'apparentent plutôt à des voeux pieux.

Le débat sur l'intégration de l'hôpital de Lachine au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), sans égard à ses conséquences sur le plan linguistique, constitue un test beaucoup plus révélateur de la détermination du gouvernement Charest.

La convention de prise en charge approuvée le 10 mars dernier par l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal prévoit que le statut d'organisme bilingue dont bénéficie le CUSM en vertu de l'article 29.1 de la loi 101 ne sera aucunement modifié par l'absorption de l'hôpital de Lachine. En revanche, ce dernier ne bénéficiera d'aucune garantie qu'il ne se transformera pas progressivement en établissement bilingue lui aussi.

Les démarches faites par les syndicats représentant les employés de l'hôpital, de même que par les médecins, qui réclamaient le maintien de son autonomie administrative, sont demeurées lettre morte. La proposition présentée en décembre par le CUSM, qui devait en principe être négociable, a été acceptée telle quelle.

Si l'on se fie à ses récentes interventions sur le sujet, il ne faut pas trop compter sur le ministre de la Santé, Philippe Couillard, pour modifier le cours de choses. Il a joué les vierges offensées, le mois dernier, à l'Assemblée nationale, quand le député péquiste de Marie-Victorin, Bernard Drainville, a parlé d'un «Monfort à Montréal», dénonçant cette «détestable habitude du PQ de tout ramener à la langue».

Pourtant, le 13 juin 2007, en commission parlementaire, M. Couillard avait lui-même reconnu l'importance de la dimension linguistique. «Pour la partie de la population francophone de l'ouest de l'île, il y a un élément d'identification, un élément qui augmente encore plus le statut communautaire du centre hospitalier dans leur esprit [...] C'est certain que la langue entre en considération.»

D'ailleurs, la Loi sur les agences de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux prévoit que les regroupements doivent tenir compte des «caractéristiques socio-culturelles, ethnoculturelles ou linguistiques de la clientèle desservie».

***

Du point de vue du CUSM, les avantages d'une intégration complète sont évidents. Il aurait ainsi toute la latitude pour réorganiser l'hôpital de Lachine à sa guise. Même parmi les opposants, certains concèdent qu'il n'est pas réaliste de vouloir lui conserver sa mission communautaire originelle et que son avenir est dans une plus grande spécialisation.

Il est vrai que l'hôpital Saint Mary's a pu conserver un conseil d'administration autonome en étant simplement affilié au CUSM. Même s'il s'agit d'un établissement plus important que Lachine, il y a là une discrimination qui se défend peut-être d'un point de vue technocratique, mais qui est politiquement difficile à défendre.

Déjà, plusieurs trouvent que McGill jouit d'un traitement privilégié par rapport au poids de la communauté anglo-montréalaise. L'occasion aurait été belle de proposer un modèle de partenariat plus harmonieux.

Au Montreal Children's Hospital, où l'intégration au CUSM ne faisait pas l'unanimité non plus, la solution a été de créer un comité consultatif auquel siègent des représentants de la communauté, mais la question culturelle et linguistique ne se posait pas.

En juin dernier, M. Couillard n'excluait pas que la solution au problème puisse être de «redonner de l'autonomie» à Lachine. «On souhaiterait que les gens s'entendent ensemble [...] Si l'on se rend compte que la nature humaine fait en sorte que ce n'est pas possible, on trouvera une autre solution et on l'appliquera.»

Bon nombre de Montréalais estiment que trente ans après l'adoption de la loi 101, la métropole demeure encore trop peu française. C'est encore plus vrai pour les 140 000 francophones de l'ouest de l'île, qui ont parfois l'impression de vivre dans le Far West. Sauf à l'hôpital de Lachine, l'accès à des soins en français demeure problématique.

Bien sûr, tout ne deviendra pas bilingue du jour au lendemain, mais il y aura inévitablement un glissement. À partir du moment où certaines unités d'accréditation syndicale seront fusionnées à celles du CUSM ou simplement abolies, certains postes qui ne nécessitaient pas la maîtrise de l'anglais pourraient un jour l'exiger. Le phénomène de la «supplantation» risque également de favoriser la progression du bilinguisme.

Il y a aussi une question de culture médicale, qui a été maintes fois invoquée pour justifier la présence de deux centres hospitaliers universitaires à Montréal. L'hôpital de Lachine a développé une grande expertise en ophtalmologie, sur laquelle mise le CUSM. La plupart des spécialistes en ophtalmologie de l'hôpital de Lachine sont cependant affiliés au CHUM.

***

En juin 2007, l'Assemblée nationale avait adopté à l'unanimité une motion soulignant «son statut unique dans l'Ouest de Montréal, en particulier pour les francophones, en y maintenant des services hospitaliers spécialisés».

Malgré leurs efforts, les opposants à l'intégration au CUSM n'ont cependant pas réussi à provoquer un mouvement comparable à ce qui s'était produit dans le cas de l'hôpital Montfort. Alors que la communauté franco-ontarienne s'était levée d'un bloc, une bonne partie de la communauté lachinoise, y compris les élites municipales, s'est ralliée au projet.

Le ton risque de monter si la fusion est officiellement décrétée par le Conseil des ministres. Jusqu'à présent, les organismes de défense de la langue française n'ont pas réussi à canaliser l'inquiétude soulevée par les études publiées au cours des derniers mois. L'hôpital de Lachine pourrait toutefois devenir le symbole du laisser-faire du gouvernement Charest en matière linguistique.

À la veille du déclenchement de deux élections partielles dans Bourget et Pointe-aux-Trembles, il est également probable qu'aucun des deux partis d'opposition ne voudra laisser à l'autre le monopole de la vertu patriotique.

mdavid@ledevoir.com






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  • Denis Beaulé
    Abonné
    lundi 7 avril 2008 23h51
    Déjà vu
    « Il faut lire la manchette du jour, monsieur David, juste avant vous, il suffit de lire 'ça' («Québec s'adresse en anglais aux trois quarts des immigrants allophones»), c'est «éclairant», ça aide à comprendre... Qui l'on est. Ce que l'on se veut. Ce qu'on se mérite. Par ce que l'on fait ou ne fait pas. Camille 76-77 n'est plus là, voyez-vous. Nul n'est irremplaçable ? Vraiment ? »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 07h40
    L'érosion a le temps
    « Telle la pluie qui use lentement les montagnes, toutes ces petites lâchetés, mollesses et incuries viendront à bout de notre culture francophone.

    Cependant, elles ne le feront pas en des temps géologiques.

    Cela tombe sous le sens que l'on doive protéger toutes nos richesses, dont celle-là.

    Demandons l'aide de nos amis défenseurs des animaux, peut-être s'émouvront-ils, cette fois ? »

  • Marcelin Gélinas
    Inscrit
    mardi 8 avril 2008 09h03
    Le Premier Fossoyeur du Québec
    « Le Premier Fossoyeur du Québec

    Réf. : Les gouttes d'eau qui auront fait déborder le pot de chambre : www.ledevoir.com/2008/04/08/184080.html et www.ledevoir.com/2008/04/08/184070.html


    Quand je constate combien M. Jean Charest et son gouvernement travaillent avec ardeur, voire enthousiasme, au recul de la langue française dans l'État « français » du Québec - et ce, face au Canada et à l'Amérique du Nord anglo-saxons qui représentent 98 % de la population du Continent - j'en arrive un peu plus chaque jour à comprendre, jusque dans ma chair d'invétéré « pacifique », les gestes violents de libération de citoyens, un peu partout de par le monde, à l'égard des pouvoirs qui les nient et les asphyxient.

    M. Charest, et bien que je ne vous crois pas, sauf erreur (auquel cas vous êtes plus criminel encore que je ne l'eus pu imaginer), suffisamment réfléchi ou intellectuellement éclairé pour vous en rendre compte, je suis devenu convaincu au fil des ans que vous êtes un fauteur de violence et un fossoyeur de peuple.

    Or ça vous fera une belle jambe de vous montrer « étonné », et de jouer le vaudeville de « l'indigné », le jour où la nation, écoeurée au-delà de tout, vous le démontrera par les seuls moyens qui lui resteront.

    M. Charest, je crois que l'auteur de cette formule (www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html) résume parfaitement bien votre rôle de Premier Fossoyeur du Québec : « Citoyen Charest, vous attentez constitutivement, et en permanence, à votre fonction ».

    Pour ma part, je me vois intimement convaincu que vous êtes la plus grande menace que la nation québécoise n'ait jamais connue depuis le 13 septembre 1759. Bien plus encore que ces « Québécois » nommés Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien ou Stéphane Dion. Car vous, on vous a offert sur un plateau d'argent - « le ver dans le fruit, le cheval dans la Troie », comme je le lisais quelque part récemment - la massue pour étioler, désavouer puis déglutir ce que vous avez le mandat le plus solennel de protéger, d'épanouir, de promouvoir, d'embellir, de fortifier enfin.

    M. Charest, sachez-le par acquit de conscience : jamais de ma vie je n'ai éprouvé une colère plus profonde que celle que vous nourrissez chaque jour un peu plus par vos gestes constants d'abâtardissement systématique du Québec. Pas même les André Pratte ou les Alain Dubuc au service de votre ami personnel, et de tout temps puissant ennemi d'un Québec adulte parmi les nations du monde (ceci expliquant cela, on le présume aisément). J'ai nommé : Paul Desmarais. Le Père, le fils ainsi que le fort peu saint esprit familial qui règne au sein de ce clan. Lequel a juré, à l'abri de toutes les règles de la transparence citoyenne et de la démocratie votive, la subordination définitive de la nation québécoise au Rest of Canada, d'abord, à l'anglo-américanité continentale de manière plus générale, ensuite.

    M. le Premier Fossoyeur, êtes-vous à la fin un imbécile, un traître ou bien un criminel ? Bien honnêtement, quant à moi je ne sais plus. Sans doute incarnez-vous plutôt un savant mélange de ces trois horreurs de toute éthique, et de toute dignité, lorsqu'elles prennent racines au coeur d'un congénère du genre humain. »

  • coté carol
    Inscrit
    mardi 8 avril 2008 09h40
    visage a deux faces
    « Le discour politique des libéraux ne correspond aucunement a la réalité que vive les québécois,le parti libéral est completement décroché du québec,sans éthique juste le pouvoir qui les interesse,l'incompétence fait son oeuvre,(ST-Pierre et compagnie)ils dorment au gaz et ils vont completement nous endormir,il sera trop tard un jour. »

  • Ronald Fortin
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 10h15
    Réaction au "Far West"
    « Je nous trouve bien timides à réagir devant l'envahissement de notre espace socio-linguistique par la mouvance pseudo-multiculturelle anglophone. Sans doute le gouvernement Charest y est-t-il pour quelque chose, mais ça n'explique pas tout loin de là. Il faut regarder plus haut dans la hiérarchie du pouvoir au Canada. Le système politique canadien est une chimère: on le dit démocratique alors que le premier ministre, qui n'est pas élu par la population, a tous les pouvoirs, y compris celui de nommer les juges de la cour suprême, qui eux-mêmes gèrent le pays en fonction des priorités centralisatrices des <CANADIANS>. Il s'en est suivi une stérilisation du <BILL ONE O ONE>, avec les conséquences qu'on connait. Sur un autre plan, l'immense bourbier des défusions municipales qu'a créé le gouvernement Charest n'a pas arrangé les choses. Avec la démolition systématique des lois linguistiques québecoises (que dire de ces juristes prétendument francophiles qui y ont participée) et les défusions, les <anglo> ne craignent plus rien venant de Québec; ils savent maintenant qu'avec l'immigration et notre taux de natalité très bas, ils n'ont plus qu'une génération à attendre et c'en sera fait du problème des <FRENCH FROGS> »

  • Hugues St-Pierre
    Inscrit
    mardi 8 avril 2008 10h55
    Mieux vaut tard que jamais!
    « M. Michel David, puissiez-vous transfuser à votre journal ce réveil que nous attendions dans l'inquiétude... Continuez, s.v.p. à grimper sur les toits pour enfin crier aussi haut que le permet votre tribune! Cette cause lancinante a manqué de haut-parleurs dès le début mais il n'est peut-être pas trop tard si vous savez vous allier d'autres gros canons! Les assimilateurs méprisants ne prennent pas de pause. Soyons vigilants sans relâche. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 14h31
    Dans l'ordre des choses
    « Tout se passe comme il se doit. Les Québécois, même ceux qui vivent dans le territoire des Anglos de Montréal, se doivent d'être gentils. Et ils le seront. Se faire soigner en anglais ? Bien voyons. Il n'y a rien là. Plus soumis que ça, tu meurs. Et c'est ce qui est en train d'arriver, doucement, inéluctablement.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Gagne Joss
    Inscrit
    mardi 8 avril 2008 14h32
    langue, langue et encore la langue
    « Vivement, une déclaration unilatérale d'indépendance comme au Kosovo pour débarasser le québec de l'ambiguité linguistique générée par la conquête de 1760 »

  • Éric Thiffault
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 22h47
    action=réaction
    « Il faut mettre se gouvernement dehors au plus vite »

  • Hugues St-Pierre
    Inscrit
    mercredi 9 avril 2008 09h57
    Michel David, criez-le encore plus fort!
    « ...puissiez-vous transfuser à votre journal ce réveil que nous attendions dans l'inquiétude... Continuez, s.v.p. à grimper sur les toits pour enfin crier aussi haut que le permet votre tribune! Cette cause lancinante a manqué de haut-parleurs dès le début mais il n'est peut-être pas trop tard si vous savez vous allier d'autres gros canons! Les assimilateurs méprisants ne prennent pas de pause. Soyons vigilants sans relâche. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 9 avril 2008 14h33
    À vous lire
    « À lire votre indignation il m'est permis de croire que nous serions plusieurs à descendre dans la rue pour défendre nos droits à la majorité au Québec. Qu'attend la SSJB pour nous y inviter? Et qu'attend madame Marois pour descendre dans la rue si elle ne convenait pas à renverser le gouvernement avec le soutient de l'ADQ?

    Claude L'Heureux, Québec »

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