jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 22h20
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Juge et partie

Marie-Andrée Chouinard   8 avril 2008  Québec
Le cri du coeur des professeurs de français, poussé en nos pages hier, n'est pas à prendre à la légère. Las de maugréer inutilement contre les manières débranchées du ministère de l'Éducation, le groupe a décidé d'agir: au risque de jouer l'absent qui a tort, il quitte avec fracas l'espace de consultation destiné à façonner les programmes de français promis aux écoles.

Basta!

Voilà des années que les griefs s'accumulent à l'endroit du géant Éducation. On reproche au colosse de diriger sans âme, plongeant un million d'élèves dans des programmes qui pèchent par obscurantisme. Longtemps patiente et docile, l'Association québécoise des professeurs de français ajoute sa voix à un concert de protestations bien connu. Le ministère négligerait de sonder véritablement les professionnels du terrain lorsqu'il élabore et valide les programmes.

L'envie nous tenaille: pourfendre les fonctionnaires du ministère de l'Éducation avec ça? Depuis l'avènement de la réforme de l'éducation, ils portent sur leurs épaules plusieurs des maux de l'école. Des programmes illisibles. Des communications équivoques. Des bulletins incompréhensibles.

Jusqu'à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qualifiée cette fin de semaine dans Le Devoir d'«impétueuse», qui osa en pleine télévision un vivifiant soufflet à l'endroit de «ses» fonctionnaires, laissant entendre qu'elle n'accepterait pas d'être avalée par le gigantisme de la machine.

Les bureaucrates du ministère ne sont pas les seuls responsables des déroutes de l'école. Rappelons-le: la réforme, que certains croient née de l'imagination d'un cercle restreint de scribes, fut décidée lors d'États généraux... consensuels!

Mais l'appareil, dont plusieurs critiquent l'opulence, semble perdre contact avec la commande initiale et — pire encore — le réel. Voilà pourquoi la ruade des professeurs de français a de quoi inquiéter. Après les syndicats, dont on ne peut malheureusement entendre les doléances sans craindre la litanie de suppliques, après les lobbys, dont les lamentations camouflent souvent un tordu jeu de pouvoir, sur qui donc pourront reposer les examens critiques et les analyses crédibles si les experts désertent aussi le navire, refusant d'apposer leur sceau sur un processus stérile?

Cette mise en garde survient au moment où la ministre a promis de revoir le détail non seulement des programmes de français, mais de tous ceux qui sont liés à la réforme. Les premiers acteurs de l'école, véritables témoins de ce qui s'y joue au quotidien, doivent être partie prenante de cet examen.

S'agira-t-il toutefois d'une consultation bidon, promise pour la forme puis partie à vau-l'eau? D'une opération effectuée à la sauvette? D'un processus décidé d'avance auquel des «experts du terrain» triés sur le volet devront donner leur aval sans rechigner?

La commande n'est pas mince. Le ministère, qui par la voix de sa ministre s'est ainsi fait juge et partie, critique d'une réforme qu'il avait lui-même enfantée, réussira-t-il à contenir de vieux réflexes pour encourager un examen ouvert à toutes les critiques? On nous permettra encore d'en douter.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Raoul Larocque
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 07h45
    Le min de l'Éduc
    Çela fait presque trente ans que beaucoup d'entre nous répètent que la tour d'ivoire de ce ministère devrait être ouverte et nettoyée. Le ferons-nous?
    Raoul L

  • Raphaella Robitaille
    Inscrite
    mardi 8 avril 2008 09h30
    Revenir à l'essentiel
    Madame,
    Les professeurs de français ont raison. Les consultations pour la révision des programmes se feront-ils encore loin des yeux de ceux qui travaillent sur le terrain?On fera appel aux experts, aux linguistes,aux fonctionnaires, aux professeurs de didactique etc.
    Les professeurs de français doivent se faire entendre et être écoutés.
    Tous les jours nous constatons la détérioration pitoyable de la langue écrite et parlée.Dans mon milieu des parents paient des cours privés à leurs enfants.Ils ont recours aux professeurs retraités qui eux savent enseigner les notions de base , la grammaire, les verbes , la syntaxe . etc .Ils n'ont pas peur de faire apprendre par coeur des règles de grammaire et des notions précises.Ils adaptent leur langage pour le rendre accessible aux jeunes.Le retour à l'essentiel est nécessaire et il faut aussi respecter la progression dans les apprentissages.Il est important de gravir un échelon à la fois.Les programmmes en spirale veulent tout montrer et l'aspect répétitif fait en sorte que l'élève a entendu parler de tout mais ne sait finalement rien...Ce serait à repenser... Pourquoi ne pas tenir compte de l'expérience des professeurs , retenir ce qui a bien fonctionné dans le passé et appliquer les méthodes et les manières de faire qui donnent de bons résultats.Ce n'était pas nécessaire de compliquer les choses et de changer tous les termes déjà employés en grammaire.Les parents qui veulent aider leurs enfants ne s'y retrouvent pas et les mamies non plus. Raphaëlla Robitaille

  • André Provost
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 10h17
    Les bienfaits de l'analyse structurale à l'école! (Chemin de l'excellence)
    Dans les premières années après le rapport Parent, un Directeur général était responsable de la pédagogie dans chacune de ses écoles(ce qui n'existe plus aujourd'hui). Par un heureux hasard, l'un de ces directeurs m'invite à joindre les professeurs de français du secondaire. J'ai consulté les revues des Pères jésuites pour y découvrir les premiers travaux d'Ernest Richer. C'était déjà, à l'état d'expérimentation, le triomphe de la science linguistique à l'école. Assuré d'avoir trouvé le meilleur guide possible, j'ai vite acheté les premiers travaux de ce grand maître. Ils sont devenus ma passion et mes livres de chevet. Je me sentais privilégié d'avoir découvert un tel trésor. Malgré mes nombreuses tentatives d'alerter qui de droit, cette démarche lumineuse continue d'être ignorée du ministère.

    Dans ma vie de pédagogue, cette importante découverte fut le commencement d'un émerveillement sans fin. Je me voyais devenir petit linguiste tellement chaque ouvrage était captivant et formateur. Je croyais que tous les professeurs allaient devoir s'initier à cette démarche d'observation syntaxique pour renouveler et simplifier l'enseignement de notre langue. Mais je me trompais grandement. L'AQPF et l'équipe de direction de leur revue Québec français allaient nous entraîner dans une toute autre direction, refusant même de tenir compte des travaux et de l'expérimentation de ce grand maître. Ce n'est que dans les revues: Relations, Collège et famille, Éducation et société, des pères jésuites que l'on pouvait découvrir ce devancier et franc-tireur.

    Au coeur de la réforme de l'enseignement du français, en 1975, dans la revue Éducation et société, on nous présentait la démarche du Système Richer comme une application de la science linguistique contemporaine, avec laquelle les pédagogues devaient désormais compter. Caractérisé par une extrême simplicité et une grande objectivité (6 pièces et 5 structures), ce système offre l'avantage de mettre la connaissance pratique du français à la portée de tous, même des plus jeunes esprits. Par son procédé exclusif d'observation, sa nomenclature adaptée même aux petits, ce système permet la vision et la manipulation concrète (par ses blocs syntaxiques) des pièces et des structures de la langue française. Voilà ce dont manque notre système scolaire

    André Provost mapl7@hotmail.com

  • Serge Bouchard
    Abonné
    mardi 8 avril 2008 12h26
    Pour faire simple
    Pourriez-vous examiner quelques manuels de français utilisés au premier cycle du secondaire ? Comme ces manuels ont été approuvés par le ministère, ils doivent bien contenir ce qu'un élève doit savoir et maîtriser pendant l'année. Approuvons-nous le contenu des nouveaux manuels ainsi que la manière suggérée de le transmettre et les évaluations fournies ? Somme toute un travail qui m'apparaît réalisable. Les manuels ne sont-ils pas l'incarnation des programmes .

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012