2500 dentistes quittent le régime public
L'Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) met sa menace à exécution. Un peu plus de 2500 dentistes quitteront ce matin le régime public, prenant ainsi en otages des milliers d'enfants de moins de dix ans et d'assistés sociaux qui devront désormais payer pour obtenir les soins dentaires auxquels ils ont droit. Une perspective que Québec entend bien tuer dans l'oeuf, quels que soient les moyens qu'il devra mettre en avant pour y parvenir.
En février, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, avait proposé une augmentation des tarifs en cours de 24 % sur six ans. Mardi, il a fait un pas de plus en proposant une bonification de 40 %, mais cette fois sur 12 ans. Cette proposition a suscité l'indignation de l'ACDQ, qui y a vu «un véritable attrape-nigaud, un nouveau miroir aux alouettes destiné à lancer de gros chiffres dans l'opinion publique pour justifier l'injustifiable».
Surpris par le ton adopté par l'association pour qualifier son offre bonifiée, le ministre Couillard a publiquement déploré la tournure des événements. «Il y a disproportion entre l'état objectif des négociations et les moyens de pression que les dentistes entendent mettre en place», a-t-il dit en marge d'une conférence de presse. Le ministre n'entend pas pour autant jeter l'éponge et promet de poursuivre les négociations.
Chose certaine, aucun des 802 000 enfants de moins de 10 ans et des 416 000 assistés sociaux visés n'aura à faire les frais de ce bras de fer, a promis Philippe Couillard. «La loi [sur la santé] comporte des mécanismes qui nous permettent de protéger les clientèles vulnérables de l'impact de ce type de moyen de pression.» La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) travaille d'ailleurs à un plan B qui prendra la forme d'un décret gouvernemental déposé d'ici quelques jours. Le ministre en donnera tous les détails ce matin.
Dans l'immédiat, les parents devront allonger les dollars pour faire soigner leur progéniture. Ceux-ci seront ensuite remboursés selon une formule qui reste à déterminer, une situation jugée «tout à fait déplorable» par le ministre Couillard. Cette période de flottement sera toutefois très courte, a promis son attachée de presse, Isabelle Merizzi. «Le décret gouvernemental pourra être effectif dans quelques jours. D'ici là, on espère que les dentistes choisiront d'être compréhensifs.»
Mais déjà des parents et des assistés sociaux ont annulé leur rendez-vous, faute de moyens suffisants pour assumer les coûts d'une consultation, a confirmé hier l'ACDQ. Le gouvernement n'a que lui-même à blâmer pour cette situation, a tranché son président, le Dr Serge Langlois, en entrevue téléphonique. «C'est malheureux, mais nous avons toujours été de bonne foi. Il y a maintenant cinq ans que nous voulons négocier. Mais Québec a choisi d'attendre à la dernière minute pour réagir. Ce n'est pas sérieux.»
Un recul
Engagé dans un bras de fer sans précédent, l'ACDQ, entend donc rester ferme. «Il n'y a pas de retour en arrière possible», a confirmé hier le Dr Langlois. En réalité, les dernières propositions du gouvernement constituent «un nouveau recul pour les dentistes». Présentement, un dentiste qui soigne un enfant ou un assisté social reçoit une compensation qui équivaut à 10 $ l'heure une fois tous ses frais d'exploitation assumés.
Québec propose de faire passer ce ratio à 26 $ l'heure. C'est beaucoup moins que les 80 $ l'heure que font les dentistes avec leur clientèle régulière. Consciente que le rattrapage est grand, l'ACDQ réclame un tarif de 60 $ l'heure. «Nous sommes prêts à continuer à soigner cette clientèle à rabais, mais pas à n'importe quel prix. Présentement, tout mon personnel est mieux payé que moi quand je soigne une personne assurée!», a illustré le Dr Langlois. En moyenne, un dentiste gagne entre 125 000 et 150 000 $ par année.
Le noeud du problème dépasse toutefois largement la question de la tarification, insiste le Dr Langlois. Les chirurgiens dentistes réclament depuis des années que Québec distingue leur rémunération des frais d'exploitation qu'ils ont à assumer pour faire rouler leurs cliniques privées. En 2003, une lettre d'entente en ce sens avait même été mise en avant par le ministre de la Santé de l'époque, François Legault. À son arrivée, Philippe Couillard avait toutefois choisi de ne pas y donner suite.
En 2003, le rapport Mallette avait reconnu que les frais d'exploitation augmentent d'au moins 3,5 % par année. À ce compte, les 3 % par année proposés par Québec n'assurent même pas le statu quo, a dénoncé hier le Dr Langlois. «De toute évidence, le ministre ne cherchait pas un règlement mais un positionnement favorable aux yeux de l'opinion publique et de ses collègues du conseil des ministres», lit-on dans le communiqué diffusé en matinée par l'ACDQ.
Chaque année, Québec verse environ 100 millions de dollars en rémunération aux dentistes pour acquitter les soins dentaires fournis gratuitement aux enfants et aux assistés sociaux. Cette clientèle ne pèse pas très lourd puisqu'elle ne constitue en fait que 10 % de toutes les consultations faites dans les cabinets de dentiste.
***
Avec La Presse canadienne
En février, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, avait proposé une augmentation des tarifs en cours de 24 % sur six ans. Mardi, il a fait un pas de plus en proposant une bonification de 40 %, mais cette fois sur 12 ans. Cette proposition a suscité l'indignation de l'ACDQ, qui y a vu «un véritable attrape-nigaud, un nouveau miroir aux alouettes destiné à lancer de gros chiffres dans l'opinion publique pour justifier l'injustifiable».
Surpris par le ton adopté par l'association pour qualifier son offre bonifiée, le ministre Couillard a publiquement déploré la tournure des événements. «Il y a disproportion entre l'état objectif des négociations et les moyens de pression que les dentistes entendent mettre en place», a-t-il dit en marge d'une conférence de presse. Le ministre n'entend pas pour autant jeter l'éponge et promet de poursuivre les négociations.
Chose certaine, aucun des 802 000 enfants de moins de 10 ans et des 416 000 assistés sociaux visés n'aura à faire les frais de ce bras de fer, a promis Philippe Couillard. «La loi [sur la santé] comporte des mécanismes qui nous permettent de protéger les clientèles vulnérables de l'impact de ce type de moyen de pression.» La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) travaille d'ailleurs à un plan B qui prendra la forme d'un décret gouvernemental déposé d'ici quelques jours. Le ministre en donnera tous les détails ce matin.
Dans l'immédiat, les parents devront allonger les dollars pour faire soigner leur progéniture. Ceux-ci seront ensuite remboursés selon une formule qui reste à déterminer, une situation jugée «tout à fait déplorable» par le ministre Couillard. Cette période de flottement sera toutefois très courte, a promis son attachée de presse, Isabelle Merizzi. «Le décret gouvernemental pourra être effectif dans quelques jours. D'ici là, on espère que les dentistes choisiront d'être compréhensifs.»
Mais déjà des parents et des assistés sociaux ont annulé leur rendez-vous, faute de moyens suffisants pour assumer les coûts d'une consultation, a confirmé hier l'ACDQ. Le gouvernement n'a que lui-même à blâmer pour cette situation, a tranché son président, le Dr Serge Langlois, en entrevue téléphonique. «C'est malheureux, mais nous avons toujours été de bonne foi. Il y a maintenant cinq ans que nous voulons négocier. Mais Québec a choisi d'attendre à la dernière minute pour réagir. Ce n'est pas sérieux.»
Un recul
Engagé dans un bras de fer sans précédent, l'ACDQ, entend donc rester ferme. «Il n'y a pas de retour en arrière possible», a confirmé hier le Dr Langlois. En réalité, les dernières propositions du gouvernement constituent «un nouveau recul pour les dentistes». Présentement, un dentiste qui soigne un enfant ou un assisté social reçoit une compensation qui équivaut à 10 $ l'heure une fois tous ses frais d'exploitation assumés.
Québec propose de faire passer ce ratio à 26 $ l'heure. C'est beaucoup moins que les 80 $ l'heure que font les dentistes avec leur clientèle régulière. Consciente que le rattrapage est grand, l'ACDQ réclame un tarif de 60 $ l'heure. «Nous sommes prêts à continuer à soigner cette clientèle à rabais, mais pas à n'importe quel prix. Présentement, tout mon personnel est mieux payé que moi quand je soigne une personne assurée!», a illustré le Dr Langlois. En moyenne, un dentiste gagne entre 125 000 et 150 000 $ par année.
Le noeud du problème dépasse toutefois largement la question de la tarification, insiste le Dr Langlois. Les chirurgiens dentistes réclament depuis des années que Québec distingue leur rémunération des frais d'exploitation qu'ils ont à assumer pour faire rouler leurs cliniques privées. En 2003, une lettre d'entente en ce sens avait même été mise en avant par le ministre de la Santé de l'époque, François Legault. À son arrivée, Philippe Couillard avait toutefois choisi de ne pas y donner suite.
En 2003, le rapport Mallette avait reconnu que les frais d'exploitation augmentent d'au moins 3,5 % par année. À ce compte, les 3 % par année proposés par Québec n'assurent même pas le statu quo, a dénoncé hier le Dr Langlois. «De toute évidence, le ministre ne cherchait pas un règlement mais un positionnement favorable aux yeux de l'opinion publique et de ses collègues du conseil des ministres», lit-on dans le communiqué diffusé en matinée par l'ACDQ.
Chaque année, Québec verse environ 100 millions de dollars en rémunération aux dentistes pour acquitter les soins dentaires fournis gratuitement aux enfants et aux assistés sociaux. Cette clientèle ne pèse pas très lourd puisqu'elle ne constitue en fait que 10 % de toutes les consultations faites dans les cabinets de dentiste.
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Avec La Presse canadienne
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