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Élus: les revenus seront divulgués

Antoine Robitaille   19 mars 2008  Québec
Québec — Craignant pour la réputation des parlementaires québécois, le gouvernement a tenté de calmer le jeu, hier, dans le débat des primes spéciales versées aux chefs Jean Charest et Mario Dumont.

Le leader Jean-Marc Fournier s'est présenté devant les journalistes, avant la période de questions, pour suggérer que les trois partis adoptent au plus vite un nouveau code d'éthique qui comprendrait la divulgation annuelle des sources «de tous les revenus, notamment de salaires», au jurisconsulte, lequel verrait ses pouvoirs augmenter.

«Le "timing" est probablement bon pour en discuter et ça va être plus constructif que ce qu'on a entendu au cours des dernières semaines», a déclaré hier matin le premier ministre Jean Charest.

M. Fournier a fait valoir que ces propositions faisaient partie d'un projet de réforme parlementaire qu'il avait lui-même déposé en novembre dernier dans l'indifférence générale. Il rencontrera aujourd'hui les deux autres leaders pour explorer des façons d'accélérer

l'adoption de celui-ci. La rencontre était prévue «depuis longtemps», a souligné l'entourage de M. Fournier, mais «disons qu'elle tombe bien», admettait-on hier. Les deux partis d'opposition ont donc accepté l'ordre du jour présenté par téléphone hier matin par M. Fournier, mais le PQ, par la voix de son leader François Gendron, a continué de réclamer la publication de l'entente qui lie le Parti libéral à Jean Charest et qui a permis à ce dernier de toucher 75 000 $ annuellement depuis 1998.

Selon M. Fournier, ajouter maintenant un code d'éthique qui contraindra M. Charest à révéler sa rémunération supplémentaire n'implique en rien que ce qui a été fait en secret depuis 10 ans «n'était pas correct». Au contraire, a-t-il dit, «ça veut dire que, dès le mois de novembre [moment du dépôt du projet de réforme], nous souhaitions qu'il y ait un code d'éthique pour tout le monde».

Société distincte

Répondant aux questions du Devoir vendredi et lundi, le jurisconsulte, l'ancien juge Claude Bisson, a mis en relief le fait que le Québec était le dernier endroit dans la fédération canadienne où les élus n'étaient pas tenus de divulguer toutes leurs sources de revenus. Dans le document sur la réforme parlementaire, on peut d'ailleurs lire: «Les députés de l'Assemblée nationale sont les seuls, dans l'ensemble des législatures au Canada, à ne pas avoir à se soumettre à un code d'éthique ni à remplir une déclaration d'intérêt.» Notons que, dans le texte de la proposition de réforme, il n'est pas clairement question de divulgation de revenus, mais bien de «tout cadeau ou avantage». En conférence de presse hier, cependant, M. Fournier a spécifié qu'il souhaitait que la divulgation soit une «déclaration financière complète».

Comme le soulignait au Devoir le jurisconsulte lundi, au Nouveau-Brunswick, il est spécifié dans une loi que les élus doivent divulguer «tout salaire, aide financière ou autre avantage que le député ou le membre du Conseil exécutif a reçu d'un parti politique enregistré ou d'une association de circonscription enregistrée dont il est membre au cours des douze mois précédents ou qu'il est susceptible de recevoir au cours des douze mois suivants».

Plus poli

Extrêmement cinglant en Chambre la semaine dernière, notamment dans ses accusations à l'endroit de Claude Blanchet, le mari de Pauline Marois, Jean-Marc Fournier a radicalement changé de ton hier. C'est lui qui, en conférence de presse, a enjoint aux partis d'opposition d'avoir des «discussions dans un climat de construction plutôt que d'insinuation».

De l'avis général, le débat a dégénéré lundi lorsque Mario Dumont lui-même est entré dans la mêlée. Souhaitant rétorquer à Pauline Marois — qui, dimanche, avait mis en parallèle sa proposition de donner 100 $ par enfant âgé de moins de cinq ans avec la prime de 50 000 $ qu'il reçoit de l'ADQ depuis mai 2007 —, M. Dumont avait multiplié les insultes et les insinuations à l'endroit de la chef péquiste. Il l'a traitée, sur les ondes de RDI, de «madame dézonage», a ensuite soutenu qu'elle avait acheté le «bol de toilettes» le plus cher jamais payé par les contribuables. Enfin, il avait cité une rumeur selon laquelle Mme Marois n'avait pas quitté le conseil des ministres lorsque celui-ci avait bonifié la prime de son mari.

Visiblement inquiet de la tournure du débat (à l'envenimement duquel il a pourtant contribué), M. Fournier a dit hier vouloir établir un «climat de construction» pour que les élus puissent «améliorer les choses», ce qui sera «à l'avantage de tous les parlementaires», a-t-il insisté.

En Chambre, lorsque le PQ est revenu sur le sujet, M. Fournier a dit se retenir pour ne pas retourner à ses stratégies passées. «Remarquez que je fais un effort particulier, aujourd'hui, pour que nous puissions montrer à l'ensemble du Québec que nous sommes capables de travailler ensemble dans un climat où il n'y a pas d'insinuation», a-t-il dit en serrant les dents.

M. Fournier a aussi rappelé qu'il n'y avait «rien d'illégal» dans le versement d'une telle prime et que le jurisconsulte a déclaré lundi que «l'intégrité du premier ministre n'était pas remise en question, qu'il n'y avait aucun conflit d'intérêts là-dedans».

En point de presse après la période de questions, M. Gendron a souligné que le PQ allait «participer avec sérieux aux discussions», mais qu'un problème demeure: «Ça va garder un méchant flou sur les 10 dernières années, avec l'entente du chef du Parti libéral», a-t-il dit. Questionné sur le silence de l'ADQ, en Chambre, sur cette question, M. Gendron a répondu qu'à partir du moment où le chef de l'opposition officielle bénéficie du même type de prime, «c'est-à-dire une double rémunération», il était difficile pour lui de parler du sujet.






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  • Denis Beaulé
    Abonné
    mardi 18 mars 2008 23h52
    Mieux vaut tard...
    « La sagesse ou l'honnêteté... émanent souvent APRÈS seulement.
    Ce cas n'aura pas échappé à la règle. »

  • Luc Grenier
    Inscrit
    mercredi 19 mars 2008 06h20
    pastel1936
    « Je crois qu'il serait de mise de divulguer les ententes, sauf que je trouve normale ceux ci et que le PQ beurre épais »

  • Yves Poitras
    Inscrit
    mercredi 19 mars 2008 06h58
    Conflit d'intérêts, ou pas?
    « La lettre aux lecteurs de M. Levesque éclaire bien la situation, et c'est là un euphémisme.

    Merci pour cette excellente mise en perspective M. Levesque.

    Yves Poitras
    Québec »

  • Gilles Delisle
    Abonné
    mercredi 19 mars 2008 07h21
    Essayez de rehausser le niveau de la basse-cour? Tâche collosale mon cher Fournier!
    « Celui qui a été intronisé la semaine dernière comme étant le député le plus vicieux de l'Assemblée, il y a à peine une semaine, devançant de peu l'ineffable Mario Dumont, l'amusant député Fournier aurait eu dans ses cartes depuis plusieurs mois, un important projet de loi sur les divulgations financières des membres de l'Assemblée. Une réforme parlementaire pour se donner un nouveau code d'éthique! Ce Fournier a le mérite de nous faire rire à gorges déployées pendant que son chef fait semblant de se donner une vertu! »

  • Robert Beauchamp
    Abonné
    mercredi 19 mars 2008 08h40
    éthique sanitaire
    « La réaction du gouvernement est certainement bienvenue. Elle fait suite au "Je vous demande pardon je me suis fait prendre" et surtout au langage "bas de gamme" soit celui du cabinet d'aisance, avec des attaques sur la personne.

    Il était temps que les politiciens québécois nous confirment que leur seul intérêt qui prime est d'être exclusivement et entièrement dédié au service public et non pas à deux maîtres à la fois. C'est toute la réputation du Québec qui en enjeu.

    Robert Beauchamp

    r.b@videotron.ca »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    mercredi 19 mars 2008 10h31
    Vite, ça presse
    « Augmentez le salaire du premier ministre et des ministres, il est évident qu'il est beaucoup trop bas. Ensuite, il sera bien vu que ces derniers n'auront droit à aucun autre salaire tant et aussi longtemps qu'ils exerceront leurs fonctions. S'is ont toujours été réticents à augmenter leur salaire, c'est qu'ils ont toujours craint la réaction des syndicats.Or, il n'y a pas de comparaison aux responsabilités des fonctionnaires et celles des élus.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Claude Dumoulin
    Inscrit
    mercredi 19 mars 2008 22h38
    remarque à Luc Grenier :
    « 75,000 $ pour le P.M. et 50,000$ pour le chef de l'Opposition, vous appellez ça beurré épais ? Evidemment c'est le P.Q. qu'il faut blâmer !! »

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