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Peu original mais habile

Jean-Robert Sansfaçon   14 mars 2008  Québec
Malgré la baisse des impôts d'un milliard entrée en vigueur depuis janvier et celle de la TPS fédérale que le gouvernement Charest a refusé de s'approprier, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, est parvenue à préparer un budget modeste et prudent qui n'est pas dépourvu d'intérêt, au contraire.

Avec le ralentissement économique et la crise du secteur manufacturier, il faut aujourd'hui reconnaître que les baisses d'impôts décrétées depuis un an par les deux ordres de gouvernement tombent à point. Certes, ces baisses causent des maux de tête pour boucler le budget, mais cet argent sera mieux dépensé par les familles que par les fonctionnaires en ces temps de ralentissement des affaires.

Pour équilibrer le budget, il a donc fallu puiser dans la réserve de 1,8 milliard constituée par la vente d'actifs d'Hydro-Québec. Encore là, qu'aurait donc préféré l'opposition du Parti québécois qui critique cette approche: qu'on envoie cet argent au Fonds des générations pour réduire la dette? Évidemment pas, alors soyons logiques!

Même pas très excitant (pourquoi faudrait-il qu'il le soit?), le budget de Mme Jérôme-Forget répond à plusieurs exigences posées par la situation économique et sociale.

En matière d'aide à la famille, le gouvernement ne tombe pas dans le piège de l'ADQ, au contraire: les nouvelles places en garderie, de même que la bonification des crédits d'impôt à la garde privée, confirment l'importance accordée au travail des femmes à l'extérieur du foyer. La bonification des déductions et des crédits d'impôt pour les personnes âgées, l'augmentation des dépenses pour le maintien à domicile — encore trop modestes — et l'amélioration du soutien aux aidants naturels vont aussi dans le bon sens.

Toujours sur le plan social, le budget accroît les subventions à la construction de logements sociaux et, au lieu de limiter l'immigration, comme le suggère l'ADQ, il fait le choix d'accroître les sommes allouées à l'intégration à l'emploi, y compris au chapitre de l'apprentissage du français en entreprise. On ne recrée pas les COFI (centres d'orientation et de formation des immigrants), du moins pas encore, mais on reconnaît au moins que ce problème d'intégration est réel.

Les régions et l'ensemble du secteur manufacturier profiteront quant à eux de l'abolition immédiate de la taxe sur le capital, une taxe improductive que les entreprises doivent assumer même quand elles ne font aucun profit.

Quelques crédits d'impôt sont ajoutés pour stimuler l'investissement, mais contrairement à ce qu'on a l'habitude de voir en pareille conjoncture, Québec ne joue pas au père Noël, et c'est tant mieux. Au total, l'aide supplémentaire aux entreprises ne dépassera pas une centaine de millions cette année, si on exclut, bien sûr, les très nombreux et trop coûteux programmes qui leur sont déjà consacrés.

Une autre petite mesure qui retiendra l'attention des gens des régions, c'est l'accélération du programme d'implantation du réseau Internet haute vitesse en zones rurales, cette autoroute indispensable et pourtant toujours absente d'une partie du territoire à cause des stratégies commerciales des entreprises de communication.

Comme prévu, la santé et l'éducation accaparent la plus grande part du gâteau cette année encore, soit une part aussi considérable que 84 % des nouvelles dépenses. Grâce à la faiblesse des taux d'intérêt, le service de la dette ne bouge pas, à sept milliards, même si l'endettement continue d'augmenter sous la pression des investissements majeurs dans les infrastructures, qui contribueront aussi à soutenir l'économie.

Compte tenu du contexte politique auquel ce gouvernement minoritaire fait face, le budget de Mme Jérôme-Forget couvre tous les coûts de système de nos grands réseaux publics et réinvestit même ici et là en santé, en éducation et en transports, sans pour autant alourdir le fardeau fiscal. On aura beau le qualifier de peu original, il remplit le rôle qu'on attend d'un tel exercice dans les circonstances, ni plus ni moins.






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  • Fleurette Riverin
    Abonné
    vendredi 14 mars 2008 15h25
    La rigueur de monsieur Sanfaçon
    « Comme d'habitude, monsieur Sanfaçon fait une analyse non partisane du budget, en y apportant sa rigueur habituelle. Et c'est sûrement cette rigueur qui empêche bien des ayatollahs de lui cracher dessus et de n'y apporter aucun commentaire disgracieux et même injurieux comme on en rencontre beaucoup trop sur les autres tribunes.

    Il y aussi plusieurs journalistes qui devraient prendre exemple sur lui et laisser la partisannerie de côté, même si cela enrage bien des lecteurs du Devoir pour qui seule la religion péquiste est la bonne. »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    vendredi 14 mars 2008 20h38
    Vous avez raison en disant que les mesures prises confirment que le gouvernement NE VEUT PAS que la femme reste à la maison.
    « Le gouvernement est à la botte des entreprises et se fout absolument des besoins de monsieur madame tout le monde. Un parent qui reste à la maison est une perte d'impot pour notre bon gougou, de plus les parents peuvent influencer leurs enfants, quel chose effroyable. Ça pourrait faire diminuer la consommation effrenée et faire baisser la vente des pilules car les parents et les enfants seraient moins stressés... Tout ça est innaceptable, les femmes se doivent de travailler. »

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