Bernard Landry pourrait déclencher des élections en mars - Le Québec en mode pré-électoral
Photo : La Presse canadienne (photo)
Bernard Landry ne pouvait cacher sa satisfaction lors de sa nomination au poste de premier ministre.
Québec -En anglais, on parle de «windows of opportunity», que certains traduisent rondement par «fenêtres d'opportunité». Au premier trimestre de 2003, s'ouvre justement une telle fenêtre pour le premier ministre Bernard Landry. Si ce ne sont pas les astres qui s'alignent pour lui indiquer la marche à suivre, ce sont les événements qui pourraient lui donner une occasion en or de déclencher les élections générales dès la mi-mars.
Les trois partis se sont d'ailleurs mis en mode pré-électoral. Ils partagent le même objectif: être fin prêts pour le déclenchement des élections au début de mars. Les campagnes de financement battent leur plein et les assemblées d'investiture se succéderont tandis que se multiplieront les assemblées partisanes.
Pour le gouvernement, l'année s'amorce sur un thème que Bernard Landry a martelé l'an dernier: le déséquilibre fiscal. Mais alors que le débat sur les conclusions du rapport de la commission Séguin apparaissait somme toute théorique et s'assimilait à un de ces exercices de pédagogie dont le Parti québécois s'avère friand, il prendra une tournure bien concrète sur la question du nouveau financement fédéral en matière de santé.
En février, Jean Chrétien doit convoquer ses homologues des provinces à une conférence fédérale-provinciale. Afin de donner suite aux recommandations de la commission Romanow, M. Chrétien y dévoilera les intentions d'Ottawa à l'égard d'un financement supplémentaire des systèmes de santé. Tant la hauteur de ce financement que les conditions que pourrait imposer le fédéral pour l'accorder seront au coeur des discussions.
Le rapport Romanow prévoyait une mise à niveau qui prendrait la forme d'un rehaussement de 15 milliards par année. Les provinces réclament plutôt une contribution fédérale additionnelle de 25 milliards. Or Jean Chrétien a déjà laissé savoir que le fédéral ne pourrait pas consentir autant d'argent que le recommande la commission Romanow.
Au Québec, cette conférence fédérale-provinciale sera précédée, vers la fin de janvier, par une journée de consultation publique menée par le ministre d'État à la Santé et aux Services sociaux, François Legault, sur le financement de son plan d'action. Ce plan prévoit un ré-investissement récurrent de 1,6 milliard en santé. On s'attend à ce que le ministre mette sur la table diverses hypothèses de financement, avec ou sans un apport suffisant du gouvernement fédéral, notamment une surtaxe spéciale qui servirait à alimenter une caisse-santé ou la création d'une assurance-vieillesse, une proposition de Michel Clair. Mais, d'ores et déjà, M. Landry a indiqué que toute hausse d'impôt était exclue, tout comme un retour au déficit.
En outre, les premiers ministres provinciaux se rencontreront à Toronto le 23 janvier pour arrêter une position commune, quelques semaines avant leur rencontre avec le premier ministre canadien.
Le PQ fourbit ses armes
Dans une entrevue accordée au Devoir en fin d'année, Bernard Landry a dit que les Québécois vivraient «un moment historique» si Ottawa n'accédait pas à la demande du Québec, c'est-à-dire un financement adéquat en santé, et ce, sans conditions, une position qui a fait l'objet d'une motion unanime à l'Assemblée nationale. Le premier ministre a même évoqué la possibilité de convoquer les parlementaires d'urgence pour un vote avant le début de la prochaine session, le 11 mars.
Avec la nomination de la vice-première ministre Pauline Marois à titre de responsable de l'organisation électorale — elle est épaulée par un proche conseiller, Pierre D'Amours —, le Parti québécois fourbit ses armes. D'ici mars, le PQ mènera une campagne de financement éclair — un «bliztkreig», pour reprendre l'expression de l'organisateur en chef du parti, Martin Dubé. Déjà, les instances régionales ont amassé tous les fonds nécessaires pour la campagne électorale, soit deux millions. À l'échelle nationale, le PQ s'est fixé comme objectif de recueillir 4,3 millions, dont 1,6 million pour la campagne électorale.
Quant au membership, le PQ aurait enrôlé 5000 nouveaux membres depuis le Conseil national de septembre. Le parti en compterait quelque 90 000, soit le double de l'ADQ. Mais ces données comprennent souvent des cartes échues qui n'ont pas encore été renouvelées.
À Trois-Rivières, les 1er et 2 février, le PQ tiendra un conseil national. La fin de semaine suivante, une dizaine d'associations régionales péquistes se réuniront en congrès pour plancher sur des propositions en vue du congrès spécial d'orientation des 7, 8 et 9 mars. Entre-temps, les 14 et 15 février, ce sera au tour du Comité national des jeunes (CNJ) de tenir un conseil. Après le congrès spécial, la plate-forme électorale du PQ sera soumise aux membres lors d'un conseil national qui se tiendra tout de suite après le déclenchement des élections.
Le PLQ confiant
Chez les libéraux, on se prépare à des élections hâtives, déclenchées en mars juste après le début de la session parlementaire, le 11 mars, et le dépôt du budget 2003-04 par Mme Marois. «C'est le scénario le plus probable», a livré jeudi le chef libéral, Jean Charest. Avec leurs 35 comtés imprenables, les 51 députés qu'ils comptent déjà à l'Assemblée nationale, leur solide organisation et de nouvelles figures «enracinées dans leur milieu», autant de notables connus dans leur patelin, les libéraux abordent la prochaine campagne électorale avec confiance.
Dans les comtés à prédominance francophone, où le chef libéral ne casse rien sur le plan de la popularité, les libéraux tablent sur le dégonflage de la bulle adéquiste. Des analyses des récents sondages suggèrent que, lors d'élections générales, l'ADQ pourrait ne recueillir que 25 % des votes, soit 10 points de moins que leur appui mesuré dans les enquêtes d'opinion. La jeunesse de leurs sympathisants et l'apolitisme qui caractérise ces derniers auraient un impact sur leur participation le jour du scrutin, explique-t-on.
L'ADQ mûrit
D'ici mars, la stratégie de l'ADQ consiste à égrener les annonces de candidatures que l'on veut d'envergure. On parle d'une dizaine de candidats qui se poseraient comme porte-parole nationaux pour nombre de missions du gouvernement, autant de candidats ministrables, espère-ton. Dès lundi, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, procédera à la première annonce: la candidature de l'actuel député du Bloc québécois dans Témiscamingue, Pierre Brien. Le bloquiste défendra les couleurs de l'ADQ dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue contre le député péquiste sortant et ministre Rémy Trudel. S'il revient un jour de Chine, il est possible que l'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, accepte lui aussi l'invitation que lui a faite Mario Dumont de se présenter comme candidat adéquiste dans un comté de l'est de l'île de Montréal, probablement le comté de Rosemont, contre la députée péquiste et ministre Rita Dionne-Marsolais.
Au cours des six derniers mois, l'ADQ a fait passer le nombre de ses membres de 10 000 à 45 000. Les courses à l'investiture dans plusieurs dizaines de comtés, dont certaines sont chaudement disputées, contribueront à accroître ce nombre, signale-t-on. Au bureau de M. Dumont, on assure que le parti remplira son objectif de financement fixé par son «bagman», l'homme d'affaires beauceron Marcel Dutil, d'ici le déclenchement des élections, soit de recueillir quatre millions de dollars.
Toutefois, Mario Dumont vient de remercier l'organisateur en chef du parti, Jean-Claude Gagnon, pour une raison restée obscure. Officiellement, on avance que M. Gagnon a subitement réalisé qu'il était le père d'une enfant en bas âge. M. Dumont a remplacé M. Gagnon, un ancien péquiste, par quelqu'un qui jouit de sa pleine confiance: Me Jacques Gauthier, ancien libéral et cofondateur de l'ADQ, qui a quitté le PLQ en même temps que M. Dumont et Jean Allaire.
Si le parti de Mario Dumont s'est doté d'un programme audacieux, dans la mesure où l'audace se retrouve aussi à droite, il n'a pas encore de plate-forme électorale. Le prochain conseil général de l'ADQ, qui se déroulera à Québec du 29 février au 2 mars, pourrait servir à peaufiner cette plate-forme ou, du moins, être l'occasion d'en présenter une première mouture. Les deux autres partis ont tiré à boulets rouges sur ce programme, qualifié de «bricolage idéologique» par le président du Conseil du trésor, Joseph Facal. Mario Dumont a jusqu'ici reculé sur l'impôt à taux unique, jugé irréaliste par Marcel Dutil, d'ailleurs, et les bons d'éducation ne sont qu'un projet-pilote. Quant à la médecine à deux vitesses, on attend toujours qu'en soient évalués les bienfaits financiers pour le système de santé.
Les trois partis se sont d'ailleurs mis en mode pré-électoral. Ils partagent le même objectif: être fin prêts pour le déclenchement des élections au début de mars. Les campagnes de financement battent leur plein et les assemblées d'investiture se succéderont tandis que se multiplieront les assemblées partisanes.
Pour le gouvernement, l'année s'amorce sur un thème que Bernard Landry a martelé l'an dernier: le déséquilibre fiscal. Mais alors que le débat sur les conclusions du rapport de la commission Séguin apparaissait somme toute théorique et s'assimilait à un de ces exercices de pédagogie dont le Parti québécois s'avère friand, il prendra une tournure bien concrète sur la question du nouveau financement fédéral en matière de santé.
En février, Jean Chrétien doit convoquer ses homologues des provinces à une conférence fédérale-provinciale. Afin de donner suite aux recommandations de la commission Romanow, M. Chrétien y dévoilera les intentions d'Ottawa à l'égard d'un financement supplémentaire des systèmes de santé. Tant la hauteur de ce financement que les conditions que pourrait imposer le fédéral pour l'accorder seront au coeur des discussions.
Le rapport Romanow prévoyait une mise à niveau qui prendrait la forme d'un rehaussement de 15 milliards par année. Les provinces réclament plutôt une contribution fédérale additionnelle de 25 milliards. Or Jean Chrétien a déjà laissé savoir que le fédéral ne pourrait pas consentir autant d'argent que le recommande la commission Romanow.
Au Québec, cette conférence fédérale-provinciale sera précédée, vers la fin de janvier, par une journée de consultation publique menée par le ministre d'État à la Santé et aux Services sociaux, François Legault, sur le financement de son plan d'action. Ce plan prévoit un ré-investissement récurrent de 1,6 milliard en santé. On s'attend à ce que le ministre mette sur la table diverses hypothèses de financement, avec ou sans un apport suffisant du gouvernement fédéral, notamment une surtaxe spéciale qui servirait à alimenter une caisse-santé ou la création d'une assurance-vieillesse, une proposition de Michel Clair. Mais, d'ores et déjà, M. Landry a indiqué que toute hausse d'impôt était exclue, tout comme un retour au déficit.
En outre, les premiers ministres provinciaux se rencontreront à Toronto le 23 janvier pour arrêter une position commune, quelques semaines avant leur rencontre avec le premier ministre canadien.
Le PQ fourbit ses armes
Dans une entrevue accordée au Devoir en fin d'année, Bernard Landry a dit que les Québécois vivraient «un moment historique» si Ottawa n'accédait pas à la demande du Québec, c'est-à-dire un financement adéquat en santé, et ce, sans conditions, une position qui a fait l'objet d'une motion unanime à l'Assemblée nationale. Le premier ministre a même évoqué la possibilité de convoquer les parlementaires d'urgence pour un vote avant le début de la prochaine session, le 11 mars.
Avec la nomination de la vice-première ministre Pauline Marois à titre de responsable de l'organisation électorale — elle est épaulée par un proche conseiller, Pierre D'Amours —, le Parti québécois fourbit ses armes. D'ici mars, le PQ mènera une campagne de financement éclair — un «bliztkreig», pour reprendre l'expression de l'organisateur en chef du parti, Martin Dubé. Déjà, les instances régionales ont amassé tous les fonds nécessaires pour la campagne électorale, soit deux millions. À l'échelle nationale, le PQ s'est fixé comme objectif de recueillir 4,3 millions, dont 1,6 million pour la campagne électorale.
Quant au membership, le PQ aurait enrôlé 5000 nouveaux membres depuis le Conseil national de septembre. Le parti en compterait quelque 90 000, soit le double de l'ADQ. Mais ces données comprennent souvent des cartes échues qui n'ont pas encore été renouvelées.
À Trois-Rivières, les 1er et 2 février, le PQ tiendra un conseil national. La fin de semaine suivante, une dizaine d'associations régionales péquistes se réuniront en congrès pour plancher sur des propositions en vue du congrès spécial d'orientation des 7, 8 et 9 mars. Entre-temps, les 14 et 15 février, ce sera au tour du Comité national des jeunes (CNJ) de tenir un conseil. Après le congrès spécial, la plate-forme électorale du PQ sera soumise aux membres lors d'un conseil national qui se tiendra tout de suite après le déclenchement des élections.
Le PLQ confiant
Chez les libéraux, on se prépare à des élections hâtives, déclenchées en mars juste après le début de la session parlementaire, le 11 mars, et le dépôt du budget 2003-04 par Mme Marois. «C'est le scénario le plus probable», a livré jeudi le chef libéral, Jean Charest. Avec leurs 35 comtés imprenables, les 51 députés qu'ils comptent déjà à l'Assemblée nationale, leur solide organisation et de nouvelles figures «enracinées dans leur milieu», autant de notables connus dans leur patelin, les libéraux abordent la prochaine campagne électorale avec confiance.
Dans les comtés à prédominance francophone, où le chef libéral ne casse rien sur le plan de la popularité, les libéraux tablent sur le dégonflage de la bulle adéquiste. Des analyses des récents sondages suggèrent que, lors d'élections générales, l'ADQ pourrait ne recueillir que 25 % des votes, soit 10 points de moins que leur appui mesuré dans les enquêtes d'opinion. La jeunesse de leurs sympathisants et l'apolitisme qui caractérise ces derniers auraient un impact sur leur participation le jour du scrutin, explique-t-on.
L'ADQ mûrit
D'ici mars, la stratégie de l'ADQ consiste à égrener les annonces de candidatures que l'on veut d'envergure. On parle d'une dizaine de candidats qui se poseraient comme porte-parole nationaux pour nombre de missions du gouvernement, autant de candidats ministrables, espère-ton. Dès lundi, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, procédera à la première annonce: la candidature de l'actuel député du Bloc québécois dans Témiscamingue, Pierre Brien. Le bloquiste défendra les couleurs de l'ADQ dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue contre le député péquiste sortant et ministre Rémy Trudel. S'il revient un jour de Chine, il est possible que l'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, accepte lui aussi l'invitation que lui a faite Mario Dumont de se présenter comme candidat adéquiste dans un comté de l'est de l'île de Montréal, probablement le comté de Rosemont, contre la députée péquiste et ministre Rita Dionne-Marsolais.
Au cours des six derniers mois, l'ADQ a fait passer le nombre de ses membres de 10 000 à 45 000. Les courses à l'investiture dans plusieurs dizaines de comtés, dont certaines sont chaudement disputées, contribueront à accroître ce nombre, signale-t-on. Au bureau de M. Dumont, on assure que le parti remplira son objectif de financement fixé par son «bagman», l'homme d'affaires beauceron Marcel Dutil, d'ici le déclenchement des élections, soit de recueillir quatre millions de dollars.
Toutefois, Mario Dumont vient de remercier l'organisateur en chef du parti, Jean-Claude Gagnon, pour une raison restée obscure. Officiellement, on avance que M. Gagnon a subitement réalisé qu'il était le père d'une enfant en bas âge. M. Dumont a remplacé M. Gagnon, un ancien péquiste, par quelqu'un qui jouit de sa pleine confiance: Me Jacques Gauthier, ancien libéral et cofondateur de l'ADQ, qui a quitté le PLQ en même temps que M. Dumont et Jean Allaire.
Si le parti de Mario Dumont s'est doté d'un programme audacieux, dans la mesure où l'audace se retrouve aussi à droite, il n'a pas encore de plate-forme électorale. Le prochain conseil général de l'ADQ, qui se déroulera à Québec du 29 février au 2 mars, pourrait servir à peaufiner cette plate-forme ou, du moins, être l'occasion d'en présenter une première mouture. Les deux autres partis ont tiré à boulets rouges sur ce programme, qualifié de «bricolage idéologique» par le président du Conseil du trésor, Joseph Facal. Mario Dumont a jusqu'ici reculé sur l'impôt à taux unique, jugé irréaliste par Marcel Dutil, d'ailleurs, et les bons d'éducation ne sont qu'un projet-pilote. Quant à la médecine à deux vitesses, on attend toujours qu'en soient évalués les bienfaits financiers pour le système de santé.
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