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Sous le tapis

Michel David   10 mars 2008  Québec
L’amour entre le premier ministre et son épouse, Michèle Dionne, a été mis en avant au congrès du PLQ en fin de semaine.
Photo : La Presse canadienne (photo)
L’amour entre le premier ministre et son épouse, Michèle Dionne, a été mis en avant au congrès du PLQ en fin de semaine.
Au conseil général de septembre dernier, la direction du PLQ avait provoqué une levée de boucliers en proposant un virage identitaire qui avait choqué de nombreux délégués. Ils lui avaient rappelé brutalement que le PLQ était un parti fédéraliste, qui n'avait pas à faire payer aux immigrants les frais d'une surenchère nationaliste avec le PQ et l'ADQ.

Le comité chargé de rédiger le chapitre «Identité et fédéralisme» avait été renvoyé à sa table de travail sans ménagement. Les propositions qui ont été soumises en fin de semaine aux délégués réunis à nouveau à Québec étaient nettement plus orthodoxes, mais certains semblaient encore leur trouver un ton trop péquiste.

Ainsi, l'association de Notre-Dame-de-Grâce a fait effacer partout où il se trouvait le mot «citoyenneté», même dans une expression comme «éducation à la citoyenneté». On a expliqué qu'il fallait éviter tout risque de confusion, puisqu'il ne doit y avoir qu'une seule citoyenneté, la canadienne.

Toute initiative un peu audacieuse dans le dossier linguistique risquait également de provoquer de sérieux éclats. Samedi après-midi, en atelier, un militant de Charlesbourg qui a osé suggérer que les entreprises de moins de 50 employés soient soumises aux exigences de la francisation s'est vu répliquer que le PLQ était le parti de la liberté.

Un délégué de Sainte-Marie-Saint-Jacques a même déploré l'utilisation du mot «vigilance» quand on parlait de la situation du français au Québec. Selon lui, cela risque de créer une «mentalité d'assiégé», alors qu'il n'y a aucun problème.

***

Il n'est donc pas surprenant que l'on ait encore une fois tripoté l'ordre du jour pour faire en sorte que les délégués manquent de temps pour débattre en assemblée plénière des propositions concernant la langue et le renouvellement du fédéralisme.

De toute manière, quand le premier ministre Charest évoque sa vision de l'avenir du Québec, comme il l'a fait dans son discours de clôture hier, c'est généralement en termes économiques. C'est seulement en conférence de presse qu'il a cru nécessaire de faire état de sa «forte préoccupation» pour la langue et la culture françaises, dont la protection constitue une «mission sacrée» pour tout gouvernement du Québec.

Dans son entourage, on reconnaît que la publication du bilan quinquennal de l'Office québécois de la langue française (OQLF), la semaine dernière, a été très mal gérée, aussi bien par la ministre responsable, Christine St-Pierre, que par la présidente de l'OQLF, France Boucher. Chez les députés libéraux, l'exaspération était manifeste.

Le gouvernement doit rendre public avant la fin du mois son nouveau plan d'action en matière de langue. Il semblait donc tout indiqué d'offrir aux militants libéraux l'occasion de faire valoir leur point de vue, notamment sur le rôle de l'OQLF.

Ce n'est maintenant qu'en septembre prochain qu'ils pourront revenir sur ces questions. Sans doute pour féliciter le gouvernement de son bon travail! Il est vrai que le sujet ne semblait pas intéresser les délégués outre mesure. Sur 2500 inscrits, à peine une cinquantaine ont participé à l'atelier sur la langue, sous l'oeil attentif de Mme St-Pierre, qui n'a cependant pas jugé utile d'intervenir.

***

Peut-être s'est-on souvenu qu'au même endroit, en novembre 1996, un débat sur la langue avait transformé le congrès du PQ en véritable psychodrame, dont le leadership de Lucien Bouchard était sorti passablement entamé.

Ce n'est pas le genre de la maison libérale. Il y avait déjà un bon moment que M. Charest savait que le vote de confiance serait une simple formalité, mais l'ampleur soviétique de l'appui qu'il a reçu a semblé le toucher sincèrement.

Il est toutefois le premier à savoir que le jour où les sondages enregistreront un nouveau creux de vague, le grenouillage va reprendre. Il a dû rire dans sa barbe en entendant les principaux aspirants à sa succession, Philippe Couillard en tête, chanter ses louanges sur la vidéo qui a été présentée à l'ouverture du conseil général vendredi soir.

M. Couillard a néanmoins bien traduit le sentiment général en déclarant que le premier ministre était «l'homme le plus déterminé et persévérant» qu'il lui ait été donné de rencontrer dans sa vie.

Plus encore que de l'affection, il faut peut-être voir une marque de respect dans ce plébiscite. Même ceux qui ne partagent pas sa vision du Québec et de son avenir doivent reconnaître qu'il a fait preuve d'une remarquable ténacité. Ses propres députés le tenaient pour mort l'été dernier. Lui-même parlait hier de résurrection et il a toutes les raisons de voir l'avenir avec optimisme. Même s'il dirige toujours un gouvernement minoritaire, il est redevenu le maître du jeu. Peu importe la suite des événements, un tel rétablissement force l'admiration.

mdavid@ledevoir.com






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  • Gilles Delisle
    Abonné
    lundi 10 mars 2008 07h21
    Le vrai festival Juste pour rire de Québec!
    « Faire un congrès et effacer complètement le chapitre de la langue française, actuellement, relève de la plus pure des farces que l'on pouvait espérer en ces jours de tempête à Québec. Quelques dizaines de libéraux sur une possibilité de 2500 congressistes sur l'atelier de la langue devant une ministre responsable de la langue, complètement muette sur ce sujet paraît tout à fait "clownesque"! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 10 mars 2008 08h42
    @ M. Gilles Delisle
    « Si on considère que les anglophones du Québec votent pour le PLQ à environ 97 % et les francophones, seulement à à 27 %, il n'est pas surprenant ni clownesque que ce parti évite de heurter sa clientèle principale, c'est simplement...électoral.

    Si le PQ et l'ADQ ne forment pas une coalition pour la prochaine élection, si on considère les améliorations de la perception du PLQ, par les Québécois, dans les récents sondages, on pourrait bien voir un troisième mandat de suite donné au PLQ de M. Charest, à la prochaine élection. »

  • Éric Thiffault
    Abonné
    lundi 10 mars 2008 11h12
    Amener votre vin
    « Lors de soirée entre ami(e)s, même avec nos meilleurs, il est plutôt rare et inquiétant qu'à la fin du souper après avoir réinventé le monde, tous nous sommes d'accord à 97% des sujets discutés. De mémoire, les meilleurs soirées, autour d'une bonne bouteille de vin ont été celles où les bon débats d'idées s'animent et s'affrontent avec nos certitudes et nos craintes. C'est dans ses moments que j'aiment mes ami(e)s, ils m'empêchent de succomber dans la paresse intellectelle de la masse que semble apprécier un certain parti. Malgré que des fois, ils me font ragé. Mais notre goût de l'un et l'autre gagnent toujours. A quoi ressemble les soirées entre libéraux, je ne sais pas. Mais,si un jour on m'invite,j'espère pouvoir amener une bonne bouteille. »

  • Jacques Lalonde
    Abonné
    lundi 10 mars 2008 11h14
    La confiance attribuée à Jean Charest : d'une ampleur "soviétique" ???
    « Je suis et compte demeurer un lecteur attentif de vos chroniques. Toutefois permettez-moi de récuser le terme de soviétique que vous avez employé pour qualifier la confiance que les délégués ont manifestée à leur chef. Ne croyez-vous pas qu'un tel pourcentage historique après une campagne pénible et une élection aux résultats mitigés soulignent l'étonnante résillance de Jean Charest et son non moins remarquable travail à la tête d'un gouvernement minoritaire et que ces raisons ont été déterminantes pour le vote de confiance accordé par les délégués à leur chef ? Je sais que des chefs de d'autres partis qui seraient heureux d'obtenir un tel résultat.

    Jacques Lalonde, Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    lundi 10 mars 2008 12h16
    La cote partisane dure ce que durent les roses. Mais ...
    « Pour obtenir le 97.2% de confiance ou de «non aveu public de méfiance», Jean Charest a balayé la langue française, comme facteur déterminent de l'identité et de la distinction québécoises, sous les carpettes de son opportunisme vire-vent, vire-poche. Elle s'est ajoutée aux crasses qui s'y accumulent, à l'insu d'une poignée de délégués en festival (2500/7,820,001). En discours de clôture, il a attaché quelques-unes de ses ficelles, en marge de la compréhension libérale de l'économie. Landry en aurait fait tout autant et Parizeau aurait probablement fait beaucoup plus crédible. Ce dont parlait précisément Jean Charest, ce sont les «économies ignominieuses» que font, au Québec, ses fournisseurs, les investisseurs exemptés d'impôts et les «économies scandaleusement orgiaques» que font ses commanditaires, les exploiteurs du groupe Rabaska et autres. Mais en conférence de presse, plateforme électoraliste oblige, en jacassant de langue et de culture, il a beurré les divisionnistes séparatistes et les oppositionnistes adéquistes, à la veille du prochain budget bonbon qu'il pourra réaménager à sa guise, par la suite, la conjoncture lui donnant toujours raison.

    À l'atelier sur la langue que présidait Miss Baffe, il n'y eut que 2% des délégués qui sont allés y asseoir leur silencieux désintéressement. Par ailleurs, Jean Charest a été bien conseillé ou heureusement inspiré, en évacuant le panier de crabes des séparatistes, menaçant les immigrants de sélections exclusives et de mises en cages, comme le laissait entendre Parizeau, après avoir accusé si grossement les ethnies, entre autres, de lui avoir fait perdre son référendum bourré. Alors qu'il dit avoir compris et changé, depuis un an, Jean Charest, au chapitre de la stature particulière des Québécois scolarisés et évolués ainsi qu'à celui de la distinction québécoise identitaire, aurait fait de grands pas. Astiqué de la sorte, Jean Charest ne prépare-t-il pas un troisième mandat, ce troisième mandat étant potentiellement majoritaire, alors que son bleu vis-à-vis fédéral cuisine les mêmes plats.

    En multipliant les improvisations et les précipitations, les contradictions et les confusions, les gesticulations scabreuses et les conversations trompeuses, Pauline Marois, ayant cédé la barre aux Larose et autres fanas, est en train de motiver les Québécois à voter contre elle, ce qui la reporterait au troisième rang d'une opposition insipide, loin derrière l'ADQ et Québec Solidaire. Il ne lui aurait pas fallu oublier que nombre de Québécois votent CONTRE et que c'est ainsi que Landry a permis à Jean Charest de prendre le pouvoir, en 2003.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 10 mars 2008 17h02
    Quel vision?
    « Monsieur David dit que certains libéraux ne partagent pas sa vision du Québec. J'aimerais savoir de quel vision il s'agit ? Dire que messieurs Facal et Pratte espèrent un débat sérieux entre les deux options !

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Denis Lalande
    Inscrit
    lundi 10 mars 2008 20h15
    Les libéraux entre amis
    « Les libéraux entre amis sont forts
    ils ont peur mais ne veulent pas le montrer
    ils se complaisent en ignorant la réalité
    et se tapotent le dos pour se sentir plus forts.

    Ils ont rejetté le chemin de la maturité
    pour s'amuser sans joie aux jeux du conquérant
    incapables de se définir une destinée
    ils ont développé une attitude de perdant.

    Pour eux le français c'est pas important
    avant tout ce qu'il faut c'est de l'argent
    Ils sonnent à la porte de l'immigrant
    pour dire que c'est eux les plus importants.

    Pourtant ils ne sont plus représentatifs
    de la majorité, ils sont devenu le parti des autres, ceux qui ne nous reconnaissent pas.

    Denis Lalande »

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    lundi 10 mars 2008 20h49
    Surtout ne pas faire de vagues
    « Tout est calculé pour ne pas déplaire à l'électorat! Vous avez raison monsieur Gilles Bousquet. L'éternel STATUT-QUO! Préférable d'insinuer ne pas avoir le temps d'en discuter que d'avouer leur impuissance et manque de courage à défendre ce qui fait pourtant la spécificité de notre peuple, la langue française. Comment au Québec un congrès digne de ce nom peut-il en faire abstraction? Et pire...Peu de délégués se sont inscrits aux ateliers, ont-ils déjà lâché prise? Comme vous précisez si bien monsieur Jacques Côté, dans ce cas précis,une langue c'est fait pour lécher...
    Lorraine Dubé »

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