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Bouchard et Taylor obtiennent un sursis de deux mois

Antoine Robitaille   6 mars 2008  Québec
Les coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor, lors des audiences publiques de la Commission sur les accommodements raisonnables. Ils ont maintenant jusqu’à la fin du mois de mai pour remettre leur rapport.
Photo : Jacques Nadeau
Les coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor, lors des audiences publiques de la Commission sur les accommodements raisonnables. Ils ont maintenant jusqu’à la fin du mois de mai pour remettre leur rapport.
Québec — Les coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor ont obtenu un sursis de deux mois de la part du gouvernement Charest, lequel a adopté un décret à cet effet hier. C'est donc à la fin du mois de mai et non le 31 mars comme prévu que sera rendu public le rapport de la «Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles».

Dans leur lettre au gouvernement, les coprésidents expliquent que leurs consultations publiques se sont terminées peu avant Noël, si bien qu'il ne «restait guère que deux mois pour produire» le rapport. «Cependant, la tâche est énorme. Il nous faut mettre à profit une masse impressionnante de documents et maîtriser de nombreuses questions très complexes», ont-ils écrit. Au secrétariat de la commission, on soulignait hier que celle-ci a reçu au-delà de 900 mémoires qu'il a fallu analyser. De plus, parce que le temps de consultation a été allongé, «les semaines consacrées à la rédaction étaient moins nombreuses». Le délai ne devrait engendrer aucun coût supplémentaire, «sinon minime», a-t-on expliqué au cabinet du premier ministre.

Selon l'attaché de presse de la commission, Sylvain Leclerc, le rapport devrait tout de même être terminé pour le 31 mars. Par après, il faudra compter plusieurs semaines de production (révision linguistique, traduction, etc.). Pendant ce temps, les deux coprésidents, «qui ont beaucoup travaillé ces derniers temps», prendront une dizaine de jours de congé afin «d'être frais et dispos pour le dévoilement du rapport à la fin du mois», a noté M. Leclerc.

Relativiser

La rédaction du rapport est entamée. Selon nos sources, des portions de versions préliminaires du rapport circulent actuellement auprès d'experts. Une d'entre elles porte sur «les accommodements raisonnables: des perceptions aux faits», dans laquelle on cherche à remettre en perspective et à relativiser la question des accommodements. Les signataires des textes finaux en français et en anglais seront bien entendu M. Taylor et M. Bouchard, mais ils sont assistés dans la rédaction par deux «analystes», soit le philosophe Jocelyn Maclure, de l'Université Laval, et l'écrivain Alain Roy.

Certaines sources font état de «tensions» entre les deux coprésidents, notamment sur la question de la nation, ce qui aurait compliqué les choses. «Je n'utiliserais pas le terme "tension" dans le sens de conflit», dit l'une d'elles, mais «il est certain que, sur la question de l'avenir du Québec, M. Bouchard et M. Taylor n'ont pas la même perception du Québec dans la réalité canadienne». Cela conduit nécessairement à des divergences de vue, «qui étaient prévisibles dès leur nomination», mais que les mois de consultations publiques «ont pratiquement fait oublier». D'une part, M. Taylor est étiqueté «communautariste» et fédéraliste, très ouvert au multiculturalisme, un sujet sur lequel il a beaucoup écrit. D'autre part, M. Bouchard «demeure un souverainiste» québécois, partisan de «l'interculturalisme», une vision qui prend acte de la diversité mais qui veut favoriser les interactions et la convergence culturelle au sein d'une même société.

Des sources proches de la commission ont fait état d'un certain isolement de Gérard Bouchard dans cette position, laquelle laisse par exemple davantage de place à «l'histoire nationale» dans la définition des valeurs communes. «Pour lui, ce qu'il y a de plus rassembleur, c'est le souvenir de la commune oppression», raconte une source bien informée. Cette position qui suggère que les immigrants et les Québécois de «souche» pourraient se «rencontrer» dans un «souvenir douloureux» en a fait sursauter plusieurs dans l'entourage de la commission. Ceux-ci, en majorité dans le comité d'experts (formé de 14 universitaires), de sensibilité majoritairement «multiculturaliste» et donc plus proches des positions de Charles Taylor, ne croyaient pas que les Québécois arriveraient vraiment à intégrer les immigrants en leur disant: «Comme vous, nous avons vécu une conquête», nous a-t-on raconté. Dans le comité d'experts, seul le sociologue de l'UQAM, Jacques Beauchemin, peut être considéré comme étant sensible à la perspective plus nationaliste de M. Bouchard, bien que M. Beauchemin l'ait critiqué dans le passé. Notamment dans L'Histoire en trop (VLB, 2002) — un livre dénonçant «la mauvaise conscience des souverainistes» québécois et plus particulièrement l'incapacité à nommer la «majorité francophone québécoise».

Premier tome

Rappelons que la mise sur pied de la commission a été annoncée le 8 février 2007 par le premier ministre Charest. En mai, une polémique éclatait dans The Gazette, où le chroniqueur Don Macpherson reprochait à M. Bouchard d'avoir déjà tiré ses conclusions avant même d'avoir consulté les Québécois et avait même demandé sa démission. M. Macpherson citait une entrevue accordée à la fin de mars 2007 par M. Bouchard au journaliste Élias Lévy de Voir. M. Bouchard y affirmait que son dernier livre, rédigé avec Alain Roy, La culture québécoise est-elle en crise? (Boréal), était «quasiment le premier tome du rapport de la Commission d'étude sur les accommodements raisonnables». M. Bouchard soutenait aussi que «ce qui vient d'arriver à propos des accommodements raisonnables en dit long» sur le fait «qu'il y a une articulation qui ne s'est pas bien faite entre la diversité et l'ancienne tradition ou culture de la société d'accueil». Lorsque M. Lévy lui avait demandé comment on pourrait «accoupler ces deux cultures», la réponse de M. Bouchard avait été sans équivoque: «C'est une des raisons pour lesquelles je pense que le Québec devrait absolument faire son indépendance. Le Québec a besoin d'accomplir un acte fondateur.» Celui-ci procurerait à terme «cette sécurité psychologique et symbolique à laquelle nous aspirons d'une façon quasiment maladive».






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  • Michel Lebel
    Inscrit
    jeudi 6 mars 2008 08h04
    Sans surprise!
    « Votre article ne me surprend pas. J'ai toujours pensé que la nomination de ces deux commissaires était une erreur, sans compter que je n'ai jamais cru à la nécessité de cette commission. Mais quant à y être, pourquoi un chiffre pair de commissaires, pourquoi seulement des intellos, et deux intellos si différents au plan philosophique et religieux. Tout un défi pour faire un rapport unique! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 6 mars 2008 08h09
    Questions graves, religieuses et coûteuses
    « Vu qu'ils sont en temps supplémentaire, est-ce qu'ils vont être payés à temps double ?

    Est-ce qu'ils vont avoir un chapitre sur les produits kashers ? comme, combien ça nous coûte de plus, si c'est vraiment antisémite de parler de ce sujet là et si ça peut conduire en prison.

    Est-ce qu'on va enfin savoir si un musulman et une musulmane peuvent prier au même endroit en même temps à des heures déterminées ou si ils ou elles peuvent combiner leurs 5 prières et toutes les faire en même temps avant de se coucher pour ne peas qu'ils ou elles soient obligé(e)s de les faire dans les allées d'avion en plein vol ou au décollage ou à l'atterrissage. »

  • Céline Miron
    Inscrite
    jeudi 6 mars 2008 15h48
    En réaction aux réactions du 6 mars
    « A M. Michel Lebel Qu'auriez-vous dit si les deux commissaires avaient été si ''pareils'' au plan philosophique et religieux ''ça manque de tranparence''. Les divergences d'opinion sont souvent très créatrices. Je crois aussi qu'ils ont été choisit pour leurs grandes connaissances du sujet.
    A M. Gilles Bousquet Vous vous inquietez de savoir combien ça va couter, et vous leurs demandez de faire une enquête au sujet des produits Kashers, ainsi que sur les règles de la religion Musulmanne. Soyons cohérents, ce n'est pas leur mandat. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 6 mars 2008 21h21
    @ Céline Miron
    « Céline Miron écrit : «A M. Gilles Bousquet Vous vous inquietez de savoir combien ça va couter, et vous leurs demandez de faire une enquête au sujet des produits Kashers, ainsi que sur les règles de la religion Musulmanne. Soyons cohérents, ce n'est pas leur mandat»

    Bien oui, leur mandat porte sur les accomodements raisonnables ou non. Ces accommodements sont reliés avec les religions, principalement juives et musulmanes. Fait que, est-ce qu'il faut accomoder les aliments kashers qui sont directement liés à la religion juive et les places de prières musulmanes qui sont aussi reliées à cette dernière religion...me semble bien. Soyez cohérentes vous-même, Céline Miron. »

  • Jean Dunois
    Inscrit
    samedi 8 mars 2008 10h13
    M. Charles Taylor en une phrase...?
    « Une phrase. Recueillie en : www.ledevoir.com/2008/02/22/commentaires/0802241505178.html . La voici :

    « Ça me rappelle Charles Taylor, tiens... Ce solide philosophe, respecté et respectable (et dont j'ai lu plusieurs des ouvrages avec intérêt), qui se métamorphose infailliblement en bouledogue (certains diraient, hélas non sans raison, en WASP : White Anglo Saxon Protestant), ou peu s'en faut, lorsqu'il aborde spécifiquement la question d'un Québec français et/ou indépendant. Comme quoi les grands esprits laissent parfois, ou ponctuellement, de grands espaces à l'esprit petit. »

    Pour ma part, je ne puis rien attendre (non plus) de vraiment intelligent ou constructif de la part d'un homme qui a de tout temps révélé un esprit profondément obtus sur la Question dite québécoise. Bref, si on fait court : « Je suis pour la liberté. Et farouchement. Pour tous et avec conviction ! Pour tous... hormis la nation québécoise ! ». Pierre-Elliott Trudeau et Pierre Pettigrew - ces deux « fils » du Québec - ne tenaient pas un autre discours...

    Incidemment la soeur de M. Taylor, ex-chancelière de l'Université McGill (dont j'ai hélas oublié le prénom) a plus d'une fois montré plus de finesse et surtout moins de préjugés idéologiques dans ce dossier.

    Je ne vois pas du tout comment M. Gérard Bouchard (que d'ailleurs je trouve plutôt assez « mou » sur ces aspects, en dépit de mon respect pour sa démarche scientifique) pourra discuter de manière fructueuse (et intellectuellement honnête) avec un esprit aussi fermé.

    D'ailleurs, c'est exactement ce qu'espérait le premier ministre Charest en nommant ces deux hommes à la tête de cette Commission ! C'est pour moi clair comme eau de source.

    Aussi clair que des Jocelyn Létourneau au Conseil Supérieur de la Langue française, aussi clair que des Wilfrid-Guy Licari à la Délégation générale du Québec à Paris, aussi clair que des France Boucher au Conseil de la Langue française, et aussi clair que sa présence même auprès de Paul Desmarais recevant, tout récemment, à Paris (www.vigile.net/Un-ennemi-bien-place), la Grand-Croix de la Légion d'honneur des mains du président Nicolas Sarkozy.

    Bref, avec un premier ministre comme M. Jean Charest, et des alliés comme M. Charles Taylor ou Jocelyn Létourneau (voir notamment « Nos amis les Canadians », in : www.vigile.net/spip.php?page=archives&u=http://archives.vigile.net/06-5/5.html), l'avenir du Québec est au beau fixe (pour les gens qui affectionnent les tons sombres et la confusion des perspectives, en tout cas) et son horizon étroit. Extrêmement étroit.

    Les contempteurs et les naufrageurs du Québec peuvent dormir tranquilles.
    Les amoureux du Canada aussi. »

  • Jolière Gauthier
    Inscrite
    dimanche 9 mars 2008 10h58
    Missive citoyenne à la Commission Bouchard-Taylor
    « Bonjour,


    Objet : Missive acheminée simultanément à la Commission concernée par le biais de : www.accommodements.qc.ca/commission/nous-joindre.asp


    Je désire faire savoir à la « Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles » (fiou !), à ses deux co-présidents en particulier, que je partage fondamentalement l'opinion exprimée par l'auteur du court texte publié ci-bas à la page cybernéenne suivante : www.ledevoir.com/2008/03/06/commentaires/0803081010859.html

    C'est dire, M. Gérard Bouchard, mais vous en avez conscience, j'en suis persuadée, toute la résistance que vous devez (et devrez) rencontrer d'ici la publication, avec votre collègue, du Rapport de ladite Commission.

    Je crois surtout qu'il est impératif que vous ne diluiez pas votre pensée (quoique forcément nourrie et enrichie par les opinions exprimées tout au long de la collecte publique des informations qui eut lieu dans les derniers mois) simplement pour le « plaisir » (la facilité politique, devrais-je plutôt dire) d'un « consensus de galerie ».

    Car ces pseudo-consensus, manifestement espérés par l'actuel gouvernement du Québec (lesquels consensus justifient et cautionnent l'inaction par définition, dans la mesure où il s'agit alors d'un constat ni chair ni poisson intraduisible dans le concret politique de la société bien réelle), font plus de mal au Québec, de manière générale, que les positions à la fois claires, fermes et articulées. Car ceux-là, par distinction de celles-ci, encouragent le surplace et pour ainsi dire la paralysie systématique (voire systémique).

    Le Québec s'asphyxie chaque jour un peu plus depuis une bonne douzaine d'années, sinon plus. Aussi je crois que le temps des Grandes Manoeuvres est arrivé.

    L'avenir - l'avenir digne pour le peuple québécois, s'entend - est à cette Geste.

    Au sens le plus féminin - c'est-à-dire : actif - du vocable.

    Merci à vous, messieurs les co-présidents.

    JG

    PS : C'est bien la première fois par ailleurs, M. Michel Lebel, que je me vois en accord avec vous. Il est vrai que pour cette fois vos lieux communs rencontrent ceux-là mêmes d'une situation réelle. Comme quoi, comme aimait à le répéter M. Jacques Parizeau, une pendule arrêtée donne l'heure exacte avec certitude deux fois par jour. Quant aux 86,398 secondes restantes... Cela dit non point pour être « gratuitement » méchante, mais bien par lassitude. Comme quoi, aussi, les hommes de droit (à l'instar de votre collègue Patrice Garant, devenu un professionnel de la propagande sous couvert de juridisme : www.ledevoir.com/2008/02/22/commentaires/0802241505178.html) ne sont pas toujours plus utiles au débat public, loin s'en faut, que de simples manoeuvriers ou que d'un débonnaire curé de campagne (si tant est qu'il en existât encore). »

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