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L'autre Doc

Michel David   26 février 2008  Québec
Malgré de belles réalisations, Denis Lazure a vécu une bonne partie de sa carrière politique dans l'ombre de l'autre psychiatre du gouvernement Lévesque, son vieil ami Camille Laurin.

Très rares sont ceux dont le bilan peut être comparé à la Charte de la langue française. Dans toute l'histoire du Québec, aucune loi n'a été aussi marquante. Il y a le Québec d'avant la loi 101 et celui d'après.

Même quand il a claqué la porte du cabinet pour protester contre le «beau risque» en novembre 1984, M. Lazure faisait encore partie des «autres ministres» qui avaient emboîté le pas au docteur Laurin et à Jacques Parizeau.

Les deux hommes qui avaient révolutionné la psychiatrie québécoise ont finalement été unis dans une commune déception dix ans plus tard, quand M. Parizeau les a exclus de son Conseil des ministres, alors que des nouveaux venus qui n'avaient pas leurs états de service y étaient admis. Il y avait une certaine grandeur dans la manière dont l'un et l'autre ont ravalé cette décision humiliante.

Ils incarnaient très bien l'esprit du remarquable groupe d'hommes et de femmes qui ont pris le pouvoir en 1976, après avoir déjà apporté une remarquable contribution à l'édification du Québec moderne durant les années de la Révolution tranquille. Passé la cinquantaine, M. Lazure n'était pas un politicien de carrière. Il voyait plutôt la politique — et la souveraineté — comme l'aboutissement de son action antérieure.

Bien avant l'ouverture des «cliniques Lazure», qui ont rendu l'avortement plus accessible aux Québécoises, ou encore le développement de maisons de transition pour les femmes victimes de violence, M. Lazure avait joué un rôle de premier plan dans la réorganisation des soins psychiatriques et la désinstitutionnalisation.

***

Il n'avait pas froid aux yeux. À peine installé aux Affaires sociales, il avait confié son désir d'imposer aux jeunes médecins un service obligatoire de deux ans en région et de faire de tous les médecins des salariés de l'État. M. Lazure avait la réputation d'être un homme déterminé, pour ne pas dire têtu, mais la bouchée était un peu grosse.

Le docteur Augustin Roy, alors président du Collège des médecins, avait accueilli sa nomination en déclarant: «Le docteur Lazure est un gars dur qui va déranger, apporter des changements, mais c'est justement pour ça qu'on a changé de gouvernement.» Le docteur Roy souhaitait tellement ce changement que, pour y mettre un terme, lui-même s'est porté candidat sous la bannière libérale aux élections suivantes.

Marc-André Bédard a souligné qu'au Conseil des ministres, M. Lazure «a toujours pris le parti des plus démunis». Qu'il s'agisse de s'opposer à l'introduction d'un ticket modérateur sur les soins de santé ou de lutter en faveur d'une pleine indexation des prestations d'aide sociale, il se rangeait automatiquement dans le camp progressiste, quitte à indisposer le premier ministre.

Son engagement et sa ténacité n'avaient pas diminué après son retrait de la vie politique, comme en a témoigné sa croisade en faveur des orphelins de Duplessis, qui avait profondément irrité Lucien Bouchard.

Déjà, à l'époque où il était étudiant en médecine, il s'était intéressé de près aux aspects sociaux de la maladie et à l'organisation des soins de santé. Son héros était Norman Bethune, qu'il admirait plus encore pour sa pratique dans les milieux défavorisés de Pointe-Saint-Charles que pour sa longue marche aux côtés de Mao.

Durant toute sa vie, il a été un défenseur intraitable du système public de santé. Dans ses mémoires publiés en 2002 sous le titre Médecin et citoyen, il remettait brutalement en question les motivations de ses deux prédécesseurs libéraux, Claude Castonguay et Claude Forget, quand ils plaidaient pour une plus grande ouverture au secteur privé.

***

«[Ils] ont poursuivi dans le secteur privé leur carrière personnelle. C'est leur droit le plus fondamental, mais j'estime que leur participation à ce débat crucial pour l'avenir de notre système de santé porte souvent à confusion. Il faut garder à l'esprit que leur préoccupation a changé de cible et que leurs priorités vont désormais davantage aux entreprises privées qu'au bien public qu'ils défendaient auparavant en tant que ministres», écrivait-il.

M. Lazure dénonçait le «discours insidieux» selon lequel l'État n'avait plus les moyens de maintenir l'intégrité du système public de santé. Le recours à l'assurance privée lui faisait craindre un retour à la situation antérieure à la création de la Régie de l'assurance maladie, à l'époque des «cartes roses» pour les indigents et de la «grande porte avant pour les malades fortunés».

C'est au NPD que M. Lazure a fait son apprentissage de la politique dans les années 1960. S'il a rejoint les rangs du PQ en 1970, c'est parce qu'il pouvait enfin se reconnaître dans un parti qui était à la fois nationaliste et progressiste. Dans son esprit, la souveraineté n'aurait eu aucun sens si elle n'avait pas eu pour objectif de rendre le Québec plus juste.

Dans ses mémoires, l'ancien ministre s'inquiétait de «la quasi-absence de relève à l'intérieur de l'aile gauche du parti». Il aurait sans doute très mal compris le silence du PQ depuis la publication du rapport Castonguay.

Selon lui, il fallait se méfier de «l'astuce des mots à la mode». Un de ceux-là était «modernisation». Après avoir réclamé sans ménagement le départ d'André Boisclair, M. Lazure n'a jamais dit ce qu'il pensait de la cure de «modernisation» que Pauline Marois entend faire subir à la social-démocratie péquiste. C'est peut-être mieux ainsi.

mdavid@ledevoir.com






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  • François Cloutier
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 06h24
    Denis Lasure
    « Lazure a été pour moi un collègue un ami et un adversaire. C'était un homme de conviction ce qui est rare. J'apprends sa mort avec tristesse et je lui rend hommage.
    François Cloutier psychâtre, ancien ministre libéral »

  • claire dufour
    Abonnée
    mardi 26 février 2008 09h01
    L'éloge d'un mort
    « Pourquoi attendre le décès d'un homme ou d'une femme pour chanter ses louanges?...
    Il est certain que M.Lazure était une personne de convictions, empathique à la misère des autres.
    Pourtant, malgré que je sois nationaliste, j'ignorais ce côté de l'homme politique profondément humain.
    Je m'excuse M.Lazure et dormez en paix. Saluez René pour nous tous. »

  • Denis Biron
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 09h12
    Adieu docteur Lazure
    « Un autre québécois, un de nos vrais patriotes, vient de nous quitter,

    Malheureusement, tous ces hommes et femmes disparaissent trop vite. Des Québécois qui ont lutté pour la social-démoratie... et surtout pour l'indépendance politique du Québec.

    Il y a eu Bourgault, d'autres ont suivi et maintenant Denis Lazure. Espérons une longue vie à Jacues Parizeau, ce politicien encore vivant qui a le plus fait pour le Québec moderne que nous connaissons en 2008.

    Denis Biron, 79 ans
    Indépendantiste depuis 1960. »

  • GERARD LAMONTAGNE
    Inscrit
    mercredi 27 février 2008 05h51
    La desintitutionnalisation du Dr.Lazure
    « La mise à la rue de centaines de patients d'hôpitaux psychiatriques sans encadrement fut un désastre dont on constate encore les conséquences.Pour un psychiâtre, il aurait dû savoir que ces hôpitaux n'avaient pas préparé ces gens à se défendre dans une société compliquée comme la nôtre.
    Avec un peu de réflexion, la croyance que le chèque de bien-être social mensuel à ces anciens patients allait régler leur problème de subsistance était farfelue.
    La plupart des travaillers recoivent une paie à toutes les semaines; ils auraient de la dificulté à s'administrer avec une paie mensuellecomme comme on le fait pur ces anciens hospitalisés.
    Le résultat, ces gens se font dépouiller de leur argent aussit reçu par des profiteurs vivieux et habiles et il arrive souvent que l'individu n'a même plus de toit pour dormir et il va manger dans les refuges.
    De toute façon comment pourrait-il se préparer des repas?
    Ce qu'a fait le Dr Lazure, il a forcé les orgacisations communautaires è habiller et nourri ces gens, il a obligé les corps de police à émettre des pénalités pour des infractions de flanâge et autres incongruités semblables, et il a contribué à remplir les prisons de ces gens qui sont des victines d'abus de la part d'autres prisonniers.
    M Lazure a peut-être révolutionné la psychiatrie au Québec , mais ça été un travail à moitié fait. »

  • François Caron
    Abonné
    mercredi 27 février 2008 20h23
    Drs Lazure, Laurin, Cloutier, Ferron et les autres...
    « Je me souviens...

    Sachez que j'ai commencé mon militantisme indépendantiste (souverainiste on disait dans le temps) entre 1979 et 1982 auprès de l'exécutif du comté de Bertrand (à Bchvl) encadrant cet inestimable monsieur, et qui m'a donné par l'entremise de ses militants déjà aguerris la piqûre et la passion de la vie politique par son éloquence à débattre, expliquer et informer, et son humanisme rayonnant.

    Pour ce qui est de la désinsit', ce n'est pas là son fait d'armes le plus notoire, mais son engagement sans défaut pour la Patrie et pour les siens doit être rappelé et mentionné à titre d'exemple.

    Salut à vous, bon Dr Lazure, accoucheur de peuple, saluez Ti-Poël, Félix, Gérald, Pauline, le bon Dr Laurin et tous les autres de notre part !

    Une mention aussi à une personne de qualité et digne d'estime, bien que je ne le connaisse pas personnellement et que mes convictions politiques ne s'accordent pas tout-à-fait aux siennes, et je nomme le Dr François Cloutier, ancien ministre de la Culture sous Bourassa Ier.

    Un homme de sa qualité dépositaire de la culture classique des années 40 et 50 (comme l'a déjà été entre autres G-É La Palme ou le bon Dr Jacques Ferron, esq.) fait grandement défaut au Québec d'aujourd'hui, ne serait-ce qu'il reste à toutes fins utiles que Jacques Parizeau et Paul Gérin-Lajoie dans cette génération; je vous salue et me prosterne devant vous, élévateurs de la conscience du peuple.

    Je me souviens ! »

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