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Les deux testaments

Michel David   21 février 2008  Québec
Hier matin, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s'est plaint des titres lapidaires dont les journaux avaient coiffé le compte rendu de sa conférence de presse sur le rapport Castonguay, comme s'il s'était aperçu que sa virulence de la veille donnait l'impression d'un règlement de comptes.

Ces titres ne trahissaient cependant ni le sens ni le ton de ses propos. La précision et la froideur quasi chirurgicales avec lesquelles il a disséqué, puis évacué les principales recommandations du rapport étaient saisissantes.

Personne ne s'y est trompé: même si M. Couillard a trouvé «en apparence intéressante» l'idée d'imposer une franchise et accueilli favorablement les propositions qui visent à accroître la productivité et la performance du système, il a rejeté aussi bien le constat «apocalyptique» fait par le groupe de travail que l'esprit qui anime son rapport.

Quelqu'un s'était-il imaginé un seul instant qu'un gouvernement minoritaire puisse se lancer dans une réforme du système de santé aussi controversée? Au-delà des divergences idéologiques au sein du cabinet à propos de la place qu'il convient d'accorder au secteur privé, la raison politique l'a emporté d'emblée.

Il demeure que la rapidité avec laquelle le rapport a été enterré constitue une autre victoire pour M. Couillard, ce qui n'est pas sans rappeler celle qu'il avait remportée dans le débat sur l'emplacement du CHUM.

Dès le départ, il s'opposait à la formation d'un nouveau groupe de travail sur l'avenir du système de santé. D'autant plus qu'en en confiant la présidence à M. Castonguay, dont les idées sur la question étaient bien connues, sa collègue des Finances avait clairement voulu favoriser un coup de barre vers le privé.

***

Il faut reconnaître que Monique Jérôme-Forget a eu la défaite élégante. Bien entendu, personne n'a cru que la préparation d'un budget qui sera présenté seulement dans plusieurs semaines l'empêchait de tenir une conférence de presse conjointement avec M. Couillard, mais il aurait été mal avisé de prendre le risque d'exposer publiquement les divergences philosophiques des deux poids lourds du gouvernement. L'important est qu'ils s'entendent sur la nécessité politique de ne pas alourdir le fardeau fiscal de contribuables qui peuvent être appelés aux urnes à tout moment.

À un journaliste qui commençait à trouver que son mot d'introduction était un peu long, M. Couillard a lancé: «Je vous vois regarder l'heure, mais je veux vous parler assez longtemps pour vous transmettre le plus de ma pensée possible.»

Après cinq ans à la Santé, tout le monde sait que le souhait le plus cher de M. Couillard est de passer à autre chose. En exposant aussi longuement et aussi précisément sa vision des choses, il laissait aussi une sorte un testament.

Dès sa nomination, il en avait surpris plus d'un en expliquant avec une franchise inhabituelle en pareil cas qu'il n'avait pas quitté la pratique médicale simplement pour devenir ministre. De toute évidence, il avait de plus hautes ambitions. Pour l'heure, tout laisse croire que le premier ministre Jean Charest dirigera son parti lors d'une quatrième campagne consécutive, mais il devra bien passer le relais un jour ou l'autre.

«Nous, au PLQ, on a des principes sur lesquels il est difficile de faire des compromis», a déclaré M. Couillard mardi. Encore faut-il que le chef y adhère. En 1998, les libéraux ont payé cher l'entichement de Jean Charest pour les idées de Mike Harris, tandis qu'un retour opportun aux «valeurs libérales» leur a valu la victoire en 2003. Au printemps dernier, le flirt avec la «réingénierie» est venu bien près de les renvoyer dans l'opposition.

On ne pourra pas reprocher à M. Couillard d'avoir adapté ses principes au goût du jour. Même à l'époque où il pratiquait la neurochirurgie, sa défense de l'intégrité du système de santé hérité de la Révolution tranquille tranchait avec les positions de ses collègues qui, encore aujourd'hui, dénoncent son «manque de courage».

***

Il faut reconnaître la même constance à Claude Castonguay. Le rapport auquel son nom demeurera attaché constitue aussi un testament, qui a cependant toutes les apparences d'un chant du cygne.

M. Castonguay n'aime pas qu'on lui rappelle les nombreux plaidoyers en faveur d'une plus grande place du privé qu'il a livrés au fil des ans. «Petit à petit, le ruisseau perce le rocher», se plaisait à répéter Claude Ryan. Possible, mais la nature n'a pas la même notion du temps.

Même dans des circonstances moins défavorables, les rapports sur le financement des services de santé produits au cours des dernières années ont tous pris le chemin des tablettes. Cette fois-ci, dans le contexte d'un gouvernement minoritaire, l'enterrement était programmé d'avance. Avec sa longue expérience, M. Castonguay le savait certainement, même s'il a accepté de faire certains compromis. Même si le but était simplement de réactiver le débat, le résultat a de quoi décevoir.

Parce qu'il a longtemps fait carrière dans le domaine de l'assurance, on lui a souvent prêté des motifs inavouables. On peut être d'avis qu'il se trompe, mais il est sans doute sincère quand il se dit convaincu qu'une plus grande ouverture au secteur privé ne nuirait pas au réseau public.

Invité au congrès de l'ADQ en octobre 2002, il avait résumé sa pensée en disant qu'il fallait respecter la liberté de payer pour des soins de santé au même titre que celle de choisir une automobile.

Autrement dit, certains ont les moyens de s'offrir une Cadillac tandis que d'autres devront toujours se contenter d'une Chevrolet. Pas nécessairement un tacot, simplement une moins bonne voiture. La loi du marché à l'hôpital.

***

mdavid@ledevoir.com






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  • Sylvain Racine
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 08h52
    C'est le temps pour l'ADQ, pour le privé en santé et une augmentation majeure des frais de scolarité
    « Alors que l'on sait que ce sont les gens âgés qui coûtent le plus cher au système de santé et sachant que les babyboomers ont un très gros poids démographique, je suis entièrement en faveur pour l'ouverture au privé. Je suis social-démocrate, mais pour la santé, alors que je sais qu'en réalité, dans la vingtaine présentement, le privé en santé me fera sauver de l'argent. Ainsi, non à la hausse de la TVQ, oui au privé, oui à une franchise pour rencontrer un médecin. J'ai aussi une autre bonne idée pour financer la santé. Alors que le passe-temps favori de la génération babyboomers est d'aller au centre commercial en voiture, je suggère que l'on mette une taxe de stationnement dans tous les stationnements de centre commerciaux du Québec. Là, c'est certain, on vient de régler le problème!

    Selon quelques sondages, le Québec serait en faveur d'avoir le privé en santé. Vraiment, il est temps de laisser gouverner l'ADQ pour les huit prochaines années. En y songeant bien, l'ADQ c'est le parti des gens aisés et en bonne santé. Pourquoi un parti politique se préoccuperait des pauvres et des malades alors que ces derniers forment une minorité qui, souvent, n'a pas la force d'aller voter ou bien l'éducation nécessaire pour voter avec raison, donc finissent par voter pour l'ADQ de toute façon...

    L'ADQ, étant un parti populiste de droite, va réussir à se faire élire par la classe moyenne, par les pauvres et par les riches.

    Vite, le Québec est en retard sur les États-Unis. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 10h06
    Et le 400e?
    « Il n'y a pas de rapport avec la belle analyse de monsieur David. Je veux seulement attirer l'attention de l'équipe montréalisante du Devoir qu'à Québec l'on célèbre le 400e anniversaire de NOTRE naissance. Il y a des questions à se poser sur la vision primaire concernant cet événement à Québec. Il y a eu le flop d'envoi, l'absence totale de la chanson thème et le pavoisement festif. Où sont l'inspiration que cet événement historique devrait susciter chez nos créateurs? Il pourrait y avoir au moins un film si ce n'est un opéra concernant les 400 ans de notre survie héroïque? Parmi tant de télé-romans, à Radio-Can, ne pourrait-il pas y avoir place à un pan de notre histoire? Ne serais-ce que dans Virginie alors que cette série s'est penchée sur la prostitution juvénile, il n'y a pas si longtemps... Même pas un petit commentaire sur l'insignifiant 400 fois Québec?

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Serge Bernier
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 10h10
    La loi du marché à l'hôpital
    « Le gouvernement doit offrir une assurance santé universelle publique à tous ses citoyens. Une Chevrolet fait parfaitement l'affaire, à la condition qu'elle roule à une vitesse raisonnable et qu'elle ne soit pas régulièrement en panne comme l'est le système de santé québécois. Pour offrir des soins de santé de qualité à tous ses citoyens, l'important est d'offrir une telle assurance.

    Cependant, il n'y aucune raison pour que le gouvernement offre lui-même les soins hospitaliers comme il le fait actuellement. Le gouvernement pourrait conclure des contrats avec des hôpitaux privés qui accepteraient les patients couverts par le régime d'assurance-hospitalisation public.

    C'est à ce niveau que la loi du marché s'applique et pourrait contribuer à améliorer le système de santé public.

    Le gouvernement n'aurait plus besoin de planifier et de contrôler la façon dont sont offerts les soins hospitaliers. L'on pourrait éliminer une lourde bureaucratie inutile et rendre le système plus efficace.

    Il n'est pas dit que les services offerts par des hôpitaux privés seraient moins dispendieux que ceux offerts par les hôpitaux publics. Certains critiques affirment que le privé coûte plus cher que le public et c'est possible que ce soit effectivement le cas.

    Mon hypothèse, à vérifier, est que les services hospitaliers offerts par le privé pourraient coûter plus cher que ceux offerts par le public parce que les gouvernements, grâce à leurs pouvoirs de monopole, réussissent à payer les services médicaux moins cher que ce qu'ils valent. La conséquence est que l'offre de services n'est pas suffisante et que nous subissons des pénuries de service de santé et des files d'attente.

    Si nous voulons des soins de santé de meilleure qualité et en plus grande quantité, nous devrons accepter de payer ce qu'ils valent. Nous pourrions le faire sans augmenter les impôts. Par exemple, en éliminant les subventions à l'agriculture, nous pourrions récupérer un milliard de dollars et l'investir en santé. La justice sociale s'en trouverait grandie. »

  • Roger Gingras
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 10h47
    Commission... ou l'art de s'abstenir de décider
    « Pourquoi une commission, si son sort est de finir sur une tablette? Le ministre Couillard s'avère très performant et brillant dans ses réactions aux recommandations du rapport Castonguay. Il dissèque, argumente, contre-expertise tellement qu'il me semble avoir les solutions. Alors, ne serait-ce qu'une question de volonté politique ou un refus de gouvernance que l'on constate aussi au niveau de l'enseignement universitaire, de l'environnement et dans la gestion du bien-être public?
    Roger Gingras »

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    jeudi 21 février 2008 10h50
    santé -vs- automobile
    « je ne crois pas au système privé... et comment peut-on comparer l'achat d'une automobile -vs- la santé...! On ne choisit pas d'être malade, nous subissons la maladie..bien sûr l'herbe semble plus verte chez le voisin..mais quand vous comparez de près la vôtre, elle est drôlement plus belle que celle du voisin.. aussi, n'allez pas en France voir comment cela se passe dans le privé..vs risquez fort d'être déçu.. »

  • Maurice Gauvreau
    Inscrit
    jeudi 21 février 2008 17h36
    Dégueu!
    « Encore une fois mon argent a servi à faire produire un rapport pour le seul plaisir de faire jaser un peu pour ensuite l'espédier prestement sur une tablette... Dégueu!

    Maurice Gauvreau »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 18h15
    Un changement de ton ...subit ! Intéressé, peut-être ? (version corrigée)
    « Il est fascinant de constater le changement de ton de M. Couillard au cours des dernières 24 heures.

    Pas surprenant quand on pense à l'effet dévastateur, pour son image, laissé lors de cette désolante conférence de presse concernant le rapport Castonguay . Une image à maquiller et à cultiver, surtout ...quand on veut devenir calife à la place du calife.

    J'entendais M. Couillard patiner à la radio, ce matin. L'essentiel de ses propos visait à démontrer que les méchants PQ et ADQ voulaient augmenter les impôts alors que le bienveillant PLQ s'y opposait. Quel beau thème pour une prochaine campagne électorale, n'est-ce pas M. Couillard ? Mais, diable, quelle est sa position quant au financement à long terme du Secteur de la Santé ? Comment concrétiser l'ensemble des recommandations qui sont étayées dans ce rapport ? Comment assurer que le secteur de la Santé s'engagera enfin dans une vraie réforme concluante ? Une réponse après les prochaines élections, peut-être ? Bien sûr, on y avait pas pensé ...

    Quelle farce que ce système politique dans lequel nous vivons! Quel minable spectacle que de voir tous ces politicailleux passer le plus clair de leur temps à ajuster leur discours en fonction de leur réélection éventuelle. Quel cynisme que de voir ces tristes sires prétendre être là (ou se sacrifier) pour rendre service à la collectivité !

    Pas surprenant que la gouvernance du Québec s'enlise de plus en plus et que le statu quo (ou le tournage en rond, c'est pareil) soit devenu le résultat prévisible de tous ces beaux discours à la con. Plus ça va, plus l'avenir du Québec (même comme province) me semble compromis irrémédiablement.

    Il me semble qu'on ne méritait pas ça.


    Jean Desjardins
    Laval »

  • Francis Therrien
    Inscrit
    jeudi 21 février 2008 19h12
    Rien de surprenant...
    « Les expériences du privé ailleurs dans le monde ont démontré qu'il était plus coûteux d'y recourir. Or, la production de ce rapport n'apporte pas de réponses ou de solutions aux problèmes que l'on connaissait déjà (voilà une des raisons pour ceux qui s'étonne de son tabletage). Aussi, il est difficilement concevable pour ce gouvernement d'entreprendre une quelconque réforme (qu'elle soit bonne ou mauvaise, popularité oblige...). »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    lundi 25 février 2008 07h34
    Public vs privé
    « Ce ne sont pas les soins médicaux qui devraient être privatisés, mais tout ce qui tourne autour: le nettoyage des chambres d'hôpitaux, la literie, les repas, la propreté, l'entretien des équipements, etc. La raison de ça, c'est qu'il est plus facile de se débarasser d'un contractant incompétent que d'un employé syndiqué incompétent.
    Paul Lafrance
    Québec »

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