mercredi 25 novembre 2009 Dernière mise à jour 15h00


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Québec veut libérer la forêt

Robert Dutrisac   15 février 2008  Québec
Québec — Finie, la mainmise des compagnies sur l'aménagement et la coupe des forêts. Le gouvernement Charest saborde le régime forestier actuel, créé en 1986, pour le remplacer d'ici cinq ans par un nouveau régime qui troque le système de redevances contre un marché du bois et libère des volumes afin de produire autre chose que du «deux par quatre» et de la pâte à papier.

Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, a présenté hier un livre vert décrivant un nouveau régime forestier qu'il a qualifié de «petite révolution au Québec». Ce livre vert donnera lieu à des consultations orchestrées par les conférences régionales des élus (CRE) dans toutes les régions d'ici au 10 mars prochain. Le ministère doit aussi commander rapidement une étude d'impacts économiques. Le ministre Béchard projette de déposer un projet de loi en juin en vue d'une adoption l'automne prochain.

«Ce n'est pas normal, au moment où on a des entreprises qui nous demandent du bois pour faire travailler du monde, qu'il y ait cinq millions de mètres cubes qui ne sont pas utilisés», a souligné M. Béchard. Ainsi, en raison de la faiblesse du marché, seulement 17 millions des 22 millions de mètres cubes de bois disponibles sont tirés de la forêt publique. Cet écart de cinq millions de mètres cubes correspond à une perte de 15 000 emplois, a avancé le ministre. L'industrie forestière, y compris le secteur de la transformation, donne de l'emploi à 128 000 personnes et affiche des livraisons d'une valeur d'environ 30 milliards de dollars.

«Le régime actuel a tellement de rigidité qu'il bloque et coupe les jambes à toute innovation possible de la part des régions», a déploré Claude Béchard. «Nous voulons un système le plus libre possible.»

Le gouvernement entend abolir les contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) qui assurent aux compagnies la totalité des droits de coupe sur la forêt publique. En lieu et place, les entreprises obtiendront un droit de premier preneur sur 75 % du volume qu'elles détenaient auparavant. Au lieu de verser des redevances à l'État, elles paieront au ministère le prix du marché tel que déterminé par une bourse du bois, gérée par un bureau de mise en marché des bois des forêts publiques. Cependant, il faudra attendre cinq ans pour passer d'un régime à l'autre, car le ministre attendra l'échéance des CAAF qui seront renouvelés le 1er avril prochain.

Cette bourse du bois servira à écouler le volume de 25 % ainsi libéré et permettra aux entreprises de transformation qui ne jouissent pas d'un droit de premier preneur d'acheter leur matière première. À l'heure actuelle, la moitié des entreprises québécoises de transformation n'ont pas accès au bois récolté dans la forêt publique.

Les compagnies qui détiennent des CAAF et qui deviendront des premiers preneurs perdront leur mainmise sur l'aménagement et la coupe, des activités qu'elles cèdent de toute façon à la sous-traitance. Ces responsabilités seront dévolues aux acteurs régionaux, notamment les CRE et les MRC, qui attribueront les contrats que seuls des entrepreneurs détenant une certification pourront décrocher. De son côté, le ministère se délestera de la planification de l'aménagement forestier pour la confier aux régions.

En plus des aires protégées, qui doivent représenter 8 % du territoire québécois d'ici la fin de 2008, le gouvernement créera deux types de zones dans la forêt publique, soit les zones d'aménagement écosystémique, où la forêt, bien qu'exploitée, demeurera essentiellement naturelle, et les zones de sylviculture intensive. Ce sera à chacune des régions de déterminer précisément où se trouveront ces zones sur leur territoire.

C'est grâce au produit de la vente au prix du marché du bois que le ministère financera l'aménagement des zones de sylviculture intensive. Pour ce faire, le gouvernement créera un fonds d'investissements sylvicoles. Dans les zones de sylviculture, on projette de doubler le rendement par rapport à la forêt naturelle tout en améliorant la qualité de la matière.

Le leader parlementaire de l'opposition officielle, Sébastien Proulx, a accueilli le livre vert avec certaines réserves mais n'a pas descendu en flammes la réforme projetée. Il a noté le peu de temps que le ministre a réservé aux consultations. Le député adéquiste a accusé le ministre «d'ajouter du brouillard devant l'automobile» et de concourir au «contexte d'instabilité» qui affecte l'industrie forestière.

Au Parti québécois, on partage les objectifs poursuivis par le gouvernement mais on doute que les moyens envisagés soient les meilleurs. La porte-parole péquiste en matière de forêt et de mines, Johanne Morasse, estime aussi qu'«il n'y a rien dans ce livre vert qui nous permettra à court terme de sortir de l'actuelle crise forestière. Les travailleurs et les régions ont un besoin urgent d'oxygène».






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 15 février 2008 07h59
    Ça semble aller dans la bonne direction mais, un peu tard
    « Nos gouvernements ont laissé vider nos forêt jusqu'à la toundra du Québec pour vendre du bois brut aux États. Pas de transformation autre que la simple coupe, ce qui crée moins beaucoup moins d'emplois pour une même quantité de bois coupé.

    Est-ce que notre gouvernement se réveille et nos coupeurs de bois aussi...enfin ? Faut transformer notre bois davantage ou, nous aurons vidé la forêt du bois comme nous avons vidé la mer de poissons et tous les travailleurs du bois devront se recycler.

    Mieux vaut tard que jamais dans un autre cas de manque flagrant de prévoyance gouvernementale et des scieries aussi. »

  • marc belliveau
    Inscrit
    vendredi 15 février 2008 10h31
    Mais de quelle certification parlons-nous?
    « Il me semble que la seule abolition des CAAF soit déjà une bonne prémisse au développement durable de nos forêts. Mais, une fois de plus, il semble que, dans ce livre Vert, la révolution ne vient pas. Et pourtant, il est possible d’être plus innovateur en matière de protection de développement durable et de fournir tout autant d’emplois de qualité. J'insiste ici sur le nombre et la qualité des emplois qui peuvent être créés.

    Dans ce livre Vert, on semble confondre exploitants certifiés et forêts certifiées.

    En Europe, cette certification est en fait une culture de la forêt où il s'agit d'utiliser la main d'oeuvre pour aménager la forêt, pas seulement la couper, mais pour aider les végétaux à croître. En effet, le bois certifié qui est récolté est souvent de meilleure qualité parce qu’il est mieux adapté à un marché de transformation (comprendre ici qu'on plante le bois qu'on veut transformer, pas juste de la pulpe, mais aussi du bois pour des meubles). Ainsi, on augmente la valeur du bois, le nombre d'emplois et, nécessairement, les retombées économiques.

    Certains diront qu’on n'achète ce bois plus dispendieux et pourtant, IKEA certifie une large partie de ses meubles... Pourquoi pas Shermag?!? De simples normes d’importation pourrait suffire à aider ce merveilleux créneau. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 15 février 2008 11h26
    Nos fôrêts en prison ?
    « Je ne savais pas que nos forêts étaient en prison puisque ça leur prend, selon l'entête, une libération.

    Les libérer de qui de quoi ? »

  • Michel Thibault
    Abonné
    vendredi 15 février 2008 11h26
    Ça va dans la bonne direction
    « Les réformes annoncées par le ministre Béchard pourraient être appliquées beaucoup plus rapidement que dans un délai de cinq ans.

    En même temps, une nouvelle politique forestière en vue qui ferait taire les américains. »

  • marc belliveau
    Inscrit
    vendredi 15 février 2008 15h12
    @ M.Bousquet, CAAF 101 ;-)
    « La métaphore n'est peut-être pas si forte...

    Ces prisons sont ce qu'on appelle les CAAF (Contrat d'Approvisionnement et d'Aménagement Forestier). Ces contrats concerne l'octroi de pratiquement toute la forêt PUBLIQUE québécoise à l'entreprise PRIVÉE.

    Le prix exigé est presque nul si on considère toutes les subventions que l'industrie accaparent. Par exemple, le reboisement et les routes forestières sont payés par l'État.

    Je ne sais pas comment ils ont été attribués à l'origine, mais à l'heure actuelle ce sont surtout des multinationales qui les possèdent. Si bien que la presque totalité des petites entreprises de transformation ont disparues.

    Ainsi, la forêt devient captive (à plus de 70%) de ces quelques rapaces qui vident nos forêts, exigent nos subventions et redonnent le minimum à la population.

    J'espère que celà vous éclaire et j'invite quiconque à corriger mes dires. »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    vendredi 15 février 2008 15h58
    La révolution du papiel !
    « Lâchez la pulpe de journal et magazines, cultivez du bois pour la transformation haut de gamme. La révolution du papiel est en marche et elle va tous vous passer le corps! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Article
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009