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Garantie d'accès - Couillard soigne les CMS privés

Louise-Maude Rioux Soucy   11 février 2008  Québec
Photo : Jacques Nadeau
Des trois opérations chirurgicales faisant l'objet d'une garantie d'accès, seule celle de la cataracte pourra être réalisée dans un centre médical spécialisé (CMS) associé, donc formé de médecins participants au régime public. La hanche et le genou seront réservés aux CMS privés formés de médecins non participants, un choix qui, selon plusieurs intervenants, entre en contradiction avec les fondements mêmes de la loi 33 visant à améliorer l'accès à des actes chirurgicaux ciblés dans des délais raisonnables.

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, se défend pourtant d'avoir travesti l'esprit de la loi. Il fait valoir que les opérations de la hanche et du genou sont tout bonnement inconciliables avec le but poursuivi par la mise en place d'un réseau de CMS associés au Québec, dont la clinique Rockland MD risque fort d'être la première du genre. «C'est non seulement trop lourd, mais incompatible avec la présente grille tarifaire», a-t-il dit en entrevue au Devoir, clarifiant pour la première fois ce choix contesté.

Les CMS associés doivent être considérés comme des centres ambulatoires, poursuit le ministre. Pour survivre, ils devront donc se rabattre sur de petites interventions chirurgicales d'un jour qui, elles, ne font l'objet d'aucune garantie d'accès pour l'instant. «Le but des cliniques associées, ce n'est pas de faire des hanches et des genoux, c'est de faire des petites chirurgies pour que les hôpitaux aient plus de place pour faire les hanches et les genoux. En clair, on veut garder ces deux chirurgies complexes dans les établissements hospitaliers.»

En somme, Québec fait un pari audacieux, soit que ces deux opérations chirurgicales complexes pourront toujours être réalisées dans les délais imposés au sein du réseau public. Si, malgré tout, des délais subsistent pour certains patients, le gouvernement s'est ménagé une porte de sortie qui, celle-là, est loin de faire l'affaire de plusieurs intervenants du réseau public. La garantie d'accès prévue à la loi 33 stipule qu'une seconde offre devra être faite au patient si jamais l'établissement n'arrive pas à l'opérer dans un délai de six mois. Il pourra alors être opéré par un autre médecin du même établissement ou par un chirurgien d'un autre établissement, dans sa région ou ailleurs.

Si ces propositions échouent, il pourra aussi être redirigé dans un CMS associé, mais seulement pour la cataracte. Pour la hanche et le genou, la seconde offre se résume donc, en théorie, aux ressources hospitalières existantes. Or, Québec a discrètement introduit la possibilité d'une troisième offre qui dérange énormément. Souvent passée sous silence sous prétexte qu'il s'agit d'une mesure d'exception, cette troisième offre accorde l'exclusivité des opérations de la hanche et du genou aux CMS privés composés uniquement de médecins non participants au régime public.

Un nouveau marché?

Beaucoup d'intervenants ne comprennent pas comment ces procédures, pourtant jugées trop lourdes pour les CMS associés, peuvent être autorisées dans des CMS non participants devant pourtant répondre aux mêmes normes de sécurité. Au cabinet du ministre, on explique qu'il s'agit de reconnaître ce qui se fait déjà dans quelques cliniques privées montréalaises depuis des années, point à la ligne.

N'aurait-il pas été préférable de profiter de l'occasion pour y mettre un terme? «Sur quelle base? demande Philippe Couillard. Si un médecin est déclaré compétent par le Collège des médecins et est non participant à la Régie de l'assurance maladie, il a le droit de pratiquer sa spécialité. Légalement, l'État ne peut rien contre ça.» D'autant qu'il se trouvera toujours des gens prêts à payer le fort prix pour être opérés dans le secteur privé, ajoute le ministre.

Cette position suscite beaucoup de critiques. «Il n'y a aucune logique à accorder un volume de chirurgies complexes [...] aux médecins non participants qui ont des considérations de rentabilité et de retour sur investissements», note le regroupement Médecins pour l'accès à la santé, dans un commentaire soumis au ministère. À sens, il aurait fallu être plus sévère encore. «Plus un traitement est complexe et à risque de complication, plus il devrait être dispensé dans le système public, libre de toutes considérations marchandes.»

À la Fédération interprofessionnelle du Québec, on comprend d'autant moins ce choix qu'il favorise l'installation d'«un nouveau marché pour les médecins non participants», lit-on dans le commentaire que la fédération a soumis au ministère en décembre dernier. Ce marché risque d'être étendu puisque les CMS non participants pourront non seulement récupérer l'ensemble des patients qui n'auront pu être opérés à temps par le réseau public à la hanche ou au genou, mais aussi toutes les interventions chirurgicales autorisées qui nécessiteront plus de 24 heures d'hospitalisation tel que le stipule le projet de règlement.

Au final, cette répartition fera en sorte que l'hôpital public sera mis en concurrence avec les CMS non participants, note encore la juriste Marie-Claude Prémont dans un commentaire acheminé au ministère. «Le marché de l'assurance privée duplicative voit ainsi son marché mieux défini et garanti», créant du coup deux marchés distincts hors de l'hôpital.

Toutes ces accusations sont pourtant balayées en bloc par le ministre Couillard. «Nous partons du principe que nos blocs opératoires publics seront capables de faire le volume de chirurgies nécessaire à temps grâce aux nouveaux mécanismes d'accès [...] Le cas échéant, il n'y aura pas d'intérêt public à développer d'autres CMS non participants, encore moins d'intérêt privé puisque le volume ne sera pas au rendez-vous.»

Il faut voir la troisième offre comme un verrou de sécurité supplémentaire, sans plus, poursuit le ministre Couillard qui insiste pour rappeler que le but de la loi est de favoriser l'accès aux services médicaux pour tous. «On s'attend à ce que le recours à un CMS non participant reste rarissime. Mais, voilà, on veut démontrer le sérieux du gouvernement à assurer la garantie d'accès, et c'est pourquoi on a prévu cette troisième offre qui, je le répète, restera exceptionnelle.»






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Vos réactions

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  • Denis Paquette
    Abonné
    lundi 11 février 2008 06h44
    Une médecine privée ou publique
    « Un élitisme savamment orchestré.
    Il est naif de croire que si on leur en donne l'occasion,certains individus plus individualiste que d'autres, ne s'en serviront pas pour se distancer
    des autres travailleurs de la santé.
    Si c'est ca que l'on veut c'est OK. Mais si comme société c'est n'est pas ca, alors la,l'on se met un doigt dans l'oeil. »

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    lundi 11 février 2008 08h20
    Une médecine privée dans un système public
    « Voilà un bel exemple de ce qui est déjà une réalité depuis longtemps. Cette position ne fait que le démontrer un peu plus. Si cela était dit clairement, cela permettrait à la population de se positionner plus efficacement plutôt que de continuer à croire naïvement que notre système médical est public. »

  • Renaud Beaudry 50
    Inscrit
    lundi 11 février 2008 08h55
    Le parti pris du ministre pour le privé
    « Ainsi, le ministre Couillard lève le voile, de plus en plus, sur la réelle volonté et la stratégie de son gouvernement; assurer un marché pour les entreprises privées dans des services payants.

    Nous passons de la médecine à la commercialisation de nos problèmes de santé. L'habileté du ministre Couillard n'a pas été d'améliorer le système de santé mais bien de le modifier pour le rendre accessible et payant aux entreprises privées.

    Il en résulte que nous retournons à un système du chacun pour soi pour les citoyens et pour les soignants.

    Triste mandat que celui du ministre Philippe Couillard. »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    lundi 11 février 2008 09h38
    Le nouvel ordre social
    « le défi est le nombre insuffisant d'infirmière spécialisées comme d'anesthésistes.
    Les cliniques privées pourront surement offrir une rémunération bien plus attreillante à ces intervenants qui feront avec bonheur( horaire non syndiqué, etc) le saut dans le privé.
    Le public, deviendra vite encore plus déficitaire de ce personnel et devra se rabattre pour exister sur les maladies terminales non payante pour le privé. Avec le vieillissement de la clientèle, cela ne tardera pas trop ...
    je ne vois pas le bénéfice de cette transformation pour nous, les futurs clients, à part la suppression du syndicat pour les couches les mieux rémunérées de ces travailleurs dans le privé. Nos hôpitaux publiques devront se passer de notre élite médicale qui ne pourra résister à cette offre de travail. »

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