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Pression sur Harper

Alec Castonguay   12 janvier 2008  Québec
«Je ne veux pas que les travailleurs deviennent de la chair à canon lors d’une élection. On va suggérer fort à M. Harper de prendre les moyens nécessaires pour faire passer la mesure rapidement. Je suis convaincu qu’il peut le faire», a décla
Photo : Agence Reuters
«Je ne veux pas que les travailleurs deviennent de la chair à canon lors d’une élection. On va suggérer fort à M. Harper de prendre les moyens nécessaires pour faire passer la mesure rapidement. Je suis convaincu qu’il peut le faire», a décla
Ottawa — Les premiers ministres de tout le pays se sont engouffrés hier soir au 24 Sussex, la résidence officielle de Stephen Harper, avec une idée bien arrêtée: mettre toute la pression sur Ottawa afin qu’il en fasse davantage pour contrer le ralentissement économique anticipé, stimuler la productivité et aider les secteurs forestier et manufacturier à sortir de la crise.

Malgré les disparités entre les provinces et la croissance économique à deux vitesses entre l’Est et l’Ouest, les premiers ministres s’étaient entendus pour parler essentiellement d’économie hier soir. Une volonté qui tombait à point, puisque l’on apprenait hier matin que le Canada, après plusieurs mois de croissance, avait perdu 18 700 emplois en décembre, soit la plus forte perte depuis mars 2003, au moment du SRAS.

C’est la première fois que Stephen Harper rencontrait ensemble ses homologues provinciaux et territoriaux depuis qu’il a pris le pouvoir, il y a deux ans. Les 14 premiers ministres se sont enfermés en tête à tête (sans adjoint ou fonctionnaire) vers 17h30 dans la somptueuse demeure du 24 Sussex pour s’attabler autour de spécialités canadiennes: filet de veau et fromage du Québec, boeuf de l’Alberta, huîtres du Nouveau-Brunswick, yogourt glacé de la vallée de la Saugeen (Ontario), etc.

Si les premiers ministres de l’Ouest du pays ont semblé apprécier la teneur de la réunion, eux dont l’économie roule à plein régime, le souper est visiblement resté en travers de la gorge de certains dirigeants, notamment ceux du Québec et de l’Ontario. La rencontre informelle ne s’est d’ailleurs pas éternisée, prenant fin à 21h comme prévu. Les premiers ministres des provinces ont beaucoup parlé, brassant des idées pour soutenir l’économie, alors que Stephen Harper a plutôt écouté, sans trop intervenir, a soutenu au Devoir une source de la délégation québécoise.

Aucune proposition n’a fait consensus, si ce n’est de maintenir les impôt à un niveau compétitif. La plupart des premiers ministres ont toutefois demandé à Ottawa d’en faire plus dans son prochain budget. «On verra ce que le premier ministre Harper fera avec tout ça», a lancé un Jean Charest manifestement déçu.

«Aujourd’hui, je n’ai pas trouvé le partenaire que je cherchais, a enchaîné l’Ontarien Dalton McGuinty, visiblement contrarié. Tout le monde a une responsabilité pour aider l’économie à mieux se porter. Nous allons malheureusement continuer seuls.» Êtes-vous tombé d’accord avec M. Harper sur quelque chose? a-t-on demandé. «Oui, le souper était bon», a-t-il lâché, avant de tourner les talons.

Le premier ministre Jean Charest avait un ton moins cassant, mais il n’était visiblement pas plus heureux que la veille, alors qu’il fustigeait la fiducie fédérale d’un milliard de dollars qui vise à venir en aide aux secteurs forestier et manufacturier. Le Québec et l’Ontario jugent les fonds insuffisants et la répartition déficiente. Le Québec touchera 217 millions de cette fiducie, soit l’équivalent de 10 % des mesures (deux milliards de dollars) annoncées par le gouvernement du Québec à lui seul pour soutenir ces deux secteurs en crise.

Jean Charest souhaite également que Stephen Harper revienne sur sa décision de lier sa fiducie d’un milliard au prochain budget, puisque son adoption est loin d’être assurée en mars prochain. «C’est une mauvaise idée, a-t-il lancé. Le problème est aujourd’hui, alors il faut agir aujourd’hui. Je ne veux pas que les travailleurs deviennent de la chair à canon lors d’une élection. [...] Je suis certain qu’il y a une manière de bouger dès maintenant.» Les trois partis d’opposition aux Communes ont en effet proposé la création d’une loi distincte du budget, question de faciliter l’adoption des mesures.

Mais le premier ministre Harper n’a pas bronché hier soir. Le fiducie ne sera pas bonifiée, la répartition entre les provinces ne sera pas modifiée et le tout sera lié au très incertain budget fédéral. «Il a réitéré que ce sera dans le budget, j’ai réitéré que ça devait être maintenant», a simplement dit Jean Charest, sans vouloir élaborer. Une source du gouvernement québécois a ajouté: «on n’a pas progressé ce soir.»
Ces rebuffades à répétition de Jean Charest depuis jeudi ont visiblement dérangées dans les hautes sphères du gouvernement conservateur. «On espère que Québec va utiliser les 400 millions de dollars de plus qu’il recevra en péréquation cette année pour aider ses industries», a sèchement répliqué une source fédérale en faisant référence aux baisses d’impôt de 700 millions annoncées par Jean Charest tout de suite après le règlement sur le déséquilibre fiscal, en mars dernier.

Une discussion franche
Les premiers ministres ont par contre apprécié de se rencontrer tous ensemble pour une rare fois. Stephen Harper, qui a émis un communiqué tard hier soir, estime d’ailleurs que les discussions ont été «constructives». «Nous voulons que notre grand pays continue de faire des progrès et que toutes ses régions y contribuent pleinement. Il est donc essentiel que tous les ordres de gouvernement au Canada travaillent ensemble en ce sens», a-t-il dit en rappelant que son gouvernement avait déjà pris des mesures importantes, notamment en baissant les impôts.

Dalton McGuinty, de l’Ontario, espère que ces bonnes paroles se traduiront en mesures concrètes. «Il faut convaincre le premier ministre Harper de l’urgence d’agir. Réduire les impôts, c’est nécessaire, mais il faut faire plus.» Avec le marché américain qui s’essouffle, le dollar canadien à son zénith, les prix de l’énergie à un niveau record et les pays émergents qui continuent de menacer les entreprises canadiennes, «il est temps de se retrousser les manches», a lancé M. McGuinty.

Le Sénat, pas une priorité
L’économie a pris toute la place lors du souper. C’était d’ailleurs le souhait des capitales provinciales, qui ont du même coup rejeté des discussions sur la réforme du Sénat et l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, deux sujets que voulaient aborder Stephen Harper.

«Je n’ai pas fait le calcul, mais je pense qu’on a parlé quatre heures d’économie et cinq minutes du Sénat», a lancé Gary Doer, du Manitoba, avec un grand sourire. «La réforme du Sénat n’est pas sur mon écran radar», a dit Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique. «Ce n’est pas une priorité», a ajouté Ed Stelmach, de l’Alberta. Ces deux dernières provinces sont pourtant favorables à une réforme de la Chambre haute.

Le Québec, qui a demandé en premier que cette rencontre porte sur l’économie, abondait dans ce sens. «Ottawa connaît notre position sur le Sénat et l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser. Il ne sert à rien d’en discuter longtemps, la balle est dans son camp», a confié une source au sein du gouvernement québécois.

Certaines provinces avaient anticipé le peu de résultat d’un tel exercice. Danny Williams, de Terre-Neuve, fidèle à son habitude, n’a pas mâché ses mots hier avant midi. «Faire une réunion, peu importe le sujet, un vendredi soir, sans la préparation habituelle, n’est pas la bonne façon de procéder. C’est fait pour avoir le minimum d’impact. Je pense que cette rencontre ne fera aucune différence», a-t-il dit






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  • Fernand Trudel
    Abonné
    samedi 12 janvier 2008 10h15
    Le fédéralisme asymétrique au ban des accusés
    « Le fédéralisme de souplesse engendrée paer le Conseil de la fédération mis sur pied par les premiers ministres provinciaux est à une étape cruxiale de son existence.

    Il est vrai qu'il a afait des progrès remarquables en peu de temps mais ne doit pas faire du sur place pour ne pas aborder le pouvoir de dépenser du fédéral et l'annualisation du déséquilibre fiscal maintenant reconnu.

    L'assiette fiscale est au centre du débat et la proximité d'élections fédérales ne doit pas faire dévier les premiers ministres de leur revendications bien légitimes. Le fédéralisme de concertation et d'asymétrie doit faire ses preuves encore une fois, sinon il accréditera le chacun pour soi et fera remonter le débat indépendantiste non seulement au Québec. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    samedi 12 janvier 2008 14h10
    Qu'en penser?
    « Il est difficile de comprendre la stratégie politique de Stephen Harper. Celui-ci ne pratique pas une politique logique et rationnelle, dont on voit clairement où elle conduit. C'aurait été le cas d'une rencontre avec les premiers ministres provinciaux et territoriaux pour connaître leurs besoins en matière économique et s'entendre avec eux sur une répartition d'un fonds pouvant venir en aide à l'industrie forestière en particulier, la plus touchée, particulièrement au Québec et en Ontario. Du même coup, il aurait cloué le bec à l'opposition qui s'oppose si vigoureusement à son projet.
    Mais tel n'était évidemment pas le but de cette rencontre, puisque d'une part «Stephen Harper a plutôt écouté, sans trop intervenir, a soutenu au Devoir une source de la délégation québécoise», ne cherchant donc pas à convaincre ses hôtes du bien fondé de son projet de fiducie d'un milliard de dollars; et d'autre part, il est resté inflexible et n'a pas changé celui-ci d'un iota, selon ce qu'ont exprimé les premiers ministres du Québec et de l'Ontario, qui n'ont rien obtenu de ce qu'ils réclamaient.
    Alors, quel était le but de cette réunion, dont le premier ministre de Terre-Neuve avait par avance proclamé qu'elle serait creuse et ne donnerait rien : «Faire une réunion, peu importe le sujet, un vendredi soir, sans la préparation habituelle, n'est pas la bonne façon de procéder. C'est fait pour avoir le minimum d'impact. Je pense que cette rencontre ne fera aucune différence.»
    S. Harper avait sans doute une bonne raison d'organiser cette rencontre creuse. Faute d'explications, on ne peut que la supputer, en sachant qu'il agit beaucoup plus selon des critères psychologiques associés à une stratégie complexe destinée à embarrasser l'opposition, libérale en particulier, et à s'attirer l'appui direct de futurs électeurs. Il ne faut pas oublier que l'objectif de S. Harper est de devenir premier ministre d'un gouvernement majoritaire.
    C'est une des raisons pour lesquelles ce plan de fiducie est destiné à aider «les communautés mono-industrielles à diversifier leur économie, il servira à former la main-d'oeuvre dans les entreprises et à recycler les travailleurs licenciés » et non à subventionner les industries elles-mêmes. Voilà qui ressemble à l'annonce de l'allocation de 1 200 $ par enfant de moins de 6 ans versée directement aux familles. Ainsi, S. Harper touche celles-ci directement et donc directement des électeurs, au lieu de subventionner des organismes. L'effet psychologique n'est pas le même dans les deux cas, ce qui peut influer sur le vote de l'électeur. Et l'on pourrait citer d'autres mesures du même genre.
    En même temps, il place l'opposition, l'opposition libérale en particulier, dans une situation délicate, puisque cette fiducie est liée à l'approbation du prochain budget. Comment rejeter cette aide et faire tomber le gouvernement, sans s'attirer la mauvaise humeur des électeurs touchés et fournir à S. Harper des munitions percutantes pour sa campagne électorale?
    La rencontre des premiers ministres s'inscrit probablement dans ce plan machiavélique et le premier ministre pourra faire état de cette rencontre pour montrer sa bonne volonté, montrer qu'il est à l'écoute des besoins, tout en faisant valoir qu'il apporte des réponses non négligeables. Est-ce la bonne interprétation? Difficile de le dire. Il est certain que S. Harper s'attendait aux réactions de ses hôtes, qu'il n'a pas appris grand chose de nouveau et donc que cette réunion avait un but psychologique à usage ultérieur. Je l'ai déjàa écrit, S. Harper est passé maître dans l'art de la psychopolitique. C'est un outil indispensable pour juger de sa stratégie. »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 23h38
    Qui peut faire mieux ?
    « Qui peut faire mieux ?

    Dans l'actuelle conjoncture, qui mieux que le modéré et magnanime Stephen Harper peut sortir le Canada du bourbier scandaleux des Commandites, du marécage infesté Mulroney/Aibus/Schreiber, des engagements spécieux afghans qu'avait pris le PLC, de la surexploitation et des abus des impôts et des taxes, des élans nationalistes du Québec, le libre-échange ne fonctionnant que dans le sens unique et au rythme des idées fixes des états-unien, etc., etc. ? Dion et son clan ? Jamais. Layton et son Lieutenant québécois ? Pas sérieux. Duceppe et sa gang de bénéficiaires des gracieusetés du Canada qu'ils tentent de faire sauter ? Pure délire. Les White, Wardlow, Fogal, Figueroa, Gray, Brisson, Longley, Smith, Parsons, Harris et Christie ainsi que les fantômes de leurs placards, tous réunis ? On se croirait à la terre de feu.

    Les attitudes d'assistés sociaux quémandeurs incorrigibles ainsi que les boutades et les écarts de langages que chérissent et recherchent les médias et que se permettent avec une ostentation injustifiée, pour des fins de visibilité plutôt que de notoriété et respectabilité, les Premiers Ministres de l'Ontario, du Québec et de Terre-Neuve, ne contribuent en rien à l'amoindrissement des effets pervers du déséquilibre fiscal d'une Fédération devenue outrageusement centralisatrice, sous les libéraux de Trudeau et de Chrétien.

    Le Canada de Stephen Harper a l'allure d'une grosse entreprise familiale qui doit se remettre des coups et contre-coups d'une droite caviar libérale extrémiste. Une grande famille reconstituée dont certains membres, ayant très mal vieilli, sont devenus hargneux, acrimonieux et belliqueux, totalement incontrôlables, absolument insatiables et quasiment invivables ? Pour le plus grand bien de toute la population canadienne, les «grands ados gâtés et chaotiques» de la politicaillerie provincialiste et à courte vue, mériteraient une convocation au sommet et une solide semonce. Et, les tapageurs excessifs que sont Terre-Neuve-et-Labrador et Québec, mériteraient de se voir intimés de mettre fin à leur marginalité de rebelles, tout aussi insolents qu'obsolètes, au risque certain d'être expulsés de la Fédération. Que ça vienne d'Ottawa ou des «buttons» de la bergerie québécoise, il est plus que temps que les insupportables tensions que fomentent les importuns transfuges et les pénibles trouble-fête, viennent à une fin.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

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