mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h09


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

De quoi a-t-on peur?

Bernard Descôteaux   3 janvier 2008  Québec
De quoi a-t-on peur? Étudiée à plus soif depuis le début des années 70, la réforme du mode de scrutin au Québec tarde toujours à être mise en oeuvre. Tous les prétextes sont bons aux partis politiques pour reporter un changement qui fait pourtant consensus dans la population. Le premier ministre Jean Charest aura-t-il le courage qui a fait défaut à ses prédécesseurs?

La réforme du mode de scrutin est un sujet qui fait peur aux politiciens qui, chaque fois qu'ils l'ont abordée, ont conclu qu'il ne servirait à rien de changer une formule qui, sur la longue durée, a bien servi le Québec. Le mode de scrutin uninominal à un tour a, de fait, l'avantage de garantir la stabilité des gouvernements. Il donne au parti majoritaire une prime de l'urne lui assurant un pourcentage de sièges plus grand que le pourcentage de voix obtenu, de telle sorte qu'il puisse gouverner avec toute l'autorité nécessaire.

Pour que ce système fonctionne bien, il faut être en situation de bipartisme. Lorsque des tiers partis gagnent en popularité, le mode de scrutin uninominal à un tour se dérègle. Le résultat d'élections peut être une véritable boîte à surprise. Il nous a parfois donné des gouvernements avec des majorités sans précédent. Cela est arrivé aux élections de 1973, alors que le gouvernement libéral de Robert Bourassa obtenait 92,7 % des sièges de l'Assemblée nationale avec 54,7 % des suffrages, tandis que le Parti québécois devait se contenter de 5,5 % des sièges malgré l'appui de 31,2 % des électeurs. Résultat: ce gouvernement sera parmi les plus suffisants et arrogants qu'ait connus le Québec. Il sera aussi tenté par la corruption. Il sera chassé aux élections suivantes, alors que le Parti québécois prend le pouvoir avec 41,4 % des voix seulement.

Le premier ministre René Lévesque voudra réformer ce système, mais il se heurtera à l'opposition de ses propres députés. Pourquoi changer un système gagnant? Pourquoi faciliter l'émergence de tiers partis qui viendraient briser le monopole que détiennent libéraux et péquistes sur le pouvoir? font valoir ces derniers. À leurs yeux, le grand avantage du mode de scrutin actuel est l'alternance qui garantit aux deux grands partis de se partager le pouvoir après deux termes. C'est ce qui a fait que le gouvernement péquiste de Bernard Landry puis celui de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger. Tous deux ont plutôt multiplié comités d'étude, avant-projets de loi, commissions parlementaires puis, ultime fuite en avant, ce mandat confié l'an dernier au Directeur général des élections d'étudier les avantages et désavantages de diverses formules de scrutin proportionnel. Le rapport de celui-ci a été rendu public le 21 décembre, à la toute dernière minute avant le congé de Noël. On ne pouvait choisir meilleur moment pour qu'il passe inaperçu.

***

L'intérêt de la population pour une réforme n'a cessé de croître depuis la tenue en 2002 des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques présidés par Claude Béland. Le confirme la pétition déposée à l'Assemblée nationale en novembre dernier et signée par 20 315 électeurs québécois, réclamant des trois partis politiques d'agir. Cet intérêt s'explique simplement. Les Québécois ne veulent plus du bipartisme, qui depuis des générations les a fait aller de gouvernements libéraux en gouvernements de tendance nationaliste qui, selon les époques, étaient conservateurs, unionistes ou péquistes. On assiste depuis quelques années à une fragmentation des opinions politiques, portées désormais par au moins cinq partis politiques différents.

L'étude du Directeur général des élections étant terminée, il sera désormais difficile pour les trois partis politiques présents à l'Assemblée nationale de ne pas prendre position. De deux choses l'une, soit ils devront s'engager à réformer le mode de scrutin, soit ils nous diront clairement qu'ils préfèrent le statu quo. Dans ce cas, il leur faudra expliquer ce qui leur fait peur. Il est facile d'imaginer qu'ils évoqueront le danger qu'un mode de scrutin mixte comme celui proposé —comportant l'élection de 77 députés par un vote uninominal et celle de 50 autres députés attribués à la proportionnelle — ait pour résultat d'élire des gouvernements minoritaires à répétition.

Il est vrai que cela est possible. L'actuel mode de scrutin peut aussi avoir cet effet. Le démontre bien le résultat des

17 élections fédérales que nous avons eues ces 50 dernières années, qui nous ont donné huit gouvernements minoritaires. L'un comme l'autre système peuvent aussi produire des gouvernements majoritaires, pourvu qu'au moins un, sinon deux partis s'imposent comme étant des partis de coalition, comme l'ont été longtemps le Parti québécois et le Parti libéral. La différence entre les deux modes de scrutin est qu'avec un élément de proportionnelle, l'Assemblée nationale serait plus représentative et plus démocratique. Elle serait peut-être plus difficile à gérer, mais cela s'apprend. Les parlementaires d'Ottawa et de Québec peuvent en témoigner.

Le gouvernement Charest ne peut faire fi de la volonté populaire, qui n'est d'ailleurs pas propre au Québec. Trois Parlements au Canada ont adopté des élections à date fixe. Deux provinces ont élaboré des projets de réforme de mode de scrutin. Ceux-ci ont été rejetés à la suite de consultations populaires, mais pas de façon significative. En Colombie-Britannique, le projet de réforme a obtenu 57 % d'appui, mais il devait en recevoir 60 % pour être adopté. Ce n'est que partie remise.

L'expression d'une volonté de réforme repose plus particulièrement dans les mains du premier ministre Jean Charest. C'est à lui que revient de faire une proposition et de chercher à rallier péquistes et adéquistes. Si ceux-ci devaient résister, il ne devrait pas hésiter à défendre cette réforme devant les Québécois à l'occasion d'un référendum. On s'attendra alors qu'il s'engage résolument dans ce débat plutôt que de rester neutre comme l'a fait son homologue Dalton McGuinty lors du référendum tenu l'automne dernier en Ontario sous prétexte de ne pas influencer les électeurs. Ce serait une façon de s'en laver les mains.

bdescoteaux@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Raoul Larocque
    Abonné
    jeudi 3 janvier 2008 04h07
    Réforme, oui; Proportionnelle, Non
    « M. Descoteaux lance un vibrant appel à une réforme électorale qui en fait est un appel à ce que cette réforme se traduise par l'adoption d'un mode de scrutin proportionnel. Je suis parfaitement d'accord à ce que nous ayons une réforme, mais pas celle-là. La proportionnelle pure assure l'hégémonie des partis au détriment des représentants du peuple (députés). La proportionnelle mixte n'est guère mieux, en plus de créer des députés à deux niveaux, les 50 proposés venant d'une liste des partis. Cette idée a saisi l'imagination populaire tout comme la possible venue de Brière sauvant la Sainte Flanelle.
    Oui, nous devons nous doter d'un système plus représentatif, mais là comme ailleurs, il n'y a pas de solution magique: ce que nous voulons c'est une représentation plus démocratique et ça, ce n'est nullement assuré par une proportionnelle. Ce que nous voulons ce sont des hommes et des femmes qui sont solides, qui représentent bien leurs concitoyens de leur circonscription, qui sont en mesure de proposer des lois et règlements qui ont de l'allure pour la saine gestion de notre pays. Ces députés se doivent de représenter leurs concitoyens non pas un parti. La seule façon relativement simple qui assure que le/la député représente la majorité (parce que c'est de ça qu'il s'agit) c'est d'avoir un scrutin à deux tours dans chaque circonscripton: le premier où tous les candidats se présentent; le 2ième où les deux qui ont obtenu les deux plus grands nombres de vote lors du 1er, vont l'un contre l'autre; ainsi le gagnant a nécessairement plus de 50% des votes, cela assure que le parti au pouvoir a la majorité.
    En passant, le mode de scrutin au Québec et au Canada n'est pas la seule chose que nous devrions changer dans la façon ded'administrer notre «démocratie» et surtout notre bien commun. Mais ça c'est un autre chapitre.
    Raoul Larocque »

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 3 janvier 2008 05h43
    Transparence...
    « Quand on a un penchant péquiste, on dit que Jean Charest manquerait de courage pour proposer une réforme du mode de scrutin, mais que René Lévesque en a été empêché par ses députés. »

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 3 janvier 2008 05h54
    Le PQ s'y opposera sans doute.
    « Je crois que le Parti québécois trouvera des arguments bien présentables pour s'opposer à la modification du mode de scrutin, car il me semble qu'un mode de scrutin fondé, même en partie seulement, sur la règle de proportionalité ne favorisera pas l'émergence d'un gouvernement péquiste détenant un assez grande majorité, ni un mandat assez fort lui permettant de tenir éventuellement un référendum sur un projet de souveraineté.

    Il me semble que les gouvernements issus d'un scrutin à la proportionnelle se doivent très souvent de faire des alliances, de circonstance, avec des tiers partis, ce qui donne généralement une bonne gestion politique et économique, mais qui ne permet pas les plus grandes audaces. Le risque d'être renversé étant toujours présent.

    Georges Paquet »

  • Loraine King
    Inscrite
    jeudi 3 janvier 2008 07h00
    Vu de l'Ontario
    « Juste un rappel - aucun des chefs des partis politiques n'a fait campagne ou n'a voulu débattre de la réforme du scrutin lors de la dernière élection en Ontario puisque ce n'est pas un sujet politique en tant que tel. Il en appartint aux Ontariens de choisir coment on élit nos représentants. Pour former un gouverement parmi des élus d'une assemblée léislative on a besoin de la confiance de cette assemblée - rien à voir avec 50 plus une. Que le parti politique qui forme le gouvernement reçoive 35% du vote populaire n'enlève rien à sa légitimité. Ce parti, par contre, doit recueillir 50 plus 1 % des votes de l'assemblée pour maintenit son pouvoir de dépenser. »

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 3 janvier 2008 07h16
    Si ce n'est pas brisé, touche-z'y pas, disent les Ricains
    « Pour supporter la réforme vous remontez à 35 ans! Pas fort comme argument!
    Pas un mot sur la dernière élection qui a très très bien reflété la volonté populaire. »

  • Gérard Lépine
    Abonné
    jeudi 3 janvier 2008 07h48
    démocratie?
    « Si l'on veut une démocratie à la française, on choisit la proportionnelle, encore que la V République, pour ce qu'il en reste, a donné, au national, de vrais gouvernements, pas ailleurs.
    Et si l'on veut une démocratie à l'américaine, on choisit des dates fixes, de sorte que l'on est toujours en élection.
    Et si la démocratie n'était pas le meilleur système? »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    jeudi 3 janvier 2008 08h56
    Pourquoi changer ...
    « Pourquoi changer un système quand ce système permet à des opportunistes de carrière, tous partis confondus, de se faire réélire (avec un peu de chance ou en alternance pour un parti ministériel) pour quelques termes en vue d'obtenir, en fin de parcours, une pension 'à vie' très généreuse ?

    Et en prime, pas besoin d'offrir de vision à long terme et du contenu consistant tout en continuant, ad nauseam, de batifoller comme des ados à l'Assemblée Nationale !!!

    Dans ce contexte, il devient 'urgent d'attendre' et de ne rien changer, non ?

    Jean Desjardins
    Laval »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    jeudi 3 janvier 2008 16h10
    À une question simple ...
    « Monsieur Descôteaux.

    À une question simple, voici une réponse simple.

    Question: De quoi a-t-on peur ?

    Réponse: On a peur de perdre son job !


    Jean Desjardins »

  • François Caron
    Abonné
    samedi 5 janvier 2008 00h09
    Proportionnelle régionale ou territoriale: NON !!!
    « Encore une fourberie libâralo-capitaliste: ça sera donner QUATRE régions (Gaspésie, Estrie, Outaouais et Ouest-de-Montréa) aux libârals en partant, en plus du vote soviétique de nos amis anglos qui bloquent 30 comtés à eux seuls; donc encore un minimum de 40 à 45 comtés aux libârals AVANT de commencer une journée électorale.

    Une proportionnelle de liste nationale sera plus représentative de la population en général (lire: les francos) et des diverses tendances politiques, et non plus noyée dans des régions où les anglos ont toutjours tout le temps décidé en votant anglo, c'-à-d libâral; c'est ça un vote ethnique. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009