Retour au propriétaire légitime
La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, s'apprête à se prononcer sur l'avenir de l'édifice Saint-Sulpice, qui fut le lieu de résidence de la Bibliothèque nationale du Québec pendant 35 ans avant que ne soit construite la Grande Bibliothèque de la rue Berri. De deux choses l'une. Soit elle laisse se réaliser l'offre d'achat que l'UQAM, l'actuel propriétaire, a acceptée d'un promoteur privé, ce qui serait regrettable. Soit elle exerce le droit de préemption prévu à la Loi sur les biens culturels et reprend cet édifice, ce que de nombreuses voix du monde des lettres et de la culture la prient de faire.
Que l'édifice Saint-Sulpice fasse aujourd'hui l'objet d'une «vente de feu» pour aider son propriétaire à se sortir d'une grave crise financière est un accident de parcours que Mme St-Pierre se devrait de corriger. Le Québec est propriétaire de cet édifice acheté des Sulpiciens en 1941 pour sauvegarder la bibliothèque exceptionnelle qu'ils y avaient installée. Tout naturellement, le gouvernement de Jean Lesage en fera le siège de la Bibliothèque nationale qu'il institue en 1965. Il aurait été dans l'ordre des choses que l'édifice Saint-Sulpice demeure rattaché à la Bibliothèque nationale au moment où la Grande Bibliothèque ouvrait ses portes.
Cet accident de parcours ne fut pas sans conséquences. L'édifice fut laissé vacant jusqu'à ce que l'UQAM s'en porte acquéreur et doive s'en départir pour des raisons financières avant même de lui donner une nouvelle vocation. Aujourd'hui, un promoteur privé s'y intéresse. On ne sait qui il est, ni quels sont ses véritables projets. Il peut être le mieux intentionné du monde aujourd'hui, mais rien ne nous assure que, demain, il ne donnera pas à ce bâtiment une vocation à l'encontre même de ce qu'il représente.
Certains font valoir qu'étant classé bien culturel, l'édifice Saint-Sulpice jouit de toute la protection nécessaire. Ce n'est pas tout à fait juste. Cette classification ne le protège pas de l'insouciance de son propriétaire, ni de changements de vocation qui, un jour, pourraient en faire un quelconque marché aux puces. La Loi sur les biens culturels est là parce que l'État ne peut prendre charge de tous les biens patrimoniaux. Sauf qu'il y a des biens qui ont plus de valeur que d'autres et dont l'État doit assurer lui-même la protection en les confiant à des musées ou en en prenant charge directement lorsqu'il s'agit d'édifices à vocation publique.
Plusieurs exemples de cela peuvent être cités. Jamais le gouvernement n'a ainsi songé à se départir de ses anciens palais de justice de Québec et de Montréal. Restaurés et réhabilités, ils abritent aujourd'hui le ministère des Finances, dans le premier cas, et la Cour d'appel du Québec, dans le deuxième. Ce sont aujourd'hui des joyaux de notre patrimoine. L'édifice Saint-Sulpice, que l'on s'apprête à brader, mérite tout autant par sa valeur architecturale et historique. Il serait dommage que l'on persiste dans l'erreur commise lors de l'ouverture de la Grande Bibliothèque. Il y a là une occasion à ne pas manquer. Il faut redonner le 1700, rue Saint-Denis à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. C'est son seul propriétaire légitime.
Que l'édifice Saint-Sulpice fasse aujourd'hui l'objet d'une «vente de feu» pour aider son propriétaire à se sortir d'une grave crise financière est un accident de parcours que Mme St-Pierre se devrait de corriger. Le Québec est propriétaire de cet édifice acheté des Sulpiciens en 1941 pour sauvegarder la bibliothèque exceptionnelle qu'ils y avaient installée. Tout naturellement, le gouvernement de Jean Lesage en fera le siège de la Bibliothèque nationale qu'il institue en 1965. Il aurait été dans l'ordre des choses que l'édifice Saint-Sulpice demeure rattaché à la Bibliothèque nationale au moment où la Grande Bibliothèque ouvrait ses portes.
Cet accident de parcours ne fut pas sans conséquences. L'édifice fut laissé vacant jusqu'à ce que l'UQAM s'en porte acquéreur et doive s'en départir pour des raisons financières avant même de lui donner une nouvelle vocation. Aujourd'hui, un promoteur privé s'y intéresse. On ne sait qui il est, ni quels sont ses véritables projets. Il peut être le mieux intentionné du monde aujourd'hui, mais rien ne nous assure que, demain, il ne donnera pas à ce bâtiment une vocation à l'encontre même de ce qu'il représente.
Certains font valoir qu'étant classé bien culturel, l'édifice Saint-Sulpice jouit de toute la protection nécessaire. Ce n'est pas tout à fait juste. Cette classification ne le protège pas de l'insouciance de son propriétaire, ni de changements de vocation qui, un jour, pourraient en faire un quelconque marché aux puces. La Loi sur les biens culturels est là parce que l'État ne peut prendre charge de tous les biens patrimoniaux. Sauf qu'il y a des biens qui ont plus de valeur que d'autres et dont l'État doit assurer lui-même la protection en les confiant à des musées ou en en prenant charge directement lorsqu'il s'agit d'édifices à vocation publique.
Plusieurs exemples de cela peuvent être cités. Jamais le gouvernement n'a ainsi songé à se départir de ses anciens palais de justice de Québec et de Montréal. Restaurés et réhabilités, ils abritent aujourd'hui le ministère des Finances, dans le premier cas, et la Cour d'appel du Québec, dans le deuxième. Ce sont aujourd'hui des joyaux de notre patrimoine. L'édifice Saint-Sulpice, que l'on s'apprête à brader, mérite tout autant par sa valeur architecturale et historique. Il serait dommage que l'on persiste dans l'erreur commise lors de l'ouverture de la Grande Bibliothèque. Il y a là une occasion à ne pas manquer. Il faut redonner le 1700, rue Saint-Denis à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. C'est son seul propriétaire légitime.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

