Dumont s'attaque au programme d'éthique et culture religieuse
Après avoir fait ses choux gras du débat sur les accommodements raisonnables, l'Action démocratique du Québec a enfourché hier un nouveau cheval de bataille pour se lancer dans l'arène identitaire, en attaquant le nouveau programme d'éthique et culture religieuse au primaire. Jugeant que le programme n'accorde pas une place suffisamment prépondérante aux traditions chrétiennes, M. Dumont demande un moratoire d'un an sur l'application du cours au primaire afin de corriger le tir.
«C'est un programme qui prépare des enfants pour vivre sur un bateau qui flotte dans l'océan puis qui est prêt à accoster à n'importe quel port. Mais il n'y a nulle part qui s'appelle "chez nous", il n'y a nulle part où il y a des racines, une identité», dénonce le chef de l'ADQ, Mario Dumont.
Le programme, approuvé l'été dernier par la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, adopte, selon M. Dumont, une approche trudeauiste, «déconnectée de la réalité». «C'est la vision de Pierre Elliott Trudeau, où la culture et la réalité québécoises ne sont qu'un petit légume de plus dans une grosse soupe», argue le chef adéquiste.
Le cours d'éthique et culture religieuse, qui doit remplacer dès septembre prochain les programmes d'enseignement religieux catholique et protestant ainsi que moral, prévoit pourtant qu'on porte «un regard privilégié sur le patrimoine religieux de notre société». On y précise que le catholicisme et le protestantisme doivent être abordés tout au long du primaire, alors que les autres religions (le judaïsme, les spiritualités des peuples autochtones, l'islam et le bouddhisme) reviennent sporadiquement dans les contenus de cours.
Cette indication ne suffit cependant pas pour l'ADQ, qui estime que les traditions catholiques sont placées sur un pied d'égalité avec celles d'une multitude d'autres religions. «On met dans la même catégorie, comme des fêtes équivalentes, Pâques, Noël, Wesak, Id al-Fitr, Id al Adha, Diwali, la naissance de Guru Nânak. Ceci dit en tout respect pour les gens pour qui c'est la religion, ce n'est pas ça, le Québec, ce n'est pas réel», fait valoir le chef adéquiste, en citant des exemples de rites religieux mentionnés à titre indicatif dans le programme.
Changement de cap
La position de Mario Dumont tranche avec celle qu'il tenait en 2005, lorsque le gouvernement avait annoncé qu'il instaurerait un cours d'éthique et culture religieuse dès 2008 et reconduisait dans l'intervalle seulement pour trois ans les clauses dérogatoires permettant l'enseignement religieux catholique et protestant, le temps que le programme soit rédigé. L'ADQ s'était alors opposée à l'abandon de l'enseignement religieux et demandait plutôt qu'on offre un enseignement confessionnel des différentes religions, comme le réclamait le mois dernier l'archevêque de Québec, Marc Ouellet.
Qu'à cela ne tienne, Mario Dumont affirme aujourd'hui s'être rallié à la décision gouvernementale, dans la mesure où le christianisme s'avère prépondérant dans le contenu du programme. «On n'a pas voulu, nous, faire l'affaire des défusions, défaire ce que l'ancien gouvernement avait fait», justifie M. Dumont.
L'ADQ demande donc un moratoire d'un an sur l'entrée en vigueur du programme au primaire, afin de tenir des consultations auprès des comités de parents et des conseils d'établissement, pour «qu'on puisse refaire un programme plus équilibré». Entre-temps, le statu quo de l'enseignement religieux catholique et protestant serait maintenu et on reconduirait pour un an les clauses de dérogation aux chartes.
L'archevêque de Montréal, Mgr Turcotte, qui témoignait hier devant la commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodement, s'est abstenu de commenter la position adéquiste. Il a toutefois précisé que l'Assemblée des évêques du Québec étudiait présentement le contenu du nouveau programme et qu'elle fera part de ses commentaires en mars prochain.
Une «girouette»
Le gouvernement a fait peu de cas des critiques de l'ADQ. La ministre Michelle Courchesne assure que le programme accorde bel et bien une prépondérance à la religion catholique et qu'il en sera de même dans le matériel didactique qu'elle approuvera.
«C'est tout à fait la technique Mario Dumont: avant même qu'on ait commencé le cours, on fait peur, on crie au loup, mais quand il s'agit de déposer un mémoire, d'argumenter ou de proposer des solutions, le chef de l'ADQ brille par son absence», tonne Mme Courchesne, en faisant référence au refus de l'ADQ de présenter un mémoire à la commission Bouchard-Taylor.
Les nostalgiques devront toutefois faire un trait sur l'enseignement confessionnel. «C'est un cours pour informer, ce n'est pas un cours religieux», précise la ministre.
Au Parti québécois, on ne pouvait hier commenter la sortie médiatique de M. Dumont, n'ayant pas consulté dans le détail le contenu du programme, adopté en août dernier. On précisait cependant que le cours devait «accorder une place prépondérante à la tradition chrétienne parce que cette tradition a joué un rôle déterminant dans la construction de notre identité québécoise», indique un attaché de presse, qui se garde bien de se prononcer sur la pertinence d'un moratoire.
La Centrale des syndicats du Québec a quant à elle ridiculisé la position adéquiste, qualifiant son chef de «girouette». «S'il y avait un moratoire, l'année prochaine Mario Dumont trouverait autre chose, tout dépendant de la vitesse et du sens du vent. Cela manque de profondeur et cela postule pour être premier ministre», lance le président de la centrale syndicale, Réjean Parent.
Ce dernier ne doute pas que les traditions chrétiennes tiendront le haut du pavé sur le plancher des vaches, pour la simple raison que la vaste majorité des enseignants appartiennent à cette tradition religieuse et que l'organisation scolaire est teintée par le calendrier chrétien. «Le personnel va avoir une bien meilleure compréhension de la tradition judéo-chrétienne qu'il peut en avoir des autres religions», explique M. Parent. À Mario Dumont qui s'inquiète des connaissances des enseignants au sujet des autres religions, M. Parent réplique sans détour: «C'est l'histoire de notre vie, aller chercher de nouvelles connaissances.»
Dans le milieu de l'éducation, la formation des enseignants va bon train et les manuels scolaires sont en cours d'élaboration. Artisan de la première heure de la genèse du programme d'éthique et culture religieuse, le philosophe Georges Leroux, de l'Université du Québec à Montréal, souligne par ailleurs que les consultations ont déjà été menées en long et en large sur le sujet et que le fruit est mûr. «Ce serait un terrible recul, surtout à l'heure où la commission Bouchard-Taylor montre à quel point l'éducation à la diversité religieuse est importante en ce moment au Québec», fait valoir M. Leroux.
***
Avec la collaboration de Stéphane Baillargeon et Isabelle Porter
«C'est un programme qui prépare des enfants pour vivre sur un bateau qui flotte dans l'océan puis qui est prêt à accoster à n'importe quel port. Mais il n'y a nulle part qui s'appelle "chez nous", il n'y a nulle part où il y a des racines, une identité», dénonce le chef de l'ADQ, Mario Dumont.
Le programme, approuvé l'été dernier par la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, adopte, selon M. Dumont, une approche trudeauiste, «déconnectée de la réalité». «C'est la vision de Pierre Elliott Trudeau, où la culture et la réalité québécoises ne sont qu'un petit légume de plus dans une grosse soupe», argue le chef adéquiste.
Le cours d'éthique et culture religieuse, qui doit remplacer dès septembre prochain les programmes d'enseignement religieux catholique et protestant ainsi que moral, prévoit pourtant qu'on porte «un regard privilégié sur le patrimoine religieux de notre société». On y précise que le catholicisme et le protestantisme doivent être abordés tout au long du primaire, alors que les autres religions (le judaïsme, les spiritualités des peuples autochtones, l'islam et le bouddhisme) reviennent sporadiquement dans les contenus de cours.
Cette indication ne suffit cependant pas pour l'ADQ, qui estime que les traditions catholiques sont placées sur un pied d'égalité avec celles d'une multitude d'autres religions. «On met dans la même catégorie, comme des fêtes équivalentes, Pâques, Noël, Wesak, Id al-Fitr, Id al Adha, Diwali, la naissance de Guru Nânak. Ceci dit en tout respect pour les gens pour qui c'est la religion, ce n'est pas ça, le Québec, ce n'est pas réel», fait valoir le chef adéquiste, en citant des exemples de rites religieux mentionnés à titre indicatif dans le programme.
Changement de cap
La position de Mario Dumont tranche avec celle qu'il tenait en 2005, lorsque le gouvernement avait annoncé qu'il instaurerait un cours d'éthique et culture religieuse dès 2008 et reconduisait dans l'intervalle seulement pour trois ans les clauses dérogatoires permettant l'enseignement religieux catholique et protestant, le temps que le programme soit rédigé. L'ADQ s'était alors opposée à l'abandon de l'enseignement religieux et demandait plutôt qu'on offre un enseignement confessionnel des différentes religions, comme le réclamait le mois dernier l'archevêque de Québec, Marc Ouellet.
Qu'à cela ne tienne, Mario Dumont affirme aujourd'hui s'être rallié à la décision gouvernementale, dans la mesure où le christianisme s'avère prépondérant dans le contenu du programme. «On n'a pas voulu, nous, faire l'affaire des défusions, défaire ce que l'ancien gouvernement avait fait», justifie M. Dumont.
L'ADQ demande donc un moratoire d'un an sur l'entrée en vigueur du programme au primaire, afin de tenir des consultations auprès des comités de parents et des conseils d'établissement, pour «qu'on puisse refaire un programme plus équilibré». Entre-temps, le statu quo de l'enseignement religieux catholique et protestant serait maintenu et on reconduirait pour un an les clauses de dérogation aux chartes.
L'archevêque de Montréal, Mgr Turcotte, qui témoignait hier devant la commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodement, s'est abstenu de commenter la position adéquiste. Il a toutefois précisé que l'Assemblée des évêques du Québec étudiait présentement le contenu du nouveau programme et qu'elle fera part de ses commentaires en mars prochain.
Une «girouette»
Le gouvernement a fait peu de cas des critiques de l'ADQ. La ministre Michelle Courchesne assure que le programme accorde bel et bien une prépondérance à la religion catholique et qu'il en sera de même dans le matériel didactique qu'elle approuvera.
«C'est tout à fait la technique Mario Dumont: avant même qu'on ait commencé le cours, on fait peur, on crie au loup, mais quand il s'agit de déposer un mémoire, d'argumenter ou de proposer des solutions, le chef de l'ADQ brille par son absence», tonne Mme Courchesne, en faisant référence au refus de l'ADQ de présenter un mémoire à la commission Bouchard-Taylor.
Les nostalgiques devront toutefois faire un trait sur l'enseignement confessionnel. «C'est un cours pour informer, ce n'est pas un cours religieux», précise la ministre.
Au Parti québécois, on ne pouvait hier commenter la sortie médiatique de M. Dumont, n'ayant pas consulté dans le détail le contenu du programme, adopté en août dernier. On précisait cependant que le cours devait «accorder une place prépondérante à la tradition chrétienne parce que cette tradition a joué un rôle déterminant dans la construction de notre identité québécoise», indique un attaché de presse, qui se garde bien de se prononcer sur la pertinence d'un moratoire.
La Centrale des syndicats du Québec a quant à elle ridiculisé la position adéquiste, qualifiant son chef de «girouette». «S'il y avait un moratoire, l'année prochaine Mario Dumont trouverait autre chose, tout dépendant de la vitesse et du sens du vent. Cela manque de profondeur et cela postule pour être premier ministre», lance le président de la centrale syndicale, Réjean Parent.
Ce dernier ne doute pas que les traditions chrétiennes tiendront le haut du pavé sur le plancher des vaches, pour la simple raison que la vaste majorité des enseignants appartiennent à cette tradition religieuse et que l'organisation scolaire est teintée par le calendrier chrétien. «Le personnel va avoir une bien meilleure compréhension de la tradition judéo-chrétienne qu'il peut en avoir des autres religions», explique M. Parent. À Mario Dumont qui s'inquiète des connaissances des enseignants au sujet des autres religions, M. Parent réplique sans détour: «C'est l'histoire de notre vie, aller chercher de nouvelles connaissances.»
Dans le milieu de l'éducation, la formation des enseignants va bon train et les manuels scolaires sont en cours d'élaboration. Artisan de la première heure de la genèse du programme d'éthique et culture religieuse, le philosophe Georges Leroux, de l'Université du Québec à Montréal, souligne par ailleurs que les consultations ont déjà été menées en long et en large sur le sujet et que le fruit est mûr. «Ce serait un terrible recul, surtout à l'heure où la commission Bouchard-Taylor montre à quel point l'éducation à la diversité religieuse est importante en ce moment au Québec», fait valoir M. Leroux.
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Avec la collaboration de Stéphane Baillargeon et Isabelle Porter
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