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À la veille des guignolées: «eux» et «nous»

Françoise David - Porte-parole de Québec solidaire  5 décembre 2007  Québec
Il y a «eux». Et il y a «nous». Il ne sera pas question ici de la majorité francophone et des minorités immigrantes. Je voudrais plutôt parler de «nous» qui allons bientôt déverser dans des chapeaux, casseroles ou boîtes de carton des denrées ou de l'argent pour les personnes «démunies». Je voudrais aussi parler d'«elles» et «eux», tellement invisibles, tellement silencieux, alors qu'ils seront l'objet de toutes les attentions médiatiques.

«Elles», les mères monoparentales, les femmes immigrantes, les aînées, pauvres et seules. «Elles» qui n'élèvent presque jamais la voix tellement elles sont occupées à survivre. «Eux», les jeunes de la rue, les travailleurs renvoyés brutalement pour cause de délocalisation, les immigrants aux diplômes non reconnus. «Eux», on les entend un peu plus. Et puis après? Rien... ou si peu!

«Elles» et «eux» auront leur panier de Noël. Ils feront la file, résignés, vaguement humiliés, heureux en même temps de mieux manger pendant une semaine. Ils se demanderont tout de même ce qui leur vaut tant de compassion alors que, le reste de l'année, «nous» nous accommodons bien de leur pauvreté.

Qui ça, «nous»? Pas difficile: la majorité plus ou moins silencieuse. Celle qui, trop souvent, trouve normal qu'on multiplie les gestes charitables (petits-déjeuners scolaires, distribution de sacs d'épicerie, collectes pour les enfants pauvres... ) mais qui renâcle à l'idée d'augmenter les prestations à la sécurité du revenu, pourtant déjà bien minces. Remarquez, l'exemple vient de haut. Un ancien premier ministre québécois n'avait-il pas déclaré avoir du mal à croire que des enfants puissent aller à l'école le ventre vide alors que les oiseaux, avec leur petite cervelle, parviennent à nourrir leurs rejetons? Se pourrait-il que les préjugés et la condescendance tiennent souvent lieu d'analyse?

En faire plus pour «eux»

Au sein de la majorité, pourtant, beaucoup de personnes engagées se démènent à longueur d'année pour chercher à éradiquer la pauvreté. Des femmes, des hommes accompagnent solidairement les personnes pauvres dans des démarches de réinsertion économique et sociale. Des maisons accueillent les sans-abri. Des groupes communautaires revendiquent haut et fort des logements sociaux, une hausse décente du salaire minimum, la hausse et la pleine indexation des prestations à la sécurité du revenu. Mais qui les écoute? Quel parti présent à l'Assemblée nationale a un plan d'action concret pour lutter contre la pauvreté?

Participer aux guignolées, c'est bien. Je le fais. Nous le faisons. Mais si, avec «eux» et avec les organismes qui les soutiennent et les défendent, «nous» nous décidions à en faire plus? Écrire à notre député, par exemple, pour lui signifier que nos impôts doivent servir à réduire les inégalités. Signer la pétition du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Participer aux inévitables tribunes téléphoniques, en ce temps des Fêtes, et ne plus accepter les remarques grossières sur les «B. S.». «Elles» et «eux» sont nos concitoyens, non? N'ont-ils pas droit à notre considération solidaire?

Un sursaut d'indignation pourrait faire la différence à longueur d'année pour des centaines de milliers de Québécois, nos frères et nos soeurs. Je vous propose de refuser leur misère, leur exclusion et notre indifférence. Je vous propose un Québec vraiment juste et solidaire, au-delà de la compassion circonstancielle. Je vous propose de mieux partager la richesse. Si on s'y mettait, ensemble?
 
 
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