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Erreur de parcours

Jean-Robert Sansfaçon   29 novembre 2007  Québec
La comparution hier du président de la Caisse de dépôt et placement, Henri-Paul Rousseau, devant une commission de l'Assemblée nationale a permis d'en apprendre un peu plus sur la crise du papier commercial qui frappe l'institution depuis l'été dernier. Si cette crise a été bien gérée, elle a fait ressortir des failles certaines dans l'évaluation du risque au sein de l'organisation.

C'est en août dernier qu'a éclaté la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA), cette curieuse invention de l'ingénierie financière moderne qui risque de faire perdre entre un demi-milliard et 3,5 milliards de dollars à la Caisse de dépôt et placement du Québec, selon les hypothèses retenues.

Le PCAA est un titre d'emprunt à court terme (quelques mois) émis par une banque ou une société privée spécialisée. Sa valeur est basée sur celle des actifs sous-jacents, eux-mêmes des titres d'emprunts tels des hypothèques, des cartes de crédit ou des prêts automobiles. On regroupe ces prêts, on établit leur valeur globale et on redécoupe le tout en tranches égales qui sont vendues comme véhicules de placement à court terme par les entreprises et les institutions, par exemple les caisses de retraite, à un taux d'intérêt plus intéressant que celui des bons du Trésor.

Chaque fois qu'une émission arrive à échéance, le détenteur de PCAA tient à récupérer son argent pour son usage normal, par exemple le jour de la paie dans une entreprise, et l'émetteur doit alors trouver un nouveau preneur souhaitant à son tour placer temporairement ses liquidités.

Ce qui s'est passé en août dernier, c'est que les détenteurs habituels ont cessé d'acheter du jour au lendemain en apprenant que certains PCAA contenaient des hypothèques à risque, les fameux subprimes américains, dont la valeur venait de s'effondrer. Faute de nouveaux acheteurs, les émetteurs sont devenus incapables de rembourser les détenteurs en attente de recouvrer leur argent, créant ainsi une crise de liquidités sur ce marché. Ceux qui en détenaient toujours, comme la Caisse de dépôt, la Banque Nationale et des entreprises comme Transat ou Jean Coutu, ne pouvaient donc plus récupérer leur argent.

En temps normal, le monde bancaire et la Banque du Canada auraient dû intervenir et fournir les liquidités nécessaires. Or ce ne fut pas le cas, les banques se contentant de racheter les papiers commerciaux qu'elles avaient elles-mêmes émis, soit 85 des 120 milliards de dollars en circulation. Pour le reste, elles ont jugé qu'elles n'avaient pas à fournir de telles liquidités, selon une interprétation de l'entente avec les émetteurs privés qui limitait leur obligation à une situation de crise généralisée sur le marché financier canadien.

Cette inaction des grandes banques leur vaudra certainement un jour d'être l'objet de poursuites judiciaires. Entre-temps, elle a forcé la Caisse de dépôt et la Banque Nationale, deux des principaux détenteurs de papiers hors banques, à prendre le leadership de la création d'un regroupement d'institutions pour négocier la transformation des papiers à court terme en titres à plus long terme dans le but d'éviter une vente de feu.

Il est encore trop tôt pour connaître le résultat final de ces tractations pour la Caisse. Mais si tout va bien, les pertes pourraient être limitées. Pour le moment, la seule perte à peu près certaine est une portion pouvant atteindre 50 % des papiers commerciaux d'un milliard de dollars constitués des fameux subprimes américains. Quant au reste, le président de la Caisse assure que la qualité des papiers de 12,2 milliards qui ne contiennent pas de subprimes est très bonne. En reportant l'échéance de ces titres à plus long terme, la Caisse espère recouvrer la quasi-totalité de leur valeur et les intérêts qui les accompagnent.

Est-ce à dire qu'il n'y a pas eu de crise? Au contraire, la crise de liquidité a bel et bien eu lieu, et elle n'est pas terminée. Toutes les entreprises qui ont acheté du papier commercial hors banques devront attendre pour récupérer leur dû.

La Caisse a-t-elle pris trop de risques en détenant à elle seule plus du tiers des papiers commerciaux canadiens hors banques? C'est l'évidence même! La Caisse a beau être une très grande institution par l'ampleur des investissements sur le marché canadien, ses experts ont mal évalué le risque, tant celui de détenir un tel véhicule en aussi grande quantité que celui d'assister, impuisssants, à une crise de liquidité causée par l'immobilisme toujours possible des grandes banques et de la Banque du Canada elle-même. Pas de doute que les dirigeants de la Caisse ont appris leur leçon et qu'ils ne s'y feront pas reprendre!

La Caisse prend des risques, c'est son rôle, et elle le fait généralement fort bien. Compte tenu de la performance de l'actuelle direction, qui a permis d'enregistrer une croissance annuelle moyenne de 13,8 milliards depuis quatre ans, attendons le résultat de fin d'année avant de lancer la pierre.






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  • claire dufour
    Abonnée
    jeudi 29 novembre 2007 09h37
    À chacun son métier...
    « L'ADQ en voulant soulever la polimique et le doute sur l'administration de la Caisse peut se rentrer la tête dans le sable et attendre...
    Leur porte-parole aux Finances, M.Taillon, devrait aller refaire ses classes. »

  • Pierre Véronneau
    Inscrite
    jeudi 29 novembre 2007 11h08
    Les médias semblent ne reporter que les mauvais coups de la CDP
    « Je trouve bizarre et désinformateur que les médias ne semblent que mettre l'emphase sur les mauvais coups de la Caisse en parlant rarement des bons ( et ils en font beaucoup ) ???
    C'est plus spectaculaire ? Ça fait vendre plus de copies ? D'autre part, la haute finance, son fonctionnement ses tours de passe passe me laissent perplexe: "C'est en août dernier qu'a éclaté la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA), cette curieuse invention de l'ingénierie financière moderne " HUM!!!! curieuse invention de l'ingénierie financière........ voyez vous celà ????

    J'espère seulement que les administrateurs de notre bas de laine investissent de façon responsable, équitable, en respect de Kyoto et du développement durable et qu'ils n'investissent pas dans les pays où les dictateurs sévissent.
    Pour moi, ce serais déjà beaucoup.

    Pierre Véronneau
    Montréal »

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