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Un géant australien propriétaire de l'A-25

Louis-Gilles Francoeur   22 novembre 2007  Québec
C'est le géant australien Macquarie Group qui, par le truchement de ses filiales nord-américaines, sera pendant 35 ans le véritable propriétaire de l'autoroute et du pont de l'autoroute 25 (A-25) ainsi que des recettes du péage, a révélé hier à l'Assemblée nationale la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.

La ministre Jérôme-Forget a été interrogée par le chef adjoint de l'ADQ, le député Gilles Taillon (Chauveau), qui a requis plusieurs précisions à propos des révélations du Devoir au cours des deux derniers jours en ce qui a trait aux bénéfices controversés de ce premier projet réalisé en mode PPP.

Le député Taillon voulait notamment savoir qui était le véritable propriétaire du projet — le commanditaire, en jargon juridique —, dont le nom est biffé dans le contrat expurgé déposé à l'Assemblée nationale.

Si la ministre Jérôme-Forget a donné le nom du véritable propriétaire du projet, elle a par contre soigneusement évité de répondre à la deuxième demande du porte-parole de l'ADQ, qui voulait obtenir le chiffrier ayant servi à démontrer qu'il en coûterait plus cher aux contribuables québécois si ce projet autoroutier était réalisé par le ministère des Transports dans le cadre d'un appel d'offres auprès des entrepreneurs et gestionnaires québécois.

«Pourquoi donc cette culture du secret» dans un projet qui devait créer une nouvelle norme en matière de transparence?, s'est demandé le porte-parole de l'ADQ. M. Taillon a aussi demandé à voir le «montage financier» complet à la base de ce projet controversé, lequel pourrait d'ailleurs être paralysé si les tribunaux lui imposent une évaluation environnementale complète et publique.

D'entrée de jeu, la ministre Jérôme-Forget a affirmé que «Concession A25, c'est très clair, c'est le groupe Macquarie qui finance. Macquarie, M. le président, c'est la plus grosse compagnie financière australienne». Mais si la ministre a précisé l'identité du véritable bailleur de fonds en équité et, en somme, le propriétaire du projet, elle n'a pas dit si c'est effectivement le nom de cette société qui a été biffé du contrat officiel.

La ministre Jérôme-Forget s'est par ailleurs lancée dans la description des hauts faits de cette multinationale qui se spécialise dans l'acquisition et le développement d'infrastructures publiques, tout particulièrement au Canada et aux États-Unis. «Ils font le Chicago Skyway, l'Indiana Toll Road, le port de Vancouver, la King Road d'Edmonton, a-t-elle dit. Voilà, M. le président, des contrats que finance Macquarie. Ce sont eux qui mettent l'argent dans ce projet [de l'autoroute 25].»

Un montage complexe

Une recherche auprès du Registraire des entreprises éclaire quelque peu ce montage financier complexe dans lequel, selon le contrat, la Société générale de France agit par ses filiales canadiennes et new-yorkaises comme prêteur de premier et de deuxième rang.

La société en commandite Concession A25 a pignon sur rue au 1250, boulevard René-Lévesque, à Montréal. C'est officiellement le promoteur désigné au contrat de PPP, passé à la mi-septembre avec la ministre des Transports, Julie Boulet.

Mais c'est une autre société, Concession A25 Funding 2 Limited, une société à charte fédérale, qui agit comme «un de ses commandités», selon le contrat dévoilé hier par Le Devoir. Or on apprend au registre des sociétés que Concession A25 Funding 2 Limited n'est pas seulement le commandité mais aussi le «commanditaire», un double rôle plutôt inusité dans la même transaction. Cette société a pour adresse le 100 Wellington Street West, à Toronto, soit la même adresse que l'autre «commandité», soit MIP Québec Holding LP.

«MIP» est l'abréviation de Macquarie Infrastructure Partnership.

Le deuxième commandité, soit MIP Québec Holding, est lui-même une société en commandite commanditée par MIP Québec Holding Trust. Son commanditaire est Macquarie Infrastructure Partners Canada LP, une société en commandite. Macquarie Canada dépend du holding australien. La place d'affaires de toutes ces sociétés est la même, à Toronto.

Le groupe australien Macquarie possède des actifs évalués à près de 15 milliards de dollars, soit presque la taille d'une société comme Power Corporation. Elle gère par contre des actifs par l'entremise de diverses succursales, dont une aux Bermudes, d'une valeur de 89 milliards, selon le site Internet de Global Tower Partners.

Fuite de capitaux

Selon le porte-parole de l'ADQ dans ce dossier, les précisions de la ministre Jérôme-Forget sont plutôt «navrantes», car elles démontrent que cet immense projet d'une valeur de plusieurs centaines de millions va inévitablement provoquer une «fuite de capitaux et d'emplois de haut niveau» au profit du holding australien.

En lançant un appel d'offres de cette nature, a expliqué Gilles Taillon, Québec exclut du portrait plusieurs firmes d'ingénierie québécoise importantes, par exemple Pomerleau, ou d'autres sociétés locales, et ce, au profit de multinationales. Par contre, a-t-il dit, si Québec avait confié au ministère la gestion du projet pour faire appel à l'expertise d'ici, ces plus petites entreprises auraient pu se regrouper et se qualifier elles aussi, ce qui aurait accru leur expertise et permis de «garder plus d'argent ici».

Le porte-parole adéquiste s'est dit «surpris de constater que le PQ n'ait pas suivi ce dossier» hier à l'Assemblée nationale, car il aurait lui-même voulu aller en question supplémentaire après celles de ses collègues de l'opposition. Gilles Taillon entend d'ailleurs prendre contact avec le député péquiste François Legault afin d'examiner la possibilité de lancer un examen en profondeur, en commission parlementaire, de toutes les facettes obscures de ce dossier, y compris les bases de calcul qui permettent à l'agence gouvernementale d'affirmer qu'un projet réalisé en mode PPP est moins cher que s'il était géré par le ministère des Transports, lequel n'en est pas à ses premiers projets d'autoroute.

Par ailleurs, il a été impossible d'obtenir les commentaires du porte-parole du PQ dans ce dossier, le député Serge Deslières (Beauharnois).

Réaction de l'Agence des PPP

Par contre, le président de l'Agence des PPP, Pierre Lefebvre, a réagi par écrit pour défendre les bases de calcul de sa comparaison entre les modes public et privé de réalisation de l'A-25.

Le rapport qui sous-tend cette comparaison, dit-il d'entrée de jeu, «est appuyé par la firme PricewaterhouseCoopers».

Cependant, Pierre Lefebvre insiste tout particulièrement sur le taux d'actualisation de 6,5 % retenu par son agence pour calculer la valeur des économies permises par un projet en PPP, en dollars d'aujourd'hui.

«Un rapport récemment publié par le centre interuniversitaire de recherche CIRANO, reconnu sur la scène internationale, suggère fortement de fixer le taux d'actualisation public pour le Québec à 8 %. Ainsi, le gouvernement est en dessous de celui proposé par CIRANO et fait donc preuve de conservatisme», écrit M. Lefebvre.

À son avis, le chercheur et professeur à l'INRS-Urbanisation Pierre Hamel, qui a contre-expertisé l'évaluation de l'agence pour le compte du Devoir, «aura de la difficulté à rallier des chercheurs sérieux quant à sa conclusion que [sic] ce taux devrait se rapprocher de 5 %».

Enfin, conclut le président de l'agence gouvernementale, c'est le ministère des Transports qui a fixé la valeur du projet à 483 millions s'il devait le réaliser lui-même. Et «l'agence ne remet pas en question» ce chiffre, écrit-il. Pierre Lefebvre se dit par ailleurs satisfait de voir le professeur Hamel souligner la pertinence des clauses de partage des profits advenant qu'ils dépassent de 120 % les prévisions inscrites au contrat, des prévisions qui ont par contre été expurgées de la version déposée à l'Assemblée nationale.

En Angleterre, que le Québec se targue de dépasser en matière de transparence, toutes ces informations sont publiques.






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 22 novembre 2007 10h16
    Cobtinuons dans la même direction
    « Un Australien va donc être propriétaire de l'A-25 parce que notre bon gouvernement Libéral très très provincial déclare que les infrastructures sont mieux entretenues quand elles appartiennent au privé dans le privé "secret".

    Selon le raisonnement qui précède, faudrait aussi céder le pont Jacques-Cartier, disons...aux Chinois, l'autoroute 20, aux Israéliens, nos écoles, aux Égyptiens, nos hôpitaux, aux Russes et notre Parlement, aux Américains.

    Là, on pourrait enfin dormir tranquille, nos affaires qui se déglinguent seraient diguilous. »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 22 novembre 2007 10h34
    De PPP à PPPI
    « Et voici que le Québec, sous la gouverne du très conservateur parti libéral, passe du partenariat public-privé au partenariat public-privé international. Les pots-de-vin voyageront incognito et l'autonomie économique de la province, qui n'arrive pas à devenir un pays, s'installe lentement mais sûrement sur la banquette arrière de l'économie mondiale. Et dire que l'ADQ ferait pire.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Roger Dion
    Abonné
    jeudi 22 novembre 2007 10h47
    Les libéraux ne peuvent jamais faire les choses simplement
    « C est du grand CHAREST , voyez le montage financé, une compagnie d un nom ,de l autre du même nom ,qui est financé par une autre compagnie du même nom. OUF assez ,pourquoi faire des choses compliqués comme çà. Allons nous découvrir, d autre enveloppes qui vont circuler.
    ROGER MONTREAL »

  • Etienne Merven
    Inscrit
    jeudi 22 novembre 2007 11h18
    À M. Bousquet
    « À voir l'état des infrastructures et autres au Québec, je me demande s'il ne faudrait pas effectivement les confier à des étrangers plus compétents...
    Il se trouve que je connais très bien le « géant australien » MacQuarie et je puis vous assurer que c'est une des meilleures entreprises au monde pour ce genre de commerce. Est-il donc mal que le gouvernement québécois soit aller chercher ce qu'il y a de mieux pour nous, les habitants du Québec? Ou alors, aurait-il mieux valu confier le tout à un joueur local qui n'a peut-être pas une aussi grande expérience en la matière et continuer de recevoir des ponts sur la tête?
    Réfléchissez-y et vous verrez que ce n'est pas bête du tout! »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 22 novembre 2007 11h39
    L'entreprise privée sauve le Québec
    « Le groupe financier "Gentil-crosseur" sera propriétaire du Québec pour une période indéterminée.
    Suite aux récentes baisses d'impôt qui ont profité largement à plusieurs investisseurs locaux qui disaient être littéralement étouffés par les taxes de toutes sortes, le gouvernement québécois s'est retrouvé avec un manque à gagner de plusieurs milliards.
    Pour régler l'ensemble de nos infrastructures et pour poursuivre la bonne marche de la province, le gouvernement a confié la gestion de la majeure partie du territoire provincial à l'entreprise Gentil-crosseur.
    Cette entreprise privée oeuvrant mondialement et plus particulièrement en Irak et en Afghanistan, s'engage à remettre le réseau routier en état ainsi que l'ensemble des locaux gouvernementaux.

    Sous peu, les commissions scolaires seront administrées par Gentil-crosseur qui prévoit remodeler les programmes d'enseignement pour rendre la main d'oeuvre accessible plus rapidement. Le primaire sera de 5 ans et s'appellera le cycle du début-final. Il y aura le début-final C, le début-final B et en 3e année le début-final A pour ensuite passer au final et la dernière année du cycle début-final (jadis primaire) sera final-final.
    Le secondaire devient alors optionnel.

    On prévoit des retombées économiques importantes et cette main d'oeuvre rapidement productive pourra participer à regarnir les coffres de l'État par les impôts qu'ils paieront dès leurs plus jeunes âges. La société profitera ainsi de l'énergie débordante de sa jeune population.

    Gentil-crosseur prévoit aussi fermer plusieurs villages d'Abitibi et la majeure partie des endroits perdus de Gaspésie. La population sera rapatriée avec compensation vers les centres plus actifs et économiquement plus durables. Gentil-crosseur mettra l'accent sur le développement durable.
    Le contrat a une durée indéfinie, mais les spécialistes évaluent que le gouvernement québécois sera en mesure de reprendre la situation en main dans quelques décennies.
    Heureusement que l'entreprise privée est là. Son génie, sa force de gestion et sa rentabilité mondiale offrent un service salutaire à la population québécoise.

    Vive l'entreprise privée.

    OEil de lynx, expert économique, souligne qu'avec les mêmes défis, là où le gouvernement avait des déficits monumentaux, exactement dans les mêmes domaines, Gentil-crosseur a su faire des profits de plusieurs centaines de milliards.


    Serge Charbonneau
    Québec


    P.S.: Ce texte est une fiction (du moins, pour l'instant) »

  • Sylvain Guilbault
    Abonné
    jeudi 22 novembre 2007 12h47
    Dans 35 ans
    « Le montage financier est si compliqué que dans 35 ans si l'autoroute était remise au gouvernement dans un état lamentable on ne saurait même plus qui poursuivre. Combien de niveaux de propriétés, constitués de compagnies de façade, doit-on gravir avant d'arriver au vrai responsable de ce projet? »

  • P M
    Inscrit
    jeudi 22 novembre 2007 14h00
    Il ya 18 sortes de PPP
    « La différence entre le libéralisme et le néolibéralisme est que ce dernier ce concentre sur le présent et rejettant toute forme d'importance des finalités. L'idéal des PPP ne tien plus ici. Supprimer la transparence condamne à une inégalité face à l'État.

    Il est dommage que quand la question de se future désastre deviendra d'intérêt public, quand le proejet sera concrètement réalisé, que l'imputabilité ne puisse être donné aux ministres actuellement responsables, nous aurons certainement oublié leurs noms 6 mois après leurs remplacement. De même, il est triste de voir que la compagnie, qui sera dans le future pointé comme malhonnête, se protège actuellement et surtout que face à cette présente situation le gouvernement ne se donne pas des recours potentiel. Encore une fois on voit que le bras de l'État est grand pour les petits, mais jamais assez long pour les gros citoyens moraux. »

  • Pierre Bernier
    Inscrit
    jeudi 22 novembre 2007 22h56
    Comportement navrant !
    « On se croirait en Afrique ?

    Les pays africains pratiquent les 3P de cette manière. »

  • marc belliveau
    Inscrit
    vendredi 23 novembre 2007 01h44
    À M. Merven
    « Une chance que vous nous assurez que c'est une bonne compagnie, la Macquarie.
    Je dis ça parce que j'y croyais pas du tout.
    Quoique j'y crois pas plus ...

    Non mais, c'est vraiment n'importe quoi ce que vous nous dites. Les seules personnes qui sont vraiment compétentes sur un projet donné, et tous les psy du travail vous le dirons, ce sont les gens qui s'y sentent engagés et motivés.

    Quant aux Australiens, quel est leur engagement en téléguidant une sous-filiale capable de disparaître comme neige au soleil?

    N'importe quoi...

    Cordialement,

    Marc Belliveau »

  • Michel Galarneau
    Abonné
    vendredi 23 novembre 2007 16h06
    emerven @ sypatico.ca
    « NÉ POUR UN PETIT PAIN.UNE EXPRESSION TROP SOUVENT GALVAUDÉE,VOUS VA COMME UN GANT.FORCER D'ADMETTRE QUE VOS ARGUEMENT SONT PAS TRÈS FORT... »

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