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Le PPP de l'A25: zéro économies

Un chercheur de l'INRS démolit l'argument officiel

Louis-Gilles Francoeur   20 novembre 2007  Québec
Dans la meilleure des hypothèses, les Québécois ne gagneront pas un sou avec le prolongement en partenariat public-privé de l'autoroute 25 entre Montréal et Laval et il est plutôt probable qu'ils y perdront au change, soutient le professeur et chercheur Pierre Hamel, de l'INRS-Urbanisation, à qui Le Devoir a demandé d'analyser les quelques données disponibles dans ce dossier.

La semaine dernière, le président de l'Agence des PPP, Pierre Lefebvre, déclarait en commission parlementaire que la réalisation de l'autoroute 25 et du pont sur la rivière des Prairies allait faire épargner globalement 226 millions aux contribuables par rapport à un projet réalisé par le gouvernement au moyen d’un appel d’offres classique. En fin de semaine, l’agence gouvernementale dévoilait sa comparaison des deux modes de réalisation de l’A25, qui étayait la version de son président.

En entrevue récemment, le président de l’agence gouvernementale expliquait au Devoir que le véritable gain d’un projet réalisé en mode PPP résidait dans la mollesse des gouvernements, lesquels, disait-il, finiraient par abolir le péage électronique que l’on prévoit installer sur ce pont avant la période de 35 ans prévue au contrat en PPP. Ce péage devrait rapporter au promoteur quelque 200 millions et il ne sera pas aboli dans le cas d’un PPP, puisque ce droit de percevoir un péage sera garanti par un contrat privé, qui lie le gouvernement.

Comparaison des scénarios
Dans le mode PPP, Québec prévoit verser au propriétaire de l’autoroute et du pont 64,7 millions pour leur construction et 13,4 millions par année pendant 31 ans pour le service autoroutier, ce que l’on appelle dans le contrat le «paiement de disponibilité». Ce versement est évalué à 142 millions en valeur actualisée au 1er juillet dernier, un montant auquel il faudra ajouter des «coûts de suivi» du projet de 19,4 millions, pour un coût total de réalisation de 226 millions. Québec déduit de ce montant la valeur résiduelle du projet (82,9 millions) pour un coût net «actualisé» de 143,1 millions, soit ce que les contribuables auraient à payer en tout, selon Québec. Ce calcul ne tient pas compte des dizaines de millions dépensés dans la dernière année par Québec pour les approches du pont déjà construites du côté de Laval.

Si Québec réalisait lui-même ce projet avec son ministère des Transports, il coûterait, selon l’évaluation de l’agence, la somme de 369,4 millions, soit 483 millions en coûts de construction moins des revenus de péage de 198,2 millions. L’agence ajoute 68,7 millions pour les risques de dépassements de coûts et 85,7 millions en risques de non-réalisation des revenus de péage, pour un projet «public» d’un coût de 450,9 millions. Une fois déduite la valeur résiduelle de 81,7 millions, le coût net du projet public pour Québec atteindrait 369 millions, soit 226 millions de plus que dans le scénario du PPP.

Une analyse fautive
Selon le chercheur et professeur Pierre Hamel, ce portrait est sensiblement faussé par le fait que la comparaison réalisée par Québec repose sur un «taux d’actualisation» (c’est-à-dire en argent d’aujourd’hui) de 6,5 % alors que dans la réalité, les institutions financières lui prêteraient l’argent à long terme à son taux actuel de 5 %.

La différence est d’autant plus importante, expliquait hier de Londres le professeur Hamel, un spécialiste des finances publiques, que cette faible différence en apparence acquiert une grande importance avec le temps, surtout dans un contrat qui couvre 35 années. «C’est comme un paquebot qui dévie d’un degré. Après trois kilomètres, la différence semble négligeable mais après 500 km, on voit facilement qu’il a dévié de sa route», dit-il.

Or, précise l’universitaire qui suit de près les expériences de PPP dans le monde, avec un taux d’actualisation plus bas, «les revenus de péage escomptés seraient plus élevés, probablement plus près de 300 millions que de 198,2 millions, ce qui diminuerait la facture du comparateur (ou projet) public de 102 millions», selon le chiffrier qu’il a remis au Devoir.
D’autre part, ajoute le professeur Hamel, «la valeur des paiements de disponibilité prévus au contrat, soit 13,4 millions par année pendant 35 ans, serait également plus élevée: probablement plus près de 180 millions que de 141,9 millions en valeur actualisée, ce qui augmente le coût du PPP pour la collectivité d’environ 32,1 millions.»
Enfin, ajoute-t-il, comme le gouvernement garantit au partenaire privé de son PPP un revenu de péage minimum, ce qui réduit ses risques, il conviendrait de calculer un coût pour les risques liés aux revenus de péage autant pour le PPP que pour le projet public, soit 85,7 millions.

«En diminuant le coût du comparateur public de 102 millions, et en augmentant le coût du PPP de deux façons (32,1 millions + 85,7 millions), on rapproche étrangement les deux scénarios au point qu’il n’y a pratiquement plus de différence», conclut l’universitaire.
Mais la véritable «grande inconnue» de cette comparaison qui n’en est pas une en réalité, selon l’universitaire, c’est «l’ignorance quant au calcul des 483,6 millions que coûterait le projet s’il était réalisé de façon classique. C’est de loin le chiffre le plus élevé des deux grilles de calcul et c’est également celui pour lequel nous avons le moins de détails. On est prié de croire sur parole. S’il fallait que l’exercice ait noirci plus que de raison la performance supposée du ministère des Transports pour un projet public, le coût réel de la formule classique serait alors nettement moins élevé que ce que coûte le PPP».
Déficit de transparence

Québec avait promis, commente le spécialiste de l’INRS-Urbanisation, d’être plus transparent que la Grande-Bretagne dans ses PPP. La comparaison dévoilée par l’Agence des PPP, totalement muette sur la base de calcul des 483,6 millions du scénario public, est pourtant censée s’inscrire dans son «souci constant et élevé de transparence du processus d’acquisition» du projet, y lit-on.
En Angleterre, le professeur Hamel précise que l’on rend public le chiffrier complet qui sous-tend l’évaluation publique, y compris le profit du promoteur. Rien de tel ici dans le premier projet en PPP du gouvernement Charest.

Et, ajoute le professeur, le rendement réel du promoteur a de fortes chances d’être beaucoup plus substantiel selon la structure de financement qu’il a retenue.

«Il se peut, explique Pierre Hamel, qu’ils touchent d’importants profits en apparence bien ordinaires mais qui cachent des rendements très élevés. Prenons l’exemple d’un projet de 100 000 $, totalement financé au départ, qui rapporterait 12 % en profits, soit 12 000 $. Il rapporte 12 %. Mais si le promoteur a investi 1000 $ seulement et financé le reste à 7 %, il paye certes 7000 $ en intérêts par année, mais touche 5000 $ pour une mise de fond de 1000 $: c’est un rendement beaucoup plus élevé. Comme on ne connaît pas la structure financière du promoteur, il est impossible de connaître son réel réellement.» C’est aussi ce que le Trésor public aurait pu empocher, s’il avait fait de même.

D’autre part, ajoute le professeur Hamel, il est normal qu’un promoteur privé doive absorber un taux d’emprunt plus élevé au début d’un projet, car plusieurs mauvaises surprises peuvent en faire grimper la facture. Mais, une fois le projet réalisé, que les revenus entrent avec constance et que les risques associés à la construction ont disparu, les promoteurs refinancent leur projet à de meilleurs taux et empochent alors des sommes souvent très importantes. En Grande-Bretagne, dit-il, de «véritables scandales» ont éclaté autour de profits exorbitants produits par une surévaluation initiale des risques et des refinancements ultérieurs fort avantageux.

Au Québec, reconnaît-il, l’agence des PPP s’est heureusement prémunie contre ce risque en prévoyant au contrat que les bénéfices d’un futur refinancement seront partagés moitié-moitié, comme les surplus que pourrait générer le péage s’ils dépassent 120 % des prévisions, soit plus de 200 millions.
 
 
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  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 20 novembre 2007 00h09
    Les PPP, ça devrait être bon pour les caisses électorales à sec
    Une autre patente pour aider à garnir les caisse électorales qui ont toujours soif à cause des limites trop élevées des dépenses électorales de nos chers députés.

  • coté carol
    Inscrit
    mardi 20 novembre 2007 09h47
    concorde
    Il faudra une surveillance mur a mur des travaux de construction pour ne pas se faire avoir comme le viaduc de la concorde,car apres 35 ans la remise de la structure au ministere nous devrons nous assurer que nous ne ramasserons pas une construvtion en état de délabrement,entre parenthese que les matériaux utilisés seront de bonne qualité,et que la compétence des contracteurs et sous contractants soient assurées.Si la caisse électorale est melé au technique alors on est sure de se faire avoir.

  • Gilles Laterrière
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 10h19
    Manipulation de l'information dans la fonction publique.
    La manipulation des informations est une pratique courante dans la fonction publique québécoise. C'est la réflexion que votre article sur les PPP m'inspire.

    Cette manipulation est le fruit de politiciens et de cadres supérieurs désireux d'imposer leur desiderata. Il n'y a pas de secteur à l'abri de cette plaie.

    Cette manipulation peut prendre toute sorte de formes, y compris l'invention pure et simple d'études scientifiques inexistentes, la censure de certains faits ou conclusions défavorables qui se trouvent dans les études réalisées ou l'imposition d'analystes tout à fait dévoués à la bonne cause.

    Après trente années passées dans le domaine de l'acquisition de données au sein de diverses organisations gouvernementales, je suis en mesure d'affirmer que ces pratiques sont répandues, qu'elles sont imposées aux fonctionnaires par une mafia locale au sein de chaque organisation.

    Les politiciens y trouvent leur profit car la manipulation sert leurs intérêts partisans. Les hauts fonctionnaires se mettent à l'abri des critiques même s'ils commettent les pires erreurs et les syndiqués y trouvent également leur compte parce qu'ils peuvent produire sans être le moindrement imputables des faiblesses de leurs travaux.

    C'est ainsi que pendant plus de trente ans, je fus le témoin de plusieurs projets de réforme de la fonction publique qui aboutirent dans le sable. Ça n'intéresse vraiment personne car une telle réforme sera efficace seulement le jour où l'on comprendra qu'il faut mettre fin à la manipulation de l'information.

    Gilles Laterrière

  • P M
    Inscrit
    mardi 20 novembre 2007 12h10
    le syndicat du ministère devrait prendre position
    Si le syndicat du ministère ne prend pas position contre ce PPP on peut croire qu'il serait contre le fait de servir c'est membre. En laissant croire à un chiffre aussi grotesque, misant essentiellement sur l'imcompétance des travailleurs et fonctionnaire-gestionaire, le syndicat ouvre la porte à une future vidange des employés. La transparence et la publicité est selon moi une solution pour que l'opinion publique croit à nouveau au bien fondé du processus administratif public.

  • Suzanne Gastaldy
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 14h56
    Un article qui remonte è nov 2006 paru dans le Diffuseur, bulletin de l'AGPI, association des gestionnaires de parcs immobiliers institutionnels
    PPP ou pas PPP?

    Devant des prévisions budgétaires à la hausse pour la construction des deux hôpitaux le Gouvernement envisage le recours à un Partenariat Public-Privé (PPP). Soit dit en passant sur ces « prévisions », il ne se trouve pas un gestionnaire sérieux pour douter un instant que le budget initial ait été « tiré en l'air » pour des fins politiques laissant maintenant la patate chaude aux administrateurs. Mais revenons aux PPP. L'argument principal des tenants de cette formule c'est qu'elle permettrait de construire moins cher et dans les délais. Je pense qu'il s'agit là d'une affirmation dogmatique. Tout au long de ma carrière, j'ai pu observer qu'une très grande majorité de constructions d'immeubles institutionnels s'était réalisée dans le respect des délais et des échéanciers et ce, selon la méthode conventionnelle : des plans et devis précis servant à obtenir des soumissions de la part d'entrepreneurs, un octroi au plus bas soumissionnaire et une surveillance rigoureuse de la conformité des travaux (en fait âpre lutte contre les entrepreneurs!). Si vous voulez des preuves regardez les offres de services des architectes et des ingénieurs qui tombent sur vos bureaux : tous mettent un point d'honneur à mentionner leur excellente performance sur cette double question des échéancier et des budgets. Tous les jours, nombre de gestionnaires institutionnels relèvent ce même défit. Regardez les 32 000 m2 des pavillons Lassonde de l'école polytechnique que Michel Rose a supervisé : dans les temps et dans les budgets! En plus ils se sont vus décerner la certification LEED « or » du U.S. Green Building Council pour l'approche en développement durable. (Voir « Le diffuseur » de mars 2006 p.6).

    Les coûts donc! Est-il raisonnable de penser que l'on obtiendra, grâce à un PPP, la même qualité à un prix moindre? Le milieu institutionnel du Québec a, à son emploi, un grand nombre de gestionnaires capables de gérer une construction bien mieux que n'importe quel entrepreneur ou firme de génie conseil. Pourquoi? Parce que ces fonctionnaires ont aussi le mandat quotidien d'entretenir au moindre coût ces constructions dont la pérennité dépasse de loin celles du secteur privé. Ils ne construisent donc pas nécessairement pour une économie immédiate mais pour un coût global (investissement plus coût de maintenance) minimal. Quand les tenants des PPP avancent que l'entreprise ne pourra sacrifier sur la qualité du projet car elle sera responsable de son entretien pendant 25 ans avant de rétrocéder l'ouvrage au gouvernement, je rigole! Le premier propriétaire venu sait que les grosses réparations surviennent après 20 ou 25 ans. C'est le Gouvernement qui va donc en hériter. Et à propos des coûts d'entretien, je voudrais ici relever l'insulte que nous aurait faite Madame Louise Jérome-Forget, présidente du Conseil du Trésor en tenant des propos peu élogieux sur la capacité des gestionnaires du Québec de prendre soin de leur patrimoine, comparativement aux firmes privées qui s'en tire si bien comme en témoigne la place Ville-marie! Comme l'ignorance à la mépris facile! Sait-elle Mme Jérome-Forget que pour entretenir ce patrimoine nous disposons de moins d'argent que pour entretenir un bungalow? Sais-elle par contre à combien revient l'entretien de la Place Ville-Marie? Quand on veut tuer son chien...
    Le seul argument que je pourrais retenir est le fait qu'en faisant financer les travaux par un tiers, la dette n'apparaît pas dans les comptes du Gouvernement... mais pour les contribuables c'est, au mieux, du pareil au même, et au pire, un coût supplémentaire si on considère la différence des taux d'emprunt entre le public et le privé.
    Autre argument : Les PPP permettent de faire assumer les principaux risques par des partenaires privés. Selon Christian Rouillard, professeur agrégé à l'école d'études politique de l'Université d'Ottawa, il n'en est rien : les risques sont scrupuleusement évalués et facturés à l'État. Les britanniques, qu'on donne volontiers en exemple et qui ont largement eu recours à cette formule commenceraient à déchanter. On lira avec intérêt l'article sur la question de Christian Rioux dans Le Devoir des 6 et 7 mai 2006 intitulé « Les britanniques déçus par le PPP ».
    Au moment où j'écris ces lignes, l'agence des PPP que le Gouvernement actuel a créée, a le mandat de faire la preuve que ce recours sera bénéfique en comparer les avantages d'une construction en PPP par rapport à une construction conventionnelle. Pour moi ça sent un peu trop le conflit d'intérêt, mais les paris sont ouverts!

    Pour en finir avec cette question pour laquelle les dogmes ont la vie dure, j'ai une suggestion : construire le CHUM de façon conventionnelle et le CUSM en PPP. Dans 4 ans on verra qui a relevé le défi des délais et dans 25 ans ont fera un audit de vétusté permettant le bilan des coûts globaux associés à ces types de gestion... et mes petits-enfants en sauront plus que leur grand-père...


    Pierre Gastaldy, ing.

  • Mario Tremblay
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 08h19
    Je le dis depuis longtemps.
    Le seul intérêt des PPP est que le gouvernement va continuer de construire des routes, des hôpitaux et des écoles, sans augmenter la dette.
    L'engagement financier du PPP va être camouflé dans un compte qui n'entrera pas dans de calcul de la dette.
    L'autre intérêt, non négligeable, est la mise en place d'un système de protection.
    L'Actualité a publié un excellent article sur le sujet il y a 2 ou 3 ans.

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