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Les jeunes matamores

Michel David   20 novembre 2007  Québec
Mario Dumont est bien placé pour savoir que l'aile jeunesse d'un parti politique peut être d'une grande utilité, mais aussi qu'elle peut provoquer de sérieux dérapages.

Après l'échec de l'accord du lac Meech, Robert Bourassa avait été très heureux de pouvoir disposer d'un instrument comme la commission jeunesse du PLQ pour se recréer un rapport de force avec le reste du Canada.

M. Bourassa a commencé à trouver cela moins drôle quand il a constaté que les jeunes libéraux prenaient au sérieux le virage autonomiste, au point de se présenter comme le «premier groupe souverainiste à l'intérieur du PLQ», et que leur adhésion au rapport Allaire n'était pas aussi conjoncturel que le sien.

Avec le départ spectaculaire des dissidents qui s'opposaient à l'entente de Charlottetown, le PLQ a vécu sa plus grave crise depuis que René Lévesque avait claqué la porte pour fonder le Mouvement souveraineté-association en 1967.

M. Dumont avait certainement approuvé à l'avance la proposition sur l'aide sociale que les jeunes adéquistes ont adoptée en fin de semaine dernière. En plus de voir leur chèque amputé s'ils ne participaient pas à une démarche de réinsertion, les bénéficiaires aptes au travail seraient progressivement privés de toute prestation après quatre ans.

La plate-forme électorale de l'ADQ était restée délibérément vague sur les mesures à prendre pour favoriser «le retour en emploi nécessaire», mais M. Dumont n'a rien fait pour se dissocier de la proposition des jeunes. Au contraire, «on parle de la même chose», a-t-il déclaré. Le député de Joliette, Pascal Beaupré, a été catégorique: «C'est ce que ça va prendre pour contraindre les gens aptes au travail à retourner à l'emploi.»

Cela ressemble étrangement à cet engagement inconsidéré d'abolir les commissions scolaires sans offrir de solution de rechange, qui a permis au chef de l'ADQ de faire l'unanimité contre lui. Les bénéficiaires auxquels on couperait les vivres ne disparaîtraient pas par enchantement. On estime actuellement à 140 000 le nombre de bénéficiaires aptes au travail. Cela représente beaucoup d'itinérants potentiels.

***

Une proposition aussi brutale traduit non seulement une profonde méconnaissance de la complexité du problème, mais aussi un très mauvais calcul. Tout le monde reconnaît qu'il faut augmenter l'employabilité des bénéficiaires, mais l'économiste Pierre Fortin, que l'on ne peut pas soupçonner de gauchisme, estime que les coûts sociaux engendrés par l'élimination des prestations seraient supérieurs à l'économie réalisée.

Il est assez savoureux de voir l'attaché de presse du ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, accuser l'ADQ de mépriser les assistés sociaux. Dès sa nomination, M. Hamad n'avait rien trouvé de mieux à dire que de les comparer aux Bougon de François Avard, provoquant la colère des organismes communautaires.

Bien sûr, aux yeux de certains, on ne serrera jamais assez la vis. Une proposition comme celle des jeunes sera toujours applaudie chaudement dans une assemblée adéquiste. Aux dernières élections, l'ADQ a certainement bénéficié du ras-le-bol de ceux qui trouvent que trop de gens vivent aux crochets des contribuables.

Si M. Dumont veut devenir premier ministre, il lui faudra cependant trouver des appuis supplémentaires chez ceux qui estiment qu'un gouvernement et son chef doivent aussi agir de façon responsable.

L'érosion du vote adéquiste depuis quelques semaines rappelle ce qui s'était produit durant les mois qui avaient précédé les élections d'avril 2003, quand la population avait eu un mouvement de recul devant les propositions de l'ADQ, jugées trop à droite.

Comme cela s'était produit à l'époque, ce sont les libéraux qui semblent actuellement profiter du recul de l'ADQ. Par effet de contraste, le PLQ est en voie de se redonner l'image d'un parti de centre épris de justice sociale.

***

Il fut un temps où la commission jeunesse du PLQ voulait imposer des travaux communautaires aux bénéficiaires de l'aide sociale, mais c'était avant que l'ADQ ne devienne une force politique. Aujourd'hui, le président de la CJ, François Beaudry, déplore les préjugés dont ils sont victimes et se demande si l'aile jeunesse de l'ADQ n'est pas devenue un porte-parole du Conseil du patronat.

Personne au PQ n'a jugé utile de commenter la proposition des jeunes adéquistes. D'ailleurs, on ne sait pas trop comment l'exercice de modernisation de la social-démocratie annoncé par Pauline Marois va se traduire. Le programme adopté au congrès de juin 2005 prévoyait l'intégration des diverses formes de sécurité du revenu pour favoriser l'instauration progressive d'une forme de revenu garanti, mais on peut douter que Mme Marois veuille poursuivre dans cette voie.

En revanche, la défense des bénéficiaires de l'aide sociale est une vocation naturelle pour Québec solidaire. Dimanche, Françoise David a profité de la réunion du conseil national de son parti pour dénoncer la proposition des jeunes de l'ADQ, qui repose «sur une base d'ignorance, d'intolérance et de mépris».

On peut toutefois de demander si QS ne constitue pas un carcan plutôt qu'un haut-parleur pour Mme David. Diriger un parti politique impose une certaine retenue et il n'est sans doute pas facile de concilier tous les points de vue au sein d'un ensemble aussi hétéroclite. Son titre de simple «porte-parole» traduit bien cette réalité. Ses interventions n'ont plus la fraîcheur et la spontanéité qui la caractérisaient avant qu'elle ne se lance en politique.

Il faut également prendre les moyens de ses ambitions. Pour un parti qui se plaint d'un manque de visibilité, il est assez paradoxal de s'enfermer à huis clos pour discuter de son programme et de refuser à la presse l'accès à la documentation pertinente. Au moins, à l'ADQ, on ne se cache pas.

mdavid@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 20 novembre 2007 00h05
    Québec Solidaire, une nuisance d'extrème gauche
    « Québec Solidaire veut plus taxer les riches et les compagnies pour financer le surplus des dépenses sociales qu'elle préconise. Ce parti s'est endetté et n'aurait pas de problème à endetter le Québec encore plus pour tous ces programmes sociaux là.

    Au moins, l'ADQ parle de réduire la dette du Québec qui a été augmentée par tous ces programme sociaux qu'elle ne pouvait se permettre avec ses seuls revenus.

    C'est la raison qui fait que le Québec ne leur accorde pas plus de 4 % de votes. C'est juste ce qu'il faut pour nuire au PQ qui est responsable d'une partie de ces dépenses mais que QS trouve encore trop à droite. Wow ! »

  • Parisien Jaque
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 06h11
    Drôle de comparaison
    « J'estime étrange que l'on compare, à la fin de l'article, l'ADQ et Québec Solidaire en prétendant que le premier ne se cache pas tandis que l'autre préfère «s'enfermer à huis clos».

    Peut-être est-il préférable de se terrer quelque peu, loin du feu des rampes, pour mieux réfléchir, au lieu d'avancer publiquement des énormités telles que proférées par la commission jeunesse de l'ADQ.

    Puis, enfin, quand va-t-on cesser, une fois pour toutes, de nous ressasser la vieille rengaine du «porte-parole»? Avoir un chef unique à la tête d'un parti ne garantit nullement l'intelligence des propos, à preuve la proposition en question. De la façon dont vont les choses au Québec, peut-être que le vieil adage, «deux têtes valent mieux qu'une» serait à prendre au sérieux. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 20 novembre 2007 07h44
    @Jacque Parisien
    « M. Parisien écrit : «Peut-être est-il préférable de se terrer quelque peu, loin du feu des rampes, pour mieux réfléchir»

    Faut pas trop que Québec Solidaire se terre parce qu'avec un gros 4 % dans ses meilleurs sondages avec l'espoir d'en obtenir 5 % à la prochaine élection, ça va leur prendre beaucoup de visibilité ce qui est difficile à obtenir quand on reste caché même si la maxime dit : Pour vivre heureux vivons cachés "ce qui n'a pas été destiné aux partis politiques". »

  • Guy Lafond
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 08h53
    Michel Chartrand
    « À propos des assistés sociaux, Michel Chartrand suggérait de régler la question de la façon suivante: « Donnons aux exclus les moyens de devenir musiciens, sculpteurs, artistes ».

    Songé, vous ne trouvez pas?

    Quand les compagnies déménagent quand elles veulent et qu'elles produisent davantage avec moins de monde, ajoutait Chartrand...

    Créons donc les conditions pour que nos exclus soient exposés à la Nature, là où ils risquent le mieux de devenir Quelqu'un. Nous pourrions ainsi donner un nouvel élan à la poésie québécoise et au développement rural.

    Ce serait la première étape vers le paradis terrestre. Le Québec servirait de modèle au reste du monde; la deuxième étape étant d'abolir l'esclavage moderne dans les pays du tiers-monde. La troisième et dernière étape, plus compliquée, serait de relier en circuit fermé tous les prédateurs du monde et faire en sorte qu'ils ont toujours l'impression qu'ils font quelque chose de bon pour l'humanité. On éviterait ainsi une sixième extinction des espèces sur la terre. Car la terre, elle, après tout, elle s'en fout.

    Toujours sur cette question épineuse des assistés sociaux...Tiens, posons la question à l'envers : comment empêcher de rétribuer grassement quelqu'un qui n'a pas de meilleure idée que d'inventer des pommes à saveur de raisin? - Allez donc voir les étalages de fruits chez Loblaw si vous n'êtes pas convaincus. Eh oui, « made in USA ».

    Vous aimez les principes de physique? La trajectoire la plus simple que puisse avoir un objet dans l'Univers est en effet une ligne droite, et la Nature ne le dévie pas tant qu'on ne le lui demande pas. Il faut bien leur donner cela à nos assistés sociaux. Ils sont très forts en physique.

    Au Québec, on aime la simplicité. Pas besoin de vaseline pour comprendre ça. Nos ancêtres étaient des coureurs des bois. Pour quand la souveraineté? Demandez la question simplement et on vous répondra.

    En tout cas, chez nous, à Noël, il y aura une orange sous notre sapin. C'est bien suffisant. »

  • Caroline Sigouin
    Abonnée
    mardi 20 novembre 2007 09h23
    L'ADQ, une nuisance de droite
    « Plutôt que de préconiser des solutions sociales à des problèmes sociaux, l'ADQ propose des mesures coercitives qui ne feront qu'empirer les choses. Les personnes bénéficiant de l'aide sociale vivent déjà sous le seuil de la pauvreté! Affamer une partie de la population ne peu qu'engendrer des problèmes sociaux encore plus grave. Et a-t-on seulement pensé aux enfants de ces familles?

    Et pour répondre au dernier intervenant, à propos de Québec solidaire, oui, ce parti a une dette. Et puis? Le crédit intelligent, ça existe. Je ne connais pas grand monde qui n'a pas d'hypothèque sur sa première maison. Aussi, comme il l'a lui-même mentionné, le cadre financier de Québec solidaire proposait de nouvelles sources de revenu pour financer ses dépenses plus élevées dans le système public, pour arriver à un budget équilibré... je ne vois rien de mal à ça. Et il ne s'agit pas que de taxer plus certaines catégories d'imposés (dont les institutions financière qui font des milliard de profit chaque année je le rappelle), mais aussi de négocier le coût des médicaments, de retirer des profits de l'énergie éolienne, etc.

    Le spectre d'une dette, beaucoup moins grave d'ailleurs que ce que l'on nous laisse croire, ne doit pas être un motif pour sabrer dans ce qui appartient à tous les Québécois, dans notre richesse collective, dans notre système public, que ce soit l'aide sociale, les soins de santé, l'éducation, etc. »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 11h29
    Entre le simplisme de l'ADQ et l'immobilisme de QS
    « Québec solidaire défend l'aide sociale, même si nous savons tous que certains citoyens en abusent.

    De son côté, l'ADQ propose des mesures drastiques pour inciter les assites sociaux aptes au travail à se chercher un emploi. Sauf que la situation est plus complexe que ne le croient les membres de ce parti.

    On dit souvent qu'on manque de main-d'oeuvre. Oui, mais quels sont les emplois disponibles ? Mis à part certains postes offrant des conditions intéressantes mais nécessitant aussi une longue formation, la plupart des emplois offerts sont au salaire minimum, sinon à contrat, donc des emplois souvent précaires.

    De plus, n'oublions pas que, comme aux États-Unis, le phénomème des « working poors » existe aussi au Québec. Récemment, le directeur de Jeunesse au Soleil a déclaré a la télévision que beaucoup de personnes, ayant pourtant un travail, se présentaient à son organisme pour se procurer de la nourriture parce qu'ils n'arrivaient plus à boucler leurs fins de mois.

    Alors pourquoi aller travailler ? Par fierté de dire qu'on parvient plus ou moins à ne pas dépendre des autres ?

    Si au moins, l'État donnait l'exemple, ce qui n'est pas toujours le cas. Pensons ici à tout l'argent des contribuables dépensé par une certaine lieutenante-gouverneure. Pensons aussi aux honoraires plus que généreux payés à des directeurs de commissions (créées par l'État) qui pondent des rapports qui se retrouvent le plus souvent sur les tablettes.

    Bien des gens abusent du système, pas uniquement les assistés sociaux ! »

  • Sylvain Racine
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 12h17
    Et du jello pour les vieux aussi!
    « Alors, le Québec est véritablement rendu là?

    Bon, tant qu'à ça, juste du jello et des patates pilées pour les vieux dans les CHSLD dans le but de faire plus d'économie. On augmente les frais de scolarité, on donne la permission à tous les parents d'envoyer leurs enfants dans des écoles anglophones, on privatise le système de santé et on permet à toutes les entreprises subventionnées par l'état Québécois de ne pas réinvestir ici, mais de donner des dividendes à ses actionnaires et de déménager les installations au Mexique ou ailleurs.

    Bref, c'est malheureusement où l'ADQ et le PLQ (ma perception) veulent diriger le Québec. »

  • Sylvain Guilbault
    Abonné
    mardi 20 novembre 2007 20h52
    Vaut mieux le chèque que la nuisance
    « Ayant fait l'acquisition d'un immeuble à revenus il y a un peu plus d'un an j'ai fait l'expérience sur le terrain d'avoir affaire aux aptes au travail bs de père en fils. L'expérience a été enrichissante et me permet de dire que ceux dont j'ai eu affaire nous causent bien moins de problèmes avec un chèque par mois que d'être obligés de travailler pour gagner leur vie. Car ce n'est sûrement pas le travail que ces gens choisiraient si on leur coupait les vivres. Le vol, l'escroquerie en tout genre leur conviendrait bien mieux. Ce qui me fait dire que le chiffre de 140 000 assistés aptes au travail devrait être réduit un peu. S'ils avaient l'éveil mental nécessaire à se démerder seuls il y a longtemps qu'ils seraient retournés travailler. »

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