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Le nerd des champs

Michel David   13 novembre 2007  Québec
Le personnage avait beau être attachant pour ceux qui le connaissaient de façon plus intime, il fallait être un cégépien assez particulier pour coller une affiche à l'effigie de Robert Bourassa au mur de sa chambre. Et la conserver jusqu'à l'université.

Depuis son entrée en politique, on a multiplié les comparaisons entre l'ambiguïté que M. Bourassa se plaisait à entretenir et le flou tout aussi artistique qui entoure les positions constitutionnelles du chef de l'ADQ.

À la lecture de la biographie qu'a lancée hier le collègue de La Presse, Denis Lessard, sous le titre L'Instinct Dumont, on comprend encore mieux à quel point ces deux-là sont sortis du même moule, si ce n'est que l'aîné était un pur produit de l'est de Montréal, tandis que le plus jeune a grandi dans un rang du Bas-du-Fleuve.

Il arrive souvent que les années de jeunesse soient simplement un passage obligé pour un biographe. Dans le cas du chef de l'ADQ, c'est indispensable à la compréhension du personnage. Denis Lessard a un talent particulier pour aligner les anecdotes qui colorent un portrait, et son livre en fourmille.

On entrevoit déjà le «roi de la clip» dans le génie en herbe qui dévore les atlas et les encyclopédies, mais il n'est fait mention nulle part d'auteurs qui l'auraient particulièrement impressionné et auraient contribué à enrichir sa pensée. Déjà, il semblait trop occupé pour avoir le temps de réfléchir.

Le chef de l'ADQ nie avoir déclaré à son professeur de mathématiques au collège Notre-Dame qu'il deviendrait premier ministre, comme M. Bourassa l'avait prédit au même âge à son ami Jacques Godbout, mais ils caressaient assurément le même rêve.

Si l'ancien premier ministre, lui, vouait autant d'affection au président de la commission jeunesse du PLQ, c'est sans doute qu'il se retrouvait en lui. Un fabuliste contemporain aurait pu se délecter de la relation entre le nerd des villes et le nerd des champs.

***

On se souvient à juste titre de M. Bourassa comme d'un homme déterminé qui, dès le lendemain de la défaite libérale de 1976, avait entrepris de préparer son retour, mais le parcours de Mario Dumont a été beaucoup plus difficile.

Denis Lessard n'est pas le premier à faire le récit des événements qui ont amené Jean Allaire et un petit groupe de jeunes militants à claquer la porte du PLQ, malgré les énormes pressions dont ils étaient l'objet. Quinze ans plus tard, le sang-froid avec lequel ils ont marché à l'abattoir ne cesse pourtant d'impressionner.

Pendant que la tension montait jusqu'à devenir insoutenable au PEPS de l'Université Laval, où les délégués au congrès libéral s'apprêtaient à crucifier les dissidents qui refusaient d'approuver l'entente de Charlottetown, le président de la commission jeunesse a fait signe à un des ses amis d'enfance: «Va voir si ma mère est correcte.»

Je fais partie des nombreux gérants d'estrade qui ont enterré le chef de l'ADQ à maintes reprises. Au lendemain des élections du 26 mars dernier, il a eu l'élégance de ne pas me rappeler une chronique écrite six mois auparavant, dans laquelle je demandais à ses électeurs de Rivière-du-Loup de «l'euthanasier» pour le délier d'un engagement qui le retenait prisonnier et risquait de gâcher sa vie.

À l'époque, j'étais loin de me douter que Lucien Bouchard lui conseillait de retourner au PLQ. En entendant l'ancien premier ministre, il s'est revu sur le toit du bunker de la Grande-Allée, en septembre 1992, quand M. Bourassa lui reprochait de faire un mauvais choix de carrière. Ni l'un ni l'autre n'auraient pu supporter autant de frustration.

Le chef de l'ADQ est avant tout un fils de la terre, m'a déjà expliqué le politologue Guy Laforêt, qui l'a côtoyé durant cette période difficile de sa vie. Il fait de la politique avec la même patience qui a permis à ses ancêtres de labourer leur champ inlassablement. Un nerd des villes aurait abandonné bien plus rapidement.

***

Il est assez ironique de lancer un livre intitulé L'Instinct Dumont précisément au moment où le flair du chef de l'ADQ semble lui avoir joué un vilain tour en l'incitant à relancer le débat sur l'abolition des commissions scolaires.

Tout le monde reconnaît que M. Dumont a un instinct bien supérieur à la moyenne, mais il n'est pas infaillible. Quand il a aperçu l'énorme feuille d'érable qui servirait de toile de fond à son discours devant le Canadian Club de Toronto, en septembre, 2002, la première pensée qui lui est venue à l'esprit a été la suivante: «Eille, ici, on n'est pas chez nous.»

Cela ne l'a pas empêché de lâcher les mots qui l'ont hanté pendant des années: «La question constitutionnelle n'est pas sur l'écran radar de l'ADQ...» «Des gars comme Éric Montigny ou Guy Laforêt n'étaient pas là... il manquait une sensibilité», a-t-il expliqué à son biographe. Peut-être, mais comment se fait-il que son sixième sens ne l'ait pas averti du danger?

Dans le cas des accommodements raisonnables, M. Dumont et son entourage ont été éberlués de l'écho que ses propos ont eu. En ce jeudi de novembre 2007, il donnait des entrevues à la chaîne en prévision du congrès de l'ADQ, et un collègue de la Presse canadienne a eu la présence d'esprit de le lancer sur le sujet.

Denis Lessard est un journaliste de terrain. Son livre, écrit en l'espace de deux mois, est une passionnante chronique de l'ascension — et des passages à vide — du chef de l'ADQ. On n'y trouvera pas d'analyse serrée de sa pensée qui pourrait servir de fil conducteur, mais comment analyser ce qui relève essentiellement de l'instinct?

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Georges Allaire - Inscrit
    13 novembre 2007 01 h 39
    L'instinct et la manchette
    L'instinct de Mario Dumont n'est pas de faire à tout bout de champ l'approbation des manchettes et des analystes. Elle est de maintenir une direction qui rejoint un grand nombre de citoyens régulièrement déçus des manchettes et des analystes.

    Le manque d'imagination du tandem PQ et PLQ, qui fut le râtelier de tant d'analystes, explique leur solidarité avec des commissions scolaires auxquelles près de nul ne croient parmi les citoyens. Si les habitudes d'antan maintiennent encore une structure désuète, la persévérance de Mario peut engendrer une majorité pratique à partir d'un bon sens populaire... et confirmer son instinct politique.

    Imaginez seulement un Mario qui annone du Charest et du Marois: qui voudrait de lui?
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    13 novembre 2007 02 h 26
    Ce n'est pas parce qu'on vient du champ qu'on est dedans
    l'ADQ de M. Mario Dumont va être l'élément déclencheur de l'avenir constitutionnel du Québec s'il est élu parce qu'il représente une option acceptable à 60 % des Québécois qui ne sont pas des fédéralistes ou des souverainistes purs et durs.

    Si l'ADQ réussit le gros de son programme d'autonomie, adieu souveraineté du Québec ou fédéralisme centralisateur à la Stéphane Dion mais s'il se frappe trop le mur fermé du fédéral, la souveraineté du Québec va apparaître comme LA solution constitutionnelle pour le Québec plus que ne le ferait l'élection du PQ.

    Faut pas oublier que l'autonomie de l'ADQ comprend la collection de tous les impôts "un rapport unique annuel par Québécois" et la collection des autres taxes. Des montants seraient remis au fédéral pour services rendus au Québec.

    Il faut ajouter que l'ADQ veut changer le nom de Province de Québec en État autonome du Québec avec citoyenneté et constitution québécoise, élargissement des pouvoirs du Québec à l'international etc... Wow !

    J'aimerais voir si l'ADQ va conserverait ce programme jusque là et/ou comment le fédéral donnerait son accord "plier" devant cette autonomie suggérée actuellement par l'ADQ.

    L'idéal serait que le PQ et l'ADQ collaborent "ils sont majoritaires ensemble à notre Assemblée nationale" pour faire adopter quelques éléments des 2 programmes qui peuvent se ressembler.
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  • jacques noel - Inscrit
    13 novembre 2007 08 h 01
    "Je fais partie des nombreux gérants d'estrade"
    Que disais la Lionne de Bourget?
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  • Raymond Vaillancourt - Abonné
    13 novembre 2007 08 h 44
    Quelle pensée ?
    Comme vous le soulignez vous-mêmes, on "n'y trouvera pas d'analyse serrée de sa pensée". Cela me semble normal dans la mesure où d'évidence il y a absence de vision chez le chef de l'ADQ, absence d'autant plus importante qu'il ne permet à personne d'autre que lui d'en élaborer une qu'il partagerait. Une partie importante de sa force résulte de la faiblesse de ses adversaires ! C'est ce que l'on appelle être élu par défaut.

    Raymond Vaillancourt
    www.prospectgestion.com
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  • Roland Berger - Abonné
    13 novembre 2007 10 h 33
    L'histoire d'une vengeance
    J'ai pensé et je pense encore que l'histoire de Mario Dumont est celle d'une vengeance contre le parti qui l'a mis à la porte après avoir exploité son talent et son dévouement. Mario Dumont n'a pas digéré que les recommandations du rapport Allaire ait été tablettées par Robert Bourassa. Sa dernière victoire électorale l'a rapproché de son but. Il en a fallu de peu pour que son ancien parti morde la poussière. Le problème est qu'on ne peut attendre d'un être vengeur qu'il puisse se donner une pensée cohérente sur un avenir meilleur pour le Québec dont il est pourtant l'un des fils les plus talentueux.
    Roland Berger
    London, Ontario
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  • André Loiseau - Abonné
    13 novembre 2007 11 h 16
    L'instinct
    Vous avez raison, M.David. Vive le gros bon sens terrien qui semble manquer, parfois, à quelqu'un qui se veut le représentant des classes rurales.
    Mon chat a beaucoup d'instinct.
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  • Jocelyn Roy - Inscrit
    13 novembre 2007 12 h 55
    Médaille d'argent
    Même s'il ne devient jamais Premier Ministre, Mario Dumont pourra se vanter d'être le premier politicien québécois "indépendant" à avoir obtenu 30% des votes pour le devenir. Car les gens n'ont pas voté pour l'ADQ. L'adéquisme n'existe pas. Il n'y a que quelques dizaines d'adéquistes au Québec. Mario Dumont est un candidat indépendant, sans programme cohérent, sans vision de l'avenir. Mais il sait rallier les québécois. C'est un grand populiste. Comme André Arthur et bien d'autres.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    13 novembre 2007 14 h 07
    Loiseau et le chat
    M. Loiseau écrit qu'il a un chat. J'espère qu'il ne sait pas que vous appelez comme ça.
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