Des nouvelles de Québec solidaire
Depuis les élections du 26 mars dernier, Québec solidaire n'a pas davantage réussi à retenir l'attention de la population qu'il ne l'avait fait durant la campagne électorale.
Le dernier sondage Crop ne lui accordait toujours que 4 % des intentions de vote, soit deux points derrière le Parti vert. La plupart du temps, les interventions de ses porte-parole ne lui valent qu'un paragraphe ou un entrefilet dans les journaux.
Dans l'esprit de plusieurs, QS demeure un ramassis de rêveurs dont la naïveté n'a d'égale que la noblesse de leurs intentions. Si Françoise David demeure une femme très estimée, elle avait sans doute une plus grande influence avant de sauter dans l'arène politique.
Mario Dumont pourrait témoigner qu'il faut s'armer de patience quand on lance un nouveau parti. Le chef de l'ADQ a au moins eu la chance d'entrer à l'Assemblée nationale dès sa première tentative, mais on ne voit pas le jour où QS pourra bénéficier de cette vitrine.
Il ne s'est pas encore approprié un thème qui soit de nature à susciter un mouvement d'opinion significatif, comme l'ADQ a réussi à le faire avec la question identitaire. Le débat sur la privatisation des services de santé pourrait lui offrir une occasion de s'identifier clairement à un enjeu qui concerne tout le monde.
Même si l'idée de confier un rôle plus important au secteur privé a fait son chemin, le spectre de la «médecine à deux vitesses» continue de hanter bien des gens, notamment ceux qui ont connu la situation antérieure à la création de l'assurance-maladie.
***
En fin de semaine, QS s'est joint à la croisade entreprise par les centrales syndicales à quelques semaines de la publication du rapport Castonguay, dont les recommandations pourraient donner le ton à la prochaine campagne électorale.
«On assiste à un effort concerté de certains milieux pour changer en catimini le système de santé tel qu'on l'observe aujourd'hui et introduire des éléments du système de santé secteur privé», a déclaré Amir Khadir. En catimini? Au contraire, l'objectif est avoué et ce n'est pas seulement l'affaire de «certains milieux».
QS a décidé de créer un «club de lecture» pour éclairer M. Castonguay sur les «illusions» qu'il entretient au sujet des bienfaits de la participation du secteur privé, mais on pourrait y inscrire aussi Pauline Marois.
Durant la course à la succession de Bernard Landry, Mme Marois promettait de défendre bec et ongles les principes d'universalité, d'accessibilité et surtout de gratuité du système de santé, mais sa pensée semble avoir passablement évolué depuis.
Le document d'orientation qui circule présentement au sein des instances du PQ, afin d'alimenter la discussion sur le contenu de la prochaine plate-forme électorale, ouvre la porte à des remises en question fondamentales, qu'il s'agisse d'introduire une tarification de l'usager ou d'étendre la gamme de soins qui pourraient être couverts par une police d'assurance privée.
L'an dernier, le SPQ Libre avait enlevé à André Boisclair toute velléité de s'éloigner des orientations décidées au congrès de juin 2005. Mme Marois était bien déterminée à éliminer ce «parti dans le parti», dont M. Landry avait eu le tort d'autoriser la création, mais elle y a finalement renoncé.
En retour, le SPQ Libre s'est engagé à ne pas s'en prendre publiquement à la nouvelle chef du PQ, et son président, Marc Laviolette, a intimé à ses membres de respecter cet engagement. Plusieurs ont cependant grimacé à la lecture du document d'orientation.
Même si la poursuite du déficit zéro a mis leur allégeance péquiste à dure épreuve, bien des progressistes ont toujours pensé que le PQ demeurait un moindre mal, mais une privatisation partielle du réseau de la santé serait très difficile à avaler.
***
L'arrivée de Mme Marois créait une situation un peu délicate pour un parti qui a fait du féminisme un de ses principes directeurs. Après son projet de loi sur l'identité québécoise, le document d'orientation du PQ a cependant offert à QS une deuxième occasion de s'en dissocier en deux semaines. «Est-ce de cela qu'il s'agit quand Pauline Marois parle de moderniser la social-démocratie? Elle devra tôt au tard répondre à ces questions», a déclaré Françoise David.
Jeudi soir, à Québec, QS organise une conférence-débat sur le thème suivant: «Pauline Marois, un renouveau pour la gauche québécoise»? Comme on dit: poser la question, c'est y répondre. Sur l'affiche qui a été conçue pour l'occasion, on a donné à la chef du PQ un air particulièrement hautain.
Au printemps dernier, la plate-forme péquiste demeurait suffisamment progressiste pour éviter une hémorragie à sa gauche. Cette fois-ci, Mme Marois semble bien déterminée à récupérer les voix que le PQ a perdues à l'ADQ. L'opération peut être rentable, mais il y a toujours le risque de lâcher la proie pour l'ombre.
Hier, le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, est entré dans le débat en rappelant les sondages selon lesquels une majorité de Québécois seraient disposés à permettre aux mieux nantis d'avoir accès plus rapidement à des soins.
Le danger pour le PQ est de demeurer assis entre deux chaises. Une ouverture trop timide au privé sera jugée insuffisante par ceux, de plus en plus nombreux, qui sont d'avis que le système a besoin d'un remède de cheval. En revanche, toute remise en question de l'universalité et de la gratuité pourrait donner à QS la grande cause qui lui a fait défaut jusqu'à présent.
mdavid@ledevoir.com
Le dernier sondage Crop ne lui accordait toujours que 4 % des intentions de vote, soit deux points derrière le Parti vert. La plupart du temps, les interventions de ses porte-parole ne lui valent qu'un paragraphe ou un entrefilet dans les journaux.
Dans l'esprit de plusieurs, QS demeure un ramassis de rêveurs dont la naïveté n'a d'égale que la noblesse de leurs intentions. Si Françoise David demeure une femme très estimée, elle avait sans doute une plus grande influence avant de sauter dans l'arène politique.
Mario Dumont pourrait témoigner qu'il faut s'armer de patience quand on lance un nouveau parti. Le chef de l'ADQ a au moins eu la chance d'entrer à l'Assemblée nationale dès sa première tentative, mais on ne voit pas le jour où QS pourra bénéficier de cette vitrine.
Il ne s'est pas encore approprié un thème qui soit de nature à susciter un mouvement d'opinion significatif, comme l'ADQ a réussi à le faire avec la question identitaire. Le débat sur la privatisation des services de santé pourrait lui offrir une occasion de s'identifier clairement à un enjeu qui concerne tout le monde.
Même si l'idée de confier un rôle plus important au secteur privé a fait son chemin, le spectre de la «médecine à deux vitesses» continue de hanter bien des gens, notamment ceux qui ont connu la situation antérieure à la création de l'assurance-maladie.
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En fin de semaine, QS s'est joint à la croisade entreprise par les centrales syndicales à quelques semaines de la publication du rapport Castonguay, dont les recommandations pourraient donner le ton à la prochaine campagne électorale.
«On assiste à un effort concerté de certains milieux pour changer en catimini le système de santé tel qu'on l'observe aujourd'hui et introduire des éléments du système de santé secteur privé», a déclaré Amir Khadir. En catimini? Au contraire, l'objectif est avoué et ce n'est pas seulement l'affaire de «certains milieux».
QS a décidé de créer un «club de lecture» pour éclairer M. Castonguay sur les «illusions» qu'il entretient au sujet des bienfaits de la participation du secteur privé, mais on pourrait y inscrire aussi Pauline Marois.
Durant la course à la succession de Bernard Landry, Mme Marois promettait de défendre bec et ongles les principes d'universalité, d'accessibilité et surtout de gratuité du système de santé, mais sa pensée semble avoir passablement évolué depuis.
Le document d'orientation qui circule présentement au sein des instances du PQ, afin d'alimenter la discussion sur le contenu de la prochaine plate-forme électorale, ouvre la porte à des remises en question fondamentales, qu'il s'agisse d'introduire une tarification de l'usager ou d'étendre la gamme de soins qui pourraient être couverts par une police d'assurance privée.
L'an dernier, le SPQ Libre avait enlevé à André Boisclair toute velléité de s'éloigner des orientations décidées au congrès de juin 2005. Mme Marois était bien déterminée à éliminer ce «parti dans le parti», dont M. Landry avait eu le tort d'autoriser la création, mais elle y a finalement renoncé.
En retour, le SPQ Libre s'est engagé à ne pas s'en prendre publiquement à la nouvelle chef du PQ, et son président, Marc Laviolette, a intimé à ses membres de respecter cet engagement. Plusieurs ont cependant grimacé à la lecture du document d'orientation.
Même si la poursuite du déficit zéro a mis leur allégeance péquiste à dure épreuve, bien des progressistes ont toujours pensé que le PQ demeurait un moindre mal, mais une privatisation partielle du réseau de la santé serait très difficile à avaler.
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L'arrivée de Mme Marois créait une situation un peu délicate pour un parti qui a fait du féminisme un de ses principes directeurs. Après son projet de loi sur l'identité québécoise, le document d'orientation du PQ a cependant offert à QS une deuxième occasion de s'en dissocier en deux semaines. «Est-ce de cela qu'il s'agit quand Pauline Marois parle de moderniser la social-démocratie? Elle devra tôt au tard répondre à ces questions», a déclaré Françoise David.
Jeudi soir, à Québec, QS organise une conférence-débat sur le thème suivant: «Pauline Marois, un renouveau pour la gauche québécoise»? Comme on dit: poser la question, c'est y répondre. Sur l'affiche qui a été conçue pour l'occasion, on a donné à la chef du PQ un air particulièrement hautain.
Au printemps dernier, la plate-forme péquiste demeurait suffisamment progressiste pour éviter une hémorragie à sa gauche. Cette fois-ci, Mme Marois semble bien déterminée à récupérer les voix que le PQ a perdues à l'ADQ. L'opération peut être rentable, mais il y a toujours le risque de lâcher la proie pour l'ombre.
Hier, le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, est entré dans le débat en rappelant les sondages selon lesquels une majorité de Québécois seraient disposés à permettre aux mieux nantis d'avoir accès plus rapidement à des soins.
Le danger pour le PQ est de demeurer assis entre deux chaises. Une ouverture trop timide au privé sera jugée insuffisante par ceux, de plus en plus nombreux, qui sont d'avis que le système a besoin d'un remède de cheval. En revanche, toute remise en question de l'universalité et de la gratuité pourrait donner à QS la grande cause qui lui a fait défaut jusqu'à présent.
mdavid@ledevoir.com
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