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Des nouvelles de Québec solidaire

Michel David   6 novembre 2007  Québec
Depuis les élections du 26 mars dernier, Québec solidaire n'a pas davantage réussi à retenir l'attention de la population qu'il ne l'avait fait durant la campagne électorale.

Le dernier sondage Crop ne lui accordait toujours que 4 % des intentions de vote, soit deux points derrière le Parti vert. La plupart du temps, les interventions de ses porte-parole ne lui valent qu'un paragraphe ou un entrefilet dans les journaux.

Dans l'esprit de plusieurs, QS demeure un ramassis de rêveurs dont la naïveté n'a d'égale que la noblesse de leurs intentions. Si Françoise David demeure une femme très estimée, elle avait sans doute une plus grande influence avant de sauter dans l'arène politique.

Mario Dumont pourrait témoigner qu'il faut s'armer de patience quand on lance un nouveau parti. Le chef de l'ADQ a au moins eu la chance d'entrer à l'Assemblée nationale dès sa première tentative, mais on ne voit pas le jour où QS pourra bénéficier de cette vitrine.

Il ne s'est pas encore approprié un thème qui soit de nature à susciter un mouvement d'opinion significatif, comme l'ADQ a réussi à le faire avec la question identitaire. Le débat sur la privatisation des services de santé pourrait lui offrir une occasion de s'identifier clairement à un enjeu qui concerne tout le monde.

Même si l'idée de confier un rôle plus important au secteur privé a fait son chemin, le spectre de la «médecine à deux vitesses» continue de hanter bien des gens, notamment ceux qui ont connu la situation antérieure à la création de l'assurance-maladie.

***

En fin de semaine, QS s'est joint à la croisade entreprise par les centrales syndicales à quelques semaines de la publication du rapport Castonguay, dont les recommandations pourraient donner le ton à la prochaine campagne électorale.

«On assiste à un effort concerté de certains milieux pour changer en catimini le système de santé tel qu'on l'observe aujourd'hui et introduire des éléments du système de santé secteur privé», a déclaré Amir Khadir. En catimini? Au contraire, l'objectif est avoué et ce n'est pas seulement l'affaire de «certains milieux».

QS a décidé de créer un «club de lecture» pour éclairer M. Castonguay sur les «illusions» qu'il entretient au sujet des bienfaits de la participation du secteur privé, mais on pourrait y inscrire aussi Pauline Marois.

Durant la course à la succession de Bernard Landry, Mme Marois promettait de défendre bec et ongles les principes d'universalité, d'accessibilité et surtout de gratuité du système de santé, mais sa pensée semble avoir passablement évolué depuis.

Le document d'orientation qui circule présentement au sein des instances du PQ, afin d'alimenter la discussion sur le contenu de la prochaine plate-forme électorale, ouvre la porte à des remises en question fondamentales, qu'il s'agisse d'introduire une tarification de l'usager ou d'étendre la gamme de soins qui pourraient être couverts par une police d'assurance privée.

L'an dernier, le SPQ Libre avait enlevé à André Boisclair toute velléité de s'éloigner des orientations décidées au congrès de juin 2005. Mme Marois était bien déterminée à éliminer ce «parti dans le parti», dont M. Landry avait eu le tort d'autoriser la création, mais elle y a finalement renoncé.

En retour, le SPQ Libre s'est engagé à ne pas s'en prendre publiquement à la nouvelle chef du PQ, et son président, Marc Laviolette, a intimé à ses membres de respecter cet engagement. Plusieurs ont cependant grimacé à la lecture du document d'orientation.

Même si la poursuite du déficit zéro a mis leur allégeance péquiste à dure épreuve, bien des progressistes ont toujours pensé que le PQ demeurait un moindre mal, mais une privatisation partielle du réseau de la santé serait très difficile à avaler.

***

L'arrivée de Mme Marois créait une situation un peu délicate pour un parti qui a fait du féminisme un de ses principes directeurs. Après son projet de loi sur l'identité québécoise, le document d'orientation du PQ a cependant offert à QS une deuxième occasion de s'en dissocier en deux semaines. «Est-ce de cela qu'il s'agit quand Pauline Marois parle de moderniser la social-démocratie? Elle devra tôt au tard répondre à ces questions», a déclaré Françoise David.

Jeudi soir, à Québec, QS organise une conférence-débat sur le thème suivant: «Pauline Marois, un renouveau pour la gauche québécoise»? Comme on dit: poser la question, c'est y répondre. Sur l'affiche qui a été conçue pour l'occasion, on a donné à la chef du PQ un air particulièrement hautain.

Au printemps dernier, la plate-forme péquiste demeurait suffisamment progressiste pour éviter une hémorragie à sa gauche. Cette fois-ci, Mme Marois semble bien déterminée à récupérer les voix que le PQ a perdues à l'ADQ. L'opération peut être rentable, mais il y a toujours le risque de lâcher la proie pour l'ombre.

Hier, le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, est entré dans le débat en rappelant les sondages selon lesquels une majorité de Québécois seraient disposés à permettre aux mieux nantis d'avoir accès plus rapidement à des soins.

Le danger pour le PQ est de demeurer assis entre deux chaises. Une ouverture trop timide au privé sera jugée insuffisante par ceux, de plus en plus nombreux, qui sont d'avis que le système a besoin d'un remède de cheval. En revanche, toute remise en question de l'universalité et de la gratuité pourrait donner à QS la grande cause qui lui a fait défaut jusqu'à présent.

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Richard Larouche
    Inscrit
    mardi 6 novembre 2007 22h32
    Les médias totalement biaisés
    Le fait que l'on entend pas parler beaucoup des positions de Québec solidaire dans les médias me semble être le résultat de la propagande dans les médias qui sont majoritairement détenus par des corporatistes de droite (Desmarais et Péladeau)qui sont évidemment hostiles aux politiques d'un parti qui veut réduire les inégalités sociales (et donc redistribuer plus équitablement la richesse).

    Ces corporatistes détiennent presque tous les grands quotidiens québécois, donc ils détiennent un énorme pouvoir sur l'information (on devrait ici parler de désinformations) qu'ils utilisent en pensant d'abord et avant tout à leur petite personne. Si l'Action Démagogique du Québec a obtenu une couverture médiatique décente en comparaison avec Québec Solidaire, les verts et les autres partis de gauche, c'est parce que leurs politiques favorisent les corporatistes.

    Avec la complicité des partis de droite (PLQ et ADQ) et de centre-droit (le PQ) et de l'individualisme lancinant dans le monde occidental, ils font passer les solidaires pour des utopistes déconnectés de la réalité au même titre que l'Église nous disait jadis que "nous sommes nés pour un petit pain". De tels arguments ne visent qu'à asservir la société civile.

    L'égalité proposée par Québec Solidaire ne fait pas l'affaire de ceux qui se sont approprié une trop grande part du gâteau au détriment de la majorité. Hélas, ce sont eux qui détiennent les pouvoirs politique, économique, financier et journalistique. Voilà pourquoi ils traitent constamment d'irréalistes les politiques de ce parti.

    Le manque de couverture ne résulte donc pas de l'absence de projets mobilisateurs dans le programme de Québec Solidaire. En le consultant, vous remarqueriez des propositions très audacieuses, mais aussi des éléments de solution concrets à plusieurs problèmes qu'à causé l'absence de vision caractéristique du modèle néolibéral corporatiste.

  • Richard Ryan
    Inscrit
    vendredi 9 novembre 2007 11h39
    Québec Solidaire : l'autre voix...
    Suite à votre chronique du 6 novembre je réagis à vos propos que je trouve un peu contradictoire à l'effet de dire que Québec Solidaire devra s'armer de patience à l'image des débuts de l'ADQ et qu'à 4 % dans les sondages, rien n'indique que cette nouvelle voix politique au Québec pourrait faire élire ses premiers députés bientôt.

    D'abord il serait intéressant que des acteurs travaillant dans les médias comme vous, nous présentent aussi des réalités plus locales, ce qui permettrait de nuancer et c'est là votre travail des réalités nationales.

    En effet malgré un maigre 4 % aux dernières élections, Québec Solidaire a quand même réussi dans certains comtés à avoir davantage du suffrage et même à arriver 2e dans les 2 comtés des portes-paroles arrachant presque Mercier aux mains du Parti-Québécois représenté par Daniel Turp.

    Si une telle performance a été rendu possible malgré le quasi silence dans les médias sur les positions alternatives qu'offre ce jeune parti, c'est que nous pouvons penser qu'avec une meilleure organisation, du temps et espérons une plus grande diversité de l'information dans les médias, le prochain scrutin sera la porte d'entrée de députés solidaires à l'assemblée nationale.

    Force est d'admettre qu'à l'assemblée nationale et dans les médias, peu de critiques sont faites aux orientations que semble prendre la province en matière de santé, d'éducation et d'environnement.

    Québec Solidaire a sa raison d'être en tant que parti politique, parce que malgré ce que représentaient certains de ses candidatEs dans la société civile avant la création de ce parti, notre société a besoin de cette force d'opposition en terme d'élus pour qu'ils-elles soient la voix d'une réelle alternative. Les futurEs députéEs solidaires de Gouin et de Mercier (entre autres) deviendront non seulement les représentantEs de ces circonscriptions mais surtout la voix de tout un pan de la population qui ont une autre idée de ce que doit devenir l'Éducation, la santé et l'environnement. Parce que force est de constater que présentement les 3 partis à l'Assemblée législative et une large partie de ce que les grands médias nous communiquent, vont dans le sens d'une déresponsabilisation de l'État aux mains d'entrepreneurs privés et qu'il m'apparaît évident que le point de vue différent sur cela est totalement absent à Québec.

    Richard Ryan

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