Projet de loi sur l'identité québécoise - Le B'naï Brith accuse le PQ de xénophobie
Xénophobe, digne de l'extrême droite européenne, honteux et répressif: le projet de loi 195 de Pauline Marois portant sur l'identité québécoise a été accueilli hier avec une matraque par le B'naï Brith, qui souhaite qu'on le passe le plus tôt possible à la déchiqueteuse.
L'organisme de défense de la communauté juive n'a pas l'habitude de mâcher ses mots pour exprimer son avis. La journée d'hier n'a pas fait exception: le projet du Parti québécois a reçu une véritable volée de bois vert, lancée par le conseiller juridique national du B'naï Brith, Steven Slimovitch, et le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, tout aussi cinglant envers le projet de loi 195.
«Le fait que quelqu'un ait même osé déposer ce projet de loi est incroyable», a indiqué M. Slimovitch en entretien après une conférence de presse. «Ce document n'aurait jamais dû sortir d'une imprimante. Il dénote un tel degré de xénophobie, il retire des droits fondamentaux — comme celui de déposer une pétition — qui sont protégés depuis 1215 [année de la rédaction de la Grande Charte, ou Magna Carta]. Ça n'a aucun sens dans une démocratie moderne.»
La liste des récriminations de MM. Niemi et Slimovitch est longue. Ils affirment ainsi que le projet de loi 195 est inconstitutionnel, qu'il comporte une «orientation répressive des immigrants», qu'il créerait un système de «citoyenneté à deux niveaux dans un même pays», qu'il cherche «à contourner la loi fédérale» et à «exacerber les tensions existantes», etc.
Les deux hommes estiment donc que le projet de loi sur l'identité ainsi que celui portant sur l'établissement d'une constitution québécoise «font penser aux mesures préconisées par les partis d'extrême droite en Europe. Ils sont dangereux, car ils institutionnalisent les sentiments de xénophobie et d'intolérance», écrit M. Niemi dans un communiqué.
Pour le conseiller juridique du B'naï Brith, les aspects liés à la maîtrise de la langue française ne constituent pas le noeud du problème. C'est plutôt la connaissance nécessaire de la culture québécoise pour obtenir la citoyenneté qui l'inquiète fortement.
«On reconnaît des droits fondamentaux à tout le monde, mais ils doivent être interprétés en fonction de la culture québécoise, déplore-t-il. Et cette culture-là, elle inclut qui ou quoi? Ça m'étonnerait que, dans un test imposé pour obtenir la citoyenneté, on pose beaucoup de questions sur les communautés juive, noire ou grecque.» Il pense plutôt que le projet de Mme Marois réfère à une «culture blanche, francophone et catholique».
Propos «exagérés»
À Québec, le porte-parole péquiste en matière d'affaires intergouvernementales s'est montré surpris de la vigueur de la réponse du B'naï Brith. «J'ai de la misère à me l'expliquer», a avoué Alexandre Cloutier en point de presse. «[...] C'est un projet de loi qui reprend les conditions des autres grands pays démocratiques. Très humblement, j'ai un peu de difficulté à m'expliquer des propos qui m'apparaissent exagérés.»
M. Cloutier a lancé qu'au contraire de ce qu'affirme le B'naï Brith, le projet de loi 195 est «un projet d'inclusion, un projet de partenariat. Pour nous, c'est très raisonnable, c'est un projet de loi qui a été travaillé [pendant] plusieurs mois avec de grands experts».
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a quant à lui qualifié de «très, très vive» la réaction du B'naï Brith. «Mais beaucoup de gens sont effectivement heurtés par le projet de loi de Mme Marois, a-t-il ajouté. Il y a beaucoup de gens qui considèrent qu'avec ce projet de loi, s'il devait être adopté, ils seraient des citoyens de seconde classe à l'intérieur du Québec. C'est loin d'être un projet de loi rassembleur.»
Plus tôt en journée, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, avait indiqué que Mme Marois empruntait un «sentier sinueux en matière d'identité» alors que son rôle devrait davantage être celui d'un «rempart contre [ses] militants radicaux», comme l'ont été Lucien Bouchard et René Lévesque en leur temps.
Par ailleurs, cinq constitutionnalistes — dont Daniel Turp et l'ancien ministre Jacques-Yvan Morin — se portent aujourd'hui à la défense du projet de Mme Marois. Ils le jugent conforme aux divers articles des chartes québécoise et canadienne des droits et des libertés.
***
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
L'organisme de défense de la communauté juive n'a pas l'habitude de mâcher ses mots pour exprimer son avis. La journée d'hier n'a pas fait exception: le projet du Parti québécois a reçu une véritable volée de bois vert, lancée par le conseiller juridique national du B'naï Brith, Steven Slimovitch, et le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, tout aussi cinglant envers le projet de loi 195.
«Le fait que quelqu'un ait même osé déposer ce projet de loi est incroyable», a indiqué M. Slimovitch en entretien après une conférence de presse. «Ce document n'aurait jamais dû sortir d'une imprimante. Il dénote un tel degré de xénophobie, il retire des droits fondamentaux — comme celui de déposer une pétition — qui sont protégés depuis 1215 [année de la rédaction de la Grande Charte, ou Magna Carta]. Ça n'a aucun sens dans une démocratie moderne.»
La liste des récriminations de MM. Niemi et Slimovitch est longue. Ils affirment ainsi que le projet de loi 195 est inconstitutionnel, qu'il comporte une «orientation répressive des immigrants», qu'il créerait un système de «citoyenneté à deux niveaux dans un même pays», qu'il cherche «à contourner la loi fédérale» et à «exacerber les tensions existantes», etc.
Les deux hommes estiment donc que le projet de loi sur l'identité ainsi que celui portant sur l'établissement d'une constitution québécoise «font penser aux mesures préconisées par les partis d'extrême droite en Europe. Ils sont dangereux, car ils institutionnalisent les sentiments de xénophobie et d'intolérance», écrit M. Niemi dans un communiqué.
Pour le conseiller juridique du B'naï Brith, les aspects liés à la maîtrise de la langue française ne constituent pas le noeud du problème. C'est plutôt la connaissance nécessaire de la culture québécoise pour obtenir la citoyenneté qui l'inquiète fortement.
«On reconnaît des droits fondamentaux à tout le monde, mais ils doivent être interprétés en fonction de la culture québécoise, déplore-t-il. Et cette culture-là, elle inclut qui ou quoi? Ça m'étonnerait que, dans un test imposé pour obtenir la citoyenneté, on pose beaucoup de questions sur les communautés juive, noire ou grecque.» Il pense plutôt que le projet de Mme Marois réfère à une «culture blanche, francophone et catholique».
Propos «exagérés»
À Québec, le porte-parole péquiste en matière d'affaires intergouvernementales s'est montré surpris de la vigueur de la réponse du B'naï Brith. «J'ai de la misère à me l'expliquer», a avoué Alexandre Cloutier en point de presse. «[...] C'est un projet de loi qui reprend les conditions des autres grands pays démocratiques. Très humblement, j'ai un peu de difficulté à m'expliquer des propos qui m'apparaissent exagérés.»
M. Cloutier a lancé qu'au contraire de ce qu'affirme le B'naï Brith, le projet de loi 195 est «un projet d'inclusion, un projet de partenariat. Pour nous, c'est très raisonnable, c'est un projet de loi qui a été travaillé [pendant] plusieurs mois avec de grands experts».
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a quant à lui qualifié de «très, très vive» la réaction du B'naï Brith. «Mais beaucoup de gens sont effectivement heurtés par le projet de loi de Mme Marois, a-t-il ajouté. Il y a beaucoup de gens qui considèrent qu'avec ce projet de loi, s'il devait être adopté, ils seraient des citoyens de seconde classe à l'intérieur du Québec. C'est loin d'être un projet de loi rassembleur.»
Plus tôt en journée, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, avait indiqué que Mme Marois empruntait un «sentier sinueux en matière d'identité» alors que son rôle devrait davantage être celui d'un «rempart contre [ses] militants radicaux», comme l'ont été Lucien Bouchard et René Lévesque en leur temps.
Par ailleurs, cinq constitutionnalistes — dont Daniel Turp et l'ancien ministre Jacques-Yvan Morin — se portent aujourd'hui à la défense du projet de Mme Marois. Ils le jugent conforme aux divers articles des chartes québécoise et canadienne des droits et des libertés.
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Avec la collaboration de Robert Dutrisac
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