Défense de dire la vérité
Le président de l’Assemblée nationale, Michel Bissonnet, possède, on le sait depuis longtemps, l’assurance tranquille et le sens de l’humour ou de la tolérance du conseil municipal d’Hérouxville. Il ne tolère pas. Il dicte la vérité du haut de son siège, sous son crucifix qui lui confère peut-être l’infaillibilité papale. Donc, le pape de l’Assemblée nationale a décidé, dans une bulle papale dorénavant indiscutable, que Mario Dumont n’est pas une «girouette» et que de le traiter comme telle constitue une injure inacceptable, un crime de lèse-majesté Dumont. La «girouette» Dumont devient donc le 222e mot interdit aux parlementaires. Déjà qu’ils en possèdent peu, je me demande pourquoi il faudrait les priver de ceux qu’ils connaissent.
Que tout le Québec sache que Mario Dumont est la plus magnifique girouette que le Québec ait connue depuis Jean Charest, et avant, Lucien Bouchard, et avant, Robert Bourassa, cela n’a aucune importance aux yeux de Sa Sainteté Bissonnet. Dans le théâtre parlementaire, si pauvre et si ridicule, il ne faut pas dire la vérité. Si député j’étais, et que je commentais la décision du président, je dirais que c’est une «connerie», et si je refusais de retirer mon propos, le pape de la propreté du langage m’expulserait de la l’Assemblée. Si je disais, pour me conformer à son exigence, que c’est «imbécile», je ferais automatiquement l’objet d’une mise en garde. Même si Bissonnet est con et imbécile.
***
Dans le lexique des mots interdits, on retrouve celui de «menteur». On ne peut pas traiter un ministre de menteur même si on sait que, dans la définition de tâche d’un ministre, il est écrit qu’il doit mentir souvent, comme, par exemple, le ministre Couillard sur les performances «améliorées» du système de santé. Le ministre ment à plein temps, mais il est interdit de le lui dire durant les débats parlementaires. Le mot «amélioré», même s’il est parfois menteur, est accepté par Sa Sainteté Bissonnet. Il n’est pas ici question de vérité mais de politesse.
Nul député ne peut être «baveux». Pourtant, nous connaissons tous Sylvain Simard et Monique Jérôme-Forget, à qui l’épithète, quoique vulgaire, s’applique parfaitement. Pour qualifier ces gens, il reste «prétentieux», mais je crois qu’il est aussi interdit.
«Tromper la population» fait aussi partie des propos non parlementaires, tout comme «stratagème». On ne peut pas prêter à quelqu’un l’idée d’un stratagème, ce qui est beaucoup moins con et imbécile que la décision du président de l’Assemblée nationale. Mais on sait fort bien que les gouvernements imaginent plus d’un stratagème pour tromper la population. Interdit parce que non parlementaire.
Il est aussi interdit de dire «effronté». Donc, interdit de dire à Claude Charron ce qu’il fut toujours: un admirable effronté. Interdit dans ce cas de lui faire un compliment.
Il est aussi interdit de dire «en jappant comme un chien enragé», ce qui signifie probablement que tous les députés devraient demeurer silencieux durant l’insupportable période des questions, car
ils se comportent tous comme des «chiens enragés». Le mot «cheap» est aussi interdit, car il ne faut pas dénoncer publiquement le fait que certains députés laissent des pourboires médiocres dans les restaurants.
***
Poursuivons. Si Mme Marois dit que Jean Charest fait des «enfantillages» quand il parle du fédéralisme d’ouverture de Stephen Harper et qu’elle ajoute que «c’est faire accroire aux Québécois» des choses «fallacieuses» et des «faussetés», elle sera sanctionnée quatre fois par Sa Sainteté, car tous ces propos, quoique fondés, sont illégaux dans le lexique de l’Assemblée nationale. Ulcérée par son expulsion annoncée, si elle ne retire pas toutes les vérités qu’elle vient de prononcer, elle traitera peut-être le président de «fou». Ce sera la cinquième faute. Ce mot est aussi interdit même si le président est un peu fou.
Je ne vous parle pas de «la gang de branleux», expression aussi prohibée dans le lexique, ce qui laisse au député imaginatif l’expression «gang de branleurs», qui jusqu’ici ne fait pas l’objet d’une prohibition même si elle jette sur la députation un regard plutôt désopilant.
«Niaiseries» est aussi interdit par ce langage politiquement correct et atrophié. Pourtant, quel joli mot, bien de chez nous, pour dire et décrire 100 annonces de ministres en mal de télévision. Interdit aussi. Un ministre ne prononce jamais de «niaiseries». Permettez-moi, par respect pour le pape, de ne pas vous proposer une liste de «niaiseries».
Nous savons tous que plusieurs députés sont des «petits politiciens de basse-cour et de bas étage». Nous le savons, mais nous n’avons pas le droit de l’entendre dire par un député, car dans le dictionnaire de l’Assemblée nationale, il est interdit de décrire les députés tels qu’ils sont. Certains sont de basse-cour et d’autres d’origines plus sympathiques, encore que les «poules», mot aussi interdit, ne méritent pas notre rejet.
Revenons à notre propos. Mario Dumont fut un jeune libéral progressiste et autonomiste. Un jour, par besoin de lumières et de télé, il devint souverainiste avec Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, puis, un autre jour, il devint autonomiste et conservateur, et un autre jour, il deviendra fédéraliste. Je ne connais aucun terme plus exact pour définir ce comportement que «girouette», celui de Jean Charest, interdit par le pape qui préside les «enfantillages» qui rient «du monde» de l’Assemblée nationale à qui il interdit d’appeler un chat, un chat.
Un accommodement raisonnable avec ça, Monsieur le Président?
Collaborateur du Devoir
P.S. Monsieur le Président, je vous jure que Mario Dumont est une girouette, une «girouette nationale».
Que tout le Québec sache que Mario Dumont est la plus magnifique girouette que le Québec ait connue depuis Jean Charest, et avant, Lucien Bouchard, et avant, Robert Bourassa, cela n’a aucune importance aux yeux de Sa Sainteté Bissonnet. Dans le théâtre parlementaire, si pauvre et si ridicule, il ne faut pas dire la vérité. Si député j’étais, et que je commentais la décision du président, je dirais que c’est une «connerie», et si je refusais de retirer mon propos, le pape de la propreté du langage m’expulserait de la l’Assemblée. Si je disais, pour me conformer à son exigence, que c’est «imbécile», je ferais automatiquement l’objet d’une mise en garde. Même si Bissonnet est con et imbécile.
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Dans le lexique des mots interdits, on retrouve celui de «menteur». On ne peut pas traiter un ministre de menteur même si on sait que, dans la définition de tâche d’un ministre, il est écrit qu’il doit mentir souvent, comme, par exemple, le ministre Couillard sur les performances «améliorées» du système de santé. Le ministre ment à plein temps, mais il est interdit de le lui dire durant les débats parlementaires. Le mot «amélioré», même s’il est parfois menteur, est accepté par Sa Sainteté Bissonnet. Il n’est pas ici question de vérité mais de politesse.
Nul député ne peut être «baveux». Pourtant, nous connaissons tous Sylvain Simard et Monique Jérôme-Forget, à qui l’épithète, quoique vulgaire, s’applique parfaitement. Pour qualifier ces gens, il reste «prétentieux», mais je crois qu’il est aussi interdit.
«Tromper la population» fait aussi partie des propos non parlementaires, tout comme «stratagème». On ne peut pas prêter à quelqu’un l’idée d’un stratagème, ce qui est beaucoup moins con et imbécile que la décision du président de l’Assemblée nationale. Mais on sait fort bien que les gouvernements imaginent plus d’un stratagème pour tromper la population. Interdit parce que non parlementaire.
Il est aussi interdit de dire «effronté». Donc, interdit de dire à Claude Charron ce qu’il fut toujours: un admirable effronté. Interdit dans ce cas de lui faire un compliment.
Il est aussi interdit de dire «en jappant comme un chien enragé», ce qui signifie probablement que tous les députés devraient demeurer silencieux durant l’insupportable période des questions, car
ils se comportent tous comme des «chiens enragés». Le mot «cheap» est aussi interdit, car il ne faut pas dénoncer publiquement le fait que certains députés laissent des pourboires médiocres dans les restaurants.
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Poursuivons. Si Mme Marois dit que Jean Charest fait des «enfantillages» quand il parle du fédéralisme d’ouverture de Stephen Harper et qu’elle ajoute que «c’est faire accroire aux Québécois» des choses «fallacieuses» et des «faussetés», elle sera sanctionnée quatre fois par Sa Sainteté, car tous ces propos, quoique fondés, sont illégaux dans le lexique de l’Assemblée nationale. Ulcérée par son expulsion annoncée, si elle ne retire pas toutes les vérités qu’elle vient de prononcer, elle traitera peut-être le président de «fou». Ce sera la cinquième faute. Ce mot est aussi interdit même si le président est un peu fou.
Je ne vous parle pas de «la gang de branleux», expression aussi prohibée dans le lexique, ce qui laisse au député imaginatif l’expression «gang de branleurs», qui jusqu’ici ne fait pas l’objet d’une prohibition même si elle jette sur la députation un regard plutôt désopilant.
«Niaiseries» est aussi interdit par ce langage politiquement correct et atrophié. Pourtant, quel joli mot, bien de chez nous, pour dire et décrire 100 annonces de ministres en mal de télévision. Interdit aussi. Un ministre ne prononce jamais de «niaiseries». Permettez-moi, par respect pour le pape, de ne pas vous proposer une liste de «niaiseries».
Nous savons tous que plusieurs députés sont des «petits politiciens de basse-cour et de bas étage». Nous le savons, mais nous n’avons pas le droit de l’entendre dire par un député, car dans le dictionnaire de l’Assemblée nationale, il est interdit de décrire les députés tels qu’ils sont. Certains sont de basse-cour et d’autres d’origines plus sympathiques, encore que les «poules», mot aussi interdit, ne méritent pas notre rejet.
Revenons à notre propos. Mario Dumont fut un jeune libéral progressiste et autonomiste. Un jour, par besoin de lumières et de télé, il devint souverainiste avec Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, puis, un autre jour, il devint autonomiste et conservateur, et un autre jour, il deviendra fédéraliste. Je ne connais aucun terme plus exact pour définir ce comportement que «girouette», celui de Jean Charest, interdit par le pape qui préside les «enfantillages» qui rient «du monde» de l’Assemblée nationale à qui il interdit d’appeler un chat, un chat.
Un accommodement raisonnable avec ça, Monsieur le Président?
Collaborateur du Devoir
P.S. Monsieur le Président, je vous jure que Mario Dumont est une girouette, une «girouette nationale».
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