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Courchesne craint la réforme au secondaire

Antoine Robitaille   16 octobre 2007  Québec
La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne
Photo : Jacques Grenier
La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne
Québec — Craignant que la réforme de l'éducation ne mine l'apprentissage du français et des connaissances de base, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, croit qu'il faut de toute urgence «réfléchir» à son implantation en troisième secondaire. «Il faut réfléchir à ces questions-là rapidement. Pendant ce temps-là, les enfants continuent d'aller à l'école!», a-t-elle lancé hier lors d'un entretien au Devoir en lien avec les difficultés du bulletin chiffré.

La ministre se dit «très préoccupée» par l'acquisition des connaissances de base dans une école reformatée ces dernières années autour des «compétences». «C'est prouvé que les enfants qui ont de solides connaissances de base abordent le secondaire de manière plus assurée. Et c'est là, sur le plan des matières de base, que le bât blesse avec le renouveau [pédagogique, la réforme]», a-t-elle affirmé. Pour illustrer son inquiétude, Mme Courchesne s'est elle-même interrogée comme suit: «Si vous me posez la question: est-ce que j'ai la totale conviction qu'actuellement ils ont acquis ces connaissances? Je vais vous répondre qu'en français, c'est évident que non, lorsqu'on regarde les résultats de nos enfants, notamment leur capacité à écrire. Ça suscite beaucoup d'interrogations chez moi. Et c'est là-dessus que je travaille actuellement pour essayer de voir ce qui ne marche pas et comment on peut corriger le tir.»

Quand Mme Courchesne parle de rectifier le tir, rien n'est exclu: «Si ça veut dire corriger le tir au niveau du renouveau... bien s'il faut le faire, on va le faire. Je ne me mets pas de barrière!» Tout cela, ajoute-t-elle, «ne se fait pas en 24 heures». Cette position constitue une rupture avec celle de son prédécesseur libéral de février 2005 à avril 2007, Jean-Marc Fournier, qui s'était fait un défenseur passionné de la réforme. Mme Courchesne, sans enthousiasme, concède elle-même qu'il y a «certains objectifs et certains fondements qui sont bons» dans la réforme. Mais elle insiste sur ses nombreuses réserves. À ses yeux, avec le renouveau pédagogique, le pendule a été poussée trop loin vers la notion de «compétence». «On est dans le tout ou rien», a-t-elle déploré avant de dire qu'il fallait rééquilibrer les choses. L'imposition d'un bulletin chiffré unique au Québec où les énoncés de compétences ont été simplifiés est un premier pas, a-t-elle soutenu.

S'agit-il maintenant de «renouveler le renouveau», de réformer la réforme? «Non, ce n'est pas ce que je veux faire. Je ne veux pas m'embarquer là-dedans. Ça, ça aurait l'air trop compliqué. Je veux procéder par matière. Je vais faire l'évaluation de l'enseignement des matières. Et voir où nous en sommes», a-t-elle dit.

Selon nos informations, un groupe de travail formé de chercheurs issus de l'Université Laval a été mis sur pied et commencera son travail sous peu pour évaluer l'effet du renouveau pédagogique au secondaire.

La querelle du bulletin

Hier, le porte-parole en matière d'Éducation de l'ADQ, le député de Mirabel François Desrochers, s'en est pris à la manière dont le gouvernement a appliqué la promesse adéquiste d'implanter des bulletins chiffrés. M. Desrochers estime que le changement s'est fait de manière précipitée et dans le désordre. Selon lui, les règles transmises par le ministère aux commissions scolaires ne sont pas limpides, et il a sommé hier la ministre de corriger les choses le plus rapidement possible. (La Fédération des commissions scolaires du Québec a fait savoir hier qu'on lui avait transmis les règles jeudi dernier et que ces dernières ne posaient pas problème.)

Selon M. Desrochers, lui-même enseignant, les chiffres auraient dû être ramenés pour l'évaluation de connaissances, lesquelles auraient dû à son sens être réintroduites comme objectif d'enseignement. «Actuellement, ce que la ministre fait, c'est qu'elle simplifie les compétences, mais elle les évalue avec des chiffres, [...] ce qui veut dire que l'on joue au hockey avec des règlements de football.» M. Desrochers croit que les enseignants, lors de la première rencontre avec les parents ce mois-ci, auront beaucoup de mal à justifier leurs évaluations chiffrées de compétences. Dans le cours d'enseignement moral, par exemple, «comment un enseignant peut-il dire à un parent: "Votre enfant, Monsieur, a eu 72 % dans la propre reconnaissance de ses valeurs personnelles?" Et le parent de dire: "Oui, mais pourquoi ce n'est pas 68 %? Ou pourquoi ce n'est pas 69 %, 70 %, 80 %?".» Selon le député de Mirabel, les enseignants n'ont pas «les outils nécessaires» pour faire ces distinctions.

La ministre Courchesne a rétorqué hier que, par cette sortie, l'ADQ a admis que sa promesse, lors de la dernière campagne, d'implanter d'un bulletin chiffré dès septembre 2007 était trompeuse. Elle concède que de réintroduire les chiffres dans un contexte de «renouveau pédagogique» axé sur les compétences «pose un défi». «Mais c'est faisable, très faisable», a-t-elle répété, disant que la résistance vient de professeurs opposés au retour des chiffres. «Il y en a d'autres qui sont tout à fait d'accord et qui font du bon travail pour être en mesure de porter le jugement adéquat et la bonne évaluation pour chacun des élèves.»

Elle rappelle aussi qu'en juin, elle avait demandé au Conseil supérieur de l'éducation (CSE) un avis sur les façons de mieux mesurer, dans le bulletin, l'acquisition de connaissances, ce qui va dans le sens de l'ADQ. Le CSE remettra son avis le mois prochain. Certains, comme Pierre Saint-Germain de la Fédération autonome de l'Enseignement, estiment que demander l'avis de cet organisme farouchement favorable à la réforme est «du temps perdu».

Récemment, d'ailleurs, le CSE s'est prononcé contre l'implantation d'un bulletin chiffré au Québec. La ministre s'est dite consciente, hier, du caractère partial du CSE, mais a ajouté qu'elle n'avait pas le choix, légalement, de procéder autrement. «Je vais continuer le travail avec le CSE, mais je vais aller plus loin: je ne vais pas m'arrêter là», a-t-elle ajouté sans donner de précisions. Pour la FAE, si la ministre est inquiète de l'implantation du renouveau, elle aurait dû arrêter le processus l'an passé.






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  • Carl Brabant
    Abonné
    mardi 16 octobre 2007 02h42
    Enfin un chat...un chat
    « Bravo Madame la Ministre.

    Bien sûr, deux conceptions de l'éducation s'affrontent.

    Il y a ceux et celles qui pensent au développement de l'enfant sans égard à la performance et en cherchant à éliminer toute comparaison possible d'un individu à un autre. Ces personnes vont toujours essayer d'évaluer l'enfant par rapport à son cheminement personnel.

    Ce n'est pas mal sauf que...

    Comme parent, il sera alors passablement difficile d'interpréter une note qui ne correspond pas à une comparaison avec des attentes réalistes et des standards objectifs.

    Avec cette vision de l'éducation, on ne tient pas compte de ce que l'élève devrait connaître et comprendre par rapport à son groupe. On ne veut pas récompenser les gagnants parce qu'on ne veut pas identifier de perdants.

    Il y a une autre école de pensée.

    Il y a des personnes qui croient que l"éducation doit préparer à la vraie vie, laquelle présente son lot de défis à relever dans un contexte souvent compétitif.

    Dans la vraie vie, le succès dépend souvent de l'habileté de faire mieux ou plus rapidement que le voisin. C'est hélas particulièrement vrai dans ine société qui est devenue un village global.

    Quel est l'avenir du Québec, du Canada, ou de tout l'Occident si on ne peut pas tenir son bout face aux économies émergentes? Presque tout est fabriqué en Chine. Le Brésil concurrence Bombardier. La comptabilité de grandes entreprises est faite aux Indes...

    À mon avis, il faut être compétent, inventif et prêt à travailler fort si on veut espérer tirer son épingle du jeu.

    Dans ce contexte, l'école gna-gna n'est pas une solution.

    Encore une fois bravo, Madame Courchesne.

    Carl Brabant »

  • Georges Allaire
    Inscrit
    mardi 16 octobre 2007 03h06
    Les étourdis de la pédagogie
    « Comment sauver le bon sens en persistant dans le non-sens? La transformation de l'école en place publique où les connaissances sont mêlées aux compétences variées laisse entendre que la place publique donnerait les connaissances et que l'école n'a été inventée que pour la frime. Au contraire, la formation systématique des connaissances (abandonnée par la grande déformation) est le moyen trouvé de donner aux gens des outils affûtés qui seront utilisés de façons variées dans les diverses nécessités de la vie publique. On le sait aussitôt qu'on sort de l'étourderie des spécialistes d'une pédagogie sans contenu... Le désarroi des ministres de l'éducation des années passées montre comment la contradiction entre le pédagogique (vide) et l'enseignement de quelque chose leur fait tourner la tête. »

  • marc belliveau
    Inscrit
    mardi 16 octobre 2007 08h51
    La faute n'est pas à la réforme
    « J'entends depuis quelques semaines des gens tirer sur la réforme parce que les résultats en français baissent.

    Or, l'implantation de la réforme en 2000 concorde exactement avec la diffusion massive des nouvelles technos communication.
    Les jeunes ont, dès le primaire, accès aux clavardages, à du contenu en anglais (je parie que les résultats en anglais augmentent), les cellulaires texto et d'autres produits qui contiennent un français de faible qualité.

    Expliquons la réforme pour ce qu'elle est : une nouvelle approche en enseignement qui dépasse la refonte des contenus.

    Aujourd'hui, la Ministre se plaint, elle sent que le règne de son parti sera court, alors elle use de populisme. »

  • Serge Bouchard
    Abonné
    mardi 16 octobre 2007 09h22
    yes!
    « Moué chu bin conten ki on a po bezoin de savouare écrirre pour sexprimé corektemen »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 16 octobre 2007 10h29
    Bulletin chiffré et réforme pédagogique
    « Pour le vieil observateur des tentatives répétées du ministère de l'Éducation de réformer la façon d'enseigner dans les écoles primaires et secondaires, la bataille entreprise par Mme Courchesne fait sourire. Non seulement celle-ci se lance-t-elle en sens opposé à celui de son prédécesseur, Jean-Marc Fournier, mais elle ne semble pas, mais vraiment pas comprendre que l'imposition d'un bulletin chiffré, qui ne vaut que pour l'évaluation des connaissances, nie les fondements mêmes de la réforme entreprise. Charest et sa ministre de l'Éducation doivent se mordre les pouces d'avoir voulu ici encore damer le pion à l'ADQ en concrétisant un élément apparemment anodin de la plate-forme électorale de cette dernière. Jean-Marc Fournier avait opté pour la réforme, Michelle Courchesne met en branle une contre-réforme. Ça promet !
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 16 octobre 2007 17h21
    À Carl Brabant
    « Vous écrivez qu'« il faut être compétent, inventif et prêt à travailler fort si on veut espérer tirer son épingle du jeu. » C'est justement là la visée première de la réforme pédagogique. Vous ne semblez pas savoir contre quoi vous êtes. Informez-vous et revenez-nous.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    jeudi 18 octobre 2007 10h50
    La désinstitutionnalisation sévit en Éducation.
    « La belle époque du «qui s'instruit s'enrichit» est révolue. Ayant consacré 35 ans de ma vie à l'enseignement, à l'éducation de la jeunesse et à la directions d'écoles secondaires, je porte une fierté inappréciable d'avoir pu donner le meilleur de moi-même, dans le meilleur des contextes, à compter de 1961. Nous travaillions au sein de Commissions scolaires dirigées par des compétences incontestables et nous avions des Ministres de l'Éducation, héritiers d'une exceptionnelle culture, porteurs du flambeaux des valeurs qui étaient de nature à propulser le peuple québécois vers les plus hauts sommets. Au cours de la dernière décennie du siècle dernier et de façon plus marquante, au cours de ce qui deviendra bientôt la première décennie du 3e millénaire, les «missionnaires en fonction» ont été évacués de façon programmée et on leur a substitué les «fonctionnaires en mission». De plus le Ministère de l'Éducation est devenu un passage pour des élus en transit ou transat et/ou ayant échoué dans d'autres officines de l'incompétence hautement rémunérée, jouissant de tous les barrages de l'immunité et de l'impunité. Les enseignants-éducateurs sont actuellement pilotés par des robots à distance qui n'arriveraient même pas à accoster une chaloupe. Les parents sont gardés à distance par les spécialistes de l'hermétisme langagier du domaine qui n'a pour but que de justifier changements et réformes, bouleversements et transmutations qui suivent les dictats des idéologies à la mode du jour, mais dont personne n'est imputable. Sous la férule de l'intégrisme péquiste, le cours d'Histoire du Canada (HT 416) a bousculé les matières de base, en devenant le jacuzzi des influx séparatistes et la plage des étenderies indépendantistes et des rêvasseries souverainistes. Dès 2003, sous la badine du fondamentalisme doctrinaire du thuriféraire Reid, relevé par le commissionnaire Fournier et en moins de 6 mois depuis le «départ» de ce dernier, l'actuelle titulaire Courchêsne va dans le sens contraire de son prédécesseur et dit craindre la Réforme, cette même réforme dont on tente de gaver les professionnels de l'enseignement, depuis nombre d'années. Réforme qui n'a fait l'objet d'aucun consensus. Réforme qui a fait s'amplifier le décrochage scolaire. Réforme qui a fait s'éclater tous les taux d'échecs. Réforme qui a alimenté tant de «burn out» et de décrochage professionnel. Cette Réforme obstinément stérile et stupide que subit tout le monde. Réforme naufrageuse que honnissent les enseignants et qu'abominent les gestionnaires des écoles, ces bétonnières du virage en rond, de la stagnation et de reculs historiques irrécupérables. L'instruction, la formation et l'éducations de la relève nationale est à la merci de pantins galvanisés d'incompétences transversales parmi les plus crasses. Avant qu'une probable et catastrophique faillite ne justifie toutes les tutelles ou ne commande un retour aux écoles de rangs, il y a maintenant motivation, justification et place à la RÉVOLUTION, qu'elle soit tranquille, moins tranquille et pas tranquille du tout. Il faut que les enseignants arrachent les guides des mains des amateurs aventuriers sans connaissance ni conscience, avant que ne s'écrase leur cheval de bataille. Ce CHEVAL DE BATAILLE que les ménestrels remplaceront par des tracteurs mécaniques et que les jongleurs étages supérieurs des tours de Québec et de Montréal couvriront de tous les artifices.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Sylvain Archambault
    Inscrit
    mercredi 24 octobre 2007 09h31
    Que d'exigences irréalistes...
    « Les attentes des gens envers l'éducation en général et le renouveau pédagogique en particulier sont compl`tement irréalistes! Il faudrait que tout soit rodé avant même d'être implanté, il faudrait que les enseignants s'approprient de nouvelles façons de faire en un tournemain, les parents se scandalisent parce qu'ils perdent leurs repères (leurs enfants ne reçoivent pas la même éducation que la leur, quel scandale!): il faudrait que la société évolue, mais que l'école ne change pas!
    Les médecins opèrent-ils de la même façon qu'en 1970? Les mécaniciens ont-ils à réparer le même type de véhicules qu'en 1970? Les agriculteurs cultivent-ils comme en 1970? Une secrétaire utilise-t-elle encore la dactylo, comme en 1970?Les parents élèvent-ils leurs enfants comme en 1970? Alors, pourquoi devrait-on enseigner comme en 1970?

    Je suis assuré que la majorité des enseignants n'a pas fait table rase de leurs anciennes pratiques à l'arrivée du renouveau. Pour bonifier leur enseignement de connaissances, ils ont graduellement introduit de nouveaux aspects pour considérer le développement de connaissances. La transmission des connaissances est-elle évacuée? Bien sûr que non, les devoirs de mes enfants en témoignent: bien sûr qu'il y a un petit projet par-ci par là à travailler (une présentation orale sur une citrouille décorée pour ma fille au 1er cycle du primaire) mais il y a encore des pages et des pages de nombres à placer en ordre croissant, de nombres manquants à trouver dans une suite, ainsi que de fractions à réduire et à additionner pour le plus vieux au 3e cycle.

    Le scandale n'est pas que l'enseignement des connaissances soit évacué par le renouveau: le scandale, c'est que le bulletin rende compte de compétences qui n'ont peut-être pas été développées en classe.

    Tout le monde peut comprendre que ce n'est pas en passant notre temps à revenir sur nos pas que nous allons avancer en éducation.Quand un ministre dit et que l'autre dédit, on donne des munitions à ceux qui sont prêt à tout arrêter parce que ça n'avance pas à leur goût... »

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