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Fin de la récréation

Marie-Andrée Chouinard   12 octobre 2007  Québec
Les recteurs sont sous le choc: Québec signe la fin des abus financiers dans la cour universitaire en déployant les grands moyens. Désormais, l'oeil du gouvernement scrutera leur moindre manoeuvre. L'intention est louable, mais cette mesure sombre dans l'excès.

En visant l'autonomie financière des universités, la grande argentière du gouvernement du Québec, Monique Jérôme-Forget, concrétise tout bonnement une promesse exprimée au printemps dernier, alors que se déployait le désastre financier de l'UQAM.

«Outrée», la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor avait alors signifié avec émotion, à l'Assemblée nationale, que cette «autonomie financière que s'approprient les universités aujourd'hui est beaucoup plus large que ce à quoi on avait pensé». «Il est évident qu'il s'est passé des choses inacceptables et il est évident qu'il va devoir y avoir des correctifs!», avait-elle tonné.

La ministre avait raison de manifester cette impatience devant les signes évidents d'une gestion défaillante. Elle avait également tout bon en promettant certains redressements, qui s'avèrent nécessaires. S'il est vrai que le projet de loi dévoilé hier par Le Devoir traduit cette volonté d'associer le ministère des Finances à la gestion de projets engageant les fonds publics, il ratisse toutefois beaucoup trop large, car il compromet carrément l'autonomie des universités.

La terre a tremblé sous le sol universitaire lorsque l'UQAM s'est péniblement effondrée. On commence maintenant à voir l'ampleur des failles que l'onde de choc a laissées. Avec ce projet de loi qui suppose l'autorisation de l'État pour «emprunter, transiger des produits dérivés et effectuer des placements» ainsi que «prendre un engagement financier» — même s'il n'engage aucuns fonds publics! —, certains organismes publics et parapublics devront certes ajuster leur tir et modifier certaines habitudes. Mais le front des universités, lui, connaîtra une véritable révolution.

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a risqué hier une bien malheureuse comparaison en plaçant côte à côte le réseau des universités et celui des hôpitaux. «Ce n'est pas parce qu'on est à un conseil d'administration qu'on n'a pas de comptes à rendre à son banquier», évoquait-elle, citant en exemple le secteur hospitalier.

Ce parallèle est plus que boiteux. Pour le bénéfice des patients, ne tend-on pas à uniformiser l'offre de services dans les hôpitaux? L'université, pour faire sa marque au Québec et dans le monde, tend plutôt à l'inverse: à coups d'audace, d'innovation et d'inventivité, elle doit se distinguer. Nombre de projets dont le milieu universitaire peut s'enorgueillir auraient risqué un retentissant refus si on les avait soumis à l'approbation de Québec.

Une autre chose dérange dans cette réponse démesurée à un problème en apparence isolé: et la gouvernance, qu'en fait-on? De passage au Devoir cette semaine, Heather Munroe-Blum, principale de McGill et toute nouvelle présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), soulignait à juste titre que ce ne sont pas les lois qui régleront «les problèmes de manque de jugement»...

Sous l'angle de la gouvernance et de son inévitable corollaire, l'imputabilité, les universités ont déjà annoncé qu'elles étaient prêtes à ouvrir leur jeu. Le secteur public n'est d'ailleurs pas le seul à exiger une saine reddition de comptes: le moindre don issu du secteur privé est désormais soumis à un rigoureux examen. Là réside l'espoir d'affiner les mécanismes de protection.

La ministre des Finances a raison de sonner la fin de la récréation. Le coup qu'elle porte risque toutefois d'étourdir le milieu universitaire. Il étouffe la matière qui constitue leur richesse première: l'innovation.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Alain Roy - Abonné
    12 octobre 2007 07 h 24
    La solidarité aurait été payante...
    Les autres universités ont tous laissés l'UQAM s'enfoncer sachant très bien qu'eux aussi nagent dans les déficits. L'UQAM a fait un grave choix d'investissement mais l'UdM s'apprêtait aussi à commettre de quoi d'aussi grandiose à Outremont. Mais maintenant, toutes les universités sont traitées comme des enfants et ce, c'est bien parce qu'elles ont manqués de solidarité entre elles.
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  • Raymond Vaillancourt - Abonné
    12 octobre 2007 08 h 57
    Quand le jugement fout le camp !
    Il y a quelque chose de déplorable lorsqu'un gouvernement tente de remplacer le manque de jugement, non sanctionné, par des lois et des règlements que l'on tentera de contourner, comme d'habitude ! Deux exemples en peu de temps: une loi pour s'obliger à entretenir nos infrastructures (!) et une loi pour appliquer à tous les organismes universitaires les conséquences d'un manque de jugement de certains. À trop vouloir refuser l'assumation de responsabilité par ceux qui devraient en répondre, on finit par obliger tout le monde à assumer les conséquences du manque de jugement de certains hauts "irresponsables".

    C'est bien mal parti...

    Raymond Vaillancourt
    www.prospectgestion.com
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  • Roland Berger - Abonné
    12 octobre 2007 10 h 01
    Ironie
    L'ironie de la situation est que la décision de contrôler les finances des universités vienne d'un gouvernement libéral néo-conservateur, normalement défenseur tout azimut de la liberté d'entreprise. Comme quoi le désir de se faire réélire peut conduire à d'importantes contortions idéologiques.
    Roland Berger
    London, Ontario
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  • Louis Lapointe - Abonné
    12 octobre 2007 10 h 19
    Une loi pour encadrer
    Bonjour Mme Chouinard,

    Une loi ne remplace pas le bon jugement, mais elle peut cependant mieux encadrer les nominations et la prise de décision. Des règles trop strictes peuvent étouffer l'innovation, mais l'absence de règles, on l'a vu à l'UQAM, peut aussi la compromettre.

    L'adoption d'une loi-cadre fixant les principaux paramètres de ce qu'est minimalement une bonne gouvernance aiderait certainement le milieu universitaire.

    - Une telle loi devrait encadrer la nomination de membres les plus compétents au conseil d'administration.
    - Reconnaître le conseil d'administration comme le seul responsable de l'embauche du recteur et des cadres supérieurs, minimisant ainsi le rôle des collèges électoraux.
    - La responsabilité de rendre compte de la gestion de l'université devrait être conjointement assumée par l'équipe de direction et les membres du conseil.

    Ces trois mesures favoriseraient la nomination de personnes compétentes à tous les niveaux de la chaîne de commandement et les rendraient solidairement responsables de leur gestion, donc forcément plus vigilant.

    Louis Lapointe
    Brossard
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  • Gerry Pagé - Inscrit
    12 octobre 2007 20 h 06
    Une loi de plus au classeur vert.
    Jérôme-Forget et Charest tirent dans toutes les directions. Ils légifèrent avant même que le rapport du Commissaire Johnson, à moins que ledit rapport n'ait été rédigé avant que n'opère la Commission ; ils pilotent une Commission parlementaire sur l'immigration, avant même que le rapport des Commissionnaires Bouchard et Taylor ne soit déposé, à moins que ledit rapport n'ait été paraphé avant même que les itinérants ne se mettent en route, aux coûts faramineux de plus de 7 millions. Les mêmes guignols et maîtres de la procrastination engloutissent des tonnes de milliards dans le béton des infrastructures, ces échecs de l'ingénierie opportuniste, confortablement installée dans les loggias du lobby libéral ainsi que des tonnes de milliards dans le bitume, cet amalgame des pays chauds que roulent les entrepreneurs opportunistes, confortablement enfoncés dans les moucharabiehs du lobby péquiste du Métro de Laval.

    Afin de pousser la diversion clownesque et quasi hystérique jusqu'au point culminant du ridicule absolu et fort inquiétant, les mêmes automates sautillent sur les derniers ressorts du grabat de leur minorité, en brandissant, ce 12 octobre 2007, contre les autonomes institutions du haut savoir, appelées Universités, des menaces de contrôles dignes de l'invasion de l'Irak. En pétant les plombs, comme elle l'a gauchement acté, qui Jérôme-Forget cherche-t-elle à impressionner, autre qu'elle-même ?

    Quand on connaît l'infranchissable mur de l'autonomie des Universités suprêmement souveraines et très confortablement incrustées de la sorte dans leur charte ; quand on connaît la jactance-fleuve des ménestrels libéraux du Québec, depuis 2003 ; quand on sait que l'actuel cirque libéral compte en ses rangs l'ex-recteur de l'Université de Sherbrooke qui s'était autorisé à graisser les écoles juives de Montréal de quelques généreux 5 millions ; quand on voit très précisément et qu'on entend très clairement tout ce que le PLQ réussit à échouer, comment peut-on accorder le moindre sérieux, la moindre importance et la moindre crédibilité aux montées éruptives et aux derniers braiments souffreteux pré-électoraux de minoritaires engagés sur la voie de sortie ?

    Gerry Pagé
    Ville de Québec
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  • Jean-Renaud Dubois - Abonné
    13 octobre 2007 00 h 32
    Le Coche et la Mouche
    Bonjour Mme Chouinard,
    Même, si catastrophe financière il y a eu à l'UQAM, et que ma comparaison est un peu boiteuse, on ne prend pas une marteau pour tuer une mouche.

    Bizarre que Québec --- plus pointilleux, dans les allocations annuelles de fond, avec le réseau de l'UQAM qu'avec toutes les autres universités --- n'ait pas mieux surveillé ce coûteux chantier présentement paralysé!
    Veulent-ils faire oublier leur mauvaise supervision dans ce dossier?

    Ironique aussi que cela vienne d'un gouvernement libéral néo-conservateur, comme le disait si justement M.Berger.

    Suspect, l'empressement de ce gouvernement --- qui dormait au gaz depuis 4 ans en répétant que les interventions dans l'économie sont néfastes et laisser le marcher se réguler par lui-même --- de se mettre tout à coup à passer des lois, comme le soulignait M. Vaillancourt.

    Ils sont comme "la mouche du coche", il faut absolument qu'ils donnent l'impression de bouger,.......quite à "couper l'herbe sous le pied" à leur propre Commission ( Bouchard-Taylor ) en voulant amender la Charte des droits pour privilégier l'égalité homme femme.

    Est-ce que c'est seulement le début d'une offensive tous azimuts de spectacles de "Show de boucane" comme pour les algues bleus de Line, cet été?
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